‹ Histoire de madame du BarryChapitre 260 sur 304 · Tome II, p · texte numérisé non relu

Tome II, p

La lettre sévère que Marie-Antoinette s’attira deux ans plus tard prouve que l’appréciation de Marie-Thérèse était juste et qu’il aurait été plus politique, nous ne disons pas plus généreux de montrer moins de zèle pour une alliée des Choiseul.

Nous approchons du 24 décembre, date de la disgrâce du ministre. Il faut donc résumer les symptômes précurseurs de sa chute.

Dès le mois de juillet, Marie-Antoinette, dans une explication avec le Dauphin , fait entendre ces paroles :

u II est bien fâcheux que, par des motifs d’intrigues personnelles, le Roi ait été entraîné dans les liaisons où il se trouve et qui occasionnent tant de désordre à la Cour et que tout cela se tramait pour effectuer la perte du duc de Choiseul.

Le Dauphin répond à madame la Dauphine :

« Qu’elle ne savait pas tout ce que le duc de Choiseul avait fait pour parvenir au poste qu’il occupait, ni combien il avait intrigué lui-même avec madame de Pompadour et aidé dans le temps à l’accroissement du crédit de cette favorite.

« Un mois après, le 9 août, dit M. de Mercy, le duc de Choiseul eut une violente dispute avec le duc de Richelieu, à l’occasion de ce que ce dernier avait débité que la comtesse de Gramont , en allant aux eaux de Barrège et passant par la Provence, avait cherché à soulever les parlements de ces deux provinces, contre les décisions de la Cour dans l’affaire du duc d'Aiguillon. La dispute en question fit grand bruit à la Cour; madame la Dauphine m’en parla et ne me parut pas informée pour madame la duchesse de Gramont. Je dis à S. A. R. que cela avait toute l’apparence d’une mauvaise tracasserie

faite au duc de Choiseul, et que probablement la comtesse de Gramont était innocente du fait dont on l’accusait. Madame la Dauphine ne m’en parut pas persuadée, sans me dire cependant les raisons qu’elle avait de croire le contraire, elle ajouta simplement qu’elle me les dirait dans une occasion où elle pourrait me parler tout à son aise'. «

On a déjà vu à quel point Marie-Antoinette était dévouée au parti des Choiseul 1 2. Cependant elle croit à la vérité de l’accusation portée contre madame la duchesse de Gramont. M. de Mercy plaide en sa faveur. La Dauphine persiste : elles a ses raisons; elle les dira plus tard : par malheur on ne les trouve pas dans la suite de la correspondance : il eût été très curieux de les connaître. Ce qui reste, c’est le fait d’une violente dispute entre M. le duc de Richelieu et M. le duc de Choiseul au sujet de ce voyage de madame la duchesse de Gramont et des menées qu’elle se serait permises auprès des parlements. La querelle, dit M. de Mercy, fit grand bruit à la cour.

On en trouve l’écho dans les Anecdotes , qui reproduisent probablement en ce point les nouvelles à la main du temps, ce qui prouve que la connaissance de cet événement avait passé de la cour à la ville.

1. Lettre de Mercy à Marie-Thérèse, du 4 août 1770, t. 1er, p. 36.

2. « Compiègne, 20 août 1770. Après-midi, S. A. R. alla promener à la forêt : elle y rencontra la duchesse de Choiseul et le duc de Praslin : elle fit arrêter sa voiture pour leur parler. Madame la Dauphine ne manque jamais une de ces occasions à donner des marques de ses bontés: elle s’en acquitte toujours avec autant de jugement que de grâce et cela fait ici d’autant plus d’effet qu’on y est fort peu accoutumé (t. XXXIV). »

« Madame la duchesse de Gramont, qui s’était alors par jalousie exilée de la Cour, qui voyageait, et sous prétexte d’aller aux eaux, avait passé par différentes provinces de la France où il y avait des parlements, leur donner (c’est-à-dire à MM. d’Aiguillon et deMaupeou), matière à une inculpation plus grave et plus odieuse. Us firent entendre au monarque qu’elle avait eu des conférences avec eux et les avait excités à la résistance en leur assurant la protection de son frère. Cette accusation fit un tel effet sur l’esprit de S. M. qu’elle se refroidit sensiblement envers lui. Elle ne l’honora pas d’un mot de conversation quoiqu’elle continuât cependant à travailler avec lui et à l’admettre à ses soupers. Cet état de disgrâce fut bien remarqué par les courtisans et en éloigna beaucoup G

Les Anecdotes ne mentionnent que MM. d’Aiguillon et de Maupeou ; Mercy fait entrer en ligne M. de Richelieu et le met aux prises avec M. de Ghoiseul. La scène devient du plus haut intérêt. On voit là deux puissances d’égale force qui s’abordent. M. de Choiseul qui a le pouvoir, son audace, son orgueil sans limites.

M. de Richelieu qui a son grand nom, sa haute renommée militaire, la faveur du roi et son épée. L’un se plaint des propos répandus sur la duchesse de Gramont sa sœur, l’autre soutient sans doute la vérité, des bruits qui se rapportent à son gouvernement. La dispute est violente, la cause est grave, car la question qui l’agite est celle de la royauté et des parlementaires. Les détails nous manquent, l’impression générale seule nous est transmise et la révélation de Mercy se trouve d’accord avec d’autres documents contemporains. Ainsi, le 13 août, le Parlement de Rordeaux fait défense aux habitants du duché d’Aiguillon de

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