‹ Histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux précédée d'une étuceChapitre 85 sur 100 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

« Ah ! mon fils, ah ! qui l'auroit jamais cru?

— Point de bruit, mon père », répétois-je de mon côté à tout moment.

Enfin nous arrivâmes à une espèce de barrière qui est avant la grande porte de la rue. Je me croyois déjà, libre, et j'étois derrière le père avec ma chandelle dans une main et mon pistolet dans l'autre. Pendant qu'il s'empressoit d'ouvrir, un domestique qui couchoit dans une petite chambre voisine, entendant le bruit de quelques verrouils, se levé et met la tête à sa porte. Le bon père le crut apparemment capable de m'arréter. Il lui ordonna avec beaucoup d'imprudence de venir à son secours. C'étoit un puissant coquin, qui s'élança sur moi sans balancer. Je ne le marchandai point : je lui lâchai le coup au milieu de la poitrine.

« Voilà de quoi vous êtes cause, mon père, dis-je assez fièrement à mon guide. Mais que cela ne vous empêche point d'achever, ajoiitai-je en le poussant vers la dernière porte. »

Il n'osa refuser de l'ouvrir. Je sortis heureusement, et je trouvai à quatre pas Lescaut qui m'attendoit avec deux amis, suivant sa promesse.

'^! \- : i ous nous éloignâmes. Lescaut me "^^^fe' demanda s'il n'avoit pas entendu -/'^^V-ii^ tirer un pistolet.

« C'est votre faute, lui dis-je; pourquoi me l'apportiez-vous chargé? »

Cependant je le remerciai d'avoir eu cette précaution, sans laquelle j'étois sans doute à Saint-Lazare pour long-tems. Nous allâmes passer la nuit chez un traiteur, où je me remis un peu de la mauvaise chère que j'avois faite depuis près de trois mois. Je ne pus néanmoins m'y livrer au plaisir. Je souffrois mortellement dans Manon.

« Il faut la délivrer, dis-je à mes trois amis. Je n'ai souhaité la liberté que dans cette vue. Je vous demande le secours de votre adresse; pour moi, j'y employerai jusqu'à ma vie. »

Lescaut, qui ne manquoit pas d'esprit et de prudence, me représenta qu'il falloit aller bride

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