Voir ci-dessus, p. 13, la note
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de Versailles, son logement était situé au rez-de-chaussée. On y avait accès par la cour de la Chapelle et par la cour de Marbre (V. Blondel). Ces deux entrées le rendaient propre à la destination secrète qu’il avait reçue. Les victimes pouvaient être introduites, sans qu’on les vît, dans cet affreux repaire, par la grille de la rue des Réservoirs, qui conduisait aussi dans les jardins du parc. Nous savons encore par d’Argenson que ces malheureuses étaient généralement prises parmi des enfants venant de faire leur première communion.
On espérait ainsi qu’elles seraient plus pures et moins dangereuses, car le roi craignait infiniment la contagion de certaines maladies dont il ne guérissait pas, comme des écrouelles, disait Le Bel qui s’avisait parfois d’avoir de l’esprit. Il arrivait donc que des jeunes filles étaient jetées dans ses bras avant qu’elles fussent en âge de devenir mères. La seule manière de définir et de flétrir cette incroyable profanation de tous les sentiments humains et religieux, c’est de l’appeler par son nom, le viol royal de l’impuberté !
Tel était l’état des choses avant l’intervention de madame de Pompadour. La responsabilité en appartenait évidemment à Louis XV et à Le Bel. La favorite ne pouvait tremper dans ces exécrables turpitudes, elle les tolérait, les côtoyait, c’était déjà trop. La première aventure du Parc-aux-Cerfs dans laquelle on la voit intervenir, est une affaire d’accouchement. Madame du Hausset doit y présider comme une déesse de la Fable. Madame de Pompadour règle tous les détails de l’opération en véritable matrone. Les couches auront lieu dans une maison de l’avenue de Saint-Cloud. Guimard, un des garçons bleus du château de Versailles assistera au baptême. Madame de Pompadour pousse la
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complaisance jusqu’à faire cadeau d’un aigrette en diamants à son obscure rivale. Le roi en pleure d’attendrissement, madame de Pompadour pleure aussi et, dit naïvement madame du Hausset : « Je me mis aussi à pleurer sans savoir pourquoi.» L’immixtion de madame de Pompadour, en cette circonstance, peut à la rigueur s’expliquer par la pitié naturelle à la femme pour une autre femme en mal d’enfant, quelle qu’elle puisse être. Mais il est d’autres cas où sa conduite ne peut avoir la même excuse. Citons un exemple: Madame de Coislin vient à exciter ses alarmes, et par les soins de la marquise, Le Bel fait venir au Parc-aux- Cerfs une petite sultane charmânte qui occupe vivement le roi et le refroidit pour l’altière Yasty ( Mémoires de madame du Hausset, p. 114). Madame du Hausset ne pousse pas la complaisance jusqu’à comparer sa maîtresse à une autre Esther, et elle cesse de vanter la supériorité du rôle qu’elle joue, tant il est vrai qu’il est des sentiments avec lesquels il ne faut pas transiger. Madame de Pompadour ne devait pas connaître celles qu’on appelle les sultanes du Pare-aux-Cerfs, elle devait à tout le moins paraître les ignorer. Elle a voulu les diriger et même se mêler de les choisir; elle est devenue la surintendante de cette espèce de sérail; elle a encouru par là et mérité le nom qui lui a été infligé dans une des épitaphes vengeresses composées après sa mort :
Ci-gît qui fut vingt-ans pucelle,
Huit ans c.... et dix ans m...
On devine la rime...
Au reste, l’idée d’un sérail à l’orientale était dans
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l’air, répandu par le Sopha de Crébillon et autres petits romans à la mode. Les membres du Parlement à Londres, les princes russes à Moscou avaient de ces harems privés qu’ils peuplaient de belles Circassiennes, achetées à grands frais, ou de filles de la Géorgie', rivales des précédentes K (V. Pour la France, Y Histoire d'Aïssé ?)
On entrevoit le goût de ces hommes blasés qui cherchent h réveiller leurs sens assoupis par des plaisirs raffinés et des voluptés nouvelles.
Madame de Pompadour ne répugnait pas à ces rôles de sultane. On la voit en prendre le costume dans les toiles de Vanloo, gravées par Beauvarlet. L’habit qu’elle a rendu célèbre sous le nom de déshabillé à la Pompadour n’était autre chose qu’une veste turque. (V. l’ouvrage de M. Poulet-Malassis.)