‹ Histoire de Manon Lescaut et du chevalier DesgrieuxChapitre 8 sur 22 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

oe souper avec moi. JeDtrai fort bien dans le sens de cette ruse; je lui proposai de se loger dans une hôtellerie dont le msdtre^qui s'était établi à Amiens après avoir été longtemps cocher de mon père, était dévoué entièrement à mes ordres.

Je Fy conduisis moi-même» tandis que le vieux conducteur paraissait un peu murmurer, et que mon ami Tiberge, qui ne comprenait rien à cette scène, me suivait sans prononcer une parole. Il n'avait point entendu notre entretien. II était demeuré, à se promener dans la cour pendant que je parlais d'amour à ma belle maltresse. Comme je redoutais sa sagesse, je me défis de lui par une commission dont je le priai de se charger. Ainsi J'eus le plaisir, en arrivant à l'auberge, d'entretenir seule la souveraine de mon cœur.

Je reconnus bientôt que j'étais moins enfant que je ne le croyais. Mon cœur s'ouvrit à mille senti' ments de plaisir dont je n^avais jamais eu l'idée. Une douce chaleur se répandit dans toutes mes veines. J'étais dans une espèce de transport qui m'ôta pour quelque temps la liberté de la voix, et qui ne s'exprimait que par mes yeux.

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me dit q/aîcai la nommaiti paratlort sttislEatte de eet efiet d& 86$ charmes» Je ^ros apercevoir qvtûh it'étaît pas moins émue fpie moi. Elle oie coofessa qu'elle me trouvait aimable, et qu'elle serait xavie de m'avoir dUigation de sa liberté. £Ue voulut savoir qui j'étais, et cette counaissuce augmenta seia affectios, parce qu'étautd'uue naissance commune» elle se trouva flattée d'avoir fait la cmquète d'an amant tel que moi. Nous nous entretînmes des moyens d'être l'ua i l'autre.

Après quantité de réflexùrns, nous ne tiouvâmes point d'autre voie 911e celle de la fuite. Il fidlidt tcomper la vigilance du conducteur, qui était «s homme à ménager, quoiqu'il ne fut qu'un dômes* tique. Nous réglâmes que je ferais préparer pwdant la nuit une chaise de poste, et que je reviendrais de grand matin à l'auberge, avant qu'il {ât éveillé; que nous nous déroberions secrëtmnait, et que nous irions droit à Paris, où nous nous ferions marier en airivant. J'avais enmon ànquante écus, qui étaient le fruit de mes petites épargnes ; elle en avait à peu près lé double. Nous nous imaginâmes, comme des

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eDftiltsatt8«pgikaM, que crttesimiM oBlfadiiaii jamais, et dom fte oamplftmea fu «mni mtl^ sucete de nos aiitees merares. .

Apiès aTOir sompé «vee {Ans te tatisftetîoii f« Je n'en avais jamak resamîr je mt retîtaî pmr exécQter nette (ffcget M» amngeBeirti fmreol d'aatant plus £aoîlea9i'^agrâitt«Q iesBén étre^mtnerie leodeMm. elM too pèare, aen petit éqpii» page était d^à prépaie. Je n*eii8 doae «die peine à fake transpinSer ma malle» et à fawe tenir qm chaise prête pair eiaq bevreada mathi; ^fXBA le temps eu les pertes de la ^te drrakfDt être ouvertes; maîs)e timni im ehstade^dmme neme défiais poifitt ei4ii ftiilit mufiii& ealièrtmeiiK mon desseia.

Tyberge» queifaeâsé seutement de^treis aas-plua que moi, était un esrcon d'ua sang mûr et d'une eonduitelort réglée. Il m'aimait ane une tendresse extraordinaire, iia vcis dfuneanssi joHe fUe que mademoisdlelfianeo,! mm empressement i la ce»duire, et le soin que j^avus ei de me défaire de toi en râoigttwt, lui firent naMare quelques soupfons d^ mon amour* H n*airail osé rentier i l'auberge ou

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il m*avaU laissé, de peur de m'offenser par son retour; mais il était allé m'attendre à mon logi^, où je le trouvai en arriyant, quoiqu'il fût dix heures du soir. Sa présence me chagrina. Il s'aperçut facilement de la contrainte qu'elle me causait. « Je suis sûr, me dit-il sans déguisement, que vous méditei quelque dessein que tous voulez me cacher; je le vois à votre air. » Je lui répondis assez brusquement que je n'étais pas obligé de lui rendre compte de tous mes desseins. « Non, reprit-il; mais vous m'avez toujours traité en ami, et cette qualité suppose un peu ;de confiance et d'ouverture. » Il me pressa si fort et si longtemps de lui découvrir mon secret, que, n'ayant jamais eu de réserve avec lui, je lui fis l'entière confidence de ma passion. Il la reçut avec une apparence de mécontentement qui me fit frémir. Je me repentis surtout de Findiscrétion avec laquelle je lui avais découvert le dessein de ma fuite. Il me dit qu'il était trop parfaitement mon ami pour ne pas s*y opposer de tout son pouvoir; qu*il voulait me représenter d'^ord tout ce qu'il croyait capable de m'en détourner ; mais que ai je ne renonçais pas ensuite à cette misérable re-

