CHAPITRE IV
Proposition latte à Elisabeth par Mortoo de lier par ane ligue l'Angleterre et l'Ecosse et de faire mourir Marie 8tuart. — Tyrannie et exactions du régent. — Douleur de Marie Btuart en apprenant la chute du château d'Edimbourg et la ruine de son parti. — Elisabeth lui accorde la permission d'aller aux eaux de Buxton et de conférer avec «on chancelier du Verger. —-6a demande d'avoir un prêtre catholique. — Refus injurieux d'Elisabeth. — Protestations énergiques de Marie qu'elle est et a toujours été attachée à la foi catholique, et que ses entretiens avec les ministres de la Réforme n'ont lait que l'y confirmer. — Demande qu'il lui soit permis d'avoir des nouvelles de son fils. — Efforts qu'elle fait pour apaiser Elisabeth. — Rapports mensongers de «es ennemis contre elle. — Nouvelle mission de KilHgrew en Ecosse pour négocier avec Morton l'exécution de Marie. — Exigences pécuniaires de ce dernier et des seigneurs écossais. Craintes de Marie 8tuart qu'elle ne soit secrètement empoisonnée. — Elle cherche à obtenir un traitement moins rigoureux en offrant des présents à sa rivale. — Empressement d'Elisabeth à les recevoir. — Réformes de Marie dans l'administration de son douaire. — Emploi qu'elle fait de ses revenus. — Avènement de Henri III. — Espérances que Marie en conçoit. — Offres qu'elle fait de se vouer au service du nouveau roi. — Intelligence précoce et éducation de Jacques VI. — Projet de la cour de France de le reconnaître comme roi d'Ecosse. — Protestation de Marie contre ce projet. — Renouvellement du traité de Blois, malgré les remontrances de la reine captive. — Mort da cardinal de Lorraine. — Fénelon, rappelé de Londres, est remplacé par Gaeteinau de Mauvissiere. — Prévention de Marie contre le nouvel ambassadeur. — Elle compte vainement sur l'appui de la France. — Elle est enveloppée dans la disgrâce des Guise. — Dernières années de Bothwell. — 8a déclaration que Marie est innocente du meurtre de Darnley.
Morton , resté seul maître de l'Ecosse , ne songea plus qu'A affermir son pouvoir, et fit succéder aux horreurs de la guerre.
civile les exactions et les scandales de la plus odieuse tyrannie. Il proposa à la reine d'Angleterre une alliance étroite entre les deux royaumes, pour le maintien de la religion et leur défense commune contre une invasion étrangère; et, revenant sur le projet de faire mourir Marie : « La cause de tous les troubles, » disait-il, « reste entre les mains et au pouvoir de Sa Majesté; je ne doute pas qu'elle n'y mette ordre , quand elle le jugera opportun. Présentement je ne veux pas être curieux sur ce sujet; j'attendrai de connaître ses intentions, et de quelle .manière elle juge convenable de procéder à cet égard (1). » Il ne paraît pas qu'Elisabeth ait rien répondu immédiatement à cette insinuation.
Après s'être assuré par de nouvelles protestations de dévouement l'appui de l'Angleterre , le régent se mit à exploiter l'Ecosse que lui avaient conquise les soldats anglais. « Ses succès, » dit Melvil, « l'avaient rendu si vain et si dédaigneux qu'il méprisa tout le reste de la noblesse. Il ne prit plus conseil que de lui-même... et se livra, sous prétexte de rendre la justice , à toutes sortes d'iniquités et d'extorsions (2).» Va tiers des biens de l'Eglise avait été affecté par la reine à l'entretien du clergé réformé ; Morton persuada aux ministres qu'il leur serait plus avantageux d'en remettre l'administration entre ses mains, et il les administra à son profit. Quand, réduits à la misère , les ministres allèrent poster leurs plaintes à la cour , ils furent traités d'imposteurs et renvoyés avec mépris. Morton était pourtant un des plus fervents adeptes de la foi nouvelle.
Après avoir dépouillé le clergé, Morton se jeta comme un oiseau de proie sur la ville d'Edimbourg. Tous les habitants, qui avaient continué à y séjourner pendant qu'elle était occupée par les partisans de la reine, furent accusés de rébellion, et eurent à choisir entre un jugement public ou la rançon. Ces
(1) Memoirs of the régent of Scotland to the quêcn of England, 26 juin ; Morton à Burleigh, 25 juin 1573, State papers office ; Morton à KMigrew, 5 août, Thokpb, t. I, p. 380,
(2) Mblvil, p. 200.
extorsions ne se bornèrent pas à la capitale. Des assises ambulantes, sous prétexte de rétablir Tordre , promenèrent le pillage dans différentes parties du royaume. Personne n'échappait à cette spoliation organisée : les paysans devaient payer pour avoir cherché un refuge dans quelque ville occupée par les adhérents de Marie ; les marchands, pour avoir exporté de l'argent hors du royaume; les protestants, pour avoir mangé 4e la viande pendant le carême. Quant à ceux qui n'étaient coupables que d'être riches, leur cas, dit Tytler , était le pire de tous. Et le produit de toutes ces exactions allait remplir les barils dans lesquels le régent, disait- on, enfermait ses trésors (1). Tout lui était bon pour satisfaire son insatiable avarice : il réclama, commme appartenant à la couronne, les bijoux de la reine que Moray avait attribués à sa femme; il fit fabriquer dans son château de Dalkeith de la monnaie d'alliage , qu'il refusa après l'avoir mise en circulation.
