PREMIERE PARTIE
me repousser brutalement lorsque je fais un pas vers elle. Il n'y aqu'un instant qu'ayant osé m'en approcher malgré leurs menaces, ils ont eu rinsolence de lever contre moi le bout du tusil. Je suis obligé, pour satisfaire leur avarice et pour me mettre en ét^t de continuer la route à pied, de vendre ici nn mauvais cheval qui m'a servi jusqu'à présent de monture, n
Quoiqu'il parut faire assez tranquillement ce récit, il laissa tomber quelques larmes en le finissant. Cette aventure me parut des plus extraordi* naires et des plus touchantes, t Je ne vous presse pas, luidis-je, de me découvrir le secret de vos affaires; mais si je puis vous être utile à quelque chose, je m!offre volontiers & vous rendre service. — Hélas! reprit-il, je ne vois pas le moindre jour à respérance. Il faut que je me soumette à toute la rigueur de mon sort. J'irai en Amérique. J*y serai du moins libre avec ce que j'akne. J*ai écrit k un de mes amis, qui me fera tenir quelques secoure au Havre-de-6râce. Je ne suis embarrassé que pour m'y conduire et pour procurer à cette pauvre créature, ^jouta-t*il en regardant tristement sa mal-
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tresse, quelque soulagemefit sur la route. «- Eh bien ! lui dis- je, je vais finir votre embarras. Voici quelque argent que je vous prie d'accepter. Je suis fâché de ne pouvoir vous servir autrement.
Je lui donnai quatre louis d'or sans que les gardes s'en aperçussent; car je jugeais bien que, s'ils lui savaient cette somme, ils lui vendraient plus chèrement leur secours. Il me vint même à l'esprit de faire marché avec eux pour obtenir au jeune amantla liberté de parler continuellement à sa maltresse jusqu'au Havre. Je fis signe au chef de s'approcher et je lui en fis la proposition. Il en parut honteux, malgré son effronterie. « Ce n*est pas, monsieur, répondit-il d'un air embarrassé, que nous refusions de le laisser parler à cette fille; mais il voudrait être sans cesse auprès d'elle : cela nous est incommode ; il est bien juste qu'il paye pour l'incommodité. — > Voyons donc, lui disje, ce qu'il faudrait pour vous empêcher de la sentir. » Il eut l'audace de me demander deux louis. ïe les lui donnai sur* le-champ. « Mais prenez garde, lui dis-je, qu'il ne vous échappe quelquo friponnerie ; car je vais laisser non adresse à ce jeune homme, afin qu'il puisse
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m'en infonwr, et comptez que j'aurai le pouToir de ?ous faire punir. » 0 m*eu coûta six louis d'or.
La bonne grâce et la tire reconnaissance avec laqueUe ce jeune inconnu me remercia achevèrent de me persuader qu'il était né quelque chose et qu'il méritait ma libéralité. Je dis quelques mots à sa maîtresse avant que de sortir. Elle me répondit avec une modestie si douce et si charmante, que je ne pus m'empècher de faire en sortant mille réflexions sur le caractère incompréhensible des femmes.