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soIutiODi 0 avertirait des personnes qtii pourraient Tarrèter à coup sûr. H me tintlà-dessns on discours sérieux qui dura plus d*un quart d'heure, etqui finit encore par la menace de me dénoncer, si je ne lui donnais ma parole de me conduire avec plus de sagesse et de raison.

J'étais au désespoir de m*étre trahi si mal à propos. Cependant, l'amour m'ayant ouvert extrêmement l'esprit depuis deux ou trois heures, je fis attention que je ne lui avais pas découvert que mon dessein devait s'exécuter le lendemain, et je résolus de le tromper àlafaveur d'une équivoque. «Tiberge, lui dis-je, j'ai cru jusqu'à présent que vous étiez mon ami, et j'ai voulu vous éprourer par cette confidence. U est vrai que j*aime, je ne vous ai pas trompé ; mais pour ce qui regarde ma f uite^ ce n'est point une entreprise à former au hasard. Venez me prendre demain à neuf heures, je vous ferai voir, s'il se peut, ma maîtresse, et vous jugerez si elle mérite que- je fasse cette démarche pour elle. » Il me laissa seul, après mille protestations d'amitié.

J'employaima nuità mettre ordre à mes affaires; •t m'était reiMlq à rhôtellerie de mademoiseUe

UâDoa v^ la lioiiàtô iajoiUt je la irottWL qgi m'attetàcUit EUe^étaiti salenètce, quidoaoaitMr U rw; dô fioftot qflt, m'ayaat aperçu, eUe mt m'ouviirelle-jnéme. Nous sortki6g sans bruit. BUe ja*aT9tt point d'autre éqaifag^ <)iie aoa Uoge, deal je me chargeai moi-même; ia obaise était ea^ état de paîttir, aous noua Soignâmes aussitôt de la ?iUe.

Jerapportetai dans ia suite quelle fat la conduite de Tib£a:ge lorsqu'il s'aperçut que^eria^Rals trompé. Son zèle n'en devint pas moins ardent. Vous veniez À quel excès il le porta, et combien, je deTjais verser de larmes en. songeant quelle en a touieaps éii^ la récompense.

Nous nous bâtimes tellement d'avabi^ert (pe nous arriv&mes à Saint-Denis avant la nuit J'avsâs couru à cheval à cèté de la chaise, ce qui ne nauB avait guère permis de nous», entretenir qu'en obaag^ant de chevaux; mais lomque nous noua^vinm 4nproche de PadSr e^est4«dire foesque en ràreté» iiouspirimes le temps 4e nousMiafraichir, n'ayanit rien mangé depuis notoie départ diAmiens. Quelque passionné que je fusse pour Manon, elle sut tme yersuator qu'aile jpo l'âtalti pêSijmms pour maii

Noos étîMs m peu réBervés dans nos caresses, que nous n'a? ions pas la patteaoe d'attendre ^e no«s fussmiB seuls. Nés postiUo&s et nos hôtes noas regardsieBt avee admiratton ; et je remarquai qu-ils élaieBi surpria de Totr deux enfants de noire flge qai paraissaiMit s'aimer jusque la fureur.

Nos projets de marîsfe furent oubliés à Saint- Deais; bous fraudâsnas les droîls de TÉglise, et nous nous trouvâmes épous san&y ayoir fait réflexion. U est sûr que, du naturel tendre et constant dont je suis, j'étais heureux pour toute ma fie, si Manon m'eûl été fidèle. Plus je ia connaissais, plus |e décowf rais en elle de nouY^dles cpialités aimables. Son esprit, son cœur, sa douceur el sa beauté foraaaient une chaîne si forte et si eharmante, «que j'aurais mis tout mon bMiheur i n'en sortir jamais* Terrible changement! Ce qui fait mon désespoir a pu faire ma félieité. Je me toouve le plus malheureux de tous les hommes par cette même constanee dont je detais attendre le plus deux de tous les sorts et les plus parfaites réccmipenses de l'amour.

