PREMIÈRE PARTIE
bonne famille, est dans un certain goût de plaisirs, comme la plupart des jeunes gens de son âge. II ne saurait être ennemi des femmes, ni ridicule au point de refuser ses serrices pour une affaire d'amour. J*ai formé le dessein de Tintéresser à la liberté de Manon. S'il est honnête homme et qu'il ait des. sen» timeats, il nous accordera son secours par générosité. S'il n'est point capable d'être conduit par ce motif, il fera du moins quelque chose pour une fille aimable, ne fût-ce que par l'espérance d'avoir part i ses faveurs. Je ne veux pas différer de le voir, ajoutai-je, plus longtemps que jusqu'à demain. Je me sens si consolé par ce projet, que j'en tire un bon a«gure. »
Lescaut convint lui-même qu'il y avait de la vraisemblance dans mes idées, et que nous pouvions espérer quelque chose pat cette voie. J'en passai la nuit moins tristement.
Le matm étant venu, je m'habillai le plus proprement qu'il me fut possible dans l'état d'indigence où j'étais et je me fis conduire dans un fiacre à la maison de monsieur de T***. U fut surpris de recevoir la visite d'un inconnu. J'augurai bien de sa
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physionomie et de ses civilités. Je m'exjdjqoaî na* tureDement aveC' lui; et. pour échaufler ses sentiments naturels, je lui parlai de ma passion et du mérite de ma maîtresse comme de deuxchoses qui ne pouvaient être égalées que Tuneparraulve: U me dit que quoiqu'il n'eût jamais yu HanoUt il avait entendu parler d'elle, du moins s'il s'agissait de celle qui avait été la maltnesse du vieux 6^* W**. Je ne doutai point qu'il ne.fiU informé de la partque j'avais eue à i^ette aventure; et, pour le gagner de plus en plus en me faisant un mérite de. ma con-. fiance, je lui racontai le détail de tout ce qui était arrivé à Uanon et à moi. « Vous voyez, monsieur, continuai-je, que l'intérêt de ma vie et celui de mon^ cœur sont entre vos mains. L'un ne m'est pas plus cher que l'autre. Je n'ai point de réserve avec vous, parce que je suis informé de votre "générosité^ et que la ressemblance de nos âges me fait espérer quUl s'en trouvera quelqu*une dans.nos inclinations. » U parut fort sensible à cette marque d'ouverture et de candeur. Sa r^onse fiit celle d'un, homme qui a du monde et des sentiments; ce que le monde ne donue pas to^jours, et qu'il fait perdre souvent. U
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maiit qvfâ mettait ma visite au rang de se&bâ&ires fartuneS) qu'il regarderait mon amitié, comme une de ees plug heureuses acquisitions, et ^'il s'effor* eecait de la mériter par l'ardeur de ses services. Il ne promU pas de me rendre Manon, parce qu'il n'aYail^ me4ît-iL, qu^un crédit médiocre et mal assuré ; mais il m'offrit de me procurer le plaisir de la. voir, e% de faire tout ce qui serait en sa puissance poar la remettre entre mes bras* Je fus plus satisfait4e cette incertitude de son crédit,, que je neraurais été d'une pleine assurance de remplir tous mes désirs. Je trouvai dans la modération de> ses offres une marque de franchise dont je fus charmé. En un matt je me promis tout de ses bons offlùes. La seule promesse de me faire voir Manon m'aurait fait tout enireprendre pour 'lui. Je lui niarquai quelque chose de ces sentiments d'une manière qui le persuada aussi que je n^étais pas d'un mauvais naturel. Nous nous embrassâmes avec tendresse, et < nous devla-r mes amis» sans autre raison que la bonté de nos cœmseiuBesimple.dîsposiiion qui porte un homme teiidre!et généreux à aimerun autre homme qui lui r^semhte.
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seol et prévenez-la sur ma viaiie» car j'apprAeode qu'elle ne soit trop saiaieen ma to]^bI tmit d'iA ^oup.>» La porte nous fut oiiTarta. JedemeuaidMs la galerie. J'entendis néanmoios leurs discours. U lui dit qu'il venait lui apporter uapeu de oonsabir . tiûo; qu'il était de mes aau^v^t qu'il prenait beaucoup d'in&érèt à notre bonbeur. EUe lut demanda, avec le plus vtf empressement si eHeapprenditiit de lui ce que* j'étac»^ deiremi. Il lui ptnmit dei m'amener à ses pieds, aussi teufbe» aueai fidèle qu'elle pou* Tait le désirer, m QcHmdf r^pit*eUa. — Aujourd'hui même, luidit^il ;cebienbeai)emL momoit ne tardera point ; il Ya> paraître à rifistant si vous le souha^ tez. » Elle ooa4)Fit que j'étais à la porte. J'entrai lorsqu'elle y aoeourait avec précipitation. Nous nous embrassâmes avec cette^flhsion de tendre^pe qu'une absence de trois mois fait trouver si char^ mante à de parfaitsamants. Nos simpirs, nos exclamations intecrompue'fi» mille noms d'amour répétés languissamment de part et d'autre, formèrent peU'i' dant &n quart d'heure une scèae qui attendrissait monsieur de T*\ « Je vous porte envie, me dit-il en nous faisant asseoir; il n'y a point de sort glo-