Étant retourné à ma solitude, je ne fus point informé de la suite de cette aventure. Il se passa près de deux ans, qui me la firent oublier tout i fait, jusqu'à ce que le hasard me fit renaître l'occasion d'en apprendre à fond toutes les circon-
J'arrivais de Londres à Calais avec le marquis de ***, mon élève. Nous logeâmes, si je m'en souviens bien, au lion d'or, où quelques raisons nous obligèrent de passer Ir'jour entier et la nuit sui< vante. En marchant l'après-midi dans les rues, je crus apercevoir ce même jeune homme dont j'avais
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bit la rencontre à Passy.. II. était an fort maavaia ^ùipage et beaucoup plus pftle que je ne Tai^ vu la première fois H portait sons le bras un lienK portemanteau, ne faisant que d'arriirer dans latiUs» Cependant, comme il arait la physionomie tsop belle pour n'être pas reconnu faoUementi je le remia aussitôt. « Il faut, dis-xe au marquis, fue noua abordions ce jeune homme. »
Sa joie fut plus vive que toute expression^ lait* qu'il m'eut remis à son tour* a AIlI monsieui^ s'écria-t-il en me baisant la main , je puis donc encore une fois vous exprimer mon immortelle reconnaissance 1 »^ Je lui demandai <l'oà il venait B me répondit qu'il arrivait, par mer, du Havre-de^ Grâce, où il était revenu de l'Amérique peu aupa^ ravant. « Vous ne me paraisses pas fort bien en^ argent, lui dis-je; allez*vous-en au Iton d'or, où je suis logé, je vous rejoindrai dansiun moment m J'y retournai en effet, plein d'impatience d^ap* cendre le détail de son infortune et les cijsco»* stances de son voyage d'Amérique. Je lui fis mittei caresses et j'ordonnai qu'on ne le laissât manqu^rda rien. U u*9tten 9^^ 9ne je la pressasse de um
raeratar TiiMwre deM ww « Itoisieiiri me ditnli tou ea mtei tà noUemœt wec moi» que je aie reproebemis comoie vm l>aMe ingratitude d'avoir qttdkpe cbtse de réeeivé pour yous. Je vieux toqs aiprendreuoftTBwteiMBtaiiea malh^iss et mesipeînés» mai» eMweiam désordres et mes pks benteu9#6'f9ibl68Sâi : je sais eôr qu'en me cendiaffiilumt TOUS M pottcrez pas vous empèGher de me plaindre! »
J«4ais ai^ltifioijbleoteQrqueî'éciâvis^sm histoise presque awsilAt a^ès l'avoir entendue, et qu'ion peut s'assurâTi ptar oouaéqueBl, que rien n*est pluaeiact d phis fidèle que eette narration. Je die fidÂle jusque date la relation des féflesiens et des seirtiments qœ le jenne aventurier eoiprimatl de la meUleure^rftoe du mondes
¥oi0i dane son récit, auquel je ne mélcrdi, jui;« qu'à la fin, rien qui ne aoit de lui.
J'avais dis-sept ans, et j'achevais m^ études de piiilosopbie à Amiais, où mes parents, qui sont d'uni? d63 meilleures maisons de P^*^, m'avalent euvoji. Je menais une vie si sage et si réglée, que mes maîtres me proposaient pour l'exemple du col-
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lége : non que je fisse des efforts extraordinaires pour mériter cet éloge; mais j'ai Tliumeur naturellement douce et tranquille; je m'appliquais à Tétude par inclination» et l'on me comptait pour des yertus quelques marques d'aversion naturelle pour le Tice. Ma naissance, le succès de mes études et quelques agréments extérieurs m'avaient fait connaitre et estimer de tous les honnêtes gens de la irille.
J'achevai mes exercices publics avec une approliation si générale, que monsieur Tévêque, qui y assistait, me proposa d'entrer dans l'état ecclésiastique, où je ne manquerais pas, disait-il, de m'attirer plus de distinction que dans l'ordre de Halte, auquel mes parents me destinaient. Us me faisaient déjà porter la croix, avec le nom de chevalier des 6rieux« Les vacances arrivant, je me préparais à retourner chez mon père, qui m'avait promis de m'envoyer bientôt à l'Académie.
Mon seul regret, en quittant Amiens, était d'y laisser un ami avec lequel j'avais toujours été tendrement uni. Il était de quelques années plus igé que moi. Nous avions été élevés ensemble; mais, le
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bien de sa maison étant des plus médiocres, il était obligé de prendre Tétat ecclésiastique, et de demeurer à Amiens après moi, pour y faire les études qui conviennent à cette profession. Il avait mille bonnes qualités. Vous le connaîtrez par les meilleures, dans la suite de mon histoire, et surtout par un zèle et une générosité en amitié qui surpassent les plas célèbres exemples de l'antiquité. Si j'eusse alors suivi ses conseils, j'aurais toujours été sage et heureux. Si j'avais du moins profité de ses reproches dans le précipice où mes passions m'ont entraîné, j'aurais sauvé quelque chose du naufrage de ma fortune et de ma réputation. Hais il n'a point recueilli d'autre fruit de ses soins que le chagrin de les voir inutiles, et quelquefois durement récompensés par un ingrat qui s'en offensait et qui les traitait d'importunités*
J'avais marqué le temps de mon départ d'Amiens. Hélas! que ne le marquai-je un jour plus tAt I j'aurais porté chez mon père toute mon innocence. La veille même de celui que je devais quitter cette ville, étant à me promener avec mon ami, qui s'appelait Tiberge, nous vîmes arriver le coche d*ArraS| et
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noif te 8Ui?tm6ft}«f<|rèl^b6U)lkrieiiA ces ninom descendent Noos n'afioi» pas d'antre motif fueJa cntioAlé. U en sortil qnelqnes famés ^ se mt* rèrart anssitôl; mais il en resta une, fwi|eane« qui /arrêtai sade dans la oow, pendant q^tmk hnune d'un âge amwi, qtà paraissait Ivà servir de condnetenr, s'empressait ^ f idre tnrer «on HcpAp(^ des paniers. BUe me parat si <)bavma»te, que nM», qni n*a?ais jamais pensé i la dilMrenee des sexest ni regardé «ne Me weaon peu d'attention ; mAj dia^je, dent tofot le mmde aAosirait la si^sse et la retenue, je me tronvai «nflsasmé tent d'un coup liisqu'au transpert. J'amis le défaM d'être eteessifeaieiit tlsride et f aiMe i déoonoerter ; mais, l<Hn d'être anrêté alors par cettefaârfiinBe, jem'afan^ çai Yera la nnttresse de mon ecsnr.
