‹ Histoire de madame du BarryChapitre 7 sur 304 · XXVI · texte numérisé non relu

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Les odalisques répudiées du Parc-aux-Cerfs étaient généralement mariées dans le fond de quelque province éloignée. Pidansat de Mayrobert cite comme une exception, mais une faveur particulière, madame Giamboniquifut l’épouse d’un banquier à Paris. (. Anecdotes , p. 74.)

Nous ne pouvons avoir la prétention de présenter une énumération complète des femmes du Parc-aux-Cerfs. 11 en est qui l’ont certainement traversé et dont le nom est resté inconnu. Telle était celle qui avait servi de modèle à Boucher et à d’autres peintres (d’Argenson, 30 mars 1753). Le nombre de ces innomées, sans être aussi grand qu’on l’a dit, doit être assez considérable. On sait que Louis XY avait des goûts changeants et il était de l’intérêt de madame de Pompadour de ne pas laisser une rivale s’implanter dans les faveurs du roi. De là des mutations fréquentes dans le personnel de cette étrange maison. L’histoire anecdotique pourra seule clore la liste des royales amourettes que nous avons commencé à dresser ici.

Il reste une question de curiosité locale sur laquelle nous pouvons donner d’amples détails. C’est celle de savoir où était située la maison du Parc aux Cerfs. C’est une affaire d’archéologie versaillaise. Plusieurs systèmes se sont succédé, diverses interprétations ont été essayées. Voici ce qu’un long séjour à Versailles, notre ville natale, nous a appris de plus certain.

Le Parc aux Cerfs, rendu si fameux par Louis XV, était une création de son ancêtre, Louis XIII. On sait que Versailles doit son origine au plaisir que ce derniér roi trouvait à chasser dans ses environs; aussi, après avoir fait construire le château, qui n’était à vrai

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dire qu’un rendez-vous ou pied-à-terre de chasse, il établit dans l’emplacement actuel du quartier Saint- Louis un vaste enclos destiné à renfermer des cerfs. Cet enclos formé d’abord de palissades, appelées parquets, fut plus tard fermé de murs; il décrivait un quadrilatère irrégulier, dont on retrouve la configuration dans les anciennes gravures du temps, et surtout dans un plan manuscrit de Caron, conservé aux Archives du département de Seine-ct-Oise.

Par ce plan qui paraît être de 1680, on voit quelles étaient exactement les limites du Parc aux Cerfs.

Il était borné au nord par l’avenue de Sceaux, alors appelée avenue des Boys ou de Meudon, et par la rue de l’Orangerie jusqu’aux Quatre-Bornes ;

Au couchant, par un mur qui le séparait du Potager et allait se terminer à l’emplacement de la grille Satory, au niveau de la tête de la pièce d’eau des Suisses, alors appelée Pièce des grands Cerfs;

Au midi, le mur d’enceinte du Parc aux Cerfs avait précisément la même forme que le mur actuel de clôture, c’est-à-dire qu’après avoir suivi une ligne droite, il décrivait un angle rentrant, et allait aboutir au côté du levant.

Ce quatrième côté, de forme assez irrégulière, venait aboutir à l’extrémité de l’avenue de Sceaux et fermer ainsi ce qu’on appelait le Parc ou le Quarré du Parc aux Cerfs.

Cette représentation graphique est d’accord avec la description que l’on trouve dans les ouvrages du temps. « Le Potager, dit Coquard, qui est au midi de la ville de Versailles, est situé au pied de la côte de Satory, entre la pièce d’eau des Suisses et le Parc aux Cerfs. » Le cicerone de Versailles dit aussi, en parlant du premier

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potager du château : « Ce jardin fut abandonné lorsque La Quintinie eut créé un nouveau et superbe potager entre la pièce des Suisses et la rue Satory. »

Il ajoute :

« Alors un parc, destiné à élever des cerfs et autres bêles fauves, occupait tout l’espace entre le Potager et la butte des étangs Gobert. Sur la fin du règne de Louis XIV, ce terrain fut destiné à un nouveau quartier qui conserva le nom de Parc-aux-Cerfs. Des rues nombreuses furent alignées. Le terrain donné à condition de clore et un emplacement assigné à la future paroisse Saint-Louis. »

Dans le plan de Caron, le Parc aux Cerfs n’est pas encore devenu un quartier de Versailles, il subsiste avec sa destination primitive. On y voit des bassins pour abreuver les cerfs, des bâtiments pour loger les gens de la vénerie. L’un de ces bâtiments occupe l’emplacement des constructions qui devinrent plus tard les Escuries des Gardes du Corps. L’autre paraît situé à l’endroit où est aujourd’hui la grande fontaine des Quatre-Bornes. Nous n’avons pu trouver dans aucune des gravures du temps le dessin visuel de ces bâtiments. C’est à peine si dans quelques-unes on distingue un carré fermé de murs qui paraissent être ceux du Parc aux Cerfs. Cette lacune s’explique sans doute par cette circonstance que le Parc aux Cerfs fut détruit de bonne heure avant que Versailles, parvenu â l’apogée de sa splendeur, eût commencé à exercer le burin des graveurs et des topographes. En effet, Louis XIV ayant fait démolir l’église de Saint-Julien en 1679, parce quelle nuisait, par sa position , à la construction du Grand-Commun , destina aux paroissiens de Saint-Julien un terrain suffisant pour la paroisse, le presbytère

