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(( Qu'il anroît rhonneur de parler au roi avant )) qu'il fût quatre heures sonnéeâ^ ou qu'il serpit » étendu sans vie sur le champ de bataille ». .
Cette menace fut regardée comme le signal du combat. Rapin a recueilli avec tant de soin les^ principales circonstances de cette mémorable journée, que j'emprunterai une partie de'ses termes. Le ig juiUet i46o, dit cet historien , l'armée des seigneurs s'avança vers celle du roi. Le comte de Warwickcommandoit l'aile droite, lelord Cobham étoitàla gauche, et le comte de la Marche au centre. Les ducs de Sommerset et deBuckingham 4toient à la tête de l'armée royale y pendant que la r^nese tenoit à quelque distance pour observer l^es événements etpour distribuer ses ordresj le roi demeura au camp danssa tente y attendant le succès d'un combat qui, selon les apparences, de voit lui assurer la courX>|ine ou l^en priver pour jamais.' La bataille ne. commença qu'à deux heures après; midi, après que les seigneurs eurent fait publier dans leur armée qu'on se fit une loi inviolable de* ne faire aucun mal au roi , d'épargner les simples soldats, et de faire main-b^sse sur les officiers. Ua historien ang^bis prétend que, parce dernier ordrey qui ^t compris de tout le monde , tk entendoient les ducs de Bomînierset et dé Blid^ingham , aux-* quels le comte de Warvfick portoil une hàtne per-
jlonnelle. Od combattit dieux heures ^ dVec tant de furie ^ que le champ de bataille étoit cquyert de morts. Enfin , le lord Gray, qui commandoit un corps considérable de l'armée du roi^ s'étant ^angé tout-d'un-coup du côté des mécontents ^ cette défection imprévue fit perdre cœur aux troupes royales. Elles commencèrent peu-à-pc^ à lâcher pied; et la rivière qu'elles avoientà dos «'opposant à leur passage, il s'en noya un grand nombre , tandis que les autres furent taiUés en pièces avec tant d'acharnement,, qu'il en périt dix mille.
Le duc de Buckingham, le comte de Shrevvs- ,bury, fils du fameux Talbot, le lord Beaumonv^t plusieurs autres personnes de distinction , furent tués sur la placé. -,
' Quel sujet de consternation pour la reine ^ Maisx [ce n'étoit que le préludé de ses malheurs. Elle prit la fuite s^vec le jeune prince de Galles et le duc de Sommerset ; et dans l'incertitude de la retraite .< qu'elle devoit choisir, troublée mortellement nar la crainte d'être livrée à ses ennemis, elle se d^termina y enfin, à prendre la route de Durham. Fen- .dant qu'elle se sauvoit à toutes brides , Henri , qui n^avoit pas quitté sa tente, fut enlevé parle comte
de Warwick. Ilfut conduit à Northampton, et
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* QiiflqiMfl;hia0rien8 disent, cinq heurcSr
t5o histoire;
âelii Londres ^ dans on eut qm anrtnt pam plus digne de fiûé^ û son imbécillké oatoreDe ne reûi rendu comme insennble a la bonne et à h mai»- Taise fortune. Le comte de SaBsborj, <{m Toyoit une partie de ses projets exécutés par son fik, dëpéclia aussitôt en Irlande , pour inviter le due d^orck a Tenir prendre possession de la couronne. Le temps ^ qui étoit nécessaire an duc pour le Toyage ^ fut employé à convoquer un parlement ; et dans cet intervalle, les vainqueurs usèrent de Fautorité royale pour tout ce qui étoit convenable k leurs intérêts.
Il sembloit effectivement que le duc dTorck n'éùt qu'à parottre pour recueillir tous les fruits de la victoire. Cej>endant, soit qull fttt arrêté par quelques raisons politiques qui robligërént encore 1 la modération , soit qu'il ne trouvât point le parlemetit dispoUé à seconder tou)s ses désirs , il lie fil point tout Fusoge qu'il pouvoit du succès de ses armes. S'étant i^endu à la chambre des seigneiirs , qui étolent déjà assemblés y il se plaça près du trâne, comme s'il eût attendu qu'on le priât d'y monter. Mais il eut, comme Jules 'César, le chagrin de voir régner autour de lui un silence qui glaça son courage. L'archévêqué de'Cantorbéry augmenta sa confusion, en lui demandant s'il «voit salué leroi depuis son arrivée. Sa rougeur le trahit à cette question. Il répondit au prélat
DE MABGUBRITE d'ANJOXT. i5i
qu^ ne côhnoîssoit personne à G[ui il dût cet hoà^ neuf; et, sortant de là chambre âi4c les tnarqùéà d^]n vif dépit, il se retirât dans sa maison , d'où il envoya au parlement un écrit qui conténoit ses pr^ tentions , et les raisons sur lèsqneUes il les crojnoît appuyées. Il parott étonnant que le comte de Salisbury et les autres chei^ de la même facâdn n'eussent pas tenté de donner le branlé à l'assem^ blée des seigneurs , en proposant au duc de sW* seoir sur le trôné ; mais il vouloit devoir slppéi' remment cet honneur aux suffrages libres de la nation , et ses pattisans avoient reçu ses ordr^i^. Quoi qu'il en soit, les délibérations des de«dL chambres ne lui furent point ausid favorables qu^ l'avoit espéré. Eh rebonnoissant^sôn drditincon (estable à la coùroùne , on régla par un acte solemnel^, qu'il ne la porteroit qu'après la mort de Heni^, et que ce prince demenreroit pendabt le Teste dk sa vie en possession de son rang. Cétoit donner néanmoins une exclusion formelle à la maison 'fl^ Xancastre, éloigner du gouvemeknetit la reine^ltt le prince de Galles', 'enfin livrer le rérii enire'^k^ ttiaitis du duc avébtoiite l'aut<6rité royale.
Il parut sàtidMt dé^be tempérament, -parce qu'il n'y avoit que la fot^e ouverte qui pàt lui faîr^ obtenir davaiitcfgô: fi^illûi resta quelqiie oboâcf à désirer, ce ftit de* se voir délivré d'une ennemie ^ussi dangereuse qtie )a rèitte. R-'igiiorant poiot^
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qu'elle, ^'étQ^t reli^ée.à Durbam, il lui fit porter jUjfiPrdUre 4u xoi.derSe.rendre;^ Js^cour^ saus.espérirapipe, à-la--vérité, 4^ lui trouver assez de sour mission; pour, venir |^e livrer eqtre^ses mains, mai^ a^z content 6|il ppuvoit lui faire un crime aux y^iix de la iiation <ii;i refus qu'elle feroit d'obéir à son mari; et^ se flattant même que daosl'impuis7 .aance où il la croyoit de former la moindre entrelace 5 elle seroit forcée d'abandonner l'Angleterre .pour chei^cber une autre retraite avec. son fils.
i;i Jv>^u'i<^»-l^^:gi*di^d^s qualités dp Marguerite ^ji^paru^^ime obscurcies p^v les secours qu'elle ^oit.de ifOiS ministr^. Avec: les lumières d'un jS^fiTolck; ejt, If audace du premier Sommerset, il ne lui falloitrque. de J'ambition pour gouverner avec ^ëclaty.et pour.se faire. craindre ou respecter de s^s plus fier^ .ennemis. Mais d^ns l'état où elle sp 'trouvoit. réduite .depuis.la bataille de Ptorthamp- 'jU>p, il i](e,^;restoiit plus de ressource que dans f€|Uç:iQéin^$:^a suite 4toit à-peine composée de huit jpeii?Sonn^^,:qui étoient plutét ses domestiques que ^s çppseiU^rs, p^ ses amis, JLe duc de Somm^fset venoit de-p^^s^r en Fiance p^r ^on ordre, pour 'aller solliciter de^ secours f<^t incertains dariâ les ^ijrconât wces de la mort, it'éçeûte duroi^Çharles., .qui venoit 4e se laisser; mourir de faim dans la 4$rainte d'étr.e etap<>ji$0.ndé p?f led^npbin son fils. iËlle avoi^i^Ae déSev qOntinuellement des bourgeois
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de Durfaaoi, dont tous les respects lui paroissoient forcés 'j e.t qiiUuî J^oient trQp.yaloir le péril ai^quél Uss'expoSQÎeiit.cw lui accord^Qt uô asile. Elle étoit sans argent, saos armes, sans relations dont elle pût. espérer- des ouvertures, enfin sans la moindre .apparence de secours et de conseils. Ce fut.danj^ unesitqat^n si accablante qu'elle reçut l'ordre d^ Retourner à J^ondres. L'intérêt de sa gloire, sa tendresse, ppiir.son fils, Jiahain^e qu'elle pqrtoità .^es ennemisi,, furent les aiguillons qui excitèrent .toute lagrajîdeur de son ame, et qui lui. firent .cntreprendre.ee qu'elle* n'auroit osé se promettre au plus Jieqreqx temps ^e son .^utorité et de sa puissanc^e. Mais si l'on a.ppiae.à reconnoître une femme dans les héroïques desseins qui lui réqssi" rent, on reconnoîira bien moins, une reine dan^ les tristes aveptures dont ils furent suivis; e.t .o^tte variété d'événements va. former une lecture si intéressante, que, si je ne parlois sur la foi de tous li^ historiens, on me spupçonneroit d'avoir transÇ^rcné earoman une des plus sérieuse^ parties
de l'hisltoire, , . .
Âpres .,a voir, excité sa, mémoire a se rappeler tpus les poms qui avoiept fait qi|e}que bruit dans la guerre, et ceux qui avoient été mêlés particulièrement d^ps la querelle.de la maison royale, la reipe $e ^puvjnt que k^ lards Roos et^.ÇUHbrd avaient tous deux un .père à.yenger.Us l'aroient
perdu Fan et l'autre à la fin d'uiie bataille, dan» une circonstance D& la vie de ces deux seigneurs pôuvoit être épargnée , parce que leur mort n'ajoutoit rien aux fruits de la victoire. Marguerite ne douta point qu'un ressentiment si juste ne sul> sist&t encore dans le cœur de leurs enfants. Ils avoîent des terres considérables dans le nord de l'Angleterre. Leurs vassaux lui partirebt autant de soldats sur lesquels elle pouvoit compter. Elle 'quitta fdrtivement Durham , pour suivre ce premier rayon d'espérance , après avoir pris soin de faire répandre le bruit qu'elle se disposoit à passer en France. Sa route fut moins longue que difficile. Il falloit marcher la nuit plus souvent que le jour , et manquer quelquefois de toutes sortes de commodités. Le hazard Jà fit tomber un jour dans la maison d'un des douze officiers à qui lé comte de la Marcbe avoit fait trancher la tété à Calais. Elle trouva dans ses etifants tant d'ardeur pour venger leiir père, que, profitant aussitôt de cette ouverture, elle les iehàrgéade rassembler tous lei» parents et les amis de ceux qui avoient eu part au m'ême supplice, et de les lui amener dans les terrek du lord Clifibrd ^ où elle avoit dessein de se rendre.
Ce seigneur entra tbut-d'uû-coûp dans les vues de la reine , ' et se tiht honoré de la préférence qu'elle lui accordât dans le choix de ses défen^-
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senrs. Ses amis et sed vassaux se laissèrent enflammer du mémefeéle. Use chargea de gagner mylorfl Rôos et le comte de Dévonshire^ qui se piquèretit de ne pas marquer moins de diligence et dWdeur. Dans l'espace de huit jours, la reine se vit nn^ garde de deux mille hommes bien armés. L'anî^vëe de ceux qu'elle s'étôit assurés sur la route!^ rayant augmentée de cinq cents hommes, dodt la plupart était annlessus de la condition de soldats y elle choisit ceux dont elle crut pouvoir tirer 'quelque service en qualité d'officiers. Elle se les attacha par ses flatteries et ses caresses, autant que par l'intérêt commun qui >le8 avoit réunis. Il n'étoit pas question de récompense dans ubp conjoncture où elle ne subsistoit elle-même quf^ par la générosité des seigneurs qui la faisoieift vivre. Mais pour gagiier cenx qui n'étoient pas cdk pables de se laisser conduire par des motifs vi nobles , elle employa un autre artifice dont le aiiccés surpassa ses espérances. Ce fût de leur promettre le pillagéde toutes les terresi du duc d' Yordk et des seigneuiis de son parti , qui pburroient M rencontrer dans sa marche. Cétïte promesse idi créa dans peu de jours une armée/EOe se troa)m ainsi à la tête 'de ' vingt-cinq mille hommes y'fpÀ. accoururent de toutes les provinces voisines, avant que le ducd'YofCk et ses amis eussent le moindre soupçon de l'orage qui les mena^oit. '
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Il croyoit la reine en Fr9Q€e } et s^il avoit sourhaiié son départ^ eo:innie lé:S0Ul :moyen de jouir tranquillement de tous ses avantagesyilregrettôit depuis quelque temps qu'elle fût échappée à sa "vengeance. Mylady Nevill , rétablie» dans Tamitié de son père, ayoil perdu lés idéos.de retraite qui Jcii avoient fait quitter sa patrîé : etr rappelée à Londres parla disgrâce de la reine ^ dont; le res* sentiment ne lui iparoissoit plus à redouter , elle n'àvoit pas. résisté. f à l'ambition qui lui avoit fait revoir avec plaisir le premier homme de l'état .dans son amant. Le duc s'étant attaché à elle avec 'de nouveaux, empressements, elle s'étoit rendue 'plus facilement à ses instances qu'à celles de son père. L'éloignement de la reine sémbloit lever le scrupule qu'elle avoit eu de la trahir. Enfin , dans 4e6 explications qu'elle avoit eues ^vec. lui surl'a^ frenture de LudlovryAon-seulemént elle lui avoit découvert le risque qu'il avoit couru pour sa liberté ; mais le félicitant encore d'avoir suivi les isonseils de son pèr? qui Ka voient retenu en Irlande, 'elle lui avoit appcis que sa movK. av.oit .été jurée îfintve la reinre et lé.^ jeune duc deSommerset. Sans «approuver leur serment, mylady Nevill^ à qui ils «voient cru» les 'mêmes désirs de vengeance pour la mort deSommerset le pèr:e^ s'étoit trouvée «cômmeobUgée d'entrer dans leur complot. L'exécution en deyôit être fort.sapgUot^» La reine ^
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proposoit , après ^ avoir fait enlever le duc , de le faire conduire secrettemènt dans le château où son favori avoit reçu la sépulture après la bataill^e de Saint- Albans , et de le faire égorger sur son tombeau. '
En faisant ce récit au duc d'Torck, mylady Nevillî lui avoit protesté qu^elle n'avoit feint de goûter le* furieux projet de la reine qiie pour s'assurer plus* de facilité à le faire manquer, et le service qu'elle lui avoit rendu à Ludlow' garantissoit sa sincérité/' Mais le duc en avoit conçu tant d'horreur pour son ennemie^ qu'il ne se pardontioit point de l'avoir laissée tranquille à Durham , et de lui avoir comme ouvert la voie pour se sauver en France. Il étoit dans <;es dispositions lorsqu'il apprit de quoi il étôit menacé par une femme d'un caractère si implacable. Cette puissante armée qu'elle comman-* doit elle-même , sembloit avoir été tirée du néant.' H avoit 'Cdrjgédié nbuvellement ses troupes; et le comte de Warwick, son héraut, étoit depuis peu' dans son gofuveniement de Calais.
Cependant, le comte de Salisbury ramassa cinq mille hommes avec toute la diligence dont il étoit capable ; et servant de conseil au duc qui se mit à' leur tête , ils s'avancèrent ensemble jusqu'à Wa-* kefiedd 9 où l'armée de la reine étoit campée. Leur animosité se changea en fureur à la nouvelle d'une infinité de dtésordres que leur ennemie avoit fait
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commettre dans leurs terres ^t daos celles de leurs amis. On s'attendoit moins à une guerre réglée qu'aux plus affreux excès oii deux partis puissent être entraînés par la haine.
Cependant le duc apprit que Farmée de la reine grossissoit de jour en jour , et ne comptant point sur d'autres troupes que celles qu'il attendoit du pays de Galles , il ne pouvoit les espérer assez tôt pour satisfaire l'ardeur qu'il a voit de combattre eu arrivant à Wakefield II. se trouva même obligé y par l'inégalité du nombre et par la nécessité de se couvrir de quelques retranchemepts , de se renfermer dans le^ château de Sandal qui lui apparteiioity et dans lequel il ne pouvoit être aisément forcé sans artillerie. Il y fut investi aussitôt par la rjsine; mais lorsqu'elle eut reconnu la situation de cette place y elle désespéra de l'emporter par une attaque régulière y et reprenant son camp dans La plaine, elle résolut d'affamer son ennemi, en lui coupant tous les passages. Il n'en coûtoit qu-'à sa haine, dont la violence étoit ainsi suspendue. Çncore irouya-t-elle le mctyen de la satisfaire par les défis et les meni^ces qu'elle lui fit continuellement , en lui reprochant qu'un homme qui.aspiroit à la couronne , avoit la lâcheté de se laisser enfermer par une femme. Le duc avoit marqué jusqu'alors beaucoup de prudence et de conduite. Mais, emporté par ses ressentiments^ il ne s'imposa
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plusde botaes« Ces reproches lui ëtoient faits pai^ écrit ; il y répondit ^e même par les plus inju-* rîen&es accusations. Il traita la reioe d'incestueuse et d'adultère , dans le commerce qu'il lui attiîbuoit avec les deux Sommerset j et la peignant cômmei un monstre d'incontinence et d'ambition ^ il 96 glorifioit d'être appelé par le ciel à la punition de ses crimes. Us s'ii'ritèront ainsi mortellement pendant huit jours ; et si le comte de Salisbury n'eût retenu le duc , il auroit couru mille fois à la ven^ geance, sans égard pour. le nombre et au mépiis de tous les hazards.
