‹ Histoire de Manon Lescaut et du chevalier DesgrieuxChapitre 14 sur 22 · PREMIÈRE PARTIS · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIS

pendre mes soupçons. Je laissai couler quelques heures que je passai à lire. Enfin, n'étant plus le maître de mon in(iuiétude» je me promenai à grands pas dans nos appartements. J'aperçus dans celui de Manon une lettre cachetée qui était sur la table. L'adresse était à moi, et récriture de sa main. Je l'ouvris avec un frisson mortel; elle était dsms ces termes :

« Je te jure, mon cher chevalier, que tu es l'idole ^ de mon cœur, et qu'il n'y a que toi au monde »> que je puisse aimer de la façon dont je t'aime; » mais ne vois-tu pas, ma pauvre chère âme, que i> dans l'état où nous sommes réduits, c'est une n sotte vertu que la fidélité? Crois-tu qu'on puisse n être hien tendre lorsqu'on manque de pain? La » faim nie causerait quelque méprise fatale; je ren- » drais quelque jour le dernier soupir en croyant en » pousser un d'amour. Jet'adore, compte là-dessus; » mais laisse-moi pour quelque temps le ménagement » de notre fortune. Malheur à qui va tomber dans » mes filets ! je travaille pour rendre mon chevalier » riche et heureux. Mon frère l'apprendra des nou^

f» 'itâim^àttBiiMAnan ; il teîdira qu'elle apleoré^ile <» Ia:iiâ6ettiléd0 te'quHter.'M

.»le4emevai, après. cette) iteotwe/dans^ lin élal loifine serait difficileà déorire^ car j'igoore enoere f«jofiJul:iiiii parqttfUe espiàceidet seiitimeiits je tan M9tB agité. Ce fut Qae>de ees sitoatiODS uaiqaea, auxquelles on n'a rien éprouvé qui soit semblable : on ne saurait les expliquer aux autres, parce qu'ils n'en ont pas l'idée ; etil'on a peine à se iea bien démêler à soi-même, parce qu'étant seules Je leur espèce, cela ne se lie àrien^ans.la mémoire,>6t ne peut même être rapproché d'aucun-jentunent connu. Cependant, de quelque nature que fiissent les miens, il est certain qu'il devait y entrer de la douleur, du dépit, de la Jalousie et de la hottte. Heureux, s'il n'yfût pas entré encore plusd'amoar t Elle m'aime, je le veux croire; mais ne faudraitil pas, m'écrlai-je, qu'elle fût. un monstre pour me haïr? Quels droits eut-on jamais sur un cœur^que je n'aie pas sur le. sien? Que me reste-t-il à faire pour elle, après tout ce que jelui aisacrifiéT.C^ndant elle m'abandonne I et l'ingrate se croit à.G0U*

rnrHTiRE PARTIS. M

tert de mes reproches en me disant qu^^élle ne cesse pas de m'aimelrl Elle appréhende la &im!"Dien d^mon?f quelle grossièreté de sentiments, et que c'est répondrermisil à ma'déiicatesse ! Je ne l'ai pas appi^faendée, moi qui mY^xpose srvoloittiers'pour elle en renonçant arma fortune et aur douceurs de la nmison de mon père; moi «qui me Bui9 retranché jusqu'au nécessaire pour satiisfaire ses petites humeurs^ et ses caprices riElle m adore/ dit-elle. Si tu' m'adorais, ingrate, je sairbien de qui tu aurais pris des conseils; tu ne m*aurais pas quitté, du moins, sans mer dire adieu. C'est à moi qu'il' fiaut éemaiiderqutélles peines cruelles on sent de se sépa- Fcrîle ce' qu'on adore. 'B faudrait avoir perdu TespHt pour sy exposer volontairement *^M«s plaintes furent 'interrompues par une visite à laquelle je ne^m'atlendais pas; ce 'fut celle de Lescaut. « Bourreau! lui dis-je en mettant Tépée à la main, où est Manon? qu'en as-tu fait? Ce mouvement rèffray a. Il me répondit que si c'était ainsi que je le recevais, lorsqu'il venait me ». endre compte dn service le phis considérable qu'il eût pu me tendre, il allait se retirer et ne remettrait jamais lai

M HAlfOlf LESCAUT.

pied chez mol Je couras à la porte de la ehambret que je fermai soigneasement. « Ne t'imagine pas» lai dis-je m me toarnant vers lui, que ta paisses me prendre encore une fois pour dupe et me tromper par des fables. Il faut défendre ta vie ou me faire retrouver Manon. —Là, que vous ètr'** vif t repartit-il ; c'est Tunique sujet qui m'amène. Je viens vous annoncer an bonhear auqael vous ne pensez pas, et pour lequel vous reconnaîtrez peut-être qae vous m'avez quelque obligation. » Je voulus être éclairci sur-le-cbamp.

Il me raconta que Manon, ne pouvant soutenir la crainte de la misère, et surtout l'idée d'être obligée tout d'un coup à la réforme de notre équipage, l'avait prié de lui procurer la connaissance de H. de G*^ M***, qui passait pour un homme généreux. Il n'eut garde de me dire que le conseil était venu de lui, ni qu'il eût préparé les voies avant que de l'y conduire. « Je l'y ai menée ce matin, continua-t-il, et cet honnête homme a été si charmé de son mérite, qu'il l'a invitée d'abord à lui tenir compagnie à sa maison de campagne, où il est allé pas ser quelques jours. Moi^ ajouta Lescaut, qui ai

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