Il ne fallut pas longtemps de ce despotisme effréné pour aliéner à Morton la noblesse et le peuple. Toutefois personne ne songeait à rallumer la guerre : « Les choses , » écrivait Fénelon , « semblent être en paix en Ecosse sous la prétendue régence du comte de Morton, bien que j'aie avis qu'il s'y déporte en homme avare , violent et dissolu ; et de tous les principaux de la noblesse, il n'a près de lui à cette heure qu'un seul milord dont il entretient la femme , et en entretient encore deux ou trois autres mariées , au grand scandale d'un chacun (2). » Et c'était pour se donner un tel maître que l'Ecosse avait impitoyablement chassé la douce et généreuse Marie StuartI Et pendant que cet homme sans foi se vautrait dans sa tyrannie, cette malheureuse priucesse pleurait sur les malheurs de ses partisans. Quand Shrewsbury lui annonça la <&ute du château d'Edimbourg : « Vous ne m'annoncez jamais rien de bon , » répondit-elle; « vous n'êtes qu'un messager de malheurs. * Et comme il lui représentait qu'elle devait être fort obligée à la reine d'Angleterre, qui n'avait rien épargné
(1»Mblvil, p. 267.
(2) Dépêche du 15 février 1574, Corre$pondancet t. VI, p. 32.
pour faire rendre à son fils une forteresse aussi importante r c-Beau service en vérité! » répliqua Marie, c Et Fan me demande de la reconnaissance pour m'a voir ruinée sous prétexte de secourir mon fils. » c Quoiqu'elle cache son chagrin, » écrivait Shrewsbury avec l'insensibilité d'un courtisan, « cettenouvelle, j'en suis sûr , la mortifie très-fort (1). »
Depuis la découverte des menées avec l'Espagne et l'exécution du duc de Norfolk , Marie ne semblait plus s'occuper que du soin de sa santé et du règlement de son douaire. Elle fit demander à Elisabeth la permission d'aller aux eaux de- Buxton , dans l'espoir d'y trouver quelque soulagement « à la dureté et à l'enflure de son côté. » Elisabeth accueillit très -mal cette demande : « Je voudrais bien , » dit-elle , c connaître le médecin qui a donné un tel conseil (2). » Cependant elle céda aux représentations et aux instances de Fénelon, après que Shrewsbury eut assuré que sa prisonnière serait tout aussi bien gardée à Buxton qu'à Sheffield (3) ; mais elle n'accorda la permission définitive que quand la saison était déjà avancée , et quand tous les étrangers eurent quitté Buxtou.
lie changement d'air, un pays nouveau, quelques promenades et, par dessus tout , l'illusion que produit le contentement, exercèrent plus que les eaux , sans doute , une heureuse influence sur la santé de Marie. Lorsque au bout de trois semaines , elle rentra à Ghatsworth où elle avait été momentanément transférée, elle était pleine de courage et d'espoir. Elle chargea Fénelon d'être l'interprète de sa reconnaissance auprès d'Elisabeth : « Et si je pouvais faire plus que je n'ai fait, » disait-elle, « pour lui rendre grâce des effets de sa bonne volonté envers moi, je vous assure que de toute mon affec" tion et pouvoir je m'en acquitterais; étant l'ingratitude un vice que j'abhorre trop, et duquel, grâce à Dieu, je ne me sens point entachée (4). »
(1) Shrewsbury à Burleigh, 7 juin 1573. Stale papers office-, Marie à Élitaleih, 20 janvier 1574, Labanoff.
(2) Laba*off, t. III, p. 335, 336, 341.
(3) Lodgb, t. II, p. 28 et 29.
(4) Marie à Fénelon, 17 septembre 1573, Labakoff, t. IV, p. 81 et 82.
HISTOIRE DE MARIE 8TUÀRT. 28f
Marie avait obtenu une autre faveur, celle d'être visitée par sou chancelier du Verger et par uo employé de l'ambassade française. Elle eut toute liberté de conférer avec eux , et pendant leur séjour auprès d'elle, Shrewsbury lui témoigna deségards inaccoutumés; c'était pour qu'elle ne se plaignit point: « Us ne seront pas {dus tôt dehors , » écrivait-elle , « qu'il me sera fait des rudesses comme devant (1). » Elle ne se trompait point. Cependant, comme la moindre marque de bienveillance lui rendait quelque espoir, elle profita du retour de du Verger à Londres pour solliciter de nouveau la permission d'avoir un prêtre catholique. Sa demande lui fut durement refusée; ajoutant l'insulte au refus, Elisabeth lui fit répondre qu'elle ne demandait l'exercice du catholicisme que par dérision, et pour s'en vanter auprès des papistes ; qu'elle pouvait avoir l'exercice d'une religion meilleure, et dont elle s'était contentée jusque-là.