La reinC) qui le tenoit trop bien renfermé pour craindre qu'il pût lui échapper, jouissoit déjà du plaisir de voir sa victime entre ses mains, et s'occupoit à méditer son supplice. Tant de lenteur néanmoins l'aurôit exposée k quelques revers , si le duc se fôt assez modéré pour attendre le comte de la Marche son fils, qui avoit déJ£| levé vingt * trois mille hommes avec lesquels il accourôit pour le dégager. Mais il crut s'apercevoir qqe la reine , qui avoit divisé ses forces , dans la vue de lui cou^ per les vivres , n'avoit retenu près d'elle qu'un corps de troupes qui ne surpassoit pas les siennes. Ù se flatta qu'en fondant sur elle , il auroit le tçmps delà défaire entièrement, ou de la tuer ou del'enkver, avant que le« autres parties de soq année pussent la rejoindre. Tous les conseils du comte de
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SaKsbury ne furent poiot capables de lui fair^ abandonner cette pensée. :; » . . ..»
Il ne se tronopôit point en croyant la reine assez mal accompagnée ; mais il ne savoit pas que c'étoit nn artifice de cette princesse, pour l'attirer hors àt ses murs. Elle avoit posté quinze mille hommes derrière une colline, qui les déroboit à>la vue dn^ château. Â-peine le duc se fut-^il avancé dans la plaine , qu'il reconnut son imprudence. Il étoit temps encore de la réparer en se hâtant de retour-- Bcr sur ses pas ; mais- la honte de fuir, etJ'espérance de suppléer à la« petitesse do'son armée par» son expérience et son courage , lui firent tenir ferme contre la première attaque de l'ennemi. il> le repoussa même avec quelqu'avantage' , et ne se' présentant pas avec moins de fermeté aux q*uinze> mille hommes qui fondirent aussitôt suj* lui , il se' soutint quelques moments sans perte et sans dé-sordre'. Enfin, le nombre ayant entièrement prévalu, ses troupes furent taillées en pièces, et il perdit lui-même la vie en coinbâttant ave.c un iDerveilleux courage. Le comte de Salisbury fut fait prisonnier,' après aVoir été blossé dangereusement. • ♦ •
Une mort si glorieuse faisoit perdre à la r^ine la plus douce partie de sa vengeance. Cependant* ses amis y suppléèrent par une action qu'elle ne put apprendre elle-même sans horreur. Le duc;
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avoit eu à son côté, dans le combat, son second fils , qui portoit le titre de comte de Rutland y jeune homme d'une grande espérance, et qui étoit encore sous la conduite d'un gouverneur. Il prit la fuite après la mort de son père; et, par l'adresse autant que par le courage du gouverneur, i| s'âp« prochoit déjà du château de Sandal, où sa vie auroit été du-moins en sûreté. Mais le lord CliSbrd qui l'avoit vu fuir, le poursuivit avec tant de diligence qu'il le joignit à cent pas du château. Il le fit saisir par ses gens , et lui enfonça de sang-froid son poi* gnard dans le sein, malgré les instances et les larmes du gouyerneur, qui lui demandoit à genoux la vie de ce malheureux prince.
Ce fut le même Clifibrd, qui, retournant aussitôt sur le champ de bataille , y fit chercher le corps du duc , qui fut trouvé sous un tas d'autres morts* Il lui coupa la tête, et lui ayant fait à la hâte uqe couronne de papier , il la mit au bout d'une lance , pour l'ofirir dans cet état à la reine. Elle détourna d'abord les yeux , comme si elle eût été effrayée de cette vue. Mais la force de la haine et de la vengeance prenant le dessus sur tous ses sentiments, elle voulut que cet affreux objet demeurât exposé devant elle pendant le reste du jour, et elle le fit planter ensuite sur les murailles d'Yorck. Le comte de Salisbury fut forcé d'assister à ce spectacle. Et tout blessé qu'il étoit, il fut conduit
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8ur-le-champ dans une ville voisine, où la reine donna ordre qu'on lui tranchât la tête sur un écbafâud. Ce brave vieillard laissa tomber quelques larmes , en regrettant de n'avoir pas versé au lit d'honneur le peu de sang qui lui restoit.
Tel fut le succès de cette fameuse bataille, qui sembloit devoir relever la maison de Lancastre , et ruiner toutes les espérances de celle d'Yorck par la mort de son chef. La reine étoit si persuadée qu'il ne lui restoit plus rien à redouter après sa victoire , qu'affectant plus de mépris pour le comte dé la Marche, que le duc d'Yorck n'en àvoit marqué pour elle , la nouvelle de son approche ne put lui ôter le dessein de se rendre à Londres, pour achever glorieusement son ouvragé , en délivrant le roi son époux. Elle y étoit appelée , d'ailleurs, par l'espérance de surprendre le comte de Warvnck, qui y étoit demeuré à garder ce prince, et qui étoit le seul homme, dans l'état , qu'elle crût capable de ranimer un parti dont elle vénoit d'abattre le fondement. Il lui parût si impossible qu'il pût lui échapper , qu'en faisant porter la tête du comte de Salisbury à Yorck, pour y être plantée sur le miir à côté de celle du duc , elle avoit recommandé qu'on prît soin d'y préparer une place pour celle de son fils ; et sa seule crainte étant qu'il ne prit le parti de quitter Londres, pour joindre le comte delà Marche,
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ell6 forma plusieurs détachements de son arinëe y qui eurent ordre de garder les chemins qui conduisent au pays de Galles, et de lui couper dumoins les passages y s^ils ne pouvoient le prendre •vif ou mort.
Le duc de Sommerset , qui rerenoît de France , avec peu de fruits de sa négociation y la reçut sur sa route, dans le château qu'il avoit près de Saint-' Albans. Il étoit arrivé la veille, avec si peii de suite et d'éclat, que ne s'étant pas même fait cônnoitre en chemin par son nom , la nouvelle de son retour n'étoit pas encore sortie de son château : dé sorte que la rencontre inespérée d'un ministre si fidèle, causa à la reine autant de surprise que de joie. Après lui avoir rendu compte de ce qu'il avoit fait pour son service , et l'avoir remerciée de la vengeance qu'elle avoit tirée de la mort dé ison père , il lui apprit que le hazard lui o&roit une belle occasion de chagriner le comte de War- -wick, et peut-être de le faire tomber entre ses mains, en se saisissant d'une femme qu'il aimoit avec la plus vive passion. Le duc parloit d'Elisabeth Woodwille , qui étoit revenue de France avec lui, sans le cônnoitre, et qui, se rendant auprès de sa famille , dans la province de Northampton, s'étoit arrêtée à Saint- Albans , pour y passer la nuit. Cette dame étoit fille de Jacqueline de Luxembourg, duchesse de Betfort, et née de
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son second mariage avec le chevalier Richafd Woodvnlle. Son père l'ayant mariée dans son en* £ance au chevalier Gray y l'un des plus zélés partisans de la maison de Lancastre , elle avoit eu^ tout-à-la-fois , le malheur de perdre son mari à la bataille <ie Saint-Albans, et celui de voir tous ses biens confisqués par le vainqueur. C'étoit pour réparer le mauvais état de sa fortune qu'elle avoit entrepris le voyage de France , avec Fespoir d^ recueillir quelques biens de la succession de sa mère. Le comte de Warwick, qui étoit alors jgouvemeur de Calais, Favoit vue lorsqu'elle avoit passé dans cette ville; et joignant k ses qualités héroïques, beaucoup de penchant pour les femmes, il avoit conçu pour elle une de ces grandes passions , qui deviennent la source de mille événements extraordinaires dans le cœur d'un héros. Il avoit fait plusieurs fois le voyage de Paris, dans le seul dessein de la voir , et sa recommandation n'avçit pas peu servi au succès des affaires qui la Gonduisoient en France^ Il ignoroit , néanmoins, son retour , par la modestie d'Elisabeth , qui ne s'étoit pas rendue assez familière avec lui pour l'en avertir , et le duc de Sommerset n'étoit informé de ce détail , que par les lumières qu'il avoit reçues dans son dernier voyage de France.
Il étoit si important pour la teine de mettre le comte de Warwick hors d'état de. nuire k ses
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entreprises, ([ne^ dans la résolution de ne rien négliger , elle donna ordre sur-le-champ que Saint- Albans fût investi, moins pour faire entrer de la violence dans le dessein qu'elle fbrmoit sur le récit du duc , que pour faciliter , au contraire , par une voie douce , Fenvie qu'elle avoit de retenir Elisabeth dans cette ville , sans qu'on pût soupçonner que c'étoit à elle qu'elle pensoit particulièrement. Après s'être assurée qu'elle n'étoit point encore partie , elle dépécha au comte de Warwick un homme adroit, qui feignit de lui être envoyé par sa maîtresse, pour lui porterses plaintes de la captivité où elle étoit retenue à Saint- Albans, et pour le prier de lui procurer quelque moyen de se rendre dans la maison de son père, où elle étoit appelée par des intérêts fort pressants. La pensée de la reine étoit que le comte hazarderoit tout pour servir une personne si chère , ou peut-être seulement pour la voir. Dans les idées de galanterie qui étoîent particulières a ce siècle , on cherchoit à se signaler par les aventures les plus bizarres et les plus périlleuses. Un détachement considérable , qui avoit ordre de se régler sur les lumières qu'il recevroit du messager , devoit enlever le comte , s'il sortoit de Londres, et le tuer, s'il faisoit assez de résistance pour rendre l'entreprise douteuse.
Mais elle manqua par deux obstacles qui faillirent
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à causer la perlq de la reine. Ses* troupes étolent les mêmes qu'elle avoit rassemblées par Fespérance du pillage y et leur avidité n'ayant point en^ core été satisfaite , elles regardèrent Tordre de bloquer Saint-Albans , comme une permission tacite de piller cette ville. Leur emportement fut si furieux, que la reine s'y étant transportée ellemême , au premier bruit du désordre , à-peine eut-elle le pqutoir d'arrêter une armée séditieuse , quise croyoit en droit de lui faire acheter ses services. Elle la fît rentrer, néanmoins, dans son camp , et tandis qu'elle retourqoit au château du duc de Sommerset, on lui présenta Elisabeth Woodwille , qui , dans l'alarme où elle étoit avec toute la ville , venoit lui demander yolontairer ment sa protection. Rien n'étoit si propre à lui faire oublier le chagrin qu'elle avoit ressenti du mépris de ses ordres. Elle la reçut avec l'admiration qu'on ne pouvoit refuser à ses charmes , et rappelant les services que son mari avoit rendus à la maison de Lancastre , elle en prit naturellement occasion de la combler de caresses.
Pendant ce temps-là le comte de Warvrick apr prenoit du messager de la reine , le besoin que sa maîtresse avoit de son secours. Il seroit parti sur* le-champ, s'il n'avoit consulté que sou amour et son courage ; mais étant déjà informé des avanr tages delà reine, et jugeant que son dessein étoit
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de le venir surprendre i\ Londres , sa prudence^ lui fil penser quf'il avpii plus d^an iptérêt précieux^ à défendre , et qu'il falipit trouver quelque mojrei^ de les réunir. Layppgeance d^ soq^père, la gard^ du roi et la siûreté de sa ip^aîtresse ^ étoient trpû^ motifs dont le moindre ^a^urqit suffi pQvir; lui fairei tenter rirnpQs^ible^ $api^, compter qu'à Page oiil^
C9:ïPH^^ ^%#^ ;#W, ?ncqre^,^Jfe,çroyo^ «y^sf ^^; Prp^^r? >?i 4^f^se , pour aph^yçr Voxir yrage dp son pèr(e qt Ip sien. Lesr.tjnoiipçs que 1^
duc d'Yorck lui avoit laissées pour la garde du roi, n'étoient point ass^a^ noruhr.^us.çs, p^r le mettre en état de t^ir. la campagne ; ;Q)fii&fl trouva le secret de les grossir lout-d^an-cpOp ^ en y inj corporant les coi^xpagnies bo^rgeo^es d§ Lout dres} et n'ignorant poipt 4^ q^®?^fs gçp^,r^i]n^éç de la reine étpjt ççruposée , il se.^çrut assez, fqrt pour ppmbattré une .femme, ej^d^ solda j^.sijjap discipliipp. Il, prit i^onq le chemin de Saini,-Alb^p$^ à la tête de huit .miU^e hommes , doat il s^étpit fait unçi armée eum.ow^çid^yîçgt-quatre heures. N'ayant osé laisser le roi derrière lui , illçi forçade le^uivrej et sa marche fut si prompte , qu'en approchant du camp delà reine, il se flatta de la prendre au 4ér pourvu , comme elle avoit espéré de le surprendre àliOndres.
Mais elle avoit déjà reçu l'avis de son approchp par son messager ^ et la iranquilli té qui paroissoit
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régner dans le camp , n^étoit qu^un stratagème qui trompa le comte .^ Elle avoit donné ordre au âtic de Sommfèrset , de s'embasquer avec une partie de ses itrbupes , dans quelque lieu d'oh il pût le charger par derrière, lorsqu^il le yerroit engagé dans la plaine; et celles qui étoient de-^ metirées dans le camp , devant s'avancer aussitôt qu'il pàrÔîttiok^ elle étoit presque sûre que^ l'enveloppant ainsi de toutes parts, il n'échapperoit que ceux . à qiii elle jugeroit à-propos de faire grâce. .,
£He ne cacha point à la fille du chevalier Wood- Vfîlle , le danger qui menaçoit son amant. Elle youloit s'afssurer , par cette confidence , du progrès qu'il avoit fait dans son ciœur , et connoîlre quelle utilité elle poùvoît espérer d'elle , si le succès de sê^ 'aï*mes ne répondoit point à ses espérances. Elisabeth 'ne se croyoit, pour lé comte , que les sentiments d'estime qui sont le tribut du mérite, etceuî delà recotinoissânce qu'elle crofoit devoir à ses services. Mais \in avis si terrible lui fit découvrir dans son pfopre coeur des impressions qu'elle y avoit ignorées. Malgré le soin avec lequel elle étoit observée par la reine, elle trouva le moyen de faire avertir le comte des principales circonstances du péril. Cet avis, qu'il reçut sur sa route j ne le déconcerta point. Il changea le dessein qu'il avoit de fondre sur le camp , en celui
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d'attaquer le duc de Sommerset, dont il n'eut pas de peine à découvrir Fembuscadej et le chargeant avec son impétuosité ordinaire , au moment qu'il s'y attendoit le moins , il l'auroit infailliblement mis en déroute , si la situation du lieu n'eât été favorable aux troupes de la reine. Mais tandis qu'elles en tiroient avantage pour se défendre , celles du camp , qui eurent le temps de s'avancer ^ le mirent, à son tour, dans un désordre qui ne put être réparé par l'habileté et la valeur. Il eut peine à se dégager j après avoir perdu trois mille hommes; et se sauvant avec ceux qui purent le suivre, il abandonna le roi, qui se trouva ainsi libre au milieu des vainqueurs. Les bourgeois de Saint- Albans , irrités du dessein que l'armée de la reine avoit de les piller , firent qujelques mou-^ vements pour secourir le comte j mais ils payèrent cette hardiesse par la ruine de leur ville.
Le roi étoit accompagné , dans son carrosse , de inylady Nevill , que le comte de Warvnck , son frère , avoit crue propre à lui adoucir la rigueur de son sort, par les agréments de son entretien. Ainsi , la même fortune qui avoit fait remporter deux victoires à la reine , lui livroit encore tout ce qui restoit de cher à son ennemi, depuis la malheureuse fin de son père. Elle jugea que deux femmes qui avoient tant de pouvoir sur le cœur du comte , lui seryiroient tort ou tard à le faire
tomber dans le piège qu'il venolt d'éviter , et sans leur faire appréhender aucun mauvais trailement, elle donna ordre qu'elles fussent gardées soigneusen^eut. Elle n'ignorqit pas , néanmoins, qu'elles l'avoient trahie toutes deux, l'une en faveur du duc d'Yorck, et l'autre par le service qu'elle ve^ poit de rendre au comte de Warwick ; mais ce n'étoit point une vengeanq^ subalterne qui ét.oit capable 4^ flatter la reine, ou du~moins, dans une ani^ telle que la sienne, les petits re3senti7 ménts étoient aisément sacrifiée aux mouvements d'une haine plus violente. $i elle fit couper la tête à quelques seigneurs qui furent arrêtés dans leur fuite, ce fut moins pour les punir d'avoir pris les armes contre elle, que pour ôter à son ennemi ses plus braves défenseurs. Ainsi, en faisant exécuter le lord Bouville et lé chevalier Kiriel, elle fît grâce à plusieurs autres prisonniers de guerre , qu'elle méprisoit trop pour les craindre.
