V. ci-dessus
Mercy qui en rend compte dans sa correspondance avec Marie-Thérèse.
« Pendant le séjour que la cour a fait à Choisy, depuis le 10 jusqu’au 13 juillet, le Roi y fit donner des spectacles dans un théâtre trop resserré pour pouvoir contenir aisément tout le service et la suite de la famille royale ; il arriva que les dames du palais s’étant emparées des premiers bancs, refusèrent d’y faire place à la comtesse du Barry, et ses compagnes et amies, la duchesse de Mirepoix, et la comtesse de Yalentinois. Ce refus occasionna des propos piquants, et la comtesse de Gramont, dame du palais de madame la Dauphine, en ayant tenu de plus vifs que les autres dames, et s’étant portée chef de parti dans cette dispute, les trois femmes ci-dessus en portèrent plainte et engagèrent le Roi à punir la comtesse de Gramont, en l’exilant à quinze1 lieues de la cour.
«► Je dois observer que la comtesse de Gramont est parente du mari de la duchesse de ce nom, et d’ailleurs fort liée avec toute la famille de Choiseul. Son éloignement causa une grande sensation... »
Cette sensation dut retentir jusqu’en Angleterre. Horace Walpole en écrivit probablement à madame du DefTand et commit une confusion (qui n’a pas encore cessé) entre la duchesse de Gramont, sœur propre du duc de Choiseul et la comtesse de Gramont, la dame du palais de la Dauphine, celle que Mercy signale comme ayant été chef de parti dans la dispute au théâtre de Choisy ; madame du Deffand rectifie l’erreur et explique ce qu’était cette comtesse de Gramont.
1. Quand il s’agit du rappel de madame de Gramont, fies 15 lieues dégénèrent en 25 lieues.
« C’est la comtesse, "dit-elle, et non la duchesse. La comtesse est belle-sœur de la duchesse ; elle est veuve du comte, frère cadet du duc (de Gr amont ) ; elle s’appelait de Faux, demoiselle de Normandie, qui a eu beaucoup de bien ; elle n’est amie de nos parents (le duc et la duchesse de Choiseul) que par bricole; le terme est juste, car elle est l’intime du prélat1 2.
« Madame du Châtelet mène un grand deuil de cette aventure; c’est sa meilleure amie ; elle n’est pas même de ma connoissance. Je ne l’ai rencontrée que deux ou trois fois : elle me parut sotte, hardie et bavarde. »
Le portrait n’est pas flatteur, il vaut la peine d’être noté. Madame du Deffand continue :
« J’ai dit et j’ai eu raison que j’étois bien aise que cette aventure fût arrivée en l’absence des miens, parce qu’on n’étoit pas à portée de leur imputer des propos imprudents, etc.3... »
Madame du Barry était bien présente à la discussion et elle en était la cause, mais elle ne paraît pas y avoir participé. On ne cite nul propos d’elle, et ses adversaires n’auraient pas manqué de relever ses paroles si elle s’était mêlée à la dispute , il suffisait bien de la comtesse de Gramont, telle que la dépeint madame du Deffand, elle avait toutes les qualités voulues pour jouer le rôle de provocatrice : sotte, hardie et bavarde, on comprend que son langage ait