Nouapifmesun appartement meublé à Paris; ee fut dans la me Y..., et, pour mon* malheur, auprès

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de la maison de monsieur de B***, célèbre fermier général. Trois semaines se passèrent» pendant lesquelles j*aYais été si rempli de ma passion, que j'atais ^ songé à ma famille et au chagrin que mon père avait dû ressentir de mon absence. Cependant, comme la débauche n'avait nulle part à ma conduite, et que Manon se comportait aussi avec beaucoup de retenue, la tranquillité où nous vivions servit à me faire rappeler peu i peu Tidée de mon devoir.

Je résolus de me réconcilier!, s'il était possible, avec mon père. Ma maltresse était si aimable, que je ne doutais point qu'elle ne pût lui plaire» si je trouvais le moyen de lui faire connaître sa sagesse et son mérite; en un mot, je me flattais d'obtenir de lui la liberté de l'épouser, ayant été désabusé de Tespérance de le pouvoiri^ans son con* sentement. Je communiquai ce projet à Manon, et ie lui fis entendre qu'outre les motifs de l'amour et du devoir, celui de la nécessité pouvait y entrer aussi pour quelque chose , car nos fonds étaient extrêmement altérés, et je commençais à revenir de Topinion qu'ils étaient inépuisables. Manon reçat

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froidement cette proposition. Cependant les diiB- cultes qu'elle y opposa n'étant prises que de sa tendresse même et de la crainte de me perdre, si Ihon père n'entrait point dans notre dessein après avoir connu le lieu de notre retrdte» je n'eus pas le moindre soupçon du coup cruel qu'on se préparait à me porter. A l'objection de la nécessité, elle répondit qu'il nous restait encore de quoi vivre quelques semaines, et qu'elle trouverait après cela des res» sources dans l'affection de quelques parents à qui die écrirait en province. Elle adoucit son refus par des caresses si tenSlres et si passionnées, que moi, qui ne vivais que dans elle, et qui n'avais pas la moindre défiance de son cœur, j'applaudis à toutes ses réponses et à toutes ses résolutions. Je lui avais laissé les dispositions de notre bourse et le soin de payer notre dépense ordinaire. Je m'aperçus peu à peu que notre table était mieux servie, et qu'elle s'était donn^.quelques ajustements d'un prix considérable. Comme je n'ignorais pas qu'il devait nous rester à peine douze on quinze pistoles, je lui ntàfquai mon étonnement de cette augmentation appa* K jDte de notre opulence. Elle me pria, en riant.

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d*ôtre sans embarras. « Ne voirs ai-je pas promis, mer dit-elle, qw je trouterais des ressources ? n Je raimaîs atec trop de simfplicité^ pour m'alarmer facilement.

Un jour que j'étais* sOrtî l'après-midi et que je rayais avertie que^i serais dehors plus longtemps qu^à rorditt«ire, Je Ais étonné qu*à mon retour on me fit attendre deux ou trois minutes à la porte. No^ n'étions servis que par une petite fille qui était à peu près de notre âge. Étant venue m'ouvrir, je lui demandai pourqueielle avait tairdé si longtemps. Elle me répondit d'un air emt^rrassé qu'elle ne m^avait point entendu frapper. Je ifavais^frappé qu'une fois; je lui dis : « Mais si voUs ne m'avez point entendu» pourquoi ètes-veus donc yenue m'oiiyrirT » Cette gestion la déconcerta si fort que, n'ayant point assez' de présence d'esprit pour y répondre; elle se mi» à pletirei'» en 'm'assufimt que ce n'était point salante^ et que madame lui avik défendu d'ouvrir la porte jusqu'à ce que mottsîeur de B*^ ' fûwlrti par TaWte escalier qui répondait au cabinet Je demeurai si conftrs, que je n'eus point la fop^4'efirer dans l'appartement. Je pris le par{\

^Qonai i cette ^(^n% dédire i sa oMltre^ae qwje retournerais j]aii8 le mpfm^t, maistéetne^pas iaire coimattre qu'elle m'^ût parlé de n»pii8ieBr<de V^. Ma consternation fut si gcande, que je TeKsaîsifcs larmes en de£içe])4ant jl lesçatieff s§xi^Bïïf€it eocote de quel sentiment (eU^spartaieut, J^entraidiM^e premier café; et, «m^'yitaiii^^s^s près d*itue taUe» j'appuyai la tiè),e spc^ines Am^ mmé pmtf développer ce qui se pariait, 4(iQam<Hi eœur. Je nfosais rappeler, ce que je yeuais .4*ie9iti^i^re« > Je .voidaisile considérer c^mi&ermie tUusioUi. et je fus près,, deux ou trois fois, de retourner auJogia sanam/^r^Bbsr^uë j'y eusse fait attwtlon^ il(ni^,PAramaluiîini^iaasible que Uauo9,m'«ût,ti:alii, quf^jietiDiiaigiaiisid» lui faire injure en la ,sQ|]pcannaut* Je l'ado^^ais^yMla étaii^sAr; je.ue.luiia^apa^doiM^plmdefreuMs d'amour que Je u'en avais reQu id'eUe;. p^wquoi raurais-]e accusée d'ètreiimpinajfiAiràre el^ f»(W8 comptante que ffiolt Qu^Ua raisonaauraîtrielle^iiue de me tromiper.tll n'y a^ait que tr<9» heures qfi'édle m*avai'< accablé; de ^as plus Jb^rea (Oa^sea^ »! qu'elle avait reçu les mîcpnes avec transport ; jetfie

