CHAPITRE XI
Du Barry avait pu en user cavalièrement avec la belle Dorothée et la Beauvoisin qu’il avait traitées en filles vulgaires. Mais ici il obéit à d’autres sentiments, puisqu’il resta fidèle à Jeanne pendant quatre années et qu’il n’en fut séparé qu’involontairement et par le fait du prince.
Il déclare dans une de ses lettres, avoir été satisfait de l 'attention et de l’intelligence que mademoiselle Jeanne de Vaubernier avait montrée dans la tenue de la maison, il avoue même en être fort reconnaissant. Nous savons que les services qu’elle avait pu lui rendre étaient d’une tout autre nature, aussi poussait-il la gratitude jusqu’à confier à cette jolie gouvernante, les droits et le titre de l’épouse légitime. Nous allons en trouver la preuve dans un acte authentique, auquel nous avons déjà fait allusion. En 1767, une discussion s’élève entre Jeanne Vaubernier et une dame Etienne, sa couturière en linge. Cette dernière, qui avait reçu une pièce de mousseline des Indes, et une autre de bazin, pour confectionner des habillements de femme, ne voulait ni les terminer ni les rendre, Jeanne Vaubernier en avait besoin pour aller à la campagne. Elle
dut insister et même recourir à l’intervention d’Adolphe du Barry, le fils du Roué, pour l’aider à se faire rendre justice. Il était alors lieutenant dans le régiment du Roi-Infanterie, sa médiation fut repoussée parles époux Etienne, et ceux-ci ajoutèrent à leurs premiers torts des injures et des menaces de la nature la plus grave. D’où nécessité de porter plainte pour avoir réparation d’un double grief contre les époux Etienne, rétention indue des effets confiés, injures et menaces de mort l.
Ce petit épisode, insignifiant par lui-même, nous révèle plusieurs détails intéressants du modus vivendi des deux du Barry, le père donnait à sa maîtresse le nom honorable qui lui appartenait par sa naissance, et le titre usurpé qu’il s’arrogeait le droit de porter.
Il avait même rectifié celui de Beauvarnier et l’avait changé en Vaubernier, forme définitive adoptée par elle dans les suites de sa vie, Adolphe du Barry vivait avec la maîtresse de son père, comme Anne Bécu avec l’amant adultère de sa fille. Il y avait là une sorte de mélange assurément fort peu moral.
Le siège de ce ménage interlope était alors rue de la Jussienne. C’est là que la prétendue comtesse du Barry déclare demeurer et du Barry y fait allusion dans une de ses lettres 2.
A entendre Pidansat de Mayrobert, le ménage du Barry avait été souvent troublé par des altercations violentes dues au caractère impérieux du Roué3. La vie de la jeune femme aurait même été menacée et