Cependant, le comte de .Warwick fut d'auiaq( plus heureux dans sa retraite^ que le^ deux, détachements qui l'avoient attendu sur le fsheoiin du pays de Galles ayant été combattus par le comte de la Marche, il ne trouVa point d'obstacle qui l'ena^ péchât de ,se joindre; àceprince. Leur rencontre sembloit annoncer une nouvelle bataille à la reine } et personne ne s'attendoit, qu'animés comme ils Tétoienitous deux par tant de pertes et d'outrages,
DE MARGUBRITB D'aNJOU. I7I
ils dussent choisir, pour se venger, la voie la plus incertaine et la plus lente. Ce fut néanmoins War- "wick tnêqae qui conseilla au jeune comte de négliger quelque temps la reine , et d'aller droit à Londres pour se faire couronner. Sa maxime avoit toujours été que le duc d'Yorck se perdoit par ses délais et ses ménagements. Après avoir aspiré ou-* vertement au trône , il falloit tout oser, disoit-il^ pour s'en assurer promptement la possession, et les compositions auxquelles le duc avoit consenti «voient été comme autant de basses rétractations qui lui avoient ravi le fruit d'une si noble entreprise. Peut-être ce conseil venoit-U de la confusion qu'il avoit de s'être laissé enlever le roL II prévoyoit tout l'usage que la reine alloit faire dû, pom de son mari; et, cherchant à réparer sa faute, il s'imaginoit que le parti du comte de la Marche agiroit avec plus d'audace en servant un chef qui seroit revêtu du même titre.
L'événement fit connoîire que c'étoit la meilleure idée qu'il pût inspirer au comte. Ils se hâtèrent de gagner Londres. L'accueil qu'ils y reçurent augmenta leur confiance. On y avoit appris les ^lésordres que l'armée de la reine avoit commis dans toutes sortes de lieux, et l'exemple de Saiot^^ Albans avoit jeté tant de consternation parmi les bourgeois, qu'ils ouvrirent leurs portes et leurs bras à ceux qu'ils crurent envoyés du ciel pour les
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garantir des mêmes violences. Dès le lendemain, le comle fit publier qu'il avoit d' importantes à communiquer à tiM^ela ville. Il tnarqua le lieu , qui éloil une pl|^^ voisine , où il rangea l'armée du comte de la Wirche en bataille. Là , s'étant avancé seul , entre ^Bmée et le peuple, il demanda à haute voix si l'H souliaîtoit pour maître Henri de Lancaslre. CBmme il n'éloit pas difficile de deviner le sens (Acctte question, le peuple et l'arraëe répondirenlBianimement : non, non. 11 demanda ensuite si l'onlp reconnoissoit pas pourlégitime héritier delà coiSnoe , EdouardlV, chef de la maison d'Yorck, auBi digne du nom de roi par ses vertus que par le dH>it de sa naissance. On répondit plusieurs fois, oK avec les plus vives acclamations. Le comte de iSlarclie parut alors, et reçut les soumissions d^lssembléc par des félicitations et de^^^^jd^^nenls redoublés.
Il fut proclamée jour suivant dans la ville de Londres, avec toute la pompe que les malheurs de l'état pcrmettoienl, sans qu'il se trouvât un seul partisan de la maison de Lancastre qui osât lever la v-oix. Le parlement, accoutumé en Angleterre à se ranger du côté du plus fort, déclara que le roi Henri, ayant violé les conditions auxquelles on lui avoit laissé la couronne, éloit dépouillé justement de tous les droits qui lui avoient été conservés pour le reste de sa vie.
Quelle fin des travaux;: de la reine, et quel xiôuveau changement dans le sort de Henri , qu'elle croyoit ramener triomphant dans sa capitale ! Elle apprit que c'étoit au comte de Warwick qu'elle 4evoit attribuer tout son malheur. Dans la première chaleur de son ressentiment , elle ISissa échapper un ordre sanglant contre sa sœur et sa maîtresse; mais Fayant aussitôt rétracté, elle se fit amener ces deux dames, les exhorta à se souvenir que leur vie étoit entre ses mains ; et sans lé$ informer de l'étrange révolution quivenoit de se faire à Londres, elle leur demanda laquelle des deux se sentoit disposée à rendre au comte de Warvnck un service qu'il ne pourroit payer de trop de recon- Doissance. La défiance qu'elles eurent toutes deux de cette proposition dans la bouche d'une ennemie déclarée, les empêcha de répondre; mais, reprenant avec une franchise capable de lever tous leurs doutes, elle leur déclara que, dans la juste haîne qu'elle portoit au comte, elle étoit résolue de mettre sa tête à prix ; qu'elle devoit ce châtiment a un sujet rebelle , qui n'avoit pu être rappelé à ses obligationspar le tragique exemple de $on père ; que le devoir des rois, néanmoins, étant^e n'employer les voies extrêmes de la rigueur qu'après avoir épuisé celles de la bonté , elle vouloit faire encore un essai de celles-ci , en proposant au comte d'abandonner les intérêts de la maison d'Yorck f
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et de reprendre tout l'attachemeot qu'il devoit à son maître; qu'au milieu de sa haine, elle rendoit justice aux grandes qualités du comte , et qu'elle sentoit de quel avantage il étoit pour un roi d'avoir de tels sujets pour appui de son trône ; qu'elle lui laisseroit la liberté de faire ses conditions; et que, si c'étoit l'ambition qui lui avoit fait oublier son devoir, elle mettroit pour fondement de leur réconciliation qu'il gouverneroit l'état après elle.
On ne s'attend point ici à voir ajouter aux historiens que ce discours étoit sincère; mais voici dans quel sens. La reine , qui avoit été capable dans plus d'une occasion d'avoir recours à l'artifice , ne l'étoit pas d'employer une noire trahison. Ainsi , parle même principe qui lui avoit fait faire un généreux effort sur elle-même pour rétracter l'ordre qu'elle avoit donné contre la vie des deux dames, elle étoit revenue tout-d'un-coup à penser que dans l'extrémité où elle voyoit sa fortune, trouvant Londres et le parlement déclarés centre le roi son mari , et , n'ayant plus d'autre ressource qu'une armée dont elle avoit peine à réprimer la licence, il ne lui restoit peut-être rien de plus favorable é tenter que de gagner le comte par des offres extraordinaires. Il connoissoit la fierté d0 celle qui prenoit le ton de suppliante. C'étoit uii appât pour un cœur tel que le sien ; c'en étoit encore un de trouver une assez haute opinion de
DE MARGUERITE B'ANJOU. lyS
9a générosité dans son ennemie pour le croire capable de se laisser toucher par la confiance qu'elle marquoit à sa vertu. Enfin , ^alternative de vengeance et d'amitié qu'elle proposoit étant Un motif pressant pour ces deux dames y elle s'imagina que le cœur le plus endurci à la haine pouvoit être vaincu par les instances d'une sœur et d'une maîtresse. Mais y en cédant à la nécessité qui la forçoit à cette composition ^ elle n'en étoît pas moins ré-« solue de se défaire du comte s'il rejetoit ses offres; et la menace de mettre sa tête à prix n'étoit qu'un voile , pour déguiser le dessein où elle éioit de lui ôter la vie par une voie plus courte. Elle laissa donc aux deux dames à décider pour laquelle il auroit le plus d'égard et de soumission, et la permission qu'elle offrit à l'une des deux, fut de lui donner un rendez-vous dans le Heu qui leur paroi-* troit le moins suspect.
La modestie ne permettant point à Elisabeth Woodwille d'accepter seule celte commission, quoiqu'il fût assez clair que les sollicitations de l'amour sont toujours les plus puissantes , ce fut uu embarras pour la reine , qui s'étoit proposé d'en garder une pour lui répondre de la fidélité de l'autre. Cependant, par le conseil de Soriimerset et de Cliffbrd, elle passa sur cette difficulté. Mylady Nevilleut la liberté d'écrire au comte. Elle lux proposa de se rendre à quatre milles de Londres,
dans une terre qui appartenoil à leur maison , 011 elle devoit le joindre par Fordre de la reine avec Elisabeth Woodurille , qui étoit chargée comme elle de lui faire des ouvertures importantes. Elle lui marquoit , que la reine la faisant escorter de cinquante hommes ^ il ne devoit point êlre accompagné d'une suite plus nombreuse.
Le voisinage de la ville sembloit propre à bannir toute défiance,, et l'amour soutenu par la valeur ne connoit aucun danger. Cette partie ne parut au comte qu'une aventure de galanterie. La seule précaution qu'il observa, fut de se faire précéder d'une partie de ses gens en approchant du rendez-vous , et s'élant assuré par leur rapport , que les dames y étoient déjà avec leur escorte , il s'avança d'un air intrépide. Leur conférence dura peu. Ayant rejeté dès le premier mot toutes les propositions qui pouvoient blesser sa gloire , il fut bien plus curieux d'apprendre ce qui retenoit les deuK dames au camp de la reine j et sachant d'elles-mêmes, qu'elles y avoientété gardées fort étroitement, il leur proposa, à son tour, de profiter d'une si belle occasion pour le suivre. S'il prévoyoit quelque résistance de la part de leur escorte, il se flattoit qu'à nombre égal sa valeur mettroit l'avantage de son côté. Mais il ne se défioit pas d'être écouté par Clifford, qui avoit promis à la reine de le tuer aussitôt qu'il le yerroit
DE MARGUERITE D^NJOU. 177
obsjtiné à rejeter ses propositions. Ce seigoeur, dontia maiu étoit accoutumée à;cesactiop6 barbares y s'étoit déguisé : en femme avec deux des officiers qui avoient perdu leur père à Calais..^ Ils s'étoieni rendus au château du comité « deux heures avant les dames , sous prétexte d'être des fem/aies de leur suite; et s'étant approchés du lieu de leur conférence , sans avoir, fait naître le moindre soupçon à Kescorte du comte. qui faisoit la garde à la^ porte, ils s'étoient postés assez avantageuser ment pourl'écouter et. pour le surprendre. Ce-r. pendant ils ne purent entrer dans Ja chambre où il étoit) sans se: trahir, par l'ardeur de leur mouvement. Il eut letemps de se. mettre en défense. Armé comme il étoit de toutes pièces, son bon^ : heur le garantit des premiers coups, tandis qtie : les cris des deux dames appelèrent ses gensà^soa-: secours. * .•: ' . ' • ' î rd
•' Il ne lui auroit pas^ été moins difficile. de sauver sa vie , parTimpuissance oùilsrétoient de le^secourir. ' L'escorte des dames 'avmt ordre d'attaquJer* L^autre aa Boloindre signe , aveotout l'avanitageque : donne uin 'dessein formé sur. des gensqùfon prend au dëpourvûi j\iasi , pendant que le carcMigft coriimençoit au*dehors , >le 'Corate «ut. à soutenir les efforts de trois hommes x<Mi)»ré«;.f)Qur sa^ peorle; MaisEUsabeth WoodwiUeji dpm le caractère né^ , pofldoit fiux .grandes . aventipi^i qû devoiem 9vd
PréYost. Tomt XIV. 13
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pnx\ce ingrat qui lui deyoît sagloire et sa couronne.
Ils,, se hâtèrent tcms deux de partir, avec Tes- |}éranqe que donnent la valeur et la supériorité du pQjnbre sur des ennemis qu'on déteste et qu'on inéprîse. Maïs la reine , qui étoitinformée de leurs forces 9 n'avoit pas jugé se-propos de risquer une ^taille sans avoir augmenté les siennes. Si jamais elle ayoit été sensible à quelque disgrâce , c'étoit ^l'humiliation que lui avoit causée le triomphe.du ççmte de Waryrick , et la délivrance de ses deux içsaptiyes. Elle étoit partie presqu'aussitôt ayec sou .fpari, pour aller cacher sa douleur et sa confusion 4ans^ les provinces du Nord y où la maison de Lanxastre avoit toujours eu beaucoup, de partisans. EUçles trouva si peu refroidis, qu'ils s'empressèrent ]de fortifiersqn armée par des recrues considérables, .et par.des corps, entiers de nouvelles troupes. Leur xlîl^ence ayant égalé leur zèle, elle se vit dans peu ,de jours à la tête de soixante mille hommes.
Edouard , qui redevenoif le plus JSoible quoi- .qu'il fût parti de Londres avec ^quarante mille .hommes , n'en perdit pas un mqppeat. le désir iL'avancer ,. ni l'espérance de viiincre^ Il prit sa marche V(çrs Yorck, ou il apprit qu'He^^i et là reine s'étoient rendus. Etant arrivé à Pontefract ', Ja vue d'un lieu où le plus ardent de ses défenseurs avoit perdu la vie par 1^ main, d'un bourreau , ré- .v.t7illa tout sça courage. avec ses ressentiments.
DE MARGUERITE d'an JOU. l8l
Mais quels furent les' mouvements dû comte id^ Warwick en visitant une place cjiiâ lui parut lieStatë encore du sang de son pèreîîls avoient à pas^cff W pont de Ferrëbrigde, pour jokidre Penneriri'tffll étoîi campé à quelque distaùce de la rivière dï^Airè; Le lord Fritz-tvalôr eut ordre de s^emparer àd pont avec uû détachement assez considérable': mais il y iroii^a lé ïiirieux Clitfbrd , ' qui tailla en pièces une partie deses gens, et qui le tua Immême avecle'Bâtàrd dèSalisburyiNouveraîgifîuoa pour Fanimosité du cbtoté de Wairwick. Il acccTu^ rut vers Edoiïai*d, et mettant pied à terre, il tttrt son chevar en Sa présence : a "Siiré ,ltii dit-il, Tèft^ )) nemi est maître da'pont; miaSs fuyèqui vdùdràÇ » pour moi, je juré par ce btm signe i( eh faîsbhï "y> ce sermeht U bâiSa la croit' de son épée)'*de S) demeurer ^êûliéi avec Vauclèrcl et de'co^tfy> battre jusîjtfâù dernier ^dupîV m. Et sùi^-lfe-^ champ il enga'gëàf (ce prince à 'felrë' publier dattà Taf-mée^ qu^il àccotdôit la liBertéMe se retirët^â élétix qui craî^oietit Tennemiy et <JtiHl^écbi*ï^)retfi serait (Deux qiii îerôieritleurdèTôit'j'ttiais qù^ri^^f a Voit point d<^ pàrdtîn a esj^ét'èr'pôtiir cfeùiiîl^ pVètl'dTbi^nt'fô'fôiVé.Ënsiiit^'^idfêiàéhant FateMifv bridgèVson àriélëVl^r àUei'pia6€>'Itt flyjè^^ milles au-dessili^ Ait pint , d hiâ' donûà ordre ÉM revenir au long^dibbi^V©^ <J*^t«^ù4rGliff^ fe gardoit dè'èb iîôté^îà; Cett^ 'è i^ëdiiion ftit^oW'
xSq HisToimjs
âtMe arec aount de iecr^i^pMcde ^lîgaice. CËfiord^ forpris par Falcombridge, ne pensa qa'à se dëfiuulre cootre une attaque si inipre¥ae.D abaodoooa le pom^ que le comte se faâu de passer^ a i[a léle d'uoe partie des Tétérans. 4^ Tauderc. D dienoboil ÇKflprd ; il le joignit , etTafant d'abor4 blessé d^uo coop de flèdie , il l'acbera^ dP UanchaDt de %on épée , doot il ^ fenditLi onçitijé dp corps ; cbâttinent trop léger ponrmi traître et on barbare. La rmoe ^ qoi s'ëtpit retir^^ à Tpj^. ay«c spa mari ^ oe s^effiraya point d'ooe p^^ fi Mg^i^* CUo dppna le coimB/ai/^i^eiiien^ 4^^ ^n ^r^ée au duc dç Spoi^eiiset, et oe vojan]^ di^^ rç^pi^e pour elle que dans la victoire^ elle loi^ àf^s^^xfi, qu'il falloit yaiocre ou péiir. Les. deuxarmi^ç^^TençQu^rèrf&n^ le dimanche d^s Rameaux d^jqs J|pi plaip<ç deTaijri^tou 9 où elles. ^ r.anjgèreut en b^j^j^. Il oe s'en ëtpit pas vu depois Ippg- temps ^ si puiss^utes eu 4.ng|eterre^ et j^^i fait ijemsgrqu^r qnje celle de la iretoe surpas^it^ iV^WÇ. 4'W. ^^^: W?^ ^ arriva , 0P(alheur6usf{me^ ppur les Laocastn/^ps , que Jt'^ l^éMPt obscurci pwJa n^ifiÇjr qi^i tffflab^ WJ^-i^7 flOijp eo sJèWjdwp^,, Iq^ Y.WKI«»I Wr.Pf?Ftoît au viwgfJ, f aïfi9»br«^ge^ qui co^/p^ffdoijç l'a?îwji,f |iird^4'JE4pW¥^pn>, c^.uMffl^otipo.urj faire quit; I4r Tarç ji s^. ir^jpgni.et Ip^ 01,49^^510,1 de fondp^ ^r,lVoeïPM/8rafl/l« c9HPf:4î^pé^ , î|! cottime9ç^ iW ^n^bat qui j^i 4f^^ b^- preNmier in&jan t ijin aflfreu;^
BE MAIiaU£RIT£ b'ANJOU. i8S
carnage , et qui dura depuis le maliQ jusqu'au soir avec cette fureur et cette obstination. Les hist0liens p'^ Ont donné qu'une idée fort confuse , mais ils s'accordent tous à le faire regarder connàe un des plus terribles châtiments que le ciel ait jamais e]iei*céscontreJ' Angleterre. Le&Lsmcastriens commencèrent vers le soir à céder le terrein. Ce ne fut pas néanmoins en fuyant. Us se battoient en retraite , et faisoient ferme de temps en temps ^ avec une vigueur qui rendoit encore la victoire incertaine. Cependant le comte deWarwick ayant animé ses gens par des ei^emples prodigieux de valeur, ils pressèrent tellement leurs ennemis, qu'ils leur firent enfin tourner le dos ; et ce fut alors que le massacre devint épouvantable. Les fuyards prirent d'abord vers le pont de Tadcaster ^ mais se trouvant pressés par des vainqueurs cruels , qui aroient ordre de ne faire quartier à personne , ils voulurent se détourner pom* passer le ruisseau de Corke, qui se jette dans la rivière de Warf ; ils se précipitèrent avec tant de désordre^ que le ruisseau se trouva aussitôt rempli de ceux qpis'étoient noyés, etqui » dana leur malheur.,, servirent de pont aux compagnons^ de leur fiiite. On rapporte que le oaroage fut si grand dans cet endroit, que W eaux de la^ rivière de Warf parurent teintes de sang petudan^ plusieurs jours ; etce récit n'est point ktcroyable, pui&que les- historiens s«surent qae
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le nombre des morts fut d^environ quarante mille hommes.