eonnftis^Kàis pas mieux mon cœur que le sien. Non, non» repris-je, il n'est pas possible que Manon me trahisse. Elle n'ignore pas que je ne vis que pour elle ; elle sait trop bien que je Tadore : ce n*est pas là un sujet de me haïr.

\ Cependant la visite et la sortie furtive de monsieur de B^^ me causaient de l'embarras* Je rappe* lais aussi les petites acquisitions de Manon» qui me semblaient surpasser nos richesses présentes. Cela paraissait sentir les libéralités d'un. nouvel* amant. Et cette confiance qu'elle m'avait marquée pour des ressources qui m'étaient inconnues? J'avais peine i donner à tant d'énigmes un sens aussi favorable que mon cœur le souhaitait

D'un autre côté, Je ne l'avais presque pas perdue de vue depuis que nous étions à Paris. Occupations» promenades» divertissements» nous avions toujours été l'un i côté de l'autre : mon Dieu I un instant de séparation nous aurait trop ai&igés. Il fallait nous dire sans cesse que nous nous aimions; nous se« rions morts d'inquiétude sans cela. Je ne pouvais donc m'imaginer presque un seul moment où Manon pût s'être occupée d'un autre que moL

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A la fin, je cras avoir troQvé le dénoûment^e ce mystère. Monsieur de B^*, dis-je en moi-même, est an homme qoi fait de grosses affaires et qui a de grandes relations; les parents de Manon se seront servis de cet homme pour lui faire tenir quelque argent. Elle en a peut-être déjà reçu de mi ; il est venu aujourd'hui lui en apporter encore. Elle 8*est fait sans doute un jeu de me le cacher, pour me surprendre agréablement. Peut-être m'en auraitdle parlé si j'étais rentré à l'ordinaire, au lieu de venir ici m'affliger ; elle ne me le cachera pas du moins lorsque je lui en parlerai moi-même.

Je me remplis si fortement de cette opinion, qu'elle eut la force de diminuer beaucoup ma tris* tesse. Je retournai sur-le-champ au logis. J'embrassai Manon avec ma tendresse ordinaire. Elle me reçut fort bien. J'étais tenté d'abord de lui découvrir mes conjectures, que je regardais plus que jamais comme certrâMss; je me retins, dans l'espérance qu'il kii arrirmiiit peut-être de me prévenir en m'apprenant tout ce qui s'était passé. ^

On nous servit à souper. Je me mis à table d \ku jir fort gai ; mais, à la lumière de la chandelle qui

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iUit entre ell^ emai, iftÇWS*pei»!BToiç.f|e,K^Wi« teése sur le yUage et4an8jes y$Ai^ 4p mil4^ maltresse. Cette pepsécm^'eB Mwpitft.«Wffi,. Jdr»marqtiai qne m regards . s'4M«l^êierUj,jSur, i^pi d'une autre façoji qu'ils n'î^vwsnlt »pçojHu»é.^Je ne pouvais démêler si pétait 4e Jl'wiow o|i. 40„la compassion, quoiqu'il )ûepar»l ittec'.^t^,u«yiw timeat dou» et l^nguissimt. . Jel» ,rf«Bir4«i^v«ç,|a même attention; et peut-être, A'4iftitTeUe\|N)s^jçi>iÙ08 <le peine à juger de la:9ituAtiAn;de iqod (^fleuriit^r 4Qies regards. l!fous ne posions , ni &.,PiaEle(;iiii,à manger. Bnfin je vis tomber ^es Imw d«o«e8 ieaoxyeux,: perfides laimiesl

«^1 Di«!u, m'écriai;jef.vo»8.filflUfe«,>!fi»t9Mp» llftpon : vous êtes «S^ig^ Jusqu'à vid4urer.,:^et TOUS ne me,dites p9S nn seul, mot :de .vos peîMsU Slle ne me cépeqdft peipair ipelQi»» a«upiuv9ii «Ogment^entmon inqqi^ude. Xemeieva^ tiemblant.jelA çpQjorai ^lyec^tM^sles empMsseanrts de l'amour 4e.n)i,e4éeoufrir l«^.uj« de «es piew»; j'en versai.moi-même en essuyiapt les »«ns; jJitiis plus mortq^^ vif...Un harl)aretfkur9it été.attfipdri des témoigQi^ges de,{iaa dQQleurc^t.de ma aninte.

