‹ Histoire de madame du BarryChapitre 239 sur 304 · V. sur elle, Besenval, t. VIII, p. 202 et Lévis, p · texte numérisé non relu

V. sur elle, Besenval, t. VIII, p. 202 et Lévis, p

dans lesquels il va entrer sont de ceux qui n’ont de prix que par leur enchaînement et leurs déductions.

« Je crois devoir, dit-il, dans une lettre datée du 14 juillet 1770, à Paris, — je crois devoir reprendre l’ordre des faits qui ont eu lieu depuis le 1E> juin et rappeler à Y. M. qu’à cette époque les intrigues du duc de la Vauguyon tendaient à s’ingérer dans ce qui regarde l’intérieur de la maison de madame la Dauphine et à s’y procurer assez d’autorité pour parvenir à gagner une influence directe sur cette princesse et la mettre dans une sorte de dépendance. Dans la conduite de ce projet, le duc de la Vauguyon crut d’abord qu’il lui conviendroit de former d’abord quelque lien de bienveillance de la part de M. le Dauphin envers la comtesse du Barry. Ce prince avoit, depuis quelque tems, marqué un grand désir d’être admis à souper à Saint- Hubert, où le Roi fait de fréquens voyages et parties de chasse.

« Le duc de Saint-Mégrin, fils de M. de la Vauguyon, fut chargé par son père d’informer la comtesse du Barry de ce que souhaitoit le Dauphin ; cette femme ne manqua pas d’en faire la proposition au Roi, qui y consentit, de façon que depuis ce moment-là, M. le Dauphin a été de tous les petits voyages, y est resté à souper, et par conséquent s’est trouvé en quelque façon initié aux parties de plaisir où la favorite joue le premier rôle et où la décence n’est pas toujours bien scrupuleusement observée...

« Cependant il est résulté de cet arrangement un effet tout contraire de celui qu’on avoit en vue, parce que mesdames de France, alarmées du danger que pourroit courir le Dauphin, prirent le parti de ne lui rien laisser ignorer sur l’état de la favorite, sur les particularités les plus lrappantes de sa vie et sur tout le désordre que sa présence occasionnoit à la cour. Cette instruction a fait sur l’esprit du Dauphin une si forte impression, que depuis

ce temps-là, il a donné fréquemment des marques de répulsion pour la comtesse du Barry, laquelle sûrement ne se réhabilitera pas aux yeux du prince. »

Quel tableau étrange dans ces quelques lignes?

M. de la Vauguyon, que l’on a coutume de représenter comme l’un des chefs du parti des dévots, cherchant à établir un lien de bienveillance entre le dauphin et madame du Barry! Le dauphin lui-même ne reculant pas devant la présence de la favorite pour assister à un souper de chasseurs! Enfin, mesdames de France se chargeant, par charité chrétienne, de la biographie de la favorite, et poussant le zèle jusqu’à inspirer à leur neveu, une aversion inextinguible contre l’objet de leur antipathie ! On est surpris de voirie dauphin à l’âge de seize ans ignorer le rôle joué à la cour par la maîtresse du roi et initié au scandale que causait Louis XY, par les filles de celui-ci! Ce n’est pas le côté le moins choquant de toute cetle histoire. Mais, comment admettre que le dauphin ignorât ce qu’était madame du Barry quand on le voit si bien instruit de ce qu’était madame de Pompadour?

Nous arrivons maintenant, en suivant l’ordre chronologique des événements, à la chute de M. le duc de Choiseul. Nous avons déjà dit que rationnellement, madame du Barry n’avait pu y travailler d’une manière ouverte, sans se mettre en contradiction avec elle-même puisqu’elle voulait à tout prix se concilier la faveur de madame la dauphine et tout au moins désarmer sa répulsion. Il faut rechercher si ses actes ont été d’accord avec cette induction et suivre attentivement sa conduite jusqu’au jour de la catastrophe.

Dans ce but, nous nous servirons principalement et alternativement de la correspondance de madame du Deffand et de celle de Mercy d’Argenteau et des lettres de Louis XV.

Yoici d’abord une pièce qui émane de madame du Barry elle-même, c’est une lettre adressée par elle au duc de Choiseul, elle est ainsi conçue :

Je prends, Monsieur le Duc, tout l’intérêt possible à M. d’Arcambal. Vous savés mieux que personne combien il est bon serviteur du roy, et je désire que ma recommandation puisse ajouter à un titre qui vous est si prétieux. Je verrai avec une satisfaction extrême tout ce que vous pourrés lui procurer d’avantageux. Je suis, Monsieur le Duc, avec une extrême considération, votre très humble et très obéissante servante.

Versailles, ce 5 juillet 1770.

La comtesse du Barry.

Cette lettre n’est pas de la njain de madame du Barry, elle n’est que signée par elle ; le corps de la pièce est de mademoiselle Chon du Barry, belle-sœur delà favorite; elle est, du reste, d’une authenticité incontestable, puisqu’elle a été publiée dans la Revue de Paris de 1829 par M. Gabriel de Choiseul.

M. d’Arcambal était d’une famille de financiers (de payeurs des rentes de la ville). Il passe pour avoir été l’amant de madame du Barry avant la faveur de celle-ci L S’il en eût été ainsi, aurait-elle osé s’adresser au duc de Choiseul, son ennemi irréconciliable?

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