‹ Histoire de madame du BarryChapitre 76 sur 304 · V. Lorgnette philosophique · texte numérisé non relu

V. Lorgnette philosophique

5. Bibl.nat., département des Estampes, col I . de l’histoire de France.

Ce dernier occupe une certaine place dans les annales galantes de son temps et dans les premiers événements de la Révolution. Le Journal des inspecteurs de M. de Sartine en parle sous la date du 2 septembre 1763, p. 313, il le qualifie d 'employé aux affaires étrangères . Il le représente comme aveuglément attaché à une demoiselle Gourcy qu’il meuble et entretient dans une maison de la rue Pavée-Saint-Sauveur. Il va jusqu’à permettre à cette fille de porter son nom. En effet elle est indiquée dans le journal comme Courcy et comme Sainte-Foy : « c’est, ajoutent les rédacteurs du journal, pour un homme d'esprit , témoigner bien de la faiblesse. »

Sainte-Foy est très bien défini en ces simples lignes. Madame Geoffrin, juge compétent et difficile, écrit de lui au roi de Pologne : « ce M. de Sainte-Foy est aimable : il a de l’esprit et est obligeant. » 7 août 1765 b Elle disait encore : « Il est premier commis des affaires étrangères et le favori du ministre. » Ce ministre était alors M. de Choiseul ; pour remplir les fonctions importantes d’un premier commis, et s’en tirer à la satisfaction de M. de Choiseul, il fallait un certain mérite. Il était en outre amateur de tableaux et possédait une collection précieuse de maîtres hollandais. On citait ses Wouwermans, ses Paul Potter. Son hôtel, construit par Brongniart, architecte du roi, rue Basse-du-Rempart, était un des plus remarquables de Paris2. Sa maîtresse la demoiselle Courcy était, au rapport des rédacteurs du journal de Sar-

]. Yoy. aussi Lettres du 21 juin, etc.

2. Almanach du voyageur à Paris. Paris et Versailles, 1783, p. 242.

tine, une des « plus jolies créatures du monde \ » et plusieurs fois ils emploient ces expressions admiratives qui ne leur sont pas ordinaires. Sainte-Foy avait donc tout en partage : à une capacité sérieuse dans les affaires il joignait les autres avantages qne peut ambitionner un homme. Il était aimable, spirituel, d’un heureux caractère, il était riche, jeune encore, il n’avait pas plus de trente-six ans. Nous aurions voulu donner son image pour compléter son portrait physique et moral. Il nous semble difficile que ce portrait n’ait pas été gravé ou tout au moins exécuté d’une manière ou d’une autre, en peinture ou sculpture. Peut-être le trouvera-t-on quelque jour. Il serait intéressant à connaître.

Quatre années s’écoulent. Sainte-Foy est devenu trésorier général de la marine. Le journal de M. de Sartine reprend la parole et il inscrit sur ses tablettes ce qui suit à la date du 29 janvier 1768 :

«... La demoiselle Beauvarnier, maîtresse ou plutôt vache à lait du sieur du Barry. C’est M. de Sainte- Foy, trésorier de la marine, que cette dernière est occupée aujourd'hui à sous tirer sous le bon plaisir du sieur du Barry 1 2. »

Déjà la notoriété désignait Sainte-Foy comme ayant été l’amant, certains même disaient le premier amant, de Jeanne Vaubernier. Le journal de M. de Sartine confirme expressément cette opinion, en termes flétrissants pour les trois complices qui ne sont pas mieux traités l’un que l’autre. Nous ne méconnais-

2. État des femmes et filles galantes, etc., p. 244. Manuscrit de l’Hôtel de Ville, aujourd'hui brûlé.

sons pas l’autorité extrêmement grave de ce témoignage inattendu. Il semble cependant résulter d’une épigramme grossière que nous avons trouvée à la bibliothèque de l’Arsenal1, que Sainte-Foy ne reconnaissait pas la vérité de l’imputation. Voici cette épigramme, nous demandons qu’on oublie l’obscénité de la forme, pour s’attacher au fond des choses :

Janvier 177 1 (p. 138).

Fille du ciel, ô vérité sacrée,

Sans l’intérêt tu serois adorée.

L’amy Perrot2 m’eu a bien convaincu Quand au b..., cent fois pour un écu,

Manon du Bue, Lange, la Chambrière, Naïvement luy montra son derrière.

L’amy Perrot convenoit de cela;

Mais à l’instant où le grand roy de pique Honnêtement la Guenippe adora,

Fit la Pallas de la p... publique,

Et du Cerdeau3 la transmit au gala.

Perrot comme un sot recula;

J’entendis lors toute une autre musique.

Perrot me nia ces culs-là,

Per omnia sæcula.

Perrot, c’est Radix de Sainte-Foy, le manuscrit a pris la précaution de nous le faire savoir dans une

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