. tMent re3oa)ier. Oo.ff^pAi4PH0«i»e«l.àtla4>di)(e. Manon me donna un b9toer;)9t, «^éduappaDt deoit^s

..bras, [elle e^tra ri^vjiemeptiâaoa te «Mmet, qu'elle ferma aii«3Uô( Qur.eJlja* Je mefigurais qu'ëtait^un peu en désordrci, ^l]e VjOjvlai^ 0e pA^ker auiiyeuides étrangers quiiav;a|i^t fi)appé« rtiUù lannoiiTrî^moî-

A peine ayais^cf «inv^rtf que je me^iviflSMMrfar trois hommes que Je reeonpus prarjeslaquais^de mon père. Us ne m^tSr^nt point/de Yîeleiice ; mais deux d'entre^eu^ m*ayant,pri8,pMrJes'bras» le troisième visita meSvP^ohesi.doQt ilr tira un petit oouteau qui était leise^l fei^que j'tiisaesurmoi Ilg me demandèrent paifdpn de la. nécessité où ite étamil de me.manquer de rçspec^ ; ilsrme'dîrent naturellement qu'ils agissaient pftr rordre démon père, et que men frère i^lné m'attendait en bas dansunearrcisse. J'é- , tais.si troublé, queje me laiiBqai^eaduira^Mmsfésîster iet sam^ répondre* Mon frèreétait effeotiviemente à m!attendre. On me.mit dans teieairosse auprès de lui ; et le tcocber, ^qni Avait^jses ordres,: aous hoih

M MANON LB8GÀ0T.

doisit à grand train jusqu'à Saint-Dônis. tfon frère m'embrassa tendrement, mais il ne me parla point, de sorte que j'eus tout le loisir dont j'avais besoin pour rêver à mon infortune.

J'y trouvai d'abord tant d'obscurité, que je ne f oyais pas de jour & la moindre conjecture. J'étais trabi cruellement; mais par qui? Tiberge fut le premier qui me vint i l'esprit. Traître I disais-je, c'est fait de ta vie, si mes soupçons se trouvent justes. Cependant je fis réflexion qu'O ignorait le lieu de ma demeure, et qu'on ne pouvait par conséquent l'avoir appris de lui. Accuser Manon, c'est de quoi mon cœur n'osait se rendre coupable. Cette tristesse extraordinaire dont je l'avais vue comme accablée, ses larmes, le tendre baiser qu'elle m'avait donné en se retirant, me paraissaient bien une énigme ; mais je me sentais porté à l'expliquer comme un pressentiment de notre malheur commun; et dans le temps que je me désespérais de l'accident qui m'arrachait à elle, j'avais^ la crédulité de m'imaginer qu'elle était encore plus à plaindre que moi.

Le résultat de ma méditation fut de me persuader 4ue j'avais été aperçu dans les rues de Paris par

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quelques personnes de connaissance qui en avaient donné avis à mon père. Cette pensée me consola. Je comptais en être quitte pour des reproches, ou pour quelques mauvais traitements qu'il me faudrait essuyer de Tautorité paternelle. Je résolus de les souffrir avec patience et de promettre tout ce qu'on exigerait de moi» pour faciliter l'occasion de retourner plus promptement & Paris, et d'aller rendre la vie et la joie à ma chère Manon.

Nous arrivâmes en peu de temps à Saint-Denis. Mon frère, surpris de mon silence, s'imagina que c'était un effet de ma crainte. H entreprit de ma consoler, en m'assurant que je n*avais rien à redouter ;de la sévérité de mon père, pounru que je fasse disposé à rentrer doucement dans le devoir et à mériter l'affection qu'il avait pour moi. n me fit passer la nuit à Saint-Denis, avec la précaution de faire coucher les trois laquais dans ma chambre.

Ce qui me causa une peine sensible, fut de me voir dans la même bfttellerie où je m'étais arrêté avec Manon en venant d'Amiens à Paris* L'hôte et les domestiques me reconnurent, et devinèrent en même temps la vérité [de mon histoire. J'entendis

. dic&à ^'I)Ate : «Ah l c'est ce joli.m^àpisiôW.qi^iM* sait, il y MÇKiiemaiaos, i^vec une petite d«moî«^e qu'il aimait si fort I qu'elle était cbarmaotet 1^8 pMvres eufauts, comme ils secares^aimtl Piurdi, c'est 4ommage qu'eu les ait sépsorésl ^ Jefelen^is de?^e rien eijilendrei et je m^ îaiMAia imle m^iiis qu!il m'était, possible.