Quoiqa'elle fût encore moins âgée que mai, elte regst mes politesses sans paraître >^nbarrassée. Je lutdemandai oe qm t'amenaît 4 Amiens, et si die yairât qorifues personnes de connaissanee. EHe me répendit ingénnmeat qu'elle y étmt envoyée par ses parents peur êtpe reHgiense. L'amour me rendaîâ dlgà sLéobnréidepois iin moment qu'il éU^
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dans m<m cœur, qaej«i regardai ce desBeineôiitme Qa coup mortd pour ixàes désirs* Je hà parlai d'une manière cpiiloifit oomprenAre megaentinients; w elle ^tait bien plus expérimentée que moi : c'étail malgré elle qn'on l'envoyait au ooinrent, ponr arrè^ ter sans doute son penobaftt an pkisiri qui s'était déji déclaré, et qui a causé dans la suite tous see meilleurs et lea miens. Je combattis laicruelle intentioD de ses parents par toutes les rasone que mon atbonr naissant et mon éloquence seelastique purentme suggiérec. EUen'eflfectani rigoenr ni dédain. Elle me dit, après un momenl de sileaoe, qu'elle ne prévoyait que trop qu'elle aUait être malheureuse; miôs^ue c'était apparemment la volonté du ciel, puisqu'il ne lui leësait nol moyen de l'éviter. La douceur de ses regards, un air chaBuantée tristesse en prononçant ces paroles, eu plutôt l'aa* cendant de ma destinée,, qui m'enti^akiait à ma perte, ne me permirent pas de balancer un moment sur ma réponse. Je l'assurai que si elle voulaîttfaire quelque fond sur mon honneur et sur la tendresse infinie qu'elle m'inspirait déjà, j'emploierais ma vie pour la délivrer de la tyrannie deses parente et
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pour la rendre heureuse. Je me suis étonné mille fois, en y réfléchissant, d'où me venait alors tant de hardiesse et de facilité à m*exprimer; mais on ne ferait pas une divinité de ramour, s'il n'opérait souvent des prodiges: j'ajoutai mille choses pressantes. Ma belle inconnue savait bien qu'on n'est point trompeur à mon ige : elle me confessa que si je voyais quelque jour à la pouvoir mettre en liberté, elle croirait m'ètre redevable de quelque chose de plus cher que la vie. Je lui répétai que j'étais prêta tout entreprendre; mais, n'ayant point assez d'ex* périence pour imaginer tout d'un coup les moyens de la servir, je m'en tenais à cette assurance générale, qui ne pouvait être d'un grand secours ni pour elle ni pour moi. Son vieil Argus étant venu nous rejoindre, mes espérances allaient échouer, si elle n'eût eu assez d'esprit pour suppléer à la stérilité du mien. Je fus surpris, à l'arrivée de son conducteur, qu'elle m'appelât son cousin, et que, sans paraître déconcertée le moins du monde, elle me dit que, puisqu'elle était assez heureuse pour me rencontrer à Amiens, elle remettait au lendemain son entrée dacs le couvent, afin de se procurer le plaisir