Edouard prit le chemin d^Yorck après sa victoire , dàn& l'espérance de se saisir du roi et de là reiôe ; mais il y apprit qu'à ]a nouvelle' de leutr défaite , ils étoient partie aVee la dernière précipitation pour se retirer en Ecosse. Son^fetiaier soin ftit de Faire ôler de dessus les murs la tête dû duc son père , et celle du comte de SalisbûVy , en regrettant de ne pouvoir mettre à leur placé celles de Henri et de Mar^èrite. Il y fit apporter -celles du comte de Devonshire et du lord Clifford , autqbelles il en joignit un grand nombre de moin$
célèbres.
La perte de cette famieuse bataille fut un lùa}-^ heur irréparable pour la maison de Lancàstro, Edouard ne trouva plus d'ennemi à conoj^èttre ; et jugeant par l'abattement des vaincus qu'il ne- lui en rèStoit pliis à craindre, il reprit le chemin dé Londres/ où il eut la satisfaction de vîôir arriver presqu'âussitôt plusieurs seigneurs , qui vinrent implorer sa clémence. On assure que ce'fut laf honte dVvoir répondu* si mal àl'attent'e diéia reinej qui les empêcha de la suivre , et qui leur fit aban-i donner un parti auquel leur inclirialiôri lèà attafchoit autantqùeles anciens engagements dé létti^ famille. Aussi pardt-il bientôt que leur cceoT u'a-^ volt point -de Jwrt à cette inBdélité. Après! queW
é DE MARGÙEÎIITE d'anïOU. iSS
fjiies exëcutionaisânglaDtes qui parùi^eôt nëcesssdi^eô au tiouveati roî poiîr* feisèiiret son* tï>é?ne , il assembla un* {>'arlemènt auquel il n'eut pas dé 'peine à faire approuver tout tje qui s'étoit fait jusqù^alors en sa faveur. Il étoitvictorieui.L'avànftagê des armes a toujours été le tilèilleur titré en AngletWré ^ pour décider des prétèntioûs à la coùromi'è. Les parf leihénts n'ont jamais entrepris de s'éloigner du principe salutaire', qu^il faut se déclarer pour lé plus fort. Suivaiitcette maxime, la nduVëlle àssemblée' épprouva le ^couronnement d'Edouard , qui fut célébré avec biyucoùp de pompe. Elite confirma ses droits, e^rassa tous leà'aljtes-qui s'étoîent faits sous lé^dërriîér régné toàtfrë la fnaison d'Yorck. Henri VI, après un règne de' trentëhùit ans , fut regardé cotù me un usurpateur.' C'est ainsi, pour me servir des termes d^iiil célèbre historien, qu'oasé johoit d»la crédulité du peuplé , et qu'on lai faisoit croire qtie'tôùt ce qui àvôit été juste peddantsoiirante ans, ët6it devenu îû]\i4tépârunevictbitè dontle nouveau roi n'étoit redevable qu'à sa fortune. •'
' \'n né restdit dïihâîtoût lé royaume j^i^ùe là viUe delSérSlvick qui fôt demëiit^e fidèle à Id maison de Laiica^re , et la ri ëfcéssité'-âe' plaire au h>i d'Ecosse,
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mission d^ /O^içb^r , pendant quoiqua temps 9 sii ^Quleur 4pp^ W çtatew 4'Écoase > où elle xje*^
mandd I4 Ub^rté 4e 9fi mwer. I^^s 4«cs d<e( Som*-
mei^et fi^ 4'£!?(0ei§l4r, qyi ^voiept eu le luxoheur
M ^ wwer uppè^ k bat^Ulç , co^ipQSQient toute ^^ cuite. PftQs rinçeirtitudç. 4e^ ré^olutiona qu'elle avQit à pre<i4ri^,.elle refu^do^ honneurs qni l'aur roiept g^née, e( ce ne fui; qiji'â^prèg avoir pris If parii d'aller d^ipap(]^r dfiur U-s cours étr^ngèr^^ des $eçours.qui li^fu^e^trjçfwés^qn Ecosse^ qu'elle ^çepta pq^F ^ r^p^i ^oiji épQW>, f t pour le prince £d^ai;41eur^^ u^^ gardede cent cavalier^ peu* dant spp âb^ienf)^. Im
Mais tandis qu'elle^ s'^h^doxtnoit amèrement i ses r^flen^io^s 9 çt quQ» diS^ps le besoin où elle étoit d'argent 9€^çs^ VrOyQit obJigée.de rejeter toutes les vpie^ qiHi dçi^jçidoie^jL ççtte sorte de seco.ur9 , UlpÀ \iqt (jt^q^ ^ splii^d^,!;^^ flk4gooîjaqt fcançoiS| qui a'étqit^ 4^44^ ep,ÇAC|s^^^ QV il avoit amassé des .i^çl^esses. çpqsidérat^lei^s, p^iflAconunerce qu'il entre^^ioit aV(ec^si)?ay^r!Ka^ jj^rèslu^ avoir exprimé la compassion qu'il ressg^^pu.dç se^lpaUJMiur^^.U lafit^piu;^/çpir4'w.l»cw qfi^j^qy/ette Jniaiypix re»du dfw-^? i WW^s/9î). h la ww diÇjN^oy.,. ^ lui explir qw«t d'9)<î»M)Â*a,*ii,f»i*fAlRr^4pit capable pour
V«wrîqwr.3?fiîfi€w»^W5i^pce^illMiofH^ ce
qu'c^crpiRidprQpr^:^ l'aider dans soja infortune. Elle regarda: q«tteo0ire.f0auixe. une faveur 4^ ciel.
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Un vaisseau et de Fargeot étoient les çeuls biens qu'elle désiroit- J^es ayant obtenus du nëgociaut^ elle ne s'arrêta quelques jours ^e plus en Ecosse ^ que pour her le îeune roi Jacques et ses ministres, par toutes les promesses qui pouvoieiit la rendre tranquille sur le sort de sqjp nçiari et de son fils.
Elle laissa le duc d'Excester auprès dç ces deux prinççs , pour yeiller continuellement à leur sûreté; ets'étant embarquée à Dumbar. avec le duc de Sommerset, elle alla descendre dans un port de Flandres , d'où elle envoya So.mmerset à la cour du duc de Bourgogne , pour solliciter son assistance , t,an(^s. qu'elle se repdit ^ Paris^ pour im^ plorer elle-même le &eço,uçs de Loqis^l^.^Cç prince avoit tant d'occupati^Qjps. di^ cot^ 4.9 ^ -P^^^^gP.^ y qu'elle le trQ.uva pcy. djs^po^é- à s.e fi^iire upe querelle avec l'ADgletei;re. ]\|(ai;s^il ne put cefuser sont amitié et sesbienCiits à une reine m^lhçqreuse qui lui appartenoit de fort pre&par le sang, Il la combla d.ei cariçsge^ , et s'il aç lui accorda point; de>.spm|ne^ COq^iidéi»f?|eç, ni d.es iroupg^r^^lëep,, ^Jnij>.ermiit 4'ei]g«^r àspi? serxiç!? tpyç.ijeux cyi^'elle trpqverokfjppo^és h pren|dre vpjo^ti^r^ipeRt ses iRt^rfu. A Vhfjfi. qù, ^|(e. ét<?ijt, ei^jjor^ elle aui;oit, trçjuv^ agi^aqj, 4e çb^nagiQp|S qy'U,^ àxoi^ d,e j^pn^eçi sèîgpeurs à la cour; ^t ce çharm^ qu'ellç'aKoit pôuf gagoer l^s, çoç^rs,, qiuaj?^ s^ f^^.ct^ luj j^^rmenqit de l'employer, aproU et» plu^. d.'çfffiJ qup le conr
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sentement du roi pour lui faire lever une armée ; mais après avoir commencé fort heureusement \ une foiblesse dont ni le poids de l'adversité, ni la force de l'ambition*qe purent la défeiMre y ruina ses plus belles espérances.
Entre la jeune noblesse qui s'empressa autour d'elle y elle fut frappée de la bonne mine du seigneur de la Varenrie , grand sénéchal de Normandie. Ce gentilhomme joignoit à beaucoup d'esprit et d'élévation de sentiments , un tour d'imagination qui n'étoit pas rare dans ce siècle à ]a cour de. France, mais qui ne manquoit pas d'être toujours plus vif et plus agissant dans les caractères aussi distingués que le sien. H se pîquoit de galan- 'térie dans tous les sens qu'on attachoit alors k cette idée; c'est-à-dire, que mettant sa gloire à soutenir l'honneur et les intérêts tfes dames , il cherchôît toutes les occasions de mériter le titre qu'îrp'rènoit de leur chevalier. Celle !de secourir uùe reine aussi célèbre par son courage que par sa beauté /lui parut faite pour exerccfr tout ce qù il y àvôit dé romanesque dans ses idiéçs.''II rai offnt son'bîeq, qui étoît considérable , et son epee , qu^'kvôît' déjà sigiialée eflectivettient par dès eifiloiis dont on trouve les traces datis no^ histbîres. ^Sbît que'ïa réihe eût pris assez bonne opinion dfe lui po'uip es|)érer beaucoup dé ses promesses , soit que n'ayant p^ointle cœur insensible ;
elle se fut laissée attendrir par s.es soins, ell.e lui marqua bientôt; des préférences qui éloignèrent d'elle ceux qui s'en étoient approchés avec les mêmes désirs. .
Sa politique parutPabandonner. Loin de reconnoitre le tort qu'elle se faisoit en négligeant les o0res d'une si belle jeunesse , il sembla qu'eQe eût borné toutes ses vues à la conquête du sénéchal ^ et que cinq cents hommes qu'il lui promit d'assembler sous ses ordres , remplissent toutes les espé^ rances quiluiavoientfait quitterFEcosse. Quelques historiens la justifient par la crainte qu'elle eut de se précipiter dans de nouveaux embarras, en s'associant tant de jeunes gens qu'elle auroit eu peine à contenir, et dont l'obéissance auroit été d9u-teuse pour le chef qu'elle auroit mis à leur tête ; au-lieu que dans la pensée où elle étoit, qu'elle n'avoit besoin que d'un petit nombre de gens résolus pour faciliter sa descente dans le nord de l'Angleterre , où elle se promettoit que sa seule présence ranimeroit tous ses partisans, elle trouvoit dans la Yarenne et dans sa troupe, tout ce qu'elle croyoit nécessaire à son expédition. ; Quelque jugement qu'on en veuille porter, elle se remit en mer avec lai, sur la promesse vague d'un secours plus puissant , que le roi lui Et attendre aussitôt qu'elle . auroit fait déclarer pour elle quelqyas ^ provinces d'Angleterre*
Edouard' rayàhi fait observer inutilement à son passage ) elfe alla ten^tèr sai descente à Tinitiouth. Mais êlîé y If 6uva U^û eorps de' trouves , qui là força de remettre à la voile. Une fùHeuse tôm-^ péte, dont âèà vaisseaux eiiréilt b'èistucôlip à souffrir, là faisait penser à regagner là côte de France, h)rsquéle vent, qui changea ibtii-d^titt-boup, là eoddûiàlt , iàh^ le secotirâ dék inateldts , A^ni FemboùchUrè de là Twied'é , d'o* elle èfe réndîi facilenieât à Berwiék. Lé ^éti'édhàl é'^y retrancha parsoii ordre, en attendant <j(ti^éDè eût fait répandre ië bruit dé sôii arrivée dans lés provincèé Toisîriés. Mais l'àrdéur dès habitants he répondit point à son attente; et sur là nouvelle qu'elle reçut bientôt, que le chevalier Ogfe vènôit attaquer Ib camp du sénéchal, avec quatre mille hommes , elle gagifa là frontière d'Ecose, ou elle se flatta que les Ëcossôis ne là làisseroiént point ôpprinîër. Si les historiens n^dnt laisîsie àticiini détail dés galanteries de Marguerite , oh troiivè , par intervalles, assez de preuves, que les imputations dé ses ennemis n ont pas toujours été sans lonaeT ment. Ceiix quil'oiit accusée d'avoir àimë succès^ âvemëàt les deux Somniérset , n'afnfbiént pà$ été trop aveugles par là Hàtnë , si' ce' reproche avoit ete aussi juite pour le peré quil paroit letre a regard du fils. La' rein ë l'a voit I&îss^ en Flandres , où, plùè àcuf et plus héùreùx qu^éHe , pài^ce qu'il
DE MARGUERITE i)'ANÏOU. I9I
brûloît du désit de la 9étnt , il aydil obtenu duf duc de BôUt^ogiïe k pertâîssiôii de tèvér quel-
cpie» troupes , art^c tésqiiélleâ il étoit ré{^àssé âfm^ le-cbatttfy eu Atf^êi&vtë. Ayant cihoisi si balnk*^ tiîent le Kéu def sa défdeeutè, qù^il étôit eiitré sàil» opposiliôir daiis le Nofthuiïiberland 9 il y aurôit préparé à h reide>' phis de faciHté qu'elle à'eo avoît iTOtf vée itit h côte , s^il h^éti été fôi^cé , pfer des événements kupffétus 9 de ^è rëàférmér dûû!9 Bambtrrgb. tl s'y défetidbil vaillàrrtàiéfit , lorsqu'il apprit , nôn-lètiîémeiït que la réîne éiôit entrée dans la Tw^de, mais quMle étoit àcebmpaguéer dW ôhé^aEtét* françôis, qui àToit àéqtiis toute su coufiadcé, et qui ne gduvernoit ][yâs hioins son cœur que ses affaires et ses troupes. Il Ait itidîgné que deux mois d'absencç eussent: fait oublier sOxi attachement et ses services. La jalousie eût pait^ sans doute y à ce résisentiment j et quelque idée^ qu'on doive prendre de la nature de soti aièle y il ne put souffrir qu'un étranger vfàt emporter de^ préférences! qu'il croyoit avoir liiéritéès. Il étoit assiégé par \é diéValiér N^vili , quî tènoit d'être éréé marquis de Môntaigù. Cétië fànàtillë étoit si puissslnte à là eoût àë hôadve^y qïi^il Hé pouvoît dfaoîsir uue média tibklplbs certaine pour fai^stf paix dveô Eddttard; Le mfai'qùisr, flktté d^ùdë tfdâ* quête si éclatante , obtint pour hi h rèsîitù^ i&on. de tous ses hoimeurs et de toùi* sei bièiis^
19^ . .HIST0.1KB. .
«veo I1D6 p^osion anDueUe.de ^tnillle i^2i(C5«: Mais par' une inconstance qui ne peut être atuU>uée qu'à Famour, à-peine fut-Uà Londres , qu'Use rçprocha d'en avoir cru trop aisément^des' bruits qu'il ne s'étoit pas donné le temps d'apr-, profondir. Il éciivit à la reine , pour lui repro-, cher son ingratitude , ou plutôt pour s'en éclair-, cir. Elle s'étoit avancée jusqu'à ïldimbourg , avec le sénéchal, qui avoit laissé ses geps sur la fron-^ tière. La protection de la France > dont elle fit yaloir le^ témoignages dans le secoursqu'elle avoit. obtenu, détermina le roi d'JEcosse à lui accorder la^ permission de lever quelques troupes dans ses états. Henri, qui çommençoit à sentir le prix d'une couronne, depuis qu'il avoit perdu la sienne, s'employa lui-m^me à^former une armée , et son parti , réveillé dans le nord de l'Angleterre y par les préparatifs qui se faisoient en sa faveur , pa-. toissoit disposé i(. faire quelque npnveau mouvement pour le seconder. . . î
La rëponse de la reine à Sommerset ne conte-^ nçH qu^ cl^§ plaintes de sa trahison ; niais, se trouvant trop heureux d'être regretté, Upe pensa qu'à réparer, par un nouveau sacrifice de sa fortune,, le tort qu'il s'étoit fait dans son esprit. En qiiitt^t, la cour d'Edoiiard, il engagea , dam la même résolution, Raoal Bercy, frère du comte de NorthuQiberlanc^^ qui y.étoit soumis à jp^dp^^rd aprçs
DE MARGUERITE d'aNJOU. :^95'
kbatailledéTanwlon; S'ils n'osèrententrepren^irct de lever des troupes, ils portèrent à la reine une
somme considérable que leur crédit leur fit trouver à Londres. Ils la joignirent dans le Nortbumberr land, où elle s'étoit déjà rendue avec son armée» L'impatience que Somnierset eut de la revoir^ lui sauva la vie dans une rencontre, où le petit nombre de gens qui Faccorapagnoit fut taillé ea pièces parle marquis de Montaigu. Il s'*étpit avancé en laissant Percy à la tête de quelques coippagnies qu'il avoit ramassées dans sa route. Montaigu, qui commandoit dans le !Nord, arrivoit dans le même tempd avec toutes les troupes qu'il avoit pu rassembler; et fondant sur Percy, qu'il trouva sans* l'avoir cherché , il lui fit mordre la poussière avec . tous ses gens.