3Ion frèce^ait ,à Ssiut*Di«ufs.QM chiûse à 46iix dans la.(|jAçlle qpQs. partîmes 4e grand m«tin,. et ,«(>jiis «mi^i»e3^cizilo«sIeiJ«ii4ei^ Il

vit iB^Gfk p^ avant jhoWipour le prévenir en ma i^veur en loi ippi!9)9M&t) i?ie& iquelle douoev Je m'étais Jaifus(é €»n4u9e; iesiQrt^ que j'en fasreçu mpinS(durementque je ne m'y^étaiii attendu» Use contenta dejoie faire quelques jneproolM» géuésmus sur la faute que j'avais .cpmmise en tt'ab9^|«nt «ans sa permission. Pow^eQuî i;«gMda»tiqaiinaitresse, U me dit que j'avais liiien mérité cpiifui venait de m'arriver, en,ineii|rrp(t,|t une Â^çoq^ue; qu'il avait eu meilleure; ofwion de gia .pr^dfnee ; mais qu'il espérait que ^cette petite Avei^turje , me rirait plus ^age. Je ne pijs «e discours que 4apis le sens quî s'accordait avçcpesjdées. Je renterunai

• f EKMftlIÎI^ PARTIk: 85'

QMMfp^de la bonté qull àyàit de me paiMottûèr» et jetai pipomis de préùdre une conduite plus sotimiM et plus réglée. Je triOmpMàis au fond du cœur ; car, de la manière dont les choses s'arrangeaient» je ne doutails point qttè je n'euiisl^ la liberté* de meiM:c4>erd6 laiâaisonf mèttte avanMa'tîi de la nnH. ^

On fl^ tint à table poinr sotfpér; ion Utef riiilf a sur ma>emiqiiètef d'Amiens et sur ma fuite arec cette fidèle malti^se» Je reçus les coupb de bonne grâce ; fétaifmfimfe charmé qu'il mé fût permis de m'entreteilir de ce ^uf^m^dccupait conthiu^llement l'esprit; niiâf quMqiiès^iiMta l&èhés)pto teon père me fircaait pr0ter^l'(^eilte av«((^'la dernière attention. Il pafla de perfidie et de swWoe intéi^sdé' rendu par M. de B^**. Je demeurai interdit en liil entendant' pi^nonoei^ ee ^nom/ et' je le^pA^v humblemeM de s'ei^Iiquer daVattagnulUê toifirtfà Vers mon frtii^e, poQ9 lui demander^ B'tt ne m'avait pas raconté tdute ' 'histèire. Ifonifrère lui répondit que 'je lui avais pam èitranqvBlesuF la route, qtf'iln^avait pas cru que -j'ensse^iiesein deœ remède pour mcgnérir de flM^Mif^ Ja ran«r^(Mîqnie tno&père balatiçait s'if

86 MANON I.B8GAIIT.

achèTerait de s'expliquer. Je l'en suppliai si instamment, qu'il me satisfit, ou plutôt qu'il m'assassina cruellement par le plus horrible de tous les récits.

11 me demanda d'abord si j'avais toujours eu la simplicité de croire que je fusse aimé de ma maitresse. Je lui dis hardiment que j'en étais si sûr, que rien ne pouvait m'en donner la momdre défiance. « Ah I ah I ah ! s'écria- t-U en riant de toute sa force, cela est scellent l Tu es une jolie dupe, et j*aime à te vqirdans ces sentiments-là. C'est grand dommage, mon pauvre chevalier, de te faire entrer dans l'ordre de Halte, puisque tu as tant de disposition à faire un mari patient et commode. » Il ly'outa mille railleries de cette force sur ce qu'il appelait ma sottise et ma crédulité.

Enfin, comme je demeurais dans le silence, il continua de me dire que, suivant le calcul qu'il pou« vait faire du temps depuis mon départ d'Amiens, Manon m'avait aimé environ douze jours : « Car, ajouia-t-il, je sais que tu partis d'Amiens le 28 de l'autre mois ; nous sommes au 29 du présent; il y en a onze que monsieur deB*^ m'a écrit ; je suppose

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qu'il loi en ait fallu huit pour lier une parfaite counaissance avec ta maîtresse ; ainsi, qui 6te onze et huit de trente-un jours qu'il y a depuis le S8 d'un mois jusqu'au 29 de l'autre, reste douze, un peu plus ou moins, nLà-^dessus les éclats de rire recommencèrent.

