Anecdotes , p
réduite au désespoir, elle aurait été sur le point de se jeter par la fenêtre (ibid). Pidansat de Mayrobert ne savait pas que Jeanne avait sa mère auprès d’elle et au besoin son beau-père Rançon, pour la protéger contre de pareilles scènes. Du Barry d’ailleurs n’était ni grossier ni méchant ; ses vices étaient d’une tout autre nature. Il a pu rendre des femmes malheureuses par ses perfidies, non par ses brutalités. Si Jeanne Yaubernier avait été maltraitée, pourquoi aurait-elle demeuré quatre ans dans cette maison, qu’est-ce qui l’y retenait? Les Anecdotes énumèrent didactiquement les raisons qui pourraient expliquer sa persistance à rester avec du Barry et, n’en trouvant point de bonnes, l’auteur prend le parti de se contredire.
« La vie douce et agréable qu’elle menoit, vivant dans la plus grande aisance, nageant dans les plaisirs et surtout pouvant satisfaire cette magnificence des habillemens (sic), le goût de la parure qui la dominoit si fort. »
Le tableau change en quelque sorte à vue : le calme succède aux tempêtes, à l’enfer le paradis. L’auteur des Anecdotes est coutumier de ces contradictions qui ne le gênent en aucune manière. Il faut prendre raisonnablement une moyenne. Ces unions portaient alors un nom : on les appelait « des mariages à la détrempe , » les orages à coup sûr n’en étaient pas bannis et sous des apparences décentes, il pouvait se cacher bien des désordres, des infidélités réciproques, d’aventureux romans. Jeanne Yaubernier aimait follement la dépense, elle faisait des dettes, des billets, on en a d’elle signés pendant cette période de sa vie où nous sommes (Etat F). Elle fréquentait le
théâtre, les bals masqués de l’Opéra1. Elle a pu, elle a dû avoir des intrigues, les unes par caprice, les autres intéressées2. Une de ses parentes lui a reproché « d’avoir inspiré souvent des passions et de n’avoir ressenti que rarement le plaisir du retour3. » C’était une hétaire du dix-huitième siècle, que ses ennemis traitèrent de Laïs et ses amis d’Elmire, qui n’était ni une Phryne par la débauche ni une Aspasie par l’esprit et qui se confondait dans la grande famille des femmes galantes. On lui a donné notamment comme amants, Radix de Sainte-Foy, d’Arcambal, le duc de Fitz-James, etc.
Il ne faut pas confondre ce Sainte-Foy avec le littérateur Poullain de Sainte-Foix, qui vivait aussi au dix-huitième siècle et mourut en 1774. Glaude-Pierre- Maximilien Radix de Sainte-Foy était né à Paris eu 1737. « Il était, dit Grimod de la Reynière, fils d’un bourgeois enrichi4. » On voit en effet, par les almanachs royaux, qu’un sieur Radix figure parmi les payeurs des rentes de l’Hôtel de Vil le, depuis 1727, époque de sa réception.
En 1765, Augustin de Saint-Aubin gravait, d’après un dessin de C. N. Cochin, les portraits de Claude- Mathieu Radix, écuyer, seigneur de la châtellenie de la Ferté-Loupière et prévôté de Chevillon et de Marie- Elisabeth Denis, sa femme5. Claude Radix devait être le père ou l’oncle et peut-être le parrain de notre Claude Radix qui portait le même prénom.