II
toute autre , elle ne serait plus vivante, « car elle avait eu un pied dans toutes les intrigues ourdies contre sa couronne et sa vie par toute la chrétienté. » Elle reprocha ensuite à Castelnau de trop s'occuper des affaires de cette princesse, et lui fit entendre qu'elle ne laisserait plus la même liberté à aucun ambassadeur français.
Castelnau, piqué du ton impérieux d'Elisabeth, répondit qu'il ne s'était jamais conduit en Angleterre comme elle et ses ambassadeurs se conduisaient en France ; et il rappela les encouragements et l'appui donnés aux huguenots par Throckmorton et Smith, « qui, » dit-il, c avaient violé toutes les lois des nations et agi plutôt comme des ennemis que comme des ambassadeurs. » Il ajouta que, pour lui, il n'avait jamais été qu'un ministre de paix et que, pour ne pas avoir la guerre, il avait dû fermer bien souvent les yeux sur des menées déloyales qui ne lui avaient pas échappé. II osa dire en face à cette fière reine « qu'il savait assez qu'elle aimait à pécher eu eau trouble pour en retirer son profit. » Puis, revenant à ce qui était l'objet de son audience, il maintint que le roi son maître ne faisait, en s'intéressant à la reine d'Ecosse, que ce que lui commandaient le devoir et l'honneur ; que la délivrance de cette princesse, après un si long emprisonnement, n'était qu'une chose juste et d'ailleurs facile au moyen d'un traité, et que ce traité, elle devait être contente de le négocier avec le roi de France. Elisabeth s'était peu à peu calmée; pour cacher son embarras, elle demanda à passer à d'autres sujets de conversation. Toutefois, avant de congédier l'ambassadeur, elle lui promit de prendre en considération ce qu'il venait de lui dire de sa mission en Ecosse (1). Elle songeait à toute autre chose.
Walsingham venait d'obtenir de nouveaux renseignements sur le complot qui s'organisait pour envahir l'Angleterre. On avait appris d'une manière certaine que le duc de Guise en était le chef; on ignorait quels étaient ses alliés et ses res-
(1) Castelnau au roi, il janvier 1584, ÈibU nationale, et LabàHoff, facutH de 1839.
sources, mais on avait tout lieu de supposer que les catholiques d'Angleterre étaient d'accord avec les princes étrangers, et que Morgan et Paget, dont on soupçonnait l'arrivée en Angle* terre, n'y avaient éjé envoyés que pour préparer la voie aux envahisseurs. Les mesures qui furent prises indiquent à quelles terreurs étaient en proie Elisabeth et ses ministres. De nouveaux espions s'établirent dans les ports les plus fréquentés et s'insinuèrent dans les conseils des princes; quelques-uns étudiaient comme ecclésiastiques dans les sémiuairesanglais (1). • En vérité, » ditCamden, «on employa à cette époque d'étranges artifices pour sonder les dispositions des sujets. Des lettres contrefaites étaient secrètemeut, expédiées, au nom de la reine d'Ecosse et des réfugiés, et laissées dans les maisons des papistes ; des espions, envoyés de çà et de là dans tout le pays pour surprendre les conversations ; des colporteurs d'histoires absurdes, écoutés et crus sur parole. Sur quoi plusieurs furent soupçonnés, que leur prudence et leur innocence ne suffirent pas à protéger (2). »
Les premières victimes furent un prêtre et deux gentilshommes, Arden et Somerville. Arden subit le supplice des traîtres pour avoir dit qu'il voudrait savoir Elisabeth en paradis ; Somerville fut trouvé étranglé dans sa prison (3). Plusieurs seigneurs du plus haut rang furent arrêtés ; quelques-uns parvinrent à gagner le continent. Les deux fils de John Throckmorton, Francis et George, furent jetés à la Tour. On n'avait aucune preuve contre eux, lorsqu'on produisit tout à coup une lettre adressée de la cour d'Ecosse à Marie, peut-être une de ces lettres dont parle Camden. Francis, mis en jugement, fut appliqué quatre fois à la torture ; à la quatrième fois, vaincu par la douleur, il confessa que le duc de Guise et D. Bernardino de Mendoza lui avaient communiqué un plan d'invasion en Angleterre ; que, si Elisabeth refusait la liberté de conscience aux catholiques, les conjurés étaient décidés à renverser
(ULwoAaD, t. IV, p. 247.