J'écoutais tout avec un saisissement de cœur au* quel j'appréhendais de ne pouvoir résister jusqu'à la fin de cette triste comédie. « Tu sauras donc, reprit mon père, puisque tu Tignores, que M. de B*** a gagné le cœur de ta princesse ; car il se moque de moi de prétendre me persuader que c'est par un sèle désintéressé pour mon service qu'il a voulu te l'enlever. C'est bien d'un homme tel que lui, de qui d'ailleur/fe ne suis pas connu, qu'il faut attendre des sentiments si nobles I II a su d'elle que tu es mon fils, et, pour se délivrer de tes importunités, il m'a écrit le lieu de ta demeure et le désordre où tu vivais, en me faisant entendre qu'il fallait mainforte pour s'assurer de toi. Il s'est offert de me faciliter les moyens de te saisir au collet; et c'est par sa direction et celle de ta maîtresse même que ton frère a trouvé le moment de te prendre sans vert,

B8 MAHON LBSfiAn.

FéUdte-toï mamtenant de U durée tie Ion triomphe. Tu sait vaincre aaaez rapid^iiient, chefalier; vais tu ne sais pas oonsenrer tes oanquètes. »

Jf> a'eus pas la force de souleair plus longlMips un (iiscows doat chaque mot m'avait percé le eaosr. Je me levai de table, et je n*avais pas fait quatre pas pour sortir de lasalie que je tombai sur le planoher, privé deseutimait et de connaissaaec. Oiirflie les rappela par de prompts secours. J'ouvris Ifes yeux pour verser un torrent, de pleurs» el laboucke pour proférer les plaintes les plus tristes et tes pLns toucbantes. Mon père, qui m*a toujours aimé tm-^ dremient, s'employa aviec toute son affsction panr me consoler. Je réoeutais, mais sans reniaidif»« le me i^ai à ses gesoux ; jele coi^urai, en Jbigaifttt ks mains, de me laisser retourner à Paris, pd«r aiter poignarder de B^**. « Non,^ disais-je, il n'a pas gagné le cœur dôMaoon ; il lu a fait vialenoe,il^a séduite par un charme 9^ par un poison; il ra.pemtêtre forcée brutalement. Manon m'akva. Neie siAje pas bien? U l'aura menacée, le poignanl à la main, pour la ocmtraiiQdee4em'abandonnet..<^e n'aora^ti-ii pasiait pow m^caiwr une (ri diarnMle

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mattresse ! 0 dieux I dieux I serait-il {koaûble que Manon m'eût trahi et qu'elle eût cesaé de m'aimer? M

Comme je parlais toujours de retourner promptement à Paris» et. que je me levais même à tous moments pour cela» mon père vit bien que, dans le transport où j'étais, rien ne serait capable dem'arrèter. Il me conduisit dans une chambre haute, où il laissa deux domestiques avec moi, pour me garder à vue. Je ne me possédais point ; j'aurais donné mille vies pour être seulement un quart d'heure à Paris* Je compris que, m'étant déclaré si ouvertement, on ne me permettrait pas aisément de sortir de ma chambre. Jemesurai des yeux la hauteur des fenêtres. ,Ne voyant nulle possibilité de m'éohi^pei par cette voie, je m'adressai doucement à mes deux domestiques. Je m'engageai, par mille serments, à faire un jour leur fortune, s'ils voulaient consentir à mon évasion. Je les pressai, je les caressai» je les menaçai; mais cette 'tentative fut encore inutUe. Je perdis alors toute espérance; je résolus de mourir, et je me jetai sur uu lit avec le dessein de ne le quitter qu'avec la vie. Je passai la nuit et le

iO MANON LESCAUT.

jour suivant dans cette situation. Je refusai la nourriture qu'on m'apporta le lendemsûn.

Mon p^re vint me voir l'après-midi. Il eut la bonté de flatter mes peines par les plus douces consolations. II m'ordonna si absolument de manger quelque chose^ que je le fis par respect pour ses ordres. Quelque^ jours se passèrent pendant lesquels je m pris rien qu'en sa présence et pour lui obéir. II continuait toujours de m'apporter les raisons qui pouvaient me ramener au bon sens et m'inspirer du mépris pour Tinfidèle Manon. Il est certain que je ne l'estimais plus : comment aurais-je estimé la plus volage et la plus perfide de toutes les créatures? Hais son image, les traits charmants que je portais au fond du cœur, y subsistaient toujours. Je me sentais bien. Je puis mourir, disais-je; je le devrais même, après tant de honte et de douleur; mais je souffrirais mille morts sans pouvoir oublier l'ingrate Hanon.