Marie fut indignée : « J'en ai demandé exercice sérieusement, » répliqua-t-elle , « et non en riant; car je ne joue point à tel jeu. J'ai la religion en la révérence qu'il appartient à une dame chrétienne .et affligée qui n'a recours sinon à Dieu... » Ce n'était point , disait-elle, ni le lieu ni l'occasion de rechercher quelle était la meilleure religion ; mais elle était résolue de rester attachée à la sienne. Elle avouait que « destituée de prêtre catholique , elle avait consenti d'assister aux exercices du culte protestant , pour montrer qu'elle ne portait ni haine ni rancune à ceux qui suivaient ce culte , ni horreur à ce qui pouvait être bon dans leur doctrine, et qu'elle était prête à se réconcilier avec eux. » Elle avait souvent écouté la parole de leurs ministres , et plusieurs fois avec eux devisé sur les questions religieuses : « et tout ce que j'ai appris d'eux , » ajoutait-elle , « est en somme que de tous lesdits ministres , je n'en ai pas trouvé deux qui tinssent un même chemin , ainsi tous bigarrés et en diverses opinions des principaux points de notre foi; de sorte qu'au lieu de me persuader une nouvelle doctrine, ils me confirmèrent dans la mienne; car ils m'en
(l) Labasoff, t. IV, p. 76 et S3.
baillèrent de tant de façons et si mal assaisonnés à mon •que, ores que j'eusse eu envie de changer, ils m'en eussent perdre le goût (1)... »
A la privation de l'exercice de son culte se joignait po Marie la douleur de ne recevoir aucune nouvelle de son fils s « C'est tout ce que j'ai au monde, » s'écriait-elle ; « et plus je vais en avant, plus j'en suis folle mère, ce qui me semble bien m'étre à pardonner; et étant privée de le voir, si à tout le moins je pouvais être sûre de son portement , mon mal serait <demi-allégé, et porterais plus aisément mon affliction (2). »
Le ton prévenant et soumis auquel s'était résigné Marie JStuart semblait avoir (3) tempéré les ressentiments d'Elisabeth ; des rapports envenimés et calomnieux vinrent bientôt les raviver. On accusa Marie d'avoir tenu des propos injurieux contre sa cousine, et d'avoir cherché à séduire des sujets anglais. Morton écrivit qu'il fallait avoir les yeux ouverts sur la France; et l'ambassadeur anglais à Paris donna avis que le duc d'Anjou, récemment élu roi de Pologne, avait fait demander au pape une dispense pour épouser sa belle-sœur, la reine d'Ecosse. Elisabeth se décida à reprendre avec Morton « la grande affaire , » interrompue par la mort du comte de Mar : Killigrew fut envoyé une seconde fois en Ecosse; il trouva les Écossais refroidis à l'égard de l'Angleterre. Morton fit entendre qu'il ne consentirait à l'exécution de Marie que moyennant une somme considérable pour lui , et des pensions pour les principaux nobles qui y donneraient leur adhésion. Killigrew comprit qu'il n'avait aucune chance de réussir dans sa négociation ; il demanda à être rappelé : « Je ne vois pas , » écrivait-il à Walsiugham , « pourquoi je resterais ici plus longtemps , surtout si l'on n'est pas décidé aux pensions qui sont la seule base sur laquelle on puisse négocier. Je prie Dieu que nous ne fassions pas en cela comme ceux qui refusèrent , pour les trois livres de la" Sy bille , le prix qu'ils furent bien aises
(1) MarieStuarlà Fénelon, 30 novembre 1573, Lajja.noff, t. IV, p. 94-99.
(2) Labanoff, t. IV. p. 99 et 100.
<3) Marie à Elisabeth, 16 Janvier 1574, Lada.no ff, t. IV, p. 101 et 102.
ensuite de donner pour le seul qui restait. J'avais laissé le marché à un prix moins élevé que celui qu'on réclame aujour" d'hui (I). »
Elisabeth enjoignit à Killigrew , malgré ses représentations, de ne point quitter l'Ecosse qu'il n'eût pénétré à fond les intentions de Morton ; et Walsingham lui écrivit, pour rendre la conclusion du marché plus facile , que Sa Majesté avait assez de coufiance dans le régent pour lui livrer la reine d'Ecosse (2). On iguore quelles étaient les conditions que proposait Elisabeth; on ignore également ce qui se passa entre Morton et l'envoyé anglais dans une dernière conférence qu'ils eurent à Aberdeen , et où fut traitée « la grande affaire » ; mais ce qu'on peut conclure des quelques renseignements qui restent, c'est que Marie Stuart ne dut la prolongation de son martyre qu'à la cupidité insatiable de la noblesse d'Ecosse et à l'avarice de la reine d'Angleterre (3).
