Auteur de Poésies badines , etc
2; Celui qui le mieux peignit l’âme
Du Petit Maître et de la femme.
[Recueil de Laplace, t. III, L 5-37.)
avait pour le plaisir un goût effréné et partageait son temps entre la table, les femmes et l’étude. Dans ses moments d’abondance, les affaires étaient abandonnées et tout son temps était consacré à des maîtresses, à la dissipation, et à de longues orgies à table. » Favier faisait des vers excellents, semait à pleines mains les plaisanteries les plus originales et les plus amusantes. Senac cite plusieurs exemples de ses poésies et de ses bons mots, on imagine facilement quels pouvaient être les succès, l’influence d’un pareil viveur dans des Sociétés de jeunes femmes libres b Favier était né à Toulouse, son père était secrétaire général des États de Languedoc ; il lui avait succédé et avait exercé lui-même ces fonctions jusqu’au moment où il entra dans les ambassades, par toutes ces raisons il devait connaître personnellement Jean du Barry, Languedocien, aspirant diplomate, bel esprit aimant le plaisir et les femmes à la mode, c'est peut-être ainsique notre roué- était entré chez mademoiselle Legrand, qui serait devenue l’amie et la camarade de mademoiselle Jeanne Yaubernier, Favier ouvrirait donc la liste des personnages connus, avec lesquels Jeanne aurait été en rapport avant son avènement à la Cour.
Au nombre des personnes que fréquentait Jean du Barry, on peut encore citer le prince de Ligne, dont le nom seul est un emblème de l’esprit en ce qu’il a de plus délicat. Le Roué avait su capter la confiance du prince, jeune alors, il lui faisait les honneurs du monde où il vivait et le guidait dans les sentiers
1. Ses armes étaient d’azur à un chevron d’or chargé de trois lions affrontés de gueules et accompagnés de trois molettes d'or.
glissants de la galanterie. Il avait détourné le jeune étranger de la passion qu’il avait conçue pour madame de Mazarin encore belle, mais déjà ridicule ; il lui avait présenté cette Dorothée qu’il aurait destinée d’abord au roi, le prince de Ligne a donc connu d’ancienne date, Jean du Barry, il signale l’accent caractéristique cju il avait gardé de sa province ; il en parle avec un dédain de grand seigneur qui n’est pas exclusif de certains éloges b On ne pouvait être en relation avec du Barry sans voir la femme qui vivait maritalement auprès de lui, aussi le prince de Ligne entre, sur madame du Barry, dans de longs détails prouvant qu’il l’a bien connue.
A cette liste, il faut joindre M. le duc de Duras, qui admettait Jean du Barry dans ses particuliers les plus intimes, ce qui impliquait la compagnie du duc de Nivernais, son alter ego. Enfin la fine fleur de l’élégance, le duc de Richelieu , l’Alcibiade du dix -huitième siècle ne doit pas être omis ; il n’y a, à cet égard, aucun doute possible, car le témoin c’est Louis XV en personne ; il écrit à M. de Choiseul en parlant de madame du Barry. « Elle n’a connu que le maréchal de Richelieu. »
tels ont été les maîtres de Jeanne Yaubernier, tels sont les modèles qu’elle a eus sous les yeux pendant quatre années consécutives ; elle a vécu avec eux, de leur vie, de leurs mœurs, elle s’est imprégnée de leur esprit, elle a bu à la source de leurs conversations journalières, l’éducation qu’elle avait commencée dans les riches salons delà finance a donc pu s’ache-
1 . V. Mémoires inédits du prince de Ligne , publiés par la Revue nouvelle.
ver et se perfectionner dans le monde de la galanterie et des lettres1. Ses amitiés déposent en sa faveur aussi bien que celles de du Barry.
1. c’est dans cette société qu’on avait donné à M. de Choiseul le surnom de Plolémée. Suivant Du Mouriez, le ministre n’aurait fait qu’en rire. Cette plaisanterie érudite indiquerait qu’il y avait là une certaine tendance au bel esprit sérieux, ce qui se comprend très bien, lorsqu’on songe au nombre des littérateurs qui faisaient partie du cercle de mademoiselle Legrand. (. Mérn ., c. vji, p. 187.)
Ptolémée II, surnommé Philadelphe par dérision, parce qu il avait fait périr ses deux frères, était au contraire épris de sa sœur Arsinoé, au point qu’il l’avait épousée publiquement. De la une allusion visible à madame deGramont qu’on disait aimée par le duc de Choiseul, son propre frère.