Les Illustres victimes
2. « Le marquis d’Arcambal envoyé à M. Boileau les intentions de madame la comtesse du Barry, pour l’achat de douze tableaux indiqués dans le mémoire ci-joint, où elle a marqué et spécifié la somme totale qu’elle veut y mettre. C’est à sa prudence à le guider dans l’employ qu'il en fera, et, à ce titre, de mériter la confiance et la protection qu’il doit en attendre.
« A Versailles, le 5 avril 1772. »— Tome Ier des Comptes , n°23
acquisition de tableaux. M. d’Arcambal était grand amateur et avait une collection célèbre en divers genres. Un autre jour elle adresse une lettre de recommandation pressante à M. de Glioiseul, en faveur du même M. d’Arcambal. Si elle avait eu à craindre des indiscrétions ou des révélations sur ses rapports avec son ancien amant, se serait-elle adressée à son plus mortel ennemi ? etM. de Choiseul aurait-il manqué une si belle occasion de l’attaquer et de la perdre ?
Les d’Arcambal étaient eux aussi des financiers et de la classe de ceux que nous avons déjà fait connaître : des payeurs de l’Hôtel de Ville.
M. d’Arcambal, comme Radix de Sainte-Foy, pourrait avoir connu Jeanne enfant, l’avoir suivie dans sa haute fortune et être devenu un amant en apparence, lorsqu’il n’était en réalité qu'un ancien ami.
Le silence de M. de Choiseul confirme cette conjecture. Animé comme il l’était, ardent à la vengeance, il n’aurait pas négligé une pareille arme. Il ne parle, d’après ouï-dire, que de Sainte-Foy et de M. de Fitz-James, en quelque sorte concurremment.
Lauzun, dans ses mémoires, dit aussi que M. de Fitz-James fut l’heureux possesseur de Jeanne Vaubernier. L’autorité de sa parole n’ajoute rien à l’assertion de M. de Choiseul, leurs témoignages se valent, ils étaient d’ailleurs proches parents et amis.
Jean-Charles, comte de Fitz-James, né le 26 novembre 1743, marié à mademoiselle de Thiard, était un des plus brillants seigneurs de la cour de Louis XV. Descendant des rois d’Angleterre par l’illustre maréchal de Berwick ; jeune, beau, aimable, il pouvait plaire et, comme on le disait, sortir facilement vain-
queur d’une affaire avec une femme. Il n’y aurait ni à s’en étonner ni à s’en défendre outre mesure, pour une femme à la mode de ce monde que nous avons décrit. On parlait beaucoup de la beauté de Jeanne Vaubernier ; nous le savons par Senac de Meilhan, et il ajoute cette phrase qui est si bien de l’époque, « on s’empressait de souper au moins avec elle. » Nous voulons rester sur ce dernier coup de pinceau que nous ne pourrions qu’affaiblir.