La captive n'avait rien soupçonné , pas plus que la première fois , des négociations de Killigrew ; mais elle n'ignorait pas que sa vie était sans cesse menacée. Fénelon fut averti qu'un complot s'ourdissait pour la faire mourir elle et son fils ; ellemême fut informée qu'un nommé Holson avait été acheté pour l'empoisonner. Ce misérable » dont Elisabeth avait payé les dettes pour le faire sortir de prison , fut envoyé plus d'une fois à Sheffield ; il s'échappa à dire, dans un de ses voyages, « que, si quelqu'un empoisonnait la reine d'Ecosse, il savait de bon lieu que la reine d'Angleterre leur saurait bon gré de l'ôter de si grande peine (4). » Marie se fit envoyer du contre-poison par l'ambassadeur de France ; et comme on voulait l'enlever à la garde de Shrewsbury, qu'elle croyait incapable d'une complaisance criminelle, pour la confier à Bedford son ennemi
(1) Killigrew à Walsingham, 23 juin et 12 juillet 1574, dans Tytlbr, t. VI' p. 2*21, 223 et 224.
(2) Walsingham à Killigrew, 30 juillet 1571, Thorpb, 1. 1, p. 386.
(3) Tytlbr, t. VI, p. 224-226. Le biographe des Douglas, Hume de Godscroft, dit que « Morton était un trop vieux chat pour s'attacher à la queue une paille aussi longue. «
(4) Labjuoff, t. IV, p. 126 et 127.
déclaré , ou à Huntkigdon aon compétiteur , «lie fit prier les princes chrétiens de s'y opposer ; mais elle demandait qne leurs représentations fussent faites avec assez de ménagement pour que sa rivale ne pût point s'en offenser (1).
Elle avait bravé sans profit l'impérieuse Elisabeth , elle voulait essayer si, par des prévenances, elle parviendrait à l'apaiser : « On m'a avertie , » écrivait-elle , « qu'il faut que je lui fasse des présents (2). » Dès lors, le désir d'offrir quelque chose qui pût être agréable devint un de -ses soucis et une de ses occupations. Elle chargea Fénelon de lui acheter « du satin , de la soie , du fil d'argent , de la bissette d'or garnie de paillettes d'argent la plus délicate qu'il pourrait trouver (3). » Elle lui recommandait de se hâter : « s'il ne lui envoie bientôt ce qu'elle a demandé , elle chômera, ce dont elle sera bien marrie , car ce n'est pas pour elle qu'elle travaille (4) . » Le fil d'argent était quelquefois trop gros , la soie mal assortie , mais l'ambassadeur avait fait de son mieux -, elle le remerciait avec autant d'effusion naïve que le grave diplomate avait mis de bonne grâce à s'acquitter de sa commission. Elle cherchait à intéresser son oncle le cardinal de Lorraine à ses préoccupations ; elle écrivait à son ambassadeur à Paris l'archevêque de Glasgow : « Je vous prie , faites-moi faire un beau miroir d'or pour pendre à la ceinture, avec une chaîne pour le pendre ; et qu'il soit sur le miroir le chiffre de cette reine avec le mien , etquelque devise à propos que le cardinal mon oncle devisera... Ces petites folies-là la feront plutôt couler le temps avec moi que nulle autre chose (5). » Dès qu'elle avait terminé quelque ornement de toilette, elle l'adressait à Fénelon pour le présenter à Elisabeth : c Vous excuserez les fautes, s'il vous plaît, » disait-elle, « et en prendrez une part pour vous qui n'êtes bon choisisseur de fil d'argent; et pour amende de votre
(1) Labawoff, t. IV, p. 122, 123 et 127; Péhbloh, t. VI, p. 301.
(2) Idem, t. IV, p. 213.
(3) Idem, t. IV, p. 222 et 223.
(4)M«m, t. IV p. 119.
(5) ldtm, t. IV, p. 187, 213, 214, 224, 256.
