‹ Histoire de Manon Lescaut et du chevalier DesgrieuxChapitre 18 sur 22 · PREMIÈRE PARTIE. iZi · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. iZi

de me suivre en faisant le moins de bruit qu'il pour« rait.

n fut obligé de s'y résoudre. A mesure que nous ayaneions et qu'il ouvrait une porte/ il me répétait avec un soupir : « Ah I mon filsi ali I qui l'aurait jamais cruT — Point de bruit, mon père, » répétais- je de mon c6té à tout moment. Enfin nous arrivâmes à une espèce de barrière qui est avant la grande porte de la rue. Je me croyais déjà libre, et j'étais derrière le père, tenant ma chandelle d'une main et mon pistolet de l'autre. .

. Pendant qu'il s'empressait d'ouvrir, un domestique qui couchait dans une petite chambre voisine, entendant le bruit de quelques verrous, se lève et met la tète à sa porte. Le bon père le crut apparemment capable de m'arrèter. U lui ordonna avec beaucoup d'imprudence de venir à son secours. C'était un puissant coquin, qui s'élança sur moi sans balancer; Je ne le marchandai point, je lui lâchai le coup au milieu de la poitrine. « YoUà de quoi vous êtes cause, mon père, dis-je assez fièrement à mon guide. Mais que cela ne vous empêche point d'achever, n ajoutai -je en le poussant vers la

ISA MANON LBSCAUT.

dernière porte. U n*osa refuser de TottYrir. Je sortis heureusement , et je trouvai à quatre pas Lescaut qui m'attendait avec deux amis, suivant sa promesse. *

Nous nous ékigoâmes. Leseaut me demanda s'il n*avait pas entendu tirer un jûsloleit. « C'est votre iaute, lui dis-je; pourquoi me L'^ppoitiezi-vous ckargé ? >» Cependant je le remerciai d'avoir eu cette précaution, sans laquelle j'étais; sans douleii Saint- Lazare pour longtemps. Nous allâmes passer Isinuit chez un traiteur, où je: m^ remis un peu de la mauvaise obère que j'avais faite depuis ipcàs de trok mois. Je ne pus néaioaoins m'y iivrer au plaisir; je souffraia morteUement dans Manon, a D faut iadélivoer, d£saia-je à mes amis. Je a'ai «souhaité la liberté q«0dana cette vtm. Jb VMsdemaode le secours de votre adresse : pmir moi, j'y.ampkMerai jusqu'à ma vie. m

Lescaut, .qui ne^ manquait pas d'espritet définidence, me représenta qu'il ilaUait aller bride en main ; que mon évasion deSaintrLàzare et.lamal« heur qui m'était arrivéten sortant jcauseraientinilaîllibleménlfdii lirait; ^e le lieutenant fendrai

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de police me ferait chercber, et qtfîl avait le bras lODg; enfin qne si je ne voalais pas être exposé à gaelqne chose de pis que Saint-Lazare, il était à propos de me tenir convert et renfermé pendant quelques jonrs, ponr laisser au premier feu de mes ennemis le temps dé s'éteindre. Son ci^nseil était sage; mais il auraitfallurètre aussi pour le suivra Tant de lenteur et de ménagements ne s'accordaient pas avec ma passion. Toute ma complaisance se réduisit à lui promettre que je passerais le jour surrant à dormir. Il m'enferma dans sa diambre^ où je demeurai jusqu'au soir.

J^employai une partie de ce temps à former des projets et des expédients pour secourir Manon. J'étais bien persuadé ' que sa prison était encore plus impénétrable que n'avait été la mienne. Il n'él^it pas question de force et de violence, il fallait deFartifice; mais la déesse même de rinvention n'aurait pas su par où commencer. J'y vis si pet de jour, que je remis à considérer mieux les choses lorsque j'aurais pris quelques informations sur Parrangement intérieur de Thôpital

Aussitôt que la nuit m'eût rendu la liberté, jo

priai Lescaat lie m*accoiApagûer. Nous liâmes cou- Yersatioo avec un des portiers» qui nous parut homme de bon sens. Je feignis d*étre un étranger qui avait entendu parler avec admiration de THôpital Général et de l'orare qui s'y observe. Je l'interrogeai sur les plus minces détails^ et de circonstance en circonstance nous tombâmes sur les administrateurs, dont je le priai de m'apprendre les nomsetles qua* lités. Les réponses qu'il me fit sur ce dernier article me firent naître une pensée dont je m'applaudis aussitôt, et que je ne tardai point à mettre en œuvre. Je lui demandai, comme une chose essentielle à mon dessein, si ces messieurs avait des enfants. Il me dit qu'il ne pouvait pas m'en rendre un compte certain, mais que pour monsieur de 1?*% qui était un des principaux, il lui connaissait un fils en âge d'être marié, qui était venu plusieurs fois à l'hôpital avec son père. Cette assurance me suffisait.

Je- rompis presque aussitôt notre entretien, et je fis part à Lescaut, en retournant chez lui, du dessein que j'avais conçu, a Je m'imagine, lui dis-je^^ que monsieur de T*** le fils, qui est riche et de

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