Mais la double inconstance du duc de Somrr
merset ne demeura pas beaucoup plus longtemps
s^ans punition. Il trouva la reine en marche. Avec
quelques marques de joie et d'afifection qu'elle
parût le recevoir, il s'aperçut bientôt qu'il ne
s'étoit pas trompé dans ses premiers soupçon^^
et que tpute la fav<iur étoit pou,r.le sénéchal. L^
court espace qu'il passa près d'elle fut employa
en plaintes et en explications, qui ne produisireûjt
point de réconciliation plus sincère. On. étoit arr
rivé à Exhamj et )a reine ayant pris la résolution
4'y camper, pour rassemUer les secours qui lui
Prévoit. Tome XI F^* i3
14^1 HISTOIHE
«mVùieM tans ce6»e, l'armée travailloit à se for-« fifier par divers retranchements, lorsque Montaïga y anûttë pat* PaviMitage qu'il tenoit de remportée, em la bardietee d^attaquer Henri dans aes lignes. Il 1^ pressa si vivement, que, ne kq ayant point laiasé le temps tle se reconnoitre, il lui tua la meilleure paràe de ses gens , et mit le reste en fuite. Henri et Marguerite se sauvèrent par des routes dîffiér entes, q[ni conduisirent l'un en Ecosse, îet l'autre dans les plus étranges extrémités où la lbii.uM» ak jamais fait tomber une reine. Le duc de Setemerset eut le malheur d'<étre fait prisontner. On ne le fit pas languir. Montaign, irrité qu'à lui eût nianqué <le parole , lui fit trancher la ièt^ àElham.
La reine qui n'avoit pas eu le temps , dans son ti<étfble , de pretidre une voiture, ni de se faire accompagner, s'étoit hâtée de gagner k piedxine forêt Voisine, avec le jeune Edouard son €Asy qu'elle eoné<âsoit par 4a nibin. N'ayant osé sortir ^ oet asile jusqu'au soir, ^le y fut siii*prise par Ha nuit. Loin de ^affliger de cette avemut^ , eHe pénétra ^ns l'épaissetrr des ari>res j et , s'y Jivî*ant k toute l'ormèMUme de^s'réSexions, elle remercia le ciel 4^ Itii accorder ttott retraite oàies ennemis qu'elle avoit à craindre 4ui parcnssoient bien moihs reddutablés que 4es hommes. J^aurois peine à m'arréter -au détail de cette aventure , si les meiHeurs bisio-
DE MAliaUSIlITJS d'ANJOU. IiQÇ
riens d'Angleterre n'en sfvoicipt pas rappç^rté tQV^^^ les çircQpsuoqef , et ^i nqtre IV^ojQ^rf^et Of ^19^ n'jBf^ raçpotqit les principale^ , ^ans y îpind^;^ ^4c\m^ niarque de doute* B^apiiQ eq parlq ayiçc 'pe^ d'ét^i}-* duej Ina^ç il laf suppose, néanmoins, CQn;iwft u^jjajif at)est4 par d'aut^^ historien^; et ^'il l'a tQuçli^, |i lëgèrewenl., onçfint, qu'une bistpirp gçpéwle ^^]ri^î moinsle^ d^ta^^ d{^ çi^t,^f^n^^r^ quel'bî^tpii'ie^ .4'u?^ y^e pjiriicjî^f rç. Il ffûj^t jppQsi^érer^ d'aillçijrçj q.V,ç çeqv^nQt'c-j^fait regarder la vie d^Mai^tieritç d'ApijJ9i]i çoDotme qne parMjç ç^e^pl^^* curieuses et des plu^ ^téress^ntes d^ Vhï^iffjxe d'Ap^^^^""^ ^ ^*t la smgiflaiité xftèr^e des aventurei^ de cette reine. , et la iQultixu(|e de IbUs) ou tristiçs, pa iep^fp^y QP tç,rlible^, qpe |a fortune a pris içpmipç p|^isifvà ^a^ ^e,KnbIer dans le r^gf^e de Qjçnri.
^.Aivnadliçii d.^? plus tristes réflçf^flç^ il ?>Ç présenta une à la reiniç ^nLspa inc^çgi^lipRi fff$ 4!«rt?P?. PÏB? flattée, qnfi:('3iiiflée éta«^ ^ojp dap? sa plus belle saison y elle ne trouvoit da|^:|a.(jl^Ur fiWf de ^'air (çt jdans j[^.yerdmç t^ fj^v^illage j- que ^^rf^ispqs de se f^mili^ri^r t^t-d'uft-fl^^ft ,^y çç toçojli^u^, et de go^tffr tçfijiçl^ pj^jetf quiétçiçm aptomr d'e^e. Il lui tomba daps l'eisprit qu^ j^f yi^ 4^ prince ^n §}» éftapt 1^ fqç^ement 4ç, tççites j^^p^r^nces, il n'y ^vpit ppint 4^ lieu jrà ^e ]^ la d^rpber plu^ sûre^^t a Jj^. jypfijijç de j»6,s
.^fKOçXiftis qu^ d^M »»^. bfPf' ^àm^Pr'Sk \^ ^
igfi HISTOIRE
pouvôit soupçonner qu'elle fût entrée avec lui, et où elle n'avoit pas même aperçu de routes qui pussent lui faire craindre les rencontres du hazârd. Que n'avoit-elle pas à redouter, si elle s'exposoit , le lendemain à celle du vainqueur; et de quel côté devoit-eïle tourner pour rejoindre son mari ? La crainte de manquer de nourriture pouvait-^ elle Finquiéter; ctfalloit-îl d'autre soutien à la nature que celui dont les animant tiroientléUr santé et leurs forces ? Elle se confirma si bien dans ces idées par les méditations d'une truit eiltière,' qu'elle se trouva déterminée le lendemain à passer du-moîn^ quelque temps dans la forêt d'Ezham , jusqu^à ce que les mouvements de la guerre fussent apaisés* éaûs les lieux voisins; ou, si le ciel né liii ofTroit pas quelque moyen de regagner l'Ecosse , jusqu'à €é que 'son fils, qui n'àvoit encor'e que huit ans, fût en état d'entreprendre une marche pénible,' et de travb^'er le Nôrthutnberland pour se reiiidre à'Berwick- ' ■ - «« ^;•^ .
Mais, lorsqu^éllcf chércboit quelque etidroit commode pour s'en faire 'un ^bri contre les i heures de l'air i'ièlle découvrit plusieurs personnes qui étoient coufehées tranquillement sur l'hérbë, et qui paroissoient avoir passé la nuit dans le' rbémé lieu.' Sa frayeur augmenta beaucoup, eh'Vértiar^ quant qu'ils avoient entendu le bruit dé sa marche, et qu'ils )étoient les yeiix de tous côtéd.àvbc beaw-
BE MARO.UERITJB d'aNJOU. IQJ
coup d'ardeur. Toute son adresse ne put eihpêcher qu'elle en.fût aperçue.' Us a'c^oururent à elle; La vue d'une feninie jqui éloît couverte d'habits fort riches , et celle d'un enfant qui portoit mille >narqaes d'une condition supérieure, parut leur inspirer d'abord quelque respect; mais leur profession étant de voler sur Içs chemins et dans les bois, la facilité de s'emparer d'une si belle proie, ich9â^a bientôt les sentiments qui les avpit arrêtés. Ih se j-etèrent sur la'reine , qu'ils dépoiiillèrent de ce qu'elle avoit de plus brillant , et le jeune prince se fut pas traité avec mofns de barbarie. On s'imagine aisément que, dans les agitations continuelles où Marguerite avoit vécu, elle étoit ornée de mille joyaux prépieux , .qui étoient conune le reste de sa graqdeur; aussi prétend-on que sa dépouille dût su^re pour enrichir cette troupe de brigands. Mais ils furent si enivrés de leur bonheur, que, ne pouvant s'accOrder dans le partage,' ils prirent .querelle avec une fureur et un ^aveuglement qui réponjdoient à leur caractère. La reine', qui ne diemandoit au ciel que la vie de son fils, saisit te ippraent pour s'échapper avec lui; et, s'enfoûçant 'dans la partie, la plus épaisse de la forêt, elle tia .cessa point de marcher, aussi long-temps qu,e le .jeune prince en eut la force. Mais, le voyant pré( à tomber de foiblesse, elle le prit entre ses bras, et elle continua sa marche avec une vigueur et une
ig9 HiSTOiHB
rè^ùhiiibtkiûeitôjMes. Elle sis croyoit délÎTrée de là pluiis efflr&y&me paHie du pétîi) lorsqu'éHQ r^n-* èbnt^à ntï autre tole\kr, isçtai étoit de la bande d%i pt^&ki^r^ y «t t}ul alloît les rejoindre apréa atoir achevé âppar^ttitûiéfit <^u«lqUë crime dientil brMoit dt teût rendre compte. Il a^t^praofaa d'elle ^ l'épée haute ; méis c» qui' devbit la fttiire motiirîr d'eifrèi ^ sèrvk I au éonltaif é , à lui faire rappeler tous sea esprits. Elle prit Pair et le tbn de majesté , quNiné si longuiê haÛlude dû trôïH^ lùi^ivmt i*eftdu com m e Bàturel; èt^ te faisam îâéolè Ôdàtér avet^ pto dé fëi^^ (tans "M^ ëtit^uA^é s4 )^éasàtité, ^Ue présenta 4è f^Hbtè de baltes fA^ v^kknr : Mon ttmi^ tut dit^Jlè > Mwe te fils ^è toh n>i.
Le ^'btti de ^ôi pélâ<étrà te ^séfiablè d'u« !si vif
sMiiim^t <de tidSp^t et db fray<e«iry ^Hl liâsaà t(>mbet'sbà ëp^è aux ^A% d«ip)<hïeë;:et>kë f>én^ sattt 'qû^fc M t^nd^ë ^m 9^v4b«^ , 41 H>#i<it à ia r^ne tout '^ ^u'elte le «(tôiroit capfrMe d'entt^^etldre pôor la wdjfH^tet) lelle «t ^on as. Elle kii pr^p^lsà de M cliiBitg^ dû j^une prity«é ^ ^u^ë ^'àtoit
piub k force de soutenir: Hl« pM e^ti^ 'èèfs ijrits, taindfe què^ eb ^sis^aht lÉe ^okl épée , ^é'^ ^èt^ l^t ^e^ éM "de îiii faire la loi > b'il eût <été ^kpablè d^ ydtradtër^eë ^ôfeR^és^ Mtfifs sôh zièl^ ¥M^ ôo)a^ talK, <^ç , s^-k i^^eièh t^'elle lui fit ^ë la btfre hfarië de' rféfe Wemjfi^gttctoa', ë Voulut M persKâkler de rettMtt'nèr à ^è^te > ^ Fassfàrânt iqû'îl tW?uvero4t
DE MARGUERITE b'ANTOU. 199^
le moyen de leur faire restituer ce qu'ils lui avoiem enlevé. La reine ne regardoit plus ses joyaux comme une perte ; elle éprouvoit que rien n^ donne tant de force que l'adversité aux sentiments de la nature 9 et son fils lui teuoit lieu de tout. La seule prière qu'elle fit au voleur , fut de la conduire dans un lieu assez sûr , pour y prendre le temps de s'informer , sans périls du son de Henri et de son armée. Il avoit s^ maison et sa femme dans un village voisin. Dans l'état oit il trouvoit le prince et sa mère y presque nus , défigurés par la fatigue et parla ciainte, il leur d^ manda s'ils croyoient risquer d'être reconnus en se retirant dans cet asile. La nécessité les fgr^ d'accepter ses offres.
Ils y demeurèrent deux jwrs, tandis que le voleur même , qui étoit devenu leur con^en^ ^ leur défenseur , prenoit des infori^ations sur 1^ suites de la bataille. Mais le troisième jour, au matin y leur hôtesse y à qui son mari avoit reçoismandé de les garder soigneusement , çan&lui avQir confié, néanmoins, yn'Siecret dontil étoit comme jaloux, vint les avertir qu'on avoit vu dws le village quelques gens armés , qui deinandoient , avec inquiétude, sil'pjn n'avoit point entfind^ parler de la reine et du prince de Galles, Qi^ique cette demande eût quelque cbpse d'indi^çreit 1 Margji^erilç se figura qvte ce ne pouvait êt^e m^ <^fifiW^
^ItàO HISTOIRE
de son mari. Elle sortit dans cette confiance, avec des habits empruntés de son hôtesse, et sa curiosité ne l'exposant à rien sous ce déguisement , elle reconnut le sénéchal de Normandie , accompagné de son écuyer , et d'un gentilhomme anglois , qu'il avoit prié de lui servir dHnterprète et de guide.
La Varenne avoit été moins indifférent que le roi pour le sort de la reine et du prince. Après s'être distingué glorieusement dans la mêlée, il s'étoit vu forcé de céder au torrent, et de mettre sa liberté à couvert parla fuite; mais il avoit rallié 'ses gens sous son étendard ; et ne voyant aucun moyen de' tenir la campagne avec une troupe si foible , il les avoit envoyés , sous la conduite de Barville, son lieutenant, dans une petite ville nommée Alnewick , dont l'armée de la reine s'étoit emparée en venant d^Ëcosse. Pour lui , qui avoit déjà su de quelques Anglois, que Marguerite avoit disparu avec son fils ^ et qu'on les avoit vus tourner vers la forêt d'Exbam, il ne douta point qu'ils n'y eussent cherché une retraite. ' S'étant confirmé dans cette pensée, en apprenant' que Henri avoit pris vers l'Ecosse, et qu'entre les prisonniers de Montaigu , on ne nommoit ni la reine , ni le prince, il avoit pris le parti de les'chercher j avec la précaution de ne se faire accompagner que de deui personnel, pour
De. pas s'exposer aux observations des vainqueurs. C'éloit un secours /dans l'extrémité où la reine étoit réduite, mais un secours si foible, que s^il pouvoit servir a sa consolation, il étoit peu capable de contribuer à sa sûreté. En examinant même quelles facilités elle en pouvoit tirer pour gagner l'Ecosse , il lui parut qu'elle risqueroit beaucoup plus à paroître avec trois hommes armés, qu'aviec le seul voleur qui devoit être son guide dans son premier projet. Cependant d'autres craintes ne lui permettoient point de s'abandonner à la bonne foi d'un voleur, lorsqu'elle retrouvoit l'homme du monde dont elle connoîssoit le mieux l'attachement. Elle fut délivrée de cette incertitude par le conseil du gentilhomme anglois qui accompagnoit le sénéchal. Comme il n'étoit question que de sortir des états d'Edouard, il comprit que si les côtes du Northumberland étoient trop observées , pour leur laisser l'espérance de gagner la mer de ce côté-là, ils pouvoient se promettre plus de facilité du côté de la province de Cumberland, qui borde la mer d'Irlande. Ils n'étoient guère plus éloignés de Carlile, qui est à l'entrée du golfe de Solway, que des premiers ports de la mer du Nord , et ils l'étoient beaucoup moins que de l'Ecosse. Le gentilhomme anglois avoit des amis dans cette ville, qui pou- Toient favoriser leur embarquement. Pourquoi
Si02 HISTOIBS
ne pas choisir une route qui les conduisoit ep peu de moments de Carlile dans Iç Gallonray , d^où il leur ëtoit si facile de gagner Edimbourg ? Ils s'arrêtèrent à cette résolution* Le voleur , qui arriva dans cet intervalle) les y confirma par de nou* velles terreurs. Il avoit appris que, sur le bruit qui s'étoit répandu que la reine et son fils n'étoient pas retournés en Ecosse , Montaigu ^ proposoit d'assiéger tout-à-la-fois les villes d'Alnewick et de Dunstambourg, dans l'une desquelles op s'ima*ginoit qu'elle s'étoit retirée. Cette a^dei^r à chercher les moyens de se saisir d'elle et du prince ^ lui fit envisager toute l'horreur du sort qui les menaçoit tous deux , s'ils avoient le malheur de tomber entre les mains de leurs ennemis ; et le supplice de l'infortuné Sommerset rendit cette crainte encore plus pressante.