HISTOIRE DE MARIE 8TUART. 2tS
part, mettrez peine d'entendre en quoi je pourrai travailler qui paisse lui être agréable, et m'en avertissant, je ferai mieux à l'avenir (1). »
Ces petits présents, • fort migaonnement ouvrés de la main même de la reine d'Ecosse et accompagnés de lettres fort gracieuses, » étaient reçus avec empressement (2). Dans le premier accès de joie , Elisabeth avait promis qu'elle enverrait en retour quelque présent (3) ; elle se ravisa, et se contenta « de ramentevoir à la reine d'Ecosse qu'elle avait quelques ans de plus qu'elle , et que celles qui avançaient en âge volon tiers prenaient à. deux mains , et ne donnaient que d'un doigt (4). » Ce n'était point des présents que cherchait Marie Stuart, mais un allégement à sa captivité ; et elle ne pouvait pas même obtenir à ses lettres une réponse qu'elle sollicitait avec instance , comme une preuve de l'apaisement de sa rivale (5). Ne prévoyant plus de terme à sa captivité, elle s'ingéniait à en combler le vide. Elle demandait à son ambassadeur à Paris , avec autant de sérieux et de sollicitude que s'il se fût agi d'affaires importantes , de lui envoyer des tourterelles et des poules de Barbarie par un messager exprès , avec l'instruction pour les élever : « Je prendrai plaisir, » disait-elle , « à les nourrir en cage, comme je fais de tous les petits oiseaux que je puis trouver. Ce sont passe-temps de prisonnier (6). »
Jusque-là son douaire avait été administré par ses oncles , et par un conseil chargé de ses intérêts. Chacun avait cherché à y trouver son profit. Elle déclara que désormais elle entendait voir de ses propres yeux , et disposer elle-même de ses revenus (7). Elle en fit deux parts, dont l'une, la moins considérable , devait lui être envoyée en Angleterre pour subvenir à ses besoins et payer ses serviteurs ; la seconde , être distri-
(1) LXBANOFF, t. IV. p. 160.
(2) Correspondance de Fénelon.
(3) Lodob, t. II. p. 121.
(4) FfcfBLON, t. VI, p. 397 et 398.
(5) Lababoff, t. IV, 222, 240 et 241.
(6) Idem, t. IV, p. 1S3 et 187.
(!) Idem, U IV. p. 137-155, 177 et 178.
buée en France à ceux de ses sujets qui s'étaient ruinés pour elleet qui , réduits à la misère , étaient obligés d'implorer sa charité. Elle avait elle-même dressé la liste des pensions à payer ; quelques oublis avaient été involontairement commis, elle s* empressa de les réparer : « Je m'émerveille , » disait-elle , c comment j'ai omis Annibal ; je vous le recommande, je l'aime trop pour le laisser en arrière (1)... Servais de Condé , un ancien et bon serviteur, s'est plaint à moi d'avoir été oublié dans mou état... ; j'entends que lui et sa femme y soient remis au premier (2)... Je vous recommande aussi le vieux Curie,... je lui ai assigné quelque argent ; tenez la main qu'il lui soit promptement payé ; et, s'il se présentait moyen de pourvoir quelques-uns de ses enfants, vous me feriez plaisir d'en chercher le moyen (3)... > Ces détails, pris au hasard, seraient à coup sûr peu dignes de l'histoire , si , en éclairant un des traits caractéristiques de la figure de Marie Stuart , ils ne réfutaient ceux des historiens qui ont fait de cette princesse une femme méchante , habile dans la haine et implacable dans le ressentiment.
Des passe-temps de prisonnier ne pouvaient longtemps suffire à occuper une nature aussi active. Quand elle eut reconnu que par la soumission et les prévenances elle n'obtiendrait de sa rivale ni la liberté , ni même un traitement meilleur, elle recommença à prendre en horreur les murs de sa prison : « Qu'on ne me laisse plus ici abandonnée à mes ennemis I » s'écriait-elle (4). Les circonstances semblaient être devenues plus favorables : Henri 111 venait de succéder à Charles IX ; « c'était celui de tous ses beaux-frères en qui elle avait toujours le plus espéré , pour la bonne volonté qu'il n'avait cessé de lui porter d'enfance (5) ; » de sourdes rivalités divisaient la cour d'Angleterre , Burleigh € parlait d'elle plus honnêtement,
( (1) Labanoff, t. IV, p. 128.
(2) Idem, t. IV. p. 188.
(3) Idem, t. IV. p. 167 et 168.
(1) Idem, t. IV, p. 204.
(5) Idem, t. IV, p. 191 et 192.
Leicesler se montrait courtois (1) ; » le favori dédaigné rêvait, disait-on , d'épouser la reine d'Ecosse. Cette crédule princesse vit dans toutes ces circonstances des motifs d'espérer. Elle fit recommander au nouveau roi sa personne et ses affaires , offrit de lui rendre tous les services qu'elle pourrait , et songea à prendre des mesures pour faire enlever son fils et l'envoyer en? France.
Jacques VI avait alors huit ans. La précocité de son intelligence était pour tous ceux qui rapprochaient un sujet d'étonnément. James Melvil parle de lui comme d'un prodige pour le» dons extraordinaires de son esprit, pour son jugement, sa mémoire et son langage : « Je l'ai entendu, » dit-il, < discourir, en se promenant pendu au bras de la vieille comtesse de Mar, sur le savoir et l'ignorance , et je n'ai pas été moins surpris qu'émerveillé (2). » Ce développement hâtif du jeune prince était gâté par le traitement humiliant que lui infligeait son précepteur. Vieillard acariâtre et méchant, Buchanan battait et injuriait son royal élève , et comprimait par un système d'intimidation brutale ses aspirations généreuses et les manifestations de son caractère. 11 n'est guère étonnant que Marie Stuart songeât à soustraire son fils aux leçons d'un tel maître et à l'influence de Morton. Elle avait médité plusieurs fois de l'envoyer en Espagne ; maintenant c'était à la France qu'elle désirait le confier, dans l'espoir que ce gage d'alliance lui assurerait la protection de Henri 111. Mais rien n'était changé dansla politique de la France.