P) Camdkn's Annalt, p. 297 et 298.
(3)Ubanopf, t. V, p. 3S6 et 391, et Lingard. t. IV, p. 247 et 248.
356 HtèTOIHE DE MARIE STUART.
sou gouvernement (1). L'accusé se rétracta plus tard et jusque sur l'échafaud ; il ne fut pas moins exécuté, mais les preuves contre lui étaient si faibles que les ministres crurent devoir publier une brochure pour justifier son supplice (2).
La confession arrachée à Throckmorton avait gravement compromis l'ambassadeur d'Espagne. Il fut mandé devant le conseil, et accusé d'avoir violé ses devoirs d'ambassadeur en conspirant contre l'État ; sur quoi il lui fut enjoint de quitter le royaume dans quinze jours. Mendoza nia éuergiqueraent, et, récriminant contre ses accusateurs, il reprocha aux ministres leurs provocations incessantes à l'endroit de Philippe II; il imputa même à l'un d'eu*, le comte de Leicester, d'avoir ourdi un complot pour assassiner D. Juan, le vainqueur de Lépante. Les ministres anglais, se levant de leurs sièges, lui déclarèrent qu'il devait quitter sur-le-champ l'Angleterre, s'il ne voulait pas que la reine le fit châtier. « Ni la reine ni personne au monde, » s'écria Mendoza avec véhémence, « n'a le droit de m'accuser ; et que pas un de vous en pareille matière ne se permette d'aller plus avant, à moins que ce ne soit l'épêe à la main. Être châtié, moi, par votre reine t c'est une menace qui me fait sourire. D'ailleurs, je serai heureux de partir dès que j'aurai reçu mes passe-ports. Et puisque votre reine n'a pas été satisfaite de moi comme ministre de paix, je ferai en sorte qu'elle me trouve bon ministre de guerre (3). » Il quitta l'Angleterre quelques jours après, le cœur plein de ressentiment et décidé, comme il l'avait dit, à faire à l'Angleterre tout le mal qu'il pourrait.
Dans la recherche des différents complots réels ou prétendus, on n'avait rien épargné pour découvrir la part que pouvait y avoir prise la reine d'Ecosse. Ses ennemis ne manquaient point de les lui attribuer ; elle protesta énergiquement contre ce9
(1) SomerStracts, t. t, p. 204 ; Liwgard, t. IV, p. 248 et 249.
(2) Càmden.
(3) D. Bernardino de Mendoza à Philippe II , 24 Janvier 1584, Archives deSimancas; Casulnau à Henri 111, 23 janvier, dans Mademoiselle K*ri~ glio.
imputations (1). En effet, on ne trouva rien, qui pût la convaincre de les avoir connus ou favorisés. Mais les alarmes d'Elisabeth et de ses minisires n'eu furent point calmées : t Ils étaient si empêchés qu'ils soupçonnaient les oiçbres et les murailles (2). *
Ne pouvant atteindre ses autres ennemis, Elisabeth chercha à paralyser l'hostilité du roi d'Ecosse, et à lui faire expier ses relations avec sa mère et le duc de Guise. Son royaume semblait jouir de quelque repos; d'énergiques mesures avaient imposé silence aux prédications des ministres, et forcé les lords rebelles à faire leur soumission ou à quitter l'Ecosse. Mais l'esprit de révolte n'était qu'assoupi : la fermeté du roi irritait les nobles, et les faveurs prodiguées au comte d'Arran et au colonel Stuart excitaient leur jalousie (3). Poussés par Walsingham et par Bowes, gagnés par l'argent d'Elisabeth que la peur avait décidée à ouvrir ses co tires-forts, ils formèrent un nouveau complot pour s'emparer du roi. Les chefs étaient à peu près tous les anciens conjurés de Ruthven ; le comte de Gowrie, quoique rentré- en faveur, avait consenti à se mettre à leur tête. Les Hamilton, dédaignés par Henri III à qui Castelnau les avait vainement recommandés, avaient juré fidélité à la reine d'Angleterre et promis leur concours à l'entreprise (4).