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et le cimetière, attenant le village, clans le Parc aux Cerfs. L’intention du roi était qu’il y eût deux quartiers et deux paroisses dans la ville de Versailles, et dès l’année 1679 il avait arrêté le projet d’affecter le Parc aux Cerfs à l’un de ces quartiers futurs. Un plan gravé en 1693, par Naudin, prouve qu’à cette époque la pensée du roi était déjà réalisée. Dans ce plan le Parc aux Cerfs est devenu un quartier composé des rues et places qui, à peu d’exceptions près, existent encore aùjourd’hui. Un autre plan manuscrit de la même époque nous représente « la ville neuve Saint- Louis, dite le quartier du Parc aux Cerfs, » divisé en 267 lots dont chacun porte un numéro d’ordre. En 1700, les plans commencent à donner les noms des rues; en 1708, ces rues renferment déjà un grand nombre de constructions ; en 1730, Louis XV exécute la promesse faite par Louis XIV aux paroissiens de Saint-Julien: il autorise l’érection de la chapelle Saint- Louis en paroisse, attendu que Notre-Dame se trouve éloignée de plus d’une demi-lieue de divers quartiers du Parc-aux-Cerfs et qu’elle ne peut contenir que 2,500 personnes, quoiqu’il y ait parfois jusqu’à 40,000 communiants. En 1735, nouvelles lettres patentes du roi, portant établissement d’un marché en la grande place du Parc-aux-Cerfs. Dans un des considérants de ces lettres patentes, le roi rappelle quil a été obligé « d’établir une deuxième paroisse pour la commodité « des habitants du quartier du Vieux-Versailles et Parc- « aux-Cerfs, qui compose aujourd’hui la moitié de cette « ville, et yn commissaire pour y établir la police. » Voilà donc le Parc aux Cerfs érigé en un quartier important de Versailles formant la moitié de la ville, et ayant son église, son marché, sa police particulière.

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De là le nom générique de Parc-aux-Cerfs appliqué à tout ce qui appartient ou confine à ce quartier; ainsi, l’avenue de Meudon devient l’avenue du Parc-aux-Cerfs; les étangs Gobert, les réservoirs du Parc aux Cerfs, l’église, le marché, les lieux publics et privés subissent la dénomination commune. Cependant il importe de remarquer qu’indépendamment de cette appellation générale qui s’étendait à tout l’emplacement de l’ancien Parc aux Cerfs, il y eut toujours une portion de ce quartier qui conserva, d’une manière plus spéciale, le nom issu de son ancienne origine. Narbonne, qui a été pendant quarante ans le premier magistrat de police de Versailles et qui a laissé sur notre ville des manuscrits si précieux, nous apprend qu’alors Versailles était divisé en neuf quartiers.

Le neuvième, appelé proprement le Parc-aux-Cet fs, comprenait les rues :

Des Tournelles,

Saint-Honoré.

Satory.

D’Anjou.

Tour de la Grande-Place.

Bourdonnais.

Saint-Louis.

Saint-Antoine.

Des Mauvaises-Paroles.

Du Couvent.

Royale.

Saint-Médéric.

Du Hasard.

Des Mauvais-Garçons.

Cette délimitation essentielle et qui facilitera nos

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recherches ultérieures explique ces mots des lettres patentes de Louis XV, que nous avons cités plus haut: attendu que les habitants de divers quartiers du Parcaux-Cerfs sont éloignés de plus d’une demi-lieue de Notre-Dame.

Il y avait en effet plusieurs quartiers inclus dans l’emplacement de l’ancien Parc aux Cerfs.

Il y avait une partie du sixième quartier (comprenant la rue du Potager), le septième et le huitième composés des rues de l’Orangerie, Saint-Honoré, et l’avenue de Sceaux, et enfin le neuvième ou Parc-aux-Cerfs proprement dit. C’est sur celui-ci que doivent se concentrer nos recherches.

Suivant Narbonne, le meilleur guide qu’on puisse suivre en pareille matière, le Parc-aux-Cerfs proprement dit ne se composait guère que de jardins; aussi le scrupuleux commissaire voulait-il que, pour l’éclairage, ce quartier ne fût taxé qu’à huit sous neuf deniers la toise au lieu de trente sous, prix des autres quartiers, « n’étant pas juste que des jardins payassent autant « que les maisons de la ville qui produisent de gros « revenus et où les lanternes sont en plus grand « nombre. »

Le Parc-aux-Cerfs était donc le moins éclairé, et aussi le moins habité et le plus lointain des quartiers de Versailles. Si l’on ajoute que cette partie de la ville était enceinte de deux côtés et dominée par les collines boisées de Satory, on comprendra qu’elle offrît un asile attrayant pour ceux qui ont besoin d’ombre et de mystère. Aussi vit-on s’y établir un grand nombre de ces petites maisons qui formaient alors l’annexe indispensable du train d’un grand seigneur. Plus d’une des habitations actuelles du quartier Saint-Louis porte

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encore la trace de cette destination primitive et peutêtre est-ce à la même circonstance que l’on doit rapporter les noms équivoques de certaines rues du Parcaux-Cerfs, telles que les rues des Mauvaises-Paroles, des Mauvais-Garçons, etc...

