Juillet
Dauphine, Mesdames et les dames de leur suite, madame du Barry et sa suite. Il en pourra résulter quelque événement, c’est-à-dire quelque lettre de cachet... Je lis l’histoire de Louis XIII, de Le Vassor ; je n’en suis qu’au commencement de la régence. Toutes les intrigues de ce temps-là ont beaucoup de rapport à ce qui se passe aujourd’hui. Je ne sais par où cela finira : il est impossible qu’il n’y ait pas quelqu’un qui succombe; savoir ce qui sera, voilà ce que je ne puis deviner, mais je ne suis pas sans crainte.
«La maîtresse1 est bien animée contre nos amis ; on ne cesse de l’irriter ; les bons mots et les épigrammes pieuvent contre elle. L’autre jour, chez elle, on parloit de la rage ; l'on disoit que le plus sûr remède étoit le mercure. Elle demanda ce que c’étoit que le mercure : « Je ne sais, dit-elle, ce que c’est, je voudrois qu’on me le dit. » Cette affectation fit rire; on la raconta à quelqu’un, qui dit : « Ah ! il est heureux qu'elle ait son innocence mercurielle. » Ce quelqu’un est la maréchale de Luxembourg; ne la citez pas. »
Le conte est assez gai, dirait M. de Lévis et la leçon serait à coup sûr bien méritée si madame du Barry a réellement feint d’ignorer quelle était la vertu spécifique du mercure. A son âge, et avec le genre d’expérience qu’elle devait posséder, elle ne pouvait certainement pas ignorer quelle était la substance dont on parlait, ses propriétés, son usage le plus habituel. Nous ferons toutefois observer, qu’une plaisanterie analogue courait depuis longtemps les salons et les rues. On l’a racontée de madame de Mailly. Barbier dit que, sollicitée d’obtenir pour quelqu’un le privilège du mercure, c’est-à-dire du journal le Mercure , elle
s’adressa à la Peyronie, médecin du roi \ Il est difficile que madame de Mailly pût s’y tromper ; il serait très possible que madame du Barry eût demandé de. bonne foi, en quoi consistait le mercure, et c’est ce qu’elle dit en effet : « Je voudrais qu’on m’apprît ce que c’est. » Cela ne veut pas dire qu’elle n’en a jamais entendu parler. Mais on annonce que le mercure est un remède contre la rage. L’annonce de cette nouvelle propriété encore inconnue , provoque une question toute naturelle. Quelqu’un pourrait-il me dire quelle est cette substance étrange1 2, je ne le sais pas. Il est probable que madame de Luxembourg , malgré tout son esprit et son expérience en ces matières, aurait été fort embarrassée de répondre et que bien des gens , même de nos jours, ignorent que l’hydrargyre soit un corps simple. S’il était démontré que madame du Barry n’était qu’une fille de la dernière espèce, habituée de l’hôpital , la leçon aurait été méritée. Nous croyons avoir prouvé que c’est là une légende purement imaginaire. Il ne reste donc du mot de madame de Luxembourg, qu’une plaisanterie assez leste échappée à une femme aussi connue par sa beauté que par ses méchancetés et ses débauches.
Ici se place une page fort curieuse que l’histoire doit à la correspondance entre Marie-Thérèse et Mercy.
Madame du Barry joue là un rôle aussi important qu’inattendu.
Nous donnerons donc le passage de Mercy avec tous ses développements quoique un peu longs. Les détails