Marie Stuart ne tarda pas à s'en apercevoir. Elle apprit tout à coup que le nouveau roi, pour recouvrer l'alliance de l'Ecosse, se disposait à reconnaître Jacques VI, et à négocier avec les seigneurs qui l'avaient couronné, sans tenir compte des droits de la mère : M. de Mandreville était déjà désigné pour aller couduire la négociation. Marie en fut vivement affectée ; elle s'empressa d'écrire à son ambassadeur à Paris, afin qu'il s'entendit avec le cardinal de Lorraine pour s'opposer à ce projet :
(1) Labanopp, t. IV, p. 199 et 205.
(2) Mémoires de Melvil.
« Et dites hardiment au roi que , s'il l'exécute, il me fera le plus grand tort qu'il saurait me faire; et je le supplie ne me pas nuire au moins, si ses affaires ne lui permettent pas de m'aider. » Elle proposait de renouveler l'ancienne ligue entre les deux royaumes, et , si Henri III voulait lui promettre sa faveur, d'envoyer le prince d'Ecosse en France, de gagner à la dévotion du roi tous les amis qu'elle comptait en Angleterre, et de lui « faire bonne intelligence » de toutes les menées d'Elisabeth et de ses ministres. Pour le moment elle ne deman dait, en retour, à Henri III que de faire des «recommandations un peu plus hardies » en sa faveur, dans le cas où l'on voudrait la confier à des mains suspectes ou attenter à sa vie : « Si le roi est brave, » disait-elle, « ils le craindront ; s'il est •doux, ils le braveront ; et m'en croyez. » Mais elle déclarait que ni le roi de France ni celui d'Espagne n'auraient son fils, à moins qu'elle ne fût sûre elle-même d'être protégée (1).
Depuis le traité de Blois, les intrigues de l'Angleterre pour susciter ou nourrir des troubles en France, avaient été tout aussi actives qu'auparavant. Personne ne l'ignorait; mais la crainte qu'Elisabeth ne s'alliât avec l'Espagne, les négociations pour le mariage de cette reine avec un prince français, rendaient Catherine de Médicis plus complaisante que ne le permettait la dignité de la France. Elisabeth, sous prétexte de resserrer les liens entre les deux pays, demanda [que la ligue fût renouvelée. Quand Marie apprit que Henri 111 y était disposé, elle écrivit au cardinal de Lorraine avec un mélange de tristesse et d'amertume : « Si le roi me laisse, il mettra ma vie à l'encan et fortifiera ses ennemis et les miens... Je ne le veux requérir faire aucune entreprise pour moi, durant la vie de cette reine,... car je ne prétends déposséder personnes qui sont déjà en possession.. « Je ne lui demande autre chose, sinon qu'il ne me perde du tout, comme il fera, faisant ligue avec elle sans m'y comprendre (2). » Le cardinal de Lorraine, à qui Marie adressait ces plaintes, venait de mourir : c'était pour
(1) Labakoff, t. IV, p. 243-246.
(2) Idem, t. IV, p. 251 et 2M.
elle un appui de moins et une douleur de plus. « Eh bien ! » s'écria- 1- elle en l'apprenant, • je suis prisonnière, et Dieu me prend l'une des créatures que j'aimais le mieux. Que dirai-je plus? Il m'a ôté d'un coup mon père et mon oncle; je le suivrai, quand il plaira à Dieu, avec moins de regret (1). »
Un mois après, M. de la Châtre allait à Londres pour renouveler le traité de Blois : Marie était une seconde fois offlcielment abandonnée par ceux dont c'était le devoir et l'honneur de la défendre. Henri III avait ordonné à son ambassadeur de la visiter ; il joignit à cet ordre des compliments de condoléance. Les autres princes, ses parents, lui adressèrent des lettres affectueuses; on lui conseillait de chercher par tous moyens à complaire à la reine d'Angleterre. Le conseil ressemblait presque à une ironie. Marie se montra reconnaissante des bonnes paroles ; s'il n'y avait rien à espérer pour ellemême, peut-être le roi et les Guise ne refuseraient-ils pas leur protection « à ses pauvres sujets bannis. » Ce fut pour eux qu'elle réserva pendant quelque temps ses généreuses importunitès.
Marie eut encore la douleur de perdre à cette époque son défenseur le plus constant et le plus dévoué. Fatigué des affaires, laissé par son maître dans un état voisin de la détresse, Lamothe-Fénelon demandait depuis longtemps à être rappelé d'Angleterre. 11 fut remplacé par Gastelnau de Mauvissière, le 10 septembre 1575. Le nouvel ambassadeur était partisan de l'alliance anglaise ; il avait pour mission spéciale de la consolider. Peu amides Guise, et tout. occupé des intérêts de son pays, tels qu'il les entendait, il n'était point disposé à se prêter aux projets de la reine d'Ecosse. Celle-ci en conçut des défiances ; et, impatiente des conseils qu'il se permettait de lui donner, elle aurait voulu qu'il fût remplacé par un ambassadeur meilleur catholique et plus ami de sa famille (2). Elle devait revenir plus tard de ses injustes préventions. Quoique délaissée par Henri III et peu favorisée par l'am-
(1) Labanofp, t. IV, p. 263 et 264.
