PREMIERE PARTIE l
Cette conversation servit du moins à renouveller la pitié de mon ami. Il comprit qu'il y avoit plus de foiblesse que de malignité dans mes désordres. Son amitié en fut plus disposée dans la suite à me donner des secours, sans lesquels j'aurois péri infailliblement de mJsere. Cependant je ne lui fis pas la moindre ouverture du dessein que j'avois de m'échapper de Saint- Lazare. Je le priai seulement de se charger de ma lettre. Je l'avois préparée avant qu'il fût venu, et je ne manquai point de prétextes pour colorer la nécessité où j'étois d'écrire. Il eut la fidélité de la porter exactement, et Lescaut reçut avant la fin du jour celle qui étoit pour lui.
Il me vint voir le lendemain, et il passa heureusement sous le nom de mon frère. Ma joie fut extrême en l'appercevant dans ma chambre. J'en fermai la porte avec soin.
« Ne perdons pas un seul moment, lui dis-je ; apprenez-moi d'abord des nouvelles de Manon , et donnez-moi ensuite un bon conseil pour rompre mes fers. -»
Il m'assura qu'il n'avoit pas vu sa sœur depuis le jour qui avoit précédé mon emprisonnement; qu'il n'avoit appris son sort et le mien qu'à force
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d'informations et de soins; que^ s'étant présenté deux ou trois fois à l'Hôpital, on lui avoit refusé la liberté de lui parler.
« Malheureux G... M..., m'écriai-je, que tu me le payeras cher !
— Pour ce qui regarde votre délivrance, continua Lescaut, c'est une entreprise moins facile que vous ne pensez. Nous passâmes hier la soirée, deux de mes amis et moi, à observer toutes les parties extérieures de cette maison, et nous jugeâmes que, vos fenêtres étant sur une cour entourée de bàtimens, comme vous nous l'aviez marqué, il y auroit bien de la difficulté à vous tirer de là. Vous êtes d'ailleurs au troisième étage, et nous ne pouvons introduire ici ni cordes ni échelles. Je ne vois donc nulle ressource du côté du dehors : c'est dans la maison même qu'il faudroit imaginer quelque artifice.
— Non, repris-je, j'ai tout examiné, sur tout depuis que ma clôture est un peu moins rigoureuse par l'indulgence du supérieur. La porte de ma chambre ne se ferme plus avec la clé; j'ai la liberté de me promener dans les galeries des religieux; mais tous les escaliers sont bouchés par des portes épaisses, qu'on a soin de tenir