Voy. infra , p
JEAN DU RARRY.
fournisseur de la marine et de la guerre, mais-les affaires sont menées de front avec les plaisirs. Il hante la petite maison où le marquis de Duras vit enterré auprès de la demoiselle Montansier. Du Barry y conduit sa maîtresse, la demoiselle Beauvoisin, avec laquelle il est encore, il s’y rassemble des hommes de la meilleure société; on joue et la surveillance de la police s’éveille1.
Bientôt il passe à une nouvelle conquête ou plutôt à de nouvelles intrigues, qui appellent l’attention des inspecteurs de police et lui valent l’honneur de figurer longuement dans leurs rapports.
« En septembre 1762, il donne des meubles à une demoiselle Sophie Tricot, âgée de dix-huit ans, et fille de boutique chez une dame Maillet, marchande de modes, rue Saint-Honoré, près celle de Grenelle. Il a confié le soin et la garde de cette demoiselle à la nommée Pilet, ci-devant prêteuse sur gages et marchande à la toilette, demeurant rue Montmartre, au Cadran bleu, à qui il paie pension pour elle. Cette femme assure que le comte lui a fait entendre que cette demoiselle est sa fille adultérine, que ses père et mère sont morts, et que devant incessamment recevoir une somme considérable, il l’établira. Il a refusé, dit-il, de la donner à un jeune avocat, habitué chez madame Maillet, qui la recherchait en mariage.
« Il y a lieu de croire qu’avec ses beaux propos il chambre la Pilet, qui, par elle-même, est une bavarde dont il se sert pour l’instant. C’est une jolie maîtresse de plus et qu’il produira sans doute par la suite à quelques seigneurs, comme il a fait des précédentes. »
On voit ici le caractère de du Barry s’accentuer :
1. Yoy. Journal de Sartine , à la date du 1er janvier 1762, p. 85.
JEAN DU BARRY
on voit aussi se dérouler toutes ses menées, toutes ses trames auprès de la Pilet ; il se fait passer pour un tendre père qui veut racheter une faute passée et doter richement sa fille adultérine. Mais il chambre la prêteuse sur gages, c’est-à-dire il la trompe, et cette prétendue fille qu’il lui donne à garder n’est qu’une maîtresse de plus à porter sur la liste de ses victimes !
Voici maintenant ce qu’il y a de grave dans le fond de l’aventure. Ce n’est pas seulement la séduction d’une jeune fille mineure, c’est bien plutôt le parti qu’il se propose d’en tirer. Il veut en trafiquer avec quelques seigneurs, comme il a fait des précédentes , c’est là qu’est, suivant nous, le comble de l’infamie.
Plus tard, il séduira encore une autre jeune fille, Thérèse Banti, en lui promettant le mariage. Mais il est marié déjà ? Qu’à cela ne tienne, il promet le mariage à célébrer après la mort avenant de sa femme, et il en donne à la jeune fille un acte en bonne forme *.
Tel est Jean du Barry, non pas en caricature, non sur des phrases ou des allégations de pamphlétaires, mais peint à vif par les révélations de pièces authentiques, portant sur des faits certains, réitérés, s’expliquant l’un par l’autre et justifiant ce surnom de roué qui lui fut donné par la notoriété publique. De son temps, il n’y avait plus de roués depuis la régence1 2; ce qui lui valut la résurrection de cette locu-