(2) Labanoff, t. IV, p. 296, 297, 302, 328, 329, 372, et t. V. p. 12.
bassadeur de ce prince, quoique conseillée par l'évoque de Ross de se jeter daus les bras de l'Espagne, c'était toujours de ce pays € qui l'avait nourrie, » qu'elle attendait sa délivrance. Persuadée que la guerre civile, rallumée en France par les excitations de l'Angleterre, empêchait seule Henri III de la secourir, elle était décidée « à patienter doucement eu attendant l'issue des troubles. » Mais la paix ne devait pas lui profiter plus que la guerre. Le traité de pacification, signé le 9 mai 1576, donna naissance à la Sainte-Ligue ; et, comme les Guise s'étaient mis à la tête de cette formidable association, Marie se trouva enveloppée dans la haine que vouèrent à l'ambitieuse maison de Lorraine Catherine de Médicis et son fils. Le duché de Touraine, qui était la meilleure partie de son douaire, lui fut enlevé et transféré au duc d'Anjou ; on lui donna on échange le comté de Vermandois. Ses revenus en furent diminués, au moment même où elle était dans la plus grande pénurie d'argent, et où ceux qui sollicitaient ses secours étaient si nombreux, « qu'elle était réduite à se cacher pour n'avoir pas le chagrin de refuser (1). »
Vers cette époque, le bruit se répandit et parvint aux oreilles de Marie que Bothwell venait de mourir ; qu'avant sa mort il avait confessé ses crimes, et l'avait déchargée publiquement de toute complicité dans le meurtre de Darnley (2).
On se souvient que ce bandit, après avoir fui en Danemark, avait été réclamé par Moray, et que Frédéric II s'était contenté de l'enfermer dans la forteresse de Malmoë. La demande d'extradition fut renouvelée plusieurs fois par les régents d'Ecosse, et appuyée d'autant plus fortement par Elisabeth, que Bothwell travaillait, on le sut, à fournir à Marie des renseignements i qui pouvaient être très-préjudiciables aux deux royaumes, et très-désagréables à la reine d'Angleterre (3). » Ces renseignements mentionnés dans une lettre de Thomas
(1) Labanoff, t. IV, p. 313, 314, 321-324 et passlm.
(2) LàBANOFF, t. IV, p. 331, etKsiTH, appendix.
(3) Thomas Buchanan à Cecil, january 19, 1571; Laiter years of Jam» Uepburn by the rev. Elus, p. 13, from Ârcheologia, t. XXXVIII, 1861.
Buchanan, qui avait élé envoyé en Danemark pour réclamer Bothwell, étaient si compromettants pour les rebelles que cette lettre ne put être montrée qu'après avoir été copiée et falsifiée par NI or ton (1).
Cependant, lassé des importunités d'Elisabeth , Frédéric II avait consenti à la fin à ce que son prisonnier fût conduit en Angleterre, à condition que dans son jugement, on se conformerait aux règles de la plus stricte justice. Bothwell devait être livré au mois d'août 1 57 i (2) ; mais persuadés que la reine d'Angleterre se souciait fort peu du châtiment des meurtriers, et que dans toute cette affaire elle ne cherchait qu'une occasion de scandale, les amis de Marie, Fénelon entre autres, conseillèrent au roi de France d'empêcher l'extradition (3). Frédéric II promit au chevalier de Dantzay, qui représentait alors la France à Copenhague, de ne rien faire sans le prévenir. Peu après, l'ambassadeur écrivait à sa cour : • Bothwell s'est engagé à céder au roi de Danemark ses droits sur les îles Orkney et Shetland ; et je pense qu'à cause de cela le roi ne s'en dessaisira pas facilement (4). » Quels que fussent les motifs de Frédéric, il est certain qu'il garda son prisonnier. Mais à partir de ce moment, tout ce qui le concerne devient de plus en plus obscur : il semble que le roi de Danemark eût pris à tâche de le faire oublier. Le 23 juin 1573, Dantzay écrivait à Charles IX : « Le roi avait jusque-là assez bien entretenu le comte de Bothwell ; mais depuis quelques jours, il l'a fait mettre en une fort mauvaise et étroite prison. » Cette prison, suivant le rév. R. S. Ellis, était le château de Drachsholm, sur la côte nord de l'Ile de Sealand (5).
Dans l'année 1575 ou 1576 , et peut- être plus tôt , Bothwell , atteint d'une grave maladie et presque mourant , « fut prié par
(1) Goodall, t. II, p. 583.