Quand ils crurent le complot mûr, les conjurés, assemblés à Perth, appelèrent à eux tous ceux qui favorisaient la parole de Dieu. Le temps de ces appels hypocrites était passé; personne n'alla les rejoindre. Us étaient découragés ; leur agent à Londres, John Colvilie, leur conseilla de ne rien craindre, leur jurant que l'Angleterre serait avec eux comme elle avait été avec les meurtriers de Riccio, avec ceux qui avaient pris la
(1) Marie à Castelnau, 5 janvier 1584. Labanoff, t. V, p. 401, et 28 Janvier, p. 416.
(2) Castelnau au roi, 14 février 1584, dans Mademoiselle Kkraglio , t. V , p. 386.
(3) Mblvil, p. 324 et 325.
(4) Castelnau à Henri lll et à Catherine de Médicis, 23 avril 1584, Tbdlbt , t. III, et Chbrubl.
reine à Carbery-Hill et le roi à Ruthven (1). Ils reprirent courage. Mais le comte d'Arran avait été averti ; il envoya tout à coup saisir le comte de Gowrie, et le fit enfermer au château d'Edimbourg (2). Les complices du prisonnier marchèrent aussitôt sur Stirling et s'en rendirent maîtres. La crainte de retomber entre les mains des rebelles inspira au jeune roi une énergie virile ; * il fit battre le tambourin » et convoqua tous ses loyaux sujets à se ranger autour de lui. Douze mille répondirent à son appel. Les insurgés ne l'attendirent pas ; ils s'enfuirent épouvantés et allèrent solliciter la protection d'Elisabeth. Quelques-uns des ministres, impliqués dans la révolte, se cachèrent ou rejoignirent les fugitifs en Angleterre (3).
Le comte de Gowrie restait prisonnier ; il fut décidé qu'il serait mis en jugement. Sa trahison était évidente, mais il n'existait pas de preuves contre lui. Le comte d'Arran et d'autres membres du conseil allèrent le visiter dans sa prison , et lui persuadèrent d'écrire au roi pour lui confesser son crime, l'assurant que c'était le seul moyen d'obtenir son pardon. Sur la promesse solennelle qu'on ne profiterait point de ses aveux, il se décida à faire ce qu'on lui conseillait ; c'était un piège: sa lettre fut produite devant ses juges. Il eut beau se récrier contre cet infâme parjure, il fut condamné et immédiatement exécuté (4). Quoique la basse perfidie du comte d'Arran jette quelque intérêt sur les derniers moments de cette autre victime des orages révolutionnaires de l'Ecosse, on ne peut en disconvenir , Gowrie n'avait que mérité son sort.
Il est merveilleux à quel point ce pays d'Ecosse , si pauvre, si peu peuplé et perdu dans les montagnes, occupait la France et l'Angleterre, et quelle importance ces deux puissants royaumes attachaient à son alliance. A la nouvelle de la révolte , Cas- Ci) John Colvillê à son frère William , 16 avril 1584 , Thorpb , t. I,
(2) Labanoff , t. V, p. 452; Cattelnau au roi, 11 mai , Tbulet, t. III ;
Tttlbr.
(3) Mauvistière au roi , 23 , 26 avril et II mai , et au due de Guise, 4 mai 1584, Teolet, t. III, et Cbbrubu; Mblvil, et Tytler.
(4) Melvil, p. 326, et MisceUany ofthe Bannatyne club, 1. 1, p. 91-105.