Mon père était surpris de me voir toujours si for* tement touché; il me connaissait des principes d'honneur, et, ne pouvant douter que sa trahison ne me la fit mépriser, il s'imagina que ma constance

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Tenait moins de cette passion en particulier que d'un pencliant général pour les femmes. II s'attacha tellement à cette pensée, que, ne consultant que sa tendre affection, il vint un jour m*en faire l'ouyerture. « Chevalier, me dit il, j'ai eu dessein jusqu'à présent de te faire porter la croix de Halte; mais je vois que tes inclinations ne sont point tournées de ce cftté'là. Tu aimes les jolies femmes; je suis d'avis de t'en chercher une qui te plaise. Explique*moi naturellement ce que tu penses là- dessus. » "^ Je lui répondis que je ne mettais plus de distinction entre les femmes, et qu'après le malheur qui venait de m'arriver, je les détestais toutes également. « Je t'en chercherai une, reprit mon père en souriant, qui ressemblera à Manon, et qui sera plus fidèle. — Ah! si vous avez quelque bonté pour moi, lui dis-je, c'est elle qu'il faut me rendre. Soyez sûr, mon cher père, qu'elle ne m*a pomt trahi; elle n'est pas capable d'une si noire et si cruelle lâcheté. Cest le perfide de B*^ qui nous trompe, vous, elle et moi. Si vous saviez combien elle est tendre et sincère, si vous la connaissiez, vous Taimeriez vous-même. — Vous êtes un enfant, repartit

4t MANON LBStAlTT.

mon père. Comment poutez-vons vous aveugler jusqu'à ce point, après ee que je vous ai raconté d'elle? C'est elle-même qui vous a livré à votre frère. Vous devriez oublier jusqu'à son nom, et profité, si wus êtes «âge, de l'indulgence que j'ai pour vous. »

le reconnaissa» trop clairement qu'il avait rai- 8<m. C'était un mouvement involontaire qui me faisait prendre ainsi le parti de mon infidèle. « Hélas I repris-je après un moment de silence, il n^est que trop vrai que je suis ïe malheureux objet de la plus lâche de toutes les perfidies. Oui, continuai-je en Tersaiit des lartnes de dépit, je vois bien que je ne suis qu'un enfant. Ma crédulité ne leur Coûtait guère à tromper. Hais je sais bien ce que ftà à fîdre pour me venger. » Mon père voulut savoir quel était mon dessein : « J'irai à Paris, lui dis-je, je mettrai le feu à la maison de B***, et je h brûlerai tout vif avec la perfide Manon. « Cet emportement fit rire mon père, et ne servit qu'à me faire garder plus étroitement dans ma prison.

J'y passai «ix mots entiers, pendant le premier desquels il y eut peu de changement dans mes dis-

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positions. Ï0113 mes seaUmeots n'étaîeat qu'une alt^ûative per^iétuelle de i^aiue et d'amour, d'es* pâraoce ou de déseapoir» selon Tidée sous laquelle MaBOU s'offrait à mou esprit. Taulôt je ne coissidéraïs en elle que la plus aimaMe de toutes les filles, et je iaagttissais du désir de la revoir; ta^tAt je n'y aj^ercdVais qu'usa lâcbe et perfide mdtresse, et je taisais mUle sermentsde ne la ofaereher que peur la.jHimr.

On me donna 4es livres qui servirent à rendre un peu de tranpilUté à mon &me. Je relus tous mes auteurs. J'acquis de nouvelle connaissances. Je repris un goût infini pour Tétude. Vous verres de quelle utilité il me fut dansdasuif^. Les lumières que je devais à l'amour me firent trouver de la darté dans quantité d'endroits d'Horace et de Virgile, qui m'avaieniparu obscurs anparavani. Jefisun commentaire am^oureux sur le quatrième livre de rjÈnéide; je le destine à voir le jour, et je me flatte quele public en sera satisfaite Hélas I disw(-je ea le faisant, c'était un cœur tel que le mien qu'il fal* lait à la fidèle Didon!

Tib^g4î vint me voir un jour dans n» prison. J%

il MANON LBSGAUT.

tus surpris du transport avec lequel il m'embrassa. Je n'ayais point encore eu de preuves de son affection, qui pussent me la faire regarder autrement que oomme une simple amitié de collège, telle qu'elle se forme entre des jeunes gens qui sont à peu près du même âge. Je le trouvai si changé et si formé depuis cinq ou six ;Bois que j'avais passés sans le voir, que sa figure et le ton de son discours m'inspirèrent du respect II me parla en conseiller sage plutôt qu'en ami d'école. Il plaignit Tégarement où j'étais tombé. Il me félicita de ma guérison, qu'il croyait avancée; enfin il m'exhorta à profiter de cette erreur de jeunesse pour ouvrir les yeux sur la vanité des plaisirs. Je le regardai avec étonnementâ il s'en aperçut.

« Mon cher chevalier » me dit-il, je ne vous dis rien qui ne soit solidement vrai, et dont je ne me sois convaincu par un sérieux examen. J*avais autant de penchant que vous vers la volupté ; mais le ciel m'avait donné en même temps du goût pour la vertu. Je me suis servi de ma raison pour comparer les fruits de Tune et de l'autre, et je n'ai pas tardé longtemps à découvrir leurs différences. La

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