(2) Correspondance des régents d'Ecosse, de Th. Buchanan , d'Elisabeth , de Frédéric II, Thulbt, Supplément, p. 151-154, 190-200, 203, 237; Archives de Simancas ; Louer years of James Hepburn.
(3) FftNKLON, t. IV, p. 147, 148 et 152.
(4) Louer years of James Hepburn.
(5) ltodem. p. 3 et 7.
l'évoque de Scone , en présence de quatre seigneurs danois et de quatre baillis de la ville , de déclarer librement ce qu'il savait de la mort de Darnley et des auteurs de cette mort, comme il en répondrait devant Dieu au jour du jugement , où toutes choses , tant cachées soient-elles , seront manifestées. Alors le moribond commença par jurer , sur le salut de son âme , que la reine n'avait jamais connu le complot , ni consenti au meurtre du roi ; que c'était lui et ses amis , par son ordre , qui l'avaient commis , et que divers seigneurs y avaient consenti et s'étaient engagés par leur signature. Prié de nouveau de dire les noms de ses complices ou de ceux du moins dont il se souvenait, il nomma les comtes de Moray et de Morton, milord Robert, abbé d'Holyrood , l'archevêque de Saint-André, les comtes d'Argyle , de Crawford , de Glencairn , lord Boyd, et les lairds de Lethington , de Buccleugh et de Grange. Pois , après avoir fait la confession de ses autres crimes, il en demanda pardon à Dieu ; et , succombant sous cet effort, » disent les documents, « il tomba en défaillance et mourut (1). » Le bruit de la mort de Bothwell se répandit en effet. Dantxay l'annonçait à Henri III dans une dépêche du 24 novembre 1 575 ; et la nouvelle en fut tenue pour vraie en Angleterre , au printemps de l'année suivante. Le roi de Danemark la laissa s'accréditer pour échapper aux demandes importunes ; mais il est certain que son prisonnier vécut encore quelques années. Des historiens ont prétendu qu'il devint fou à la fin de sa vie, par suite des rigueurs de sa prison ; il parait que , même au château de Drachsholm , il était mieux traité qu'il ne le méritait. Il mourut le 14 avril 1578 , et fut enterré dans l'église paroissiale de Faarweile où , d'après la tradition , son cercueil se voit encore aujourd'hui (2).
(I) Voy. Labanopp, Documents relatifs au comte de Bothwell, et Tbulbt, Supplément, p. 240-245.
(1)Latters years of James Hepburn. Le rév. Ellis raconte que le 30 mai 1858 1 il se rendit à Faarweile , et que ce cercueil fut ouvert devant lui. Après Tavoir décrit ainsi que le squelette qu'il contient , il conclut « que rien ne prouve absolument que ce soient les restes de Bothwell, mais que rien non plus ne prouve le contraire » (P. 6).
Quand Marie fut informée que Bothwellavait fait une déclaration en faveur de son innocence, elle pria son ambassadeur à Paris « d'en rechercher la vérité par tous les moyens. » Elle proposa d'envoyer Monceaux, qui connaissait le Danemark, « pour s* en enquérir plus particulièrement et en rapporter les attestations (1). »
I/archevéque de Glasgow répondit qu'on savait à Paris depuis longtemps déjà la mort de Botbwell , et que la reine mère avait fait demander son testament ; que néanmoins il approuvait le voyage de Monceaux , mais qu'il n'avait aucun moyen de lui fournir de l'argent Marie parvint à se procurer 500 livres. Quand il fallut partir, Monceaux refusa, déclarant qu'il avait d'avance dépensé cette somme au service de la reine (2).
Sur ces entrefaites, Marie apprit qu'Elisabeth avait reçu une copie de la déclaration de Bothwell, et l'avait supprimée le plus secrètement possible ; qu'une seconde copie existait en Ecosse, où son fils l'avait surprise entre les mains des courtisans , et s'était écrié après l'avoir lue : « Je suis heureux , après tant de calomnies contre ma mère , de voir enfin une preuve aussi manifeste de son innocence (3). * Marie avait tout lieu de croire que Catherine de Médicis obtiendrait ce qu'on n'avait refusé ni à la reine d'Angleterre ni au régent d'Ecosse, et qu'elle serait par la France suffisamment renseignée : elle renonça pour le moment à envoyer en Danemark. On ne voit pas qu'elle soit jamais parvenue à se procurer ce document, qui était cependant pour elle de la plus haute importance. Mais quoiqu'il ait, depuis, complètement disparu, et qu'il n'en reste plus que deux extraits dont l'authenticité est contestable , il n'en est pas moins certain qu'il a existé ; et on peut ajouter que , s'il n'avait pas été favorable à Marie, on n'aurait pas mis autant de soin à le supprimer en Angleterre et en Ecosse (4).
(i) Labanoff, t. IV, p. 330 et 331, et Keith, appendi*.
(2) Keith, appendix, p. 300 et 301.
(3) Labanoff, t. IV, p. 340, et Kiith, appendix.
(4) Vojr. note N.