‹ Histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux précédée d'une étuceChapitre 83 sur 100 · PREMIERE PARTIE iSy · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE iSy

fermées la nuit et le jour, de sorte qu'il est impossible que la seule adresse puisse me sauver. Attendez, repris-je après avoir un peu réfléchi sur une idée qui me parut excellente, pourriezvous m'apporter un pistolet?

— Aisément, me dit Lescaut; mais voulezvous tuer quelqu'un? »

Je l'assurai que j'avois si peu dessein de tuer qu'il n'étoit pas même nécessaire que le pistolet fût chargé.

« Apportez-le moi demain, ajoûtai-je, et ne manquez pas de vous trouver le soir, à onze heures, vis-à-vis la porte de cette maison, avec deux ou trois de nos amis. J'espère que je pourrai vous y rejoindre. »

Il me pressa en vain de lui en apprendre davantage. Je lui dis qu'une entreprise telle que je la méditois ne pouvoit paroître raisonnable qu'après avoir réussi. Je le priai d'abréger sa visite, afin qu'il trouvât plus de facilité à me revoir le lendemain. Il fut admis avec aussi peu de peine que la première fois. Son air étoit grave. Il n'y a personne qui ne l'eût pris pour un homme d'honneur.

Lorsque je me trouvai muni de l'instrument

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de ma liberté, je ne doutai presque plus du succès de mon projet. Il étoit bizarre ethardi; mais de quoi n'étois-je pas capable avec les motifs qui m'animoient? J'avois remarqué, depuis qu'il m'étoit permis de sortir de ma chambre et de me promener dans les galeries, que le portier apportoit chaque jour au soir les clés de toutes les portes au supérieur, et qu'il régnoit ensuite un profond silence dans la maison, qui marquoit que tout le monde étoit retiré. Je pouvois aller sans obstacle, par une galerie de communication, de ma chambre à celle de ce père. Ma résolution étoit de lui prendre ses clés, en l'épouvantant avec mon pistolet s'il faisoit difficulté de me les donner, et de m'en servir pour gagner la rue. J'en attendis le tems avec impatience. Le portier vint à l'heure ordinaire , c'est-à-dire un peu après neuf heures. J'en laissai passer encore une, pour m'assurer que tous les religieux et les domestiques étoient endormis. Je partis enfin avec mon arme et une chandelle allumée. Je frappai d'abord doucement à la porte du père pour l'éveiller sans bruit. Il m'entendit au second coup, et, s'imaginant sans doute que c'étoit quelque religieux qui se

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