‹ Histoire de madame du BarryChapitre 30 sur 304 · V. la lettre de Marat fabriquée par lui · texte numérisé non relu

V. la lettre de Marat fabriquée par lui

elle discute pied à pied les mémoires de ses fournisseurs, elle s’occupe des détails de son intérieur comme une ménagère. Madame Guénard (de Favrolle), un bas bleu littéraire, il est vrai, et de haut style, lui reproche de trop s’occuper de ses confitures ; madame du Barry en parle une ou deux fois dans ses lettres à Denis Morin, son intendant, et certes elle ne mérite pas un mauvais point pour cette minutie. Au contraire on aime à la voir dans ce rôle de maîtresse de maison : encore une tradition de Sainte-Aure !

Faut-il aller plus loin ? Les traces de la première éducation religieuse sont ineffaçables. Il semble tout d’abord que ce soit un paradoxe que d’en parler ici. Cependant si l’on écarte les sottes inventions servant de remplissage aux pamphlets, on voit madame du Barry rester fidèle aux souvenirs de son enfance, alors même qu’elle s’écarte le plus des enseignements qu’elle avait reçus.

Sa manière de pratiquer la charité est méthodique et uniforme, elle est la même au Pont-aux-Dames, à Saint-Vrain, àLouveciennes. On dirait qu’elle a appris quelque part à pratiquer ce bel art de la bienfaisance.

Dès son avènement à la cour, elle place sa mère au couvent de Sainte-Élisabeth et elle y mettra plus tard une de ses nièces.

Elle fait instruire religieusement et baptiser Zamor

Elle-même, reléguée à l’abbaye du Pont-aux- Dames, après la mort de Louis XV, elle se concilie l’abbesse, madame de Fontenille, fortement prévenue contre elle , et elle se fait des religieuses autant d’amies, à ce point qu’on l’accusera d’avoir simulé la dévotion par hypocrisie.

Elle fait construire une chapelle particulière dans son hôtel de Versailles, elle en a une au château de Saint-Vrain, une à Louveciennes. Aline de la Neuville, sa nièce à la mode de Bretagne, née en 1779 à Saint-Brieuc et seulement ondoyée, est baptisée à Louveciennes en 1781. Le service religieux de chaque jour y est célébré par un Récollet qui vient de Saint- Germain et est payé par elle ; on a les quittances jusqu’en 1789.

En 1792, au moment où s’élève la persécution contre les prêtres, elle donne asile, non sans danger pour elle-même, à de nombreux ecclésiastiques, l’abbé de Saint-Jorre, l’abbé de la Roche-Fontenille, neveu de madame l’abbesse de Pont-aux-Dames, l’abbé Billardi et beaucoup d’autres.

Elle avait enrichi l’église de Louveciennes de ses dons, flambeaux, tableaux, ornements de toute espèce 1.

Et pour clore cette énumération sur la fin de sa vie, elle achète le Manuel du chrétien 2, c’est une de ses dernières acquisitions. Enfin on trouve dans sa commode deux chapelets.

Faits extérieurs, dira-t-on, dehors dont on peut soupçonner la sincérité ; mais dans les actes, dans le caractère de Jeanne Bécu et de madame du Barry, nous trouvons la trace d’une nature domptée, qui a subi la discipline du cloître. Nous citerons à l’appui de cette assertion :

1° Ses entretiens avec le duc du Châtelet, rappor-

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