‹ Histoire de madame du BarryChapitre 34 sur 304 · Aujourd’hui la Bibliothèque nationale · texte numérisé non relu

Aujourd’hui la Bibliothèque nationale

JEANNE BÉOU ET LE COIFFEUR LAMETZ. 33

femme Rançon et tante de Jeanne, elle avait en même temps pour coiffeur, un jeune homme, nommé Lametz. Entre personnes de cette condition, les connaissances se forment promptement. Lametz proposa à la dame Rançon d’apprendre à sa fille l’art de friser ; celle-ci y consentit, les leçons commencèrent donc et se poursuivirent pendant cinq mois, Lametz se rendait chez son élève, et lorsqu’il venait aux heures du dîner, il prenait place à la table de la famille. Il est facile de comprendre que tant de zèle désintéressé, au moins en apparence, devait avoir un motif secret, aussi à un certain jour d’avril 1759, la veuve Lametz, mère et probablement tutrice de son fils, est informée de ses assiduités dans la rue Neuve-Saint- Étienne. Elle commence par prendre des informations dans le voisinage et elle s’assure que Lametz venait effectivement et publiquement chez les dames Rançon. Elle ne s’arrête pas là. Elle entre chez la dame Rançon, dont la fille était alors absente, et elle les accable toutes les deux de reproches et d’injures. Elle les accuse de faire dépenser à son fils tout son argent, de se laisser entretenir par lui, etc., etc.; à ces accusations déjà outrageantes par elles-mêmes, elle ajoute les mots les plus grossiers. La mère est une proxénète (elle ne se sert pas du mot grec), qui débauche les jeunes gens, la fille est une prostituée qui se livre à eux.

La demoiselle Rançon, dit la plainte que nous suivons, arrive sur ces entrefaites et ne sachant à qui en voulait cette furie et ne comprenant même pas le sens de ses injures, elle ne lui répond pas et monte chez elle.

Mais la dame Lametz n’est pas encore satisfaite, de

la rue elle apostrophe la mère, par la fenêtre, en reproduisant ses accusations infamantes, elle menace la fille de rédiger un placet qu’elle présentera à M. le Curé de la paroisse 1 et elle se retire, non sans répéter de boutique en boutique les outrages auxquels elle s’est livrée dans sa colère.

Le scandale avait été porté à son comble : le lendemain, les dames et demoiselle Rançon (Jeanne prenait le nom du mari de sa mère), se rendaient à l’hôtel du commissaire, rue Saint-Denis, et déposaient une plainte régulière entre ses mains, demandant une réparation authentique pour les injures dont elles avaient été publiquement victimes.

C’est cette plainte conservée dans les papiers des commissaires2 qui a été retrouvée par M. Campardon, que nous avons analysée et que nous reproduisons littéralement aux pièces justificatives.

Malheureusement nous n’avons rien pu découvrir qui fût relatif à cette affaire et indiquât s’il y fut donné suite. Des recherches ont été dirigées, à notre demande, par M. Duclos3, pour tâcher de savoir s’il

1. Nous empruntons à M. F. Ravaisson cette note sur la compétence des curés de Paris, en certaines matières : « Les curés et leurs vicaires faisoient alors la police de leurs paroisses ; ils en c.hassoient les femmes de mauvaise vie et les gens scandaleux. Il résulte même de plusieurs faits que, sur leur demande, l'autorité faisait mettre les coupables en prison. » ( Archives de la Bastille, t. II, p. 437.)

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