Cependant, lorsqu'elle eut raconté au sénéchal la triste aventure qu'elle avoit essuyée dans la foret, il ne crut pas que l'honneur lui permit de s'éloigner, sans avoir tiré vengeance des brigands qui l'avoient insultée. Les richesses dont elle avoit été dépouillée , étoient un autre objet qui méritoit bien de n'être pas abandonné à des infâmes. L'inégalité du nombre faisant peu d'impression sur un cœur tel que lésion, il résolut de les chercher au travers de tous les périls , avec le seul secours de ses deui compagnons. C^ette entreprise ^^
DE MARaUERITE D^ANJOU. 20$
qui répondoitsî bien k ses idées de ohcTâlerie, l'eierca inttlilement poUr le dessein qti'il s^étoit proposé ; mais e&'pwcourant les endroits les plilft dë^erts de la for^t ^ il rencontra le duo d'Eloèster et Edm&ad ^-itèrè du duc de SotnmQrsét ^ qui s'y ëtoiént jeté» après la bataille d^Ei^bam. Presftéi^ par leurs ennemis ^ et n'ayant point de gfMe à opérer dn ^inqnéW^ ils s^^toient flattés comme h reine , dé pbtiVoir pirs^r quelque» \ùtxn dans cette solitude ^ Bt de trouter quelque voie pour gagner FËcosse an la mer. La rencdiiittô du sénéchal y qu'ils n'avoient point asset tû pour le téeotkûéiiré y les eipol^a tous à s'égorger dans le premier mouvement de leur défiante. Mais s'étant ekfin recontius pour amis et pour compagnons du m^mèsôrt, ils tîoiltiuuèrent avec aussi peu de fruit la reoher^e des voleurs , qui s'étoienl reti-^ tés ^ apparemtiieut, pour ha:eltre leur butin & cou*vert.
hàtn tie pouVoil être plus consolant pour là MiÉiè, que la vue de deut seigneurs si dévoués à eota sëi^vice. Après avoir donné des lartnes à Ift tnëiAbire du ddc dé Sommerset y elle cousentit à prfiftidre le cfaemiti dé t^atlile , et le ^etouts du vo< tettir fut accepté pdtit Wi^er une foute dont îl connois^h tous Its-détours. Les seigneurs arC<|Éif^ tèrètit ta retontioissance de la reine , th oStstA \ sa fedikire uïie partie dé f argent qu'ibstoiem avec
âo4 HISTOIRE
eux; maïs par une géDérosité digne d^un autre sort, il lui défendit de Faccepter, et s'affl^eant ^éme de n'avoir rien de précieux à leur offrir dans leur nécessité , il fit éprouver à la reine un sentiment que les rois doivent peu connoître^ quand ils savent user de leur puissance, a De toute )) ma fortune 9 lui dit-elle, ce que je regrette le )> plus à ce moment , est le pouvoir de vous ré- )> compenser )). Elle arriva heureusement a Carlile , et les soins du guide anglois lui firent trou-^ ver une grande barque, qui la transporta dans la première province d'Ecosse.
Â-peine eut-elle touché la côte , qu'elle sentit renaître toutes les vues que la mbère de son fils , plutôt que la sienne, et les alarmes qu'elle avqit eues continuellement pour sa vie , avoient comme étouffées depuis labataiUe d'Ëxham. Elle dépécha les ducs d'Excester et de Sommerset, à la cour du duc de Bourgogne, pour solliciter de nouvelles marques de l'ancien attachement de ce prince à la maison de Lancastre. Ils étoient destinés , comme elle , à passer encore par d'étranges épreuves , avant que de voir quelque jour à relever leur fortune. Divers malheurs qu'ils essuyèrent avant que d'arriver en Flandres , les firent tomber daiasune si grande misère, que, n'ayant osé se présenter au duc par la crainte d'être soupçonnés d'imposture en paroissant dans un état qui déshonoroit leur
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notn^ ils furent réduits à demander Taumône pour conserver leur vie. Philippe de Comcnines assure qu'il a voit vu le duc d'Ëxcester, suivant sans chausses l'équipage du duc de Bourgogne ; comme^ s'il vouloit faire entendre qu'il étoit réduit à la* condition de valet. Peut-être servit-il lui-même à' le tirer de cette affreuse extrémité ; car il ajouteque le' duc fut reconnu, sans expliquer à qui il eut cette obligation. L'alliance que le duc de Bourgogne pensoit à prendre avec Edouard, ne le disposoit pas à secourir la reine Marguerite , ni à traiter favorablement ses envoyés. Cependant , un reste d'inclination pour les Lancastre lui fit accorder quelques faveurs aux deux ducs, ayecune pension* modique, qui leur fut prfyée aussi long-temps qu'ils demeurèrent à sa cour.- . Mais la reine , qui les avoit fait partir de Kerkebrïdge bh elle étoit débarquée , s'y trouva exposée à des périls qui donnèrent bien plus d'exercice à son courage Quoiqu'elle se crût en sûreté dans
l'Ecosse , elle n'avoit pas jugé à-propos de se faire
conhottrè en y arrivant, pour ménager sa propre gloire dans la triste situation où elle étoit. Cette raison l'ayant déterminée à se priver aussitôt de
l'escorte des deux ducs, il ne restoit avec elle et
son fils , que lé sénéchal de ?4ormandie et son écuyer , qui lui avoient paru suffire pour la coni^irë sans éclat jusqu'à Edimbourg , où dans tout
So6 HISTOIRB
autre Eea que ses pouveao^ desseins lui ^aroîent fait choiaîr* Eliç s'éloit logée , ep dé]|afq]aa|it à Kerkebridg^ , çti^ qo aQgloU nommé C^t\ y qui ft'ét4>it f^iit ^o ^^itJUsemwt dam çe|te ville. Mais ave^ quelque précaution qu'elle se fût d^guUéf ^ son bpte avoit recouQu la reine Blai^enie ^ le, soutien de la maison d<e Lancastre et l'enncgoii da roi J^oijiard. Il étoit du p$irti de 1^ Hose^Blanche^ Ses préventions , JQÎntes ^\i d^ de s'ouvrir une voie h Id fortune y lui firent ip^Ure la pensée de livrer h rw^e ^% le prÎQf e à la cour de Londres. ÎX s'associ^à quflqnes av4res ^gloîs dç la ip^4!#A ville. S'ét^nt innnis d'^n)e ^rque qu'ils crurent snfBsani? ppqr tr^^ver^er le golfe du Splvay , ils surprirept le féoéiQhel et son écuyer dans le léo^ps du sommeil, et les forcèreptd^ se laisser co^d^ire saos bruit josqu'a^ p<>rt. I^ r^^ipe et 1^^ fnnçe y furent mepés«prè# ep^ , SpW^ popvoir juger k qw\ nouvel outrage ils étp&f pt ii^ppdamaés par )a for^ itune. Leur io^eriiM^df ^ttW jwqp'au jopi^vil^!» loraqise 1^ premiers t^ffom 4f> h Ipmicre i^W^Çt ùk reeonnpjtr^ U reîue 99 9^é$éiQba] , e| ^'i^i p^ put 4oip|/er de b ^ir« tr^hfso^ 4e sop hçx^y h grapdeur dp p4nl j 1* fof eff dw *èle qpi l'a^tfjçfcoif ji la pei^e , ett 1^ c^afitèf e pv^ciili^ dp v^lj^pf ^f d'adresse ^\ii(é«HtprppiW8W pl^valier«> lpi;#repj acbe^r NI heuji^u^p)^^ de^e déf^e de se^ Ji^ifi^, qu'a avoil. îra^eîfté à WBf^e p!ep4w^ ^9P'ji^ ^
DE MARGUEBITE d'ANJOU. 30^
Buit^ que, s'approchant de soa écuyer j il fol ea ëtat 4^ lui rendre promptement le Hiêœe service. Alors y tout ce qui s^ofirit à deux si brades guerriers^ dei»isit une arme terrible, entre leurs mainsv Ils sa défirent en un moment des cinq traître^ qui les condnisoient , et qui n^enrent pas le eourage de leur disputer long-temps la victoire.
Cependant, les rames, les avirons et tout ee qui^ devoit servir à la conduite de la barque , se trou** voit pu brisé par l'efibrt du combat , on précipité dans la mer et emporté piâ* lesflots. £n retranehant d'une isi «étrange aventure tout ce qui m'a paru blesser la vraîsemblance, j'appréhende eaeore de me livrer trop k l'autonr que je traduis. Il raconte que 9 malgré toute l'adresse du sénéchal et de son écuyer , qu'on ne doit point regarder d'ailleurs comme des gens fort entendus dans la marine, le v^t powsa leur barqne jusqu'à l'entrée d-u golfe ; ùixj par une faveur extraordinaire dû' ciel, il les rejeta du oâlé de l'Ecosse. -Mais n'en ayant pdS plus de facilité à ^gner la terre , ils énoie^t rédttiiis à J'^espéranôe d'éehovter sur quelque banc de Slabley ôà ils auroient attendu STee rooids d'inqmétude H ^aÈBsage des .iiiéclieuDSi, «qui traversent cohiiniie}le^ »entie ^délaroit depuis le bec de Galloway jtiSqu^eÀ Id«nde« Ce bofdbienr m^ne leur fut refusé ^r lu foiHune. Un vent impétueux qui souâioh^ers le j^ord, les engagea dans le détroit, et les poussa
avec violence vers une pointe de l'Ecosse , qui tire son nom de cette partie du pays, qu'on appelle Cantur. La seule faveur qu'ils durent au ciel, après celle d'avoir été préservés de la fureur des flots , fut d'aborder sans naufrage sur une côte assez unie , où le vent jeta si rudement leur barque , qu'elle y demeura ferme dans le sable. Il fallut néanmoins marcher dans l'eau jusqu'aux genoux , pour gagner un endroit sec , et le sénéchal porta la reine sur ses épaules , tandis que son écuyer rendoit le même service au prince.
Il ne leur fut pas moins difficile de gagner ua lieu habité. Dans une province fort déserte , leur marche fut longue pour trouver un village.. Ils s'y arrêtèrent plus volontiers que dans une ville; mais n'ayant pas moins que toute la largeur de l'Ecosse à traverser pour se rendre à Edimboui^, ils conçurent par leurs derniers malheurs, qu'ils ne feroient point une si longue route sans de nouveaux dangers. Le lieu où ils se trouvoient étoit peuplé de paysans grossiers , qui avoient à-peine entendu parler de la guerre des Anglois , et qui n'étoient pas capables de distinguer une reine, s'ils ne lui "vôyoient une couronne sur la tête et un sceptre à la main; Cette simplicité ne laissant rien à craindre parmi eux , Marguerite prit le parti d'y attendre des nouvelles de son mari et de lui envoyer l'écuyer du.sénéchal. On ne dit point quelles jurent
DE MARGUEKITE d'aNJOU. ÔO^
sed occupalions dans cet intervalle. L^historien -lui prête de longues réflexions , qui dévoient être' fort ennuyeuses pour elle, si elles le furent autant. que pour les lecteurs*
£nfin , le retour de i'écuyer la délivra d'une »sh Qiisérable situation. Il arrivoit avec quelques gardes du roi d'Ecosse , et toutes les cooimodités qui pouvoient adoucir sa misère j mais les nouvelle^» qu'il lui apportoitn'étoient propres qu'à redoubler ses douleurs et ses craintes. Henris'étoit précipité dans un péril beaucoup plus redoutable que tous ceux dont elle étoit délivrée. On doutoit déjà d^ sa vie) et si'illaconservoit encore, il paroissoit peu éloigné de la perdre. Lés gens du sénéchal, après s'être défendus courageusement dans Alne^ick ^ aypientété forcés par le comte de Warwick etsoiiL frère , qui les avoient renvoyés en France, en leur faisant regarder comme une grâce , la vie qu'ils leur'accordoient. Edouard avoit cimenté son trône par le supplice de tout ce qui restoit de seigneurs attachés à la maison de Lancastre, et ce déplor»-*» ble parti sembloit avoir perdu pour jamais l'espé*' rance de se relever. .•* ;».;.•
La reine voulut connôttre tonte l'étendue- dMson infortune avant que d^explîquer ses içtentiotdiv,' Son ame .se rpidissanjt oomr^les plus afireuses di»^ grâces^ il sembloit qu'elle ne fût jamais plus forteque. dans, les moments où iout se dédaroît contre
Prévost, Tome XI r. l4
^KQ HISTOIRE
4lle 9 et au ello n^eapëroit plus rien que d'eDexn^^ au-^'clehora» Elle se plaignit cfn^Victkyer^ eii% ^régé ^0tk récit pour la na^Dagerij^t souhaitant même que son fils n'ignorât rien de ce qui poi>Tioili 4ii4virctr son eourâge , et le former tout-À*ta«lbis 4 lu hardiesse ^i k la patience, elle Voukit qnll 4pprHle déuûl des iôfortuoesde son père et celks qiû le loenaçoîént l^t^n^me* • JL^éaûyeir^ qui avoit passé eJKsotivément sur les plug ftibeàlès circetnstanees du malheur de Henri y fut foreé de les. reprendre par surs ordres. Il lai raconta ^peçè Coince, en se reliront sur la frontière d'Ë-^ eaasfe après la bataille d'Ëxham , n'avoit paru né* g&ger sa femme, et sou fils que par la persuasion^ çiuL éXfÀXy que le sénéchal de ftormandie , les ducs dfExcester et de Soaimerset, et quantité d'autres serviteurs fidèles qm veilloient à la sûreté de deux têtes skprédeuses, prendroient soin de favoriser bur fuite, et- de les escorter dans quelque lieu inaecQSsible à leurs ennemis. 11 s'étoit in^aginé que dansl^ nécessité de tourner le dos au vainqueur, leur intérêt commun éto^t de ^e diviser, pour hiî faire trouver plus de difficulté à les poursuivre.' lUbis à^éiaut arrêté à Bervvick, il y avoit passé plusiewns jiours daps. une morteUe inquiétude enf v^^yant arriver les débris de son armée sans recevoir le9 GCtoindres nouveQes de la reine ecdû prince. -Il scétoit. ^f»core flatté quïls avoiem pénétré direfcr'
DE MARGUBRITB d'anJOU. ïll
l!eii2ent . dâas l'Ecosse ^ e^ cette esfi^rafHdél^afvètt faûavancerju^cpi^à Selkirk» Mais aprè^uiïelôiigdil attente et des reoberohes: inutiles, il ^^4toît l^v^i^ k ile si crue|lie» aliroies-^ que ^ sans considéref '09 i|i|'il iBLVoit.à redouter ppnr kiirateme, iiàvoit pris la, résolmiQQ d.ô rentrer éxk Angleterre. Ce a'ëtpic plus l'espc^r de rapiraier son. parti çfxji le : rendpit capable de cette téï^édnîiérjlm moit :Yttieomnie expirer les rç^t^ à £:^b9iA!> .^kles Eoo^^ioîsty .qui étoient ^échappés au carqage^ par(>i$fiioiiMl.rd»4tai d^une si malheureuse e^ptrepriser Ma^ ^ p^^^j^aixt souhaité le succès de ses armes que pouprrjf^ntw'^l du jeiipe prince > il règardoit la vie ç^ib^iq [uf^ supplice s'il falloii treuiblf r C02x^nueU!3pient.p9u,^ celle d'un fils si cher; et^ s'il ne potivo^le ^^e^ des mains de ses ennçmis^ il étoit résoJLiif.dfe.ppfii;
avec lui. ^ . , .«,.,; • »'•«
Quelque imprudence qu'il y eût dans, cet (Çip4 portement d%(fection, on ne peut e^pUqy^'^u-r treraent Toubli de soi-même avec lequel JHenri l'epassa la Tvvède , sans autre suite que dix Anglois qui lui dévouèrent leur liberté çt leur vie. 3i c^est la plus ferme action de son histpire , elle n'en mérite pas plus d'éloge , puisqu'elle choquoit toutes les règles de la prudencç. tlapîlft>^ fort embarrassé à l'expliquer , l'attribue sanç vraisemblance à l'embarras où il étoit pour se cacher après sa défaite; comme s'il n'étoit pas certain par le
^18 HISTOIBIS
léoipignage' de fiuchanan,, que le roi d'Ëcossë f&tpivençpre sibîeD dispdsë'pourliit, que le^comte d'Àogus fut envoyé an secours d^Alne'WÎc^ avec nn eorps de troupes écossoîses. a Henri ^ dit Rapin , » ne sachant où se retirer^ crut mal-à-propos qu'il :p.' pourroit se cacher en Angleterre. Peut-être e^ 9 péra-t*-îl que les habitants des provinces sep- V tentfionalesrepremlroiéntlesârmesensafaveur. D Mais les princes malheureux trouvent rarement D des ainis fidèles. Du-m(nns' on peut présumer )) que, craignant d'être KVré par les Ecossois, et ^ Vayant point de commodité pour se sauver par )) la mërjil espéra de trouver une sûre retraite n chez (|uelque ami de l'Angleterre, en attendant >) une occasion de passer en France ». C'est ainsi qu'un historien s'embarrasse^ quelquefois dans ses propres conjectures. Rapîn soutient les siennes du riiê'nnie ton , lorsqu'il ajoute, c( qùç les deux rois >) d'Angleterre et d'Ecosse étoient convenus de )) cerTaius articles secrets , qui ne pouvoient , dit-il, i) regarder que le malheureux roi fugitif». Et citant le Recueil des Actes publics pour établir la réalité de certains articles secrets j il croit avoir assez prouvé que ces articles regardoient Henri, quoiqu'il n'y en ait aucune trace dans les actes. On voit qu'avec cette. manière de raisonner, il n'y a point çl'imqgination$:si destituées de vraisemblance
BB MARatrÉfll']PÊa>'ANJOU. *l5
qui n6 /puisât: être doniiëes pour des^ Writéi
CODStailÈesl::':.:f .; • î':'-'P': ■ '[rvr • ' ^
Rapn loiroit donc trouva dtim Hây ward ^tre té
fut l'incertîtud'e du sort^dek reine et dû priti>Cé
qui,6tperdrèàHeDnla vue du péril etïérsdilidô
^ propre $ûreié> Il ti'aversales provinces jdisiNord,
avec ua. bonheur qui ne d^voit point^Ocoinpagûer
si lon^-temps tuât d^mpfudenpe. Sôotmique pré*
caution avoit éti. de changer l'èicu de ses '^rmes ;
et de se faire passer sur la route pour un'bakÂètré
du roi.d'Ecosse^ qui ,étoit chargé de quelque ^né"^
gociation a la cour de Londres. Mais Tardéur aved
laquelle il. s'ii^formoit de la reine et dé ^n'^fils,
àvoit déjà eàinniencé à faire nattre des soupçons ^
lorsqu'il prit le [parti de s'arrêter à Lutterwortfa^^^
ou plqtQt da^Siune maison fort voisine de cette ville,'
chez i^n gèniilho^nime dont la mère avoit été sa
pourrie^.;!! s'y croyoit daas le sein de la confiance
et de l's^mitit^f À>;9int dépêché une partie de sesgendl
à Londres, il attendoit à leur retour dés :éelaiifcîsr'
#e.menis:;qu'il: iii'stvoit piu se procurer dànsr.iine
longue ij^afqh^. Mais Tiiik&dBlité d'un domesiiqiie v
qui le(reQOpiiu( aux manques: de respect qu'il lui
toyoit.nepdre par soa maîtaie > le fit arrêitfir;eo
plein , JQuravec son hôte e^ toute sa suite. 11 0i*y eut
rien à espérer» de. la réaistaïice contre oôe troupe
d'officiers et de soldats qui avoient leur quartiev
4ans le; vpisipage, auxquels il;av6it été làc^bm^énl
9l4 HiaTOIRE
Tt^fi^^. L'i^splence et l'outrage furent portés h Vex*ces dans le traitement qu'il reçut jusqu'à Londres^ Op'h n)i( sur uil inativais' cheval^' CDUTert:d'ornem^fiX^n^ionleSjf^yeiséii nom surle do^'j et, dan$ eUaqiie^ viflle et chaque bourgade oii il passait, op rmp6sî9 pendant quelques heures aux' regards dii peyple^ pantmi lequel il sb troiivoittotijodre quan-^ til^ de misérfibles qui raecabloieot d'injures. Ar* xvié k liOndites, U eut encore pluâà soniTrir de la fweur de ceux qui.»Yoiënt toujours été' partiel-^ pânts.dë la inaisojiid'Yorek^iet qui croy6îent se faire .imiméHte aui^ yeux delà nouvelle cour ea iuéilhaM à J'ennerai d!Edouisird. . Après- avoir ét^ promepë dans les principales mes de la ville, il fut précipité dans un dès plus noirs cachets de la Tour; et les premiers bruits grOMÎssàWl tdujaurs la vérité des évéoemetits^'on parldit dd eâ mort comme d'une exèGutiani déjà faite ou peu f^ëculée^ lorsque, l'écuyer ^ du <sëtléchftl atoit «pris cieli infor-* mations à Edimbourg', «i - '
La reine en fut si const^rtfiée, qu-avatit que dé seicroire capable, d'entk^érdans quelque âëKbérà- , tiori, elle se tint retiréiq pendant troiis jotirft *avee son .fils, sans souffrif noiém^ rentretieii Ai la tu6 du sénéicflial. Le jetine prince, qumque'prWé pat* taiTt il''agitaiions et d'infertunès^'de'l'édticalioii qui conv^ndit à sa naissance, avdit rcçtt d^asseft riche» : présents de la nature , pour faire-' éspére*
DE MARGUERITE D'ANJOU. 'Sl^
qu'il ÎQÛii^roit (Quelque jour à la l>oméet à b àoïSh ceur, qui éioient les sôulés vertus de Mti pèf^, le courage et IMteddué dé gënie^ que demaudoit le raxig.où'il étoit né f et plus enèore lè imte ét|Pt d'unie, fortune qui ne poùvoit être rëpârëe que par deux qualités si nécessaires. Sa mère, «qûilè^ possédoit au-^delà des bornes ordinaires de $dli aexe , en yoyoit avec plaisir les premières semeâoes dans ufi enfant de cet âge^ et s'eHbrçok de l#i cuhiter ps^rses exhortations eises exemples. Mais^ comme si elle eut prévu à quoi il étoit destiné pat* la fatoU^ de. sa Aaissance ^ elle ne lui inspiroit tVàh làvjQû tsant de fdrce et de soin quela constance dfrm Jes dis^Àoes de la forlune^.etle tnépmdela mort^ i^ôus quelque, ifaoe qu'elle pût se présenter» EU^ lui apprenoiiï toui-à^la'-fôib à ne rien négliger êk'k lie rie» craindre y pour se rémeltre en poesesniok d'une eoiirqnne dont lè ciel avoit fait son pamgè en naissant , et à se consoler avec la H)émè fèfMëié si là perte en devehoit irrépâraUé. Elle dèVôk elle-itiêmé mie ffartie dé sa èonsfânce i lâ vépé^ Utioù qu'elle Idi faisott continuellefDent de 04» grandes maximes; et, s'il y a qqelque leçon éc)a^ tunte à tirer de aron bîstoif e ^ c'est particuliètH^ment de oeuè merveilletfôe vigueur d'esprit qui la faisok passer' toat^'nn^coùp du dernier degré d'dbaià^ i^ntiebt et de côusteruation i>ù elle étoil r4dttke
1m6 histoihe
en apparence 9 aux 'plus nobles résolutions et aus entreprises les plus héroïques.