Tel était le Parc-aux-Cerfs, vers 1753, à l’époque où madame de Pompadour, atteinte de l’indisposition qui motiva le célèbre quatrain de Maurepas, voulut se trouver des suppléantes qui ne fussent pas des rivales et diriger une passion qu’elle ne pouvait plus satisfaire. — Est-ce là l’origine du Parc-aux-Cerfs, ou bien est-ce à Louis XY lui-même ou à Le Bel, ministre de ses amours occultes, que revient la gloire de l’invention? C’est ce que nous examinerons plus tard. Constatons seulement qu’en 1753, la maîtresse en titre du roi, n est plus qu’une amie; il faut trouver pour Louis XY, un lieu discret, propre à cacher ses plaisirs sans trahir son incognito. Le quartier du Parc-aux-Cerfs s’offrait naturellement au choix du monarque, qui veut se faire passer pour un des seigneurs de la cour, et se déguise sous le nom d’un prince polonais, parent de la reine. Ce fut dans ce quartier que la débauche secrète du roi fit élection de domicile, et vint abriter les mystères de la vie privée de Louis XV, dans l’emplacement de ce même enclos, où Louis XIII, son aïeul, porté vers des plaisirs plus innocents, avait placé le quartier général de ses chasses.

« Le Parc-aux-Cerfs , dit un contemporain bien informé, était appelé ainsi d’un quartier de Versailles fort éloigné. Bien peu de gens connaissaient cette maison ; on n’en parlait que très vaguement sans rien spécifier. »

Un commissaire de, la marine, nommé Mercier , qui

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avait eu part à l’éducation de l’abbé de Bourbon, avait plus de connaissance qu’aucun autre sur cet établissement et voici ce qu’il a dit à un de ses amis:

«La maison était de peu d’apparence, il n’y avait en général qu’une seule jeune personne; la femme d’un commis du bureau de la guerre lui tenait compagnie, jouait avec elle, ou travaillait en tapisserie; cette dame disait que c’était sa nièce; elle la menait pendant les voyages du roi à la campagne. »

« Quelquefois on a changé de maison et de quartier; mais sans renoncer à l’ancienne maison. »

Mercier ajoutait : « Jamais commerce n’a eu moins de publicité et les particuliers n’ont-il pas de petites maisons où ils entretiennent publiquement des filles ? {Mémoires du madame du Hausset. — Édition de Baudouin, 1824, p. 65.) — Note du premier éditeur.

Ces lignes, écrites par Crawfurd, ont pour nous une double valeur et à cause des renseignements en euxmêmes et à raison de 1 autorité qui s’attache au témoignage de leur auteur, M. Crawfurd.

M. Crawfurd, amateur aussi passionné qu’éclairé de recherches historiques, placé à même de recueillir des souvenirs alors récents de la bouche même des témoins oculaires encore vivants à cette époque, a laissé des ouvrages qui portent l’empreinte d’un caractère sérieux et ami du vrai. On peut donc avoir toute confiance dans le document que nous venons de transcrire.

Quintin Crawfurd, né à Kilwinnick, dans le comté d’Air, en 1743, après une laborieuse et lucrative carrière, remplie dans les Indes, revint se fixer en France vers 1780 avec une fortune considérable. Ses collections étaient immenses. M. Crawfurd était au nombre des étrangers que la reine Marie-Antoinette recevait avec

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le plus de plaisir. De cette faveur étaient résultées pour lui de grandes facilités pour augmenter ses collections historiques en tableaux, statues, curiosités, manuscrits. C’est ainsi qu’il reçut des mains de Senac de Meilhan le journal de madame du Hausset, l’une des femmes de chambre de madame de Pompadour. Senac le tenait lui-même de M. de Marigny, le frère de la marquise.

Madame du Hausset a laissé les pages les plus instructives qui aient paru sur les habitudes intérieures du Parc-aux-Cerfs. Nous les avons déjà mises à profit. Mais elle n’a pas parlé de l’emplacement de cette maison et les autres auteurs qui ont écrit sur la question ont gardé le même silence. Yoici notre réponse.

Il existait, il existe encore dans la rue d’Anjou, n° 78, en face de la caserne, un immeuble ayant cour et jardin. La cour donne sur la rue d’Anjou, le jardin a une porte sur la rue du Hasard.

La maison est à deux étages de sept croisées de façade, à toit recoupé.

Vers 1830 on voyait une pierre carrée de 50 centimètres de largeur sur 35 centimètres de hauteur portant cette inscription :

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