telaau, alarmé et mécontent, rappelait à Henri III, non sans quelque humeur, qu'il avait prédit bien des t'ois ce qui arrivait en Ecosse, et dénoncé en vain les menées de l'Angleterre. Même après la déroute des rebelles, il n'était pas rassuré sur le sort de Jacques VI; et plus que jamais il insistait sur la nécessité pour la France de s'allier avec lui : « Je suis et serai toujours d'opinion, » disait-il, « qu'il n'y a nulle alliance au monde que la France doive avoir plus chère que celle de ce petit pays d'Ecosse (1). » C'est qu'il était persuadé que, si Elisabeth « pouvait être assurée de l'Ecosse dont elle craignait tôt ou tard tout son mal, elle ne se soucierait de prince de la chrétienté (2) ; » et que l'hostilité, au contraire, de ce petit pays pouvait seule l'empêcher de faire de mauvais offices à ses voisins. Castelnau ne désirait si vivement être envoyé en Ecosse que « pour y faire perdre à Elisabeth toutes ses pratiques, qu'elle y entretiendra , » disait-il , « tant qu'elle aura un homme à son commandement et un écu à leur bailler (3). »
Castelnau ne se trompait point sur l'importance qu'Elisabeth attachait à. l'amitié de l'Ecosse. Furieuse en ce moment de son nouvel échec, elle trouvait scandaleux que Jacques VI ne se laissât pas emprisonner par ses sujets, et l'accusait amèrement de les persécuter parce qu'il châtiait leurs révoltes. Dans l'inquiétude que lui causait le jeune roi, elle essaya de renouer des relations avec Philippe II : elle envoya un ambassadeur à Madrid pour offrir à ce prince « de le contenter, pourvu seulement qu'il voulût faire quelque peu de démonstration de désavouer Mendoza. » Philippe II ne voulut ni recevoir les lettres d'Elisabeth , ni voir son envoyé , « et n'en fit pas plus de cas que d'un valet. » Et loin de désavouer Mendoza , il lui écrivit « une feuille de papier toute de sa main pour avouer ce qu'il avait fait en Angleterre , et lui envoya argent et tout ce qu'il avait demandé. » Déçue de cet espoir , elle se mit à flatter
(1) Castelnau au roi, 23 avril et 11 mai, et au due de Guise, 4 mai 1584, dans Tkulet, t. III, et dans Chérubl.
(2) Caetelnau au roi, 26 avril 1584. Teulbt, t. III, et Chéaubl. 9) Le mime au roi, 11 mai 1584, ibidem.
Henri III : elle disait « n'avoir jamais été aussi contente de ce prince, et le priait de la tenir en sa bonne grâce, ajoutant force honnêtes propos. » « Pour en dire la vérité, i écrivait Castelnau à son maître , « le naturel des Anglais est de proposer beaucoup et de montrer de belles apparences ; mais quand ce vient à l'effet, je n'y trouve pas grand fondement, selon que je les ai connus depuis vingt-cinq ans (t). »
L'ambassadeur essaya de profiter des dispositions qu'affectait Elisabeth à l'égard du roi de France, pour solliciter encore une fois la liberté de Marie. Il avait prisé plus haut cette princesse à mesure qu'il l'avait connue davantage : « Je ne sache pas, > disait-il à l'archevêque de Saint-André, « de cœur qui ne dût être ému à lui vouloir bien pour sa vertu , prudence et patience (2). » Il lui avait avancé de l'argent, il avait plaidé sa cause en toute occasion ; partageant la crédulité de son siècle , il était allé jusqu'à consulter l'astrologie pour savoir quel serait le sort de cette infortunée princesse (3). Il estimait que sa délivrance était non-seulement une chose juste, mais qui importait à l'intérêt de son pays et à l'honneur de son maître. Tous ses efforts se brisèrent contre la haine implacable d'Elisabeth et la pusillanimité de la cour de France. Henri III et Catherine de Médicis, sur les plaintes de l'ambassadeur anglais à Paris, lui écrivirent de s'en tenir, quant à la reine d'Ecosse, aux affaires de son douaire et à l'amélioration de son traitement : • telle était la charge qu'ils lui avaient toujours donnée, et ils étaient assurés qu'il n'y avait rien omis ni excédé. * Ils lui recommandaient de chercher à enlever à la reine d'Angleterre l'opinion contraire qu'elle avait conçue de lui; car c'était le désir du roi de vivre en paix avec tous ses voisins , et particulièrement avec ladite reine. Ils demandaient, en retour de tant de condescendance , c que les ambassadeurs anglais ne pratiquas-
(1) Le menu au rot, 26 avril 1584, ibidem.
(2) Castelnau à l'archevêque de Saint- André, M8., Bibliothèque nationale, fonds Brecquigny, t. XCVII, et dans Chérubl.
(3) M8. Bibliothèque nationale, et Chérokl, p. 112.
sent plus avec les réformés de France (I ), * Un langage fier et une conduite ferme auraient beaucoup mieux réussi.
Le moment était proche où Marie Stuart allait recevoir le coup le plus cruel qui lui eût encore été porté. Quoique Jacques VI eût montré, dans la répression des dernières révoltes, quelque énergie personnelle , il est certain qu'il ne se gouvernait que d'après les conseils de ceux qui l'entouraient. 11 avait été favorable à sa mère et avait penché vers la France, aussi longtemps que le comte de Lennox lui avait persuadé que c'était son intérêt. Le nouveau favori, le comte d'Arran, n'avait