Elle né sortit du deuil où elle s^étoit renfermée, que pour tirer des malheurs même qu'elle venoit de pleurer, une infinité de nouvelles vues, qu'elle joignit à celles dont elle avoit eu le temps de s'oc-^ cuper depuis la déroute d'Exham. Premièrement, elle se persuada , contre Fopinion du public dont elle avoit été informée parPécuyer , que la vie de son mari n'é toit pas si tôt menacée , puisqu'il étbit à la tour de Londres. S'il avoit dû périr , elle pensa que c'eût été par les bras de qi^eique- brutal on àe quelque per&de, qui eût espéré' âe plaire à ^Edouard j et malgré tpute la fui^eur qu'elle sup*po5oit à ses ennemis, elle ne put s'iiïiâgin^r quHls osassent traduire en public et' soumettre au fer d'un bourreau , un roi qui avoit reçu ia couronne- par voie de succession, et qui l'avoit portée environ quarante ans. Ce n'étoit pas un crim» d'être né sur le trône ; Henri n'en avoit jamais commis d'autre, €ts'il avoit eu le malheur de s'attirer le mépris de ses suj ets , on ne lui reprodhôit^ioint d'avoir mérité leur haine.
D'un autre côté .Edouard commencoit à faire des mécontents dans sa cour. On parloit de quel-^ que refroidissement du comte de Warwick et dt tjOUS les lïeyilL Quoique l'écuyer du sénéchal n'^ût
DE MAR&ttERITt d'aNJOU. 217
Tfétt démêlé 'dans \in brnit si vagiie, 0 assùrôil là Tcsiûc, que le coftite'avOiteti des ex'plicalioiis fort ^ves avec le W)i 5 et>queletirt âthte communs tréntbloient pour le^ sUhè^ de cé'difiSrcûd'. Elle parât plUfr iran^illè'ftvéc ces deux' fondements d'espë*- Vaneè^; sur le^quéfe^ elle fdrmbit déjà plusieurs dë*- «eids qu'elle rénfèrmoit dans son coeur. Mais eflè 'compfitqù'e Ce be étroit jamstis dé FËcosse , qn^èlté fcroit jouer lés ressorts pàî* l^s<|uWlàil falloîl' ddhi^ ifiéilcêr son eiiftrej^rise. La minorité du roi Jacqiies Itt'étoit pas prête-à'finir, etqûôiqtiMle n'eût point à "se plaii3fd*e des ministres," elle a voit remarqué 4(ju'en lui accordant une retraite et' quelques foibleè îdcours, ils avôient moins cherche à Faider soli-^ deiiient qu'à 'remplir tin devoir dTionneur 'donl ils n'a voient» pu se dispenser. Bôrwick lui laissdtt au fond du cœur uhe plaie qui n'étoit pas guérie , et rien ne po'iivbîrlui fairfeVeg&rdér comme de^ amis sincères , cenx qui avôiérit été -capablei» d'abuser de son infoiiîune pouîr liiiialrfticher la sëtûè place qui lui restait en Angleterre i : .îr...
ËUé pâsWytiéànmoins; q^elqûès-jours àEdîttx-^ bourg, et soit que les raimMi^s lassent ravîs^'tTc* hkeir son<dépian en le*facilitihait par toutes soitièM de services, 80Îtqùe,la voyaùtâétenhinée à partir ils voulussent conserver a vetj éUe des appn'rénëëâ' de liaison' et d^atnitié , ils lui offrirent nne sotimio. eonsidérable qu'elle accepta' sans se &ire pte^^r^-^
^i8 HisTomis - -
et dçux vaisseaux po^ir la transporter éâ FraQCé^ ayeQiuae suite d'AiIgloîs qui se trouy<>i€ot dî^perh sës eaJEcosse depujb ]a journée d'f)xliaiti.Ouelques lûstorieDB prétendept même i]jae jGfon £l6 fut acfcQrqé avec Ja princesse Marguerite^ soeur du l'o^ Jacques.- Mais les deux partie éloient si jeqneae^ Tavepir si obscur .^ /jue si cette. pirco'ûslence <&a| certaine, elle ne p^i;fVp^^!Qi*^M^iP^u<*tin dernier tjéoioignage delà politesse dçs.Ëop^sOi^^ :
Le vent fut si peii f^vorabl^ à Is^ f ^îpe , que dièf le premier jour de ss^ navigation;) elle essuya jàb^ affreuse tempête , qui sépara sesdeux vaisseaux ^^ et qui lui fit voi^ le moment où elle, alloit trouvier dans le fond des flots^ la fin d'une vie $i raaJbeuT rejQse. Cependant le cfilme pétant rétabli, après dot^f&e heures d'agitation , elle fut, forcée , par lé déspr^rç de ^on vais^çau , de relàcber,$i'u port de l'J^çluse. EUe.yauroitlrotivé de nouveaux sujei^ d'inquiétude, si le caractère d^ I^bilip{>^l6^6oo u'fjvioit été trop connu pour lui inspirier dfe 1^ dér fiance. Il venoit d'accepter lesproppfiiiitipns d'£j douar^ pour le^ mariage de la sc^r.de. ce pirince avec le comte de .Q)^:o)ois«oin fik. C'était r^ompr^ jusqu'aux derniers iH]p4[(^ de $o.a aiic^^e alliance avec la.maison.de Xf^pdistre', e^i s'engager ouvert tement dans les itltér^t^ de celle d'Yorck» Mar* guérite n'apprit ^Mte pouvellé qudprès. son dén barquement; m^ifr quend le mauvais état de son;
DE MAK^fTKRITEO) 'ANJOU. ^1^
'vaîitoe^o oe l'aui^oit pas retenue nsalgré éllé-à VE- ^use, ,-elle auroii Cta faire iojnre au dnc de 6<mtf- -gogne en. le î^oupçOonantJd'nlie. làéhe trâbîsOu. Loîa de s'arrêter ià 0611*6 pensée^ elle lui fit domander la peraïkiion det^averfte^UDe parue -de 869 états y pour se'reodne dans le duché de Bar ^ i}ai «ppertenoît ail 'ducrxle Calabre, soa frère. Il y a peu d'apparence ique les ducs d'Ëxeéster et <[}^ iSommèrset fiisseot encore k la ébut* du duc de 'Bourgogne, et qu^ilsy eussent joui long-tetup^ des- libéralités de ce prince , aprèsry avoir été re^ ^anua dans lear:jnnsère, puisqiiV>û« ne trouve nidle part.qu^ils âyent rejoint k ^einé à l'ËduBe*^ rou dans sob passage en Flandres* Peut^treî n'y ^inrent-ilt même cfu'après àorl dëpArt, et loré^ .qu'<f lie se fut rendue.auprès de Louk XI , i Cbi-
Philippe justifia , par toutes sortes de soins et die^senrices:^ l'opinion qu'elle nvoît^uedesa gén«tbsité. n ëtoit:à*'Hedin, soq séfour ordinaire', -d?où il lui ;ei>voy^^ non^9ett}eiifÈf)ûlr*'Uh6 somme jd'acgènt , dont il lui fit dire galtfmÂ^ent qu^I la 4:ifoyoit m^ins po^^ne que é^ hdaiité et de Mu^ ^^j mais enqoW'Uli'délaebenieùt considérable
'fyour la garàfitir dés iieisultes de laga^tiisôn de Ca^ •laiHy et pour la cotiduire ju^u^à la fronlièrè de Ms étftis. Sfens iuî èlpliquer lès liaisons qu'il ve- ^oil de former ^è^ Edouard ^ iï ^'excusa sur lu
nécessité' de ses .affaires , qui ne kii <'pérmeuoietft -pas de faire. davaotage en sa favenr. Ce langage étoititrop daiîr. A;a^si n'y répqndit-èlle que par desjpoHjfes$es^ où l'historien dit (fuselle sut mêler tâdooibiaMeinent la grandeur de eon; caractère el iQelI^ide sooTang aTecl'espèce de- soumission qui iCon^vcnoit à sa reconnoisisance.: Mais en- passai;ii; à :quelque dbtance de Calais^. il luianîva un ma^ beur auquel elle fut d'autant tplus sensible ^ : que J9^'ai^ant personne avec elle àiqui elle eût tant de confiance qu'au sénéchal , elle perdit un secours fqqiilui éioîi ^plfis nécessaire que: jiamais dans* les .embarras d'une loûgue route; Ge galant chevalier j^e laissa emporter par la curiosité d'observer >les iorlifications ;de Calais. S'étant approché ivôp près de ceti» place , il fut enveloppé spiar uniparli d'Anglois , qui le firent prisonnier , et qui lecoi^ ..duieîrent au brave Vauclerc; . j.' :;.:•• . i
- Cependanit la reine, plus heûirçuse dansJe ^reste de sa. voûte ^ arriva dana.le.'<di]ché de Bàri, .oii elle fut !ceçU¥t^pâr son frèrey aveciplus die teiirdrç^s^ que <]te. ntagnificence.îU arVoit été obligé, de Ipurnir des sommes considéiuitM^ auiioalbeujreu& roi René, à qui Louis XI 9. pour pm de is^ntd^ services, qfl'iï ayqit, tendus ài l.^;FrjeiQçç , enli^vc^t le Maine et l'An)OU- Marguerite se .consola .aisément de ne pas trouver dans sa faqoille des $ecauc^ ;aur lej^quels $Hç avoit peu cQmpté. £ll«-pQ s'arretf^
DE MARaTJBKITE D^ANJOU. Ml-
àBar, que pour se >remeUre de sei- fetîgues par quelques jours de repos j et reprekianrsa- route au- Uavèrs de la France,: elle arriva à Pari»/ quelques jours aprèsle départ du roi y qui étoit allé à-GbiooQy>avec4oute sa. cour. Avant que* de se pré*-senter à ce prince, elle étoit bien avse 'de prendrer cU^ informations dans la capitale, sur les intérêts pr^ésents du. royaume, et de savoir /quelles faci«^ lités elledevoit se.proraettre à obtenir^du secours. - La prison du'sénéchal n'a voit pas duré long^ temps. Il se trouvoit à Paris, lorsque Marguerite' y arriva; et n'ayant point ignoré le plan de sa route, il l'attendoit dans cetie ville à son passage.' S'il fut doux pour elle de retrouver un homme à qui elle' avoit tant d'obligations^ et de qui elle pouvoit encore espérer beaucoup de services , elle crut lui devoir bien plus d'affection et de rô'^ connoissance , lorsqu'elle eut appris ce qu'il venoit de faire pour ses intérêts.. Ayant été reçu siveç beaucoup de distinction par Vauclerc, qui kû fitr^des excuses de Terreur de ses gens, il avoit cru que les affaires mêmes de la reine -dévoient Wv faire passer quelques jours à Calais, et que d|U93 l'occasion>qu'tl auroit d'entretenir les An-»' ^013, il ne manqueroit pas de se procurer der lumières dontiellésauroit. faire usage. Il n'y avoit pas été long-temps, sans entendre parler des dif*-». .fi&*0nds du roi .et du .comte:de Warwick. Cette.
S^Wt HISTOIKJB
querelle ëtou devenue si vive, qu^elle cpmmaii'*^ çoit à efiPiayer tous les paiiisans de 1» tiiifiisoi|> d^Torck. On jo'ignoroit poio t ee que cette nxaisoitf devoit aa comte. Cooiine ilavoit rais la cburoimei sur la tête d!Ëdouard^ on étoii persuadé que^soti^ br^s étoU eocore nécessaire poorFaSermir, let personne ne comprenoh qu'un roi dont la fortimer étoit son ouvrage 9 fût cap^ible de le traiter aveo si peu de ménagement. Cepenc^ant il n^avoît pas< craint de le blesser par les endroits les plus sensibles; et les mesures que le comte gardoit encore dans son ressentiment , passoiem^ aux yeui:^ef t^outle monde ^ pour un rare effet désa modét^a^ Ûon.
Si Ton se souvient, des sentiments qu'il a voit' conçus pour Elisabeth Woiod'wiHe, on doit se^^ rappeler aussi que le roi n'avôit pu voir eette^ b^le veuve., saps être touché de ses charmes.' Edouard étoît l'homme le < mieux fait de son^ t^rnps. Les exereiees de la guerre , dans lesquels^ il avoit iié^ élevé depuis son. enfance, ne l'avoient pas empêché de se jeter dans la galanterie; et par le rîdicule.de tous les gran^, qui n'ont pas reçu de la nature autant d'esprit qiie ^ qualités eitécieures^ il a^ims^inoit que sa boinne mine lui donnoît des droits invincibles sor le oœur de tout^ lea femmes^ Avec cette présomption y qui lur fei-H acôiL dédaigner tous ses rivaux ^ il avoit regardé Hé
DE KARG^UERITÉ B^ANJOU* mS
cosûr d'filîsab^b WoodiriUe y comme une coii4quéte aisée; «t "s^ n^avoit pu croire qu'avec tarit dé mérite^ elle ri'^ût pas fa(t naître à q^nelqu'un les mêmes 4iësirs ,' il s'ëtoit cru si supérieur à tomea ^ portes de concùrréifèès^ qu'il ne s-étoit pas informa *HI )en a vojji à redouter.
Cepeodatit'^ lorsqu'après lui avoir rendu bien des aoirâ inutiles^ il eut appris que c'étoit le comte de Warwiok qu'il avoit à combattre dans lé cœur de sa tefatlresse , il sentit que, par mille rài^ ions y c'ëtbii l'homme du monde qu'il devoit souhaiter le moins pour rival. Èi l'on en croit les éerivëids'^ sa-vie-, il s'efforça de vaincrp sa passioo par un sacrifice qui blessoit d'autant moins sa vaûitë^ qu'il croyoit le faire uniquement à lai reéonnoissance. Mais il connoissoit mal ses propres forces. Elisabeth avoit fait sur lui des impressions si pi^ofondes , qu'il revint à elle avec de n;>ureaux empressements. Le comte, qui lesauroit peut-être supportés avec moins d'impatience , s'il eût él^ lui-même plus favorisé par l'amour , ne put pardonner au roi de disputer le cœur d'une femme k celui qui n'avoit pas épargné son sang poi^r lui assurer une couronne. Il étoit marié : ce qui le disposoit encore plus à se tourmenter par de noirs chagrins. Il fit'des plaintes si amères à la nation , qu'elles ne purent être long-temps cachées à Edouard. Cette première semence de division
2Sl4 .HI9TOIB.B. ;
prpduîsit des effets^urprenaQ^s à'X/clo£tl*esiet dans toute l'Angleterre^ rpar jU hilVt^ ;Ppia^on qu- on 77* ayoit des services du pQmte.,.ei;.di^v'la reccmnoi&t l^ance qu'il avoit droit d'au«;i(|re. dé 66iiiiiatlre^ 1 . . Leurs amis comniuns. réuspîcent^ néanmoins^ k les réconcilier, et ce fut J0 roi qul-fit tous les frais de cette. réconciliation :par un nouveau saiirificede ses sentiments. Mais il crut avoir achète assez cher le droit de Sje satisfaire d- un. autre côté avec moins de ménagement. Le comte avoit deux .filles extrêmement aimables , dotit Id plus jeunâ avoit vécu jusqu'alors dans la retraite ^ et dèmetir roit encore dans une de ses tenues ^^^1^^ tumultes de la guerre l'avoit retenue depuis son enfance. Soit qu'Edouard eût pris de l'amour pour elle: dans quelque .lieu où le hazard avoit pu les fairei rencontrer^ soit que le seul dessein de faire payer au comte un sacrifice forcé , l'animât à le punir par une vengeance de .la même nature , il s'atta^ cha secrettement à sagner le cœur de sa filie« Quoique tous les historiens, ayent parlé de cette întrigiie., il ne s'en. trouve; pas un qui en rapporte les circonstances. Mais sans qu'on puisse savoir jusqu'où le. roi poussa ses avantages, on sait qu'jJL fut surpris pendant la nuit dans le château du comte, au moment qu'il en sprtoix déguisé .soqs» l'habit d'un paysan., N'ayant pu s'écha^pper qu'ea iaisant conqottre,.sQn MOtn , cette nventure .no.
DE MARGtrÊKiTE^^ANJOU. 2^
wineul^a poitrtînoorintie bti comte. Il la regarda^ liil et k plupart de ses amis /domme le pms sai^glant oatragé qu'Edouard eût pu faire à son biexi-* Daitëofr ) et/ dès ce moment il'sè dispensa de pé^ Tottre à la ttodr:
• C-étoil ceitîè qûetelle qui faisôit Fentretîen dfe tous les Anglois, lorsque le sénéchal ayoît été mondait a Calais; Il se garda bien de négliger une xiiUYerttiréM impbt^an'te , surtout après avoir sondé feà dispositions de Vàuclêrc , qui étoit trop ïklta^ebé au conite de Warifrtck, pour ne se pas croire i^lessé ilidns son injure , et qui n'étoit pas même Capable de parler de son ressentiment avec moderation. S'éiant ouvert sans défiance à un François, 'û dit pufvertement au sénéchal : a qu'Edouard né »• méritoit pas un serviteur tel que le comte; et » qu'après en avoir reçutàm de bienfaits, lé dés^ ij' honorer dans la personne de sa filié, étoit un »' indigne salaire ». En l'échauffant par des réflexions adroites, le sénéchal le mena beaucoup plus loin. Il lui fit goûter divers projets dé vengeance , qu'il lui conseilla de proposer au comte \ tel que celui de se retire t* à Calais, où rien ne lui ëtoit si aisé que de se rendre indépendant; et tombant ^ns affectation sur la maison de Lan- €a^re , il demanda <( quelle raison , après tout , le y^ comte et 8(H^ père avoiéht eue de s'attacher D exclusivement k celle .d'Yorck , û ce n'étoit
Prévost. Tome XI K l5
5ia6 HISTOIRiS
)) l'honneur de relever un parti qui avoit besoin
» de deux si braves défenseurs 9 et l'utililé qu'ils
.)) pouvoient attendre de leurs travaux pour leur
p fortune et pour leur gloire ? Quel intérêt les
)) Nevill avoient-ils à soutenir leur ouvrage j
.» lorsque l'ingratitude du roi leur ravissoit les
)) seuls fruits qu'ils en avoient dû recueillir? S'ils
» étoient sensibles, au contraire, à l'injure et au
)) mépris, ils avoient une voie toujours ouverte
.)) pour satisfaire leur juste ressentiment, avec là
.)) certitude d'y trouver au double tous les avan-
» tages qu'Edouard ne rougissoit pas de leur en-
. )) lever. Henri de Lancastre étoit prisonnier à la^
^ Tour ; mais n'avoit41 pas un fils , dont l'enfance
» annonçoit déjà toutes les vertus des plus grands
}è princes, et qu'il étoit d'autatit plus avantageux
}) de servir , qu'à l'âge où il étoit encore , c'étoit
)) s'assurer long-temps fe pouvoir absolu que de
.)) l'en revêtir? Marguerite n'existoit-elle pas tou-
)) jours , cette héroïne dont l'adversité ne pou-
)) voit abattre le courage , cette reine qui avoit
)) soutenu si dignement la majesté du trône, cette
)) bonne et généreuse maîtresse , qui avoit aimé
)) si constamment ses ministres et ses favoris? £t
)) n'étoit-il pas surprenant qu'un homme du mir
)) rite du comté eût refusé son attachement à la
)) plus grande reine dont l' Angleterre pût se
)) vanter, pour le donner à un-roi qui n'avoit
DE MARGUHaiTE D'aNÏOU. ftia^
» rien de ' recommandable que sa figure ? Mais il )) étoit temps encore de. revenir de cet àveuglet* » ment. C'étoit au comte de Warwibk' àf rétablir )> les trônes 9 après fes avoir abattus. Llionneur y y> Fintérét, la vengeance, tout lui en faisoit une )) loi; et l'Europe entière^qinavoit déploré la y> ruine de la maison de Lahcastre y applaudiroit )) au héros qui entreprendroit de la reparer ))•
Yaùclerc, déjà disposé à tout ce qui pouvait tirer le comte de son humiliation , se sentit telle^ ment animé par ce discours , qu'il promit au sénéchal d'en faire valoir jusqu'aux moindres termes- Apprenant même que la reine avoit repassé la mer, et qu'elle devoit se rendre incessamment à Paris ^ iji ne désespéra pas d'engager le comte à lui dépêcher quelque personne de confiance , pour lui oSHr ses services , et recevoir ses propositions. Il partit : pour Londres dans le même temps qu'il * laissoitau sénéchal la liberté de se rendre à Paris ^ et ils convinrent ensemble d'une voie sûre pour l'établissement de leur correspondance.
Des motifs si pressants ayant fait retarder son départ à la reine y elle fut agréablement surpiîse de se voir amener un jour par le sénéchal , mjplady Nevill , qui venoit de Londres avec les in-* itructions secrettes de son frère. S'étant laissé persuader parles conseils de Yauclerc , il n'avoit trouvé personne à qui U crût pouvoir accorder
]^us dé éonfiance qu-à ude aœur exercée aniîn^ tnjocsvdela eàur^ et liée anoîenneineot arec la mine; Mylady Nevill'ii?avcm paa changé de carac-* ^re. Toujotirs tendre^ toujolirs faite pcnir être la ^pe'ôii la victime, dé l'amour y elle ée, lâîsaôit pas àk join^ièk mille icbarmes que l'&ge D'a^eit .point 4cicôre altérés, tdote^laflnesse et la solidité d^é&prit qui(élèveot une feniime au-dessus de son sexe , et ^tii la rendent projbre aux plus grandes affaires. Mais t6Ute son expérience ne l'a voit pas garantie dbu nonvel engageooQift ^ et par la fatalité cùrdinairo de son sort y elle se trouvoit liée d'inobnation ahreo VU/ homme marié , et du caractère le moins propre k 'im. faire trouver le bonheur qu'elle cherchoit daqs un commerce de cette nature. Edouard y après avoir pris la tësolution d'exposer t<^te sa foriiine au hazard d'une bataille, à ta sanglante joutnée de Tayrton , avoit fait partir pour la Hollande ses deux frères, Georges et Richard , dans la seule vue de mettre une partie de son sang à couvert des caprices du sort. Ces deux princes étoient -revenus après le triomphe de leur frère , et partageant aussitôt les fruits de sa victoire , ils avoient été crées ducs soqs les deux plus beaux titres d'Angleterre. Georges , qui étoit Fainé^ avoit eu le choix. D étoit prêt à se déterminer pour la titre de Glocester , et à laisser celui de Clarence s| son cadet , lorsque mylady Nevill , qui awît déjà
DE MARGUERITE rD^ANJÔU. i^SA
^Oncu 'quelque mçUnatkfp pour lui, sebâu de lyî.
représenter qu'il n^ avpk .pointée nou^ ^i tpalr
heureux dans i'bifitoire d^lipi nation. H^igue^ Spi^P^
cer , Thomas Woodstock, et presque tou§ oeu^
qui Favoieut porté , Avoieat eu le malheur djef^^rir
par jia luaii^ d^uo bourreau. .Heqn Plaijtfigep^.j
son ^rnaût ^ avoit été poignardé À Jia Tour i4f
Londres. Enfin, quelque puérile qu'on pui^^ra^f
veV cette observation ^ la suite des .événet^g(^
fera voir encore que le même nom dj^ vint fufij^stç
ji Richurd, qui l'accepta sur le refus de son frèi^^
Georges choisit par cette raison lé titrj^ d^. CW
rence ) qui ne lui fut pas plus heureux . mais |i|ll
recevant le conseil de mylady Nevill, il crut vdiir
dan$ ce soin ofBcieul^ uû peuc^antsi déçlaté poi)!*
lui y qu'il ne put se défendre de lui oSrir Mn coe\uy
Ses offres furent acceptées. Edouard , qui avotf
d'autres vues sur son frère, l'obligea d'épous^
une des filles du comte de Wurwiçl^i uiéo^ par
conséquent de mylady Mevill , qui se tfoqvil. ^iuii
forcée de faire violence à son inclinajû^n. Çt^pç^f
dant , le duc de Clarf ence , après avoir^u la f^ibleM^
de céder aux volontés du roi , se sentit r^pp§}^
auprès d'elle par ses premiers sentinienls; eitJlf
nœud d'une alliance si étroite ne les eoip£çhA|l9itVt
de se revoir avec la même £aimiliarité et l^ vn^t^
goût. Cette intrigue étant d^^s ^^ plu4' gf£^i)^
chaleur i loi*squ'£doiiard âyoit comi9Cûç4.;pHV«isr
aSo HÎSTOlHB
iemcnt à chagriner le comte de Warwick , il ne fut pas libre au dnc de Clarence de prendre parti ponr le roipontre le père de sa femme et le frère <)e sa maîtresse.
Mylady Nevill commença uec la reine , par tous ces aveux. Elle lui fit Tbistoirede tout ce qui s'étoit passé à la cour de Londres depuis la révolution. Edouard n'avoit pas irrité seulement le comte de Warwick. Soit que son pencbant aux plaisirs de Pamour le portât sans distinction à tout ce qui ^oit capable de flatter un goût si général , soit ique le chagrfn de ne pouvoir se livrer à son in- <ilination pour Elisabeth Woodwille , lui fît chercher à se guérir de cette passion par la multitude de ses intrigues , il s'étoit fait des ennemis irré* €onciliables d'un grand nombre de maris , dont il avoit séduit les femmes , et d'une infinité de familles où il avoit porté le désordre. La promesse même qu'il avoit faite au comte , de se priver de Toir Elisabeth , n'étoit observée qu'en apparence: On savoit qu'il avoit fait secrettement le voyage de Northampton, oii cette belle veuve s'étoit retirée y et le comte qui en étoit toujours passionné- Inent amoureux, sans la voir répondre à ses sentiments, soupçonnoitun rival si dangereux d'être mieux avec elle qu'il ne feignoit de l'être aux yeux du public. Ainsi, au ressentiment d'avoir été ou^ tragédansla personne de sa fîUe ^ il joignoit encore
DE MARGUERITE B^AKIOIT. sSl
t^luî de se croire joué par de fausses apparences y sens compter toutes les noires idées qui font une passion si furieuse de la jaldusfe.
La vérité étoit que , dans le choix d'un amant ^ Elisabeth auroit préféré le comte^ Elle avoit pour lui des sentiments quis'étoient assez déclarés dans le péril dont elle Pavoit sauvé avec le secours de sa sœur, et la complaisance avec laquelle elle re-. cevoit ses soins, devoit lui persuader qu'elle regrettoit de se voir arrêtée par des raisons qu'elle ne pouvoît vaincre. Mais il étoit marié. Quelle apparence qu'une veuve de son âge pût lui sacri^ fier, non-seulement son honneur, mais encore toutes les espérances de fortune qu'elle pouyoit fonder naturellement sur sa jeunesse^ et sur sa beauté! Si elle ne se flattoit pas encore que le roi pensât à l'élever sur le trône, peut-être lui avoitelle déjà connu assez de foiblesse pour espérer de le mener bien loin avec un peu d'art et de ménagement. L'inconstance même, quilui faisoit chercher continuellement de nouveaux plaisirs jusque dans lés familles bourgeoises de Londres, ne la refroidissoit pas pour les soins qu'il lui rendoit secrettement. Outre qu'il faisoit valoir lui-même sa légèrei^é , comme le désespoir d'un cœur qui V travaille à se soulager de ses peines , elle en concluoit qu'un prince, à qui l'amour bisoit commettre tant d'indécences, pourroit bien oublier quelque
209 HISTpIRE^
JQHr la distaoce qu'il y avoit eotre elle et lai , et passer 8ur toutes sortes de difficultéâi pour se satis-^t faire lorsqu'elle l'autoit enflamiué jusqu'à se rendre nécessaire à son bonheur. . »
Ainsi, se partageant entre son goût et son am*: bitidn , Elisabeth recevoit successivement le roi ett le comte , avec cette différence qu'affectant de^ ne voir dans le comte qu'un ami dont l!estime lui^ étoit précieuse , elle lui ouvroit 3a maison sans» aucun air de mystère; au-lieu que, n'ayant ancuni prétexte pour recevoir le roi avec la même liberté^ elle étdit obligée de ménager les moments , et de* consentir même à le voir quelquefois dans de» temps et dans deslieu-squiauroient rendu sa com-' plaisance suspecte , si elle n'a voit toujours pris soin^ d'y joindre des précautions qui étoient capable» de mettre son honneur à couvert.
Ce double commerce l'exposa un jour à tout ce qu'elle en pouvoit craindre de plus désagréar* ble j'maiis son bonheur voulut ensuite que ce qui lui avoit cause une mortelle fi^ayeur, devînt le plu9 solide fondement de ses espérances. Le roi^ sou^ haitani qu'elle fut moins éloignée d^ Londres^ et qu'elle eût quelque prétexte pour ne pas demeurer habituellement dans la province de Nortbampton , où elle avait sa famille et son bien, lui ménagea secrettemeni tin hiéritagé , auquel ou prétend qu'elle n'avoit aucnin droit, mais qui lui fut Jaiss4
DE MAROU£RIT£ P'aNJOU. a33t
à litre de restitution par le chevalier Sanders y qui
se reconnut oblige en mourapt de réparer, pan
oette donation , ded torts inconnus qu^il lui avoit
faits dan&>le cours des guerres civiles. Ily a beau-^
t^oup d'apparence qu'Edouard en avoit pa]^é forç
avantageuseip.entla valeur auxhéritiér&de Sandër5«r
Mais y affectant de louer une disposidon si juste, il
la revêtit de tpulea les formalités qui pouvoientl»
rendre irrévocable. Elle consistoit dans une ten^e
voisine de là capitale, dont Elisabeth ne manqun
point de venir prendre possession. Le roi s'y trou-*
voit un jour assez tard , lorsque le comte de 'W^^
vrick y arriva sans être attendu. Quoique Elisabeth
eût reçu ce prince avec les mesures dont elle ne
se relâchoit jamais, c'est-à-dire, dans la présence
de sa mère et de quelques autres personnes dont
le caractère écartoit les soupçons', l'air de fami^
liarîté et dé' secret avec lequel Edouard y étoit
venu , les promesses par lescpielles il s'étoit engaga
au comte , et l'outrage récent qu'il lui avoit fait à
'l'occasion de sa fille , firent craindre à toute l'as-*
semblée que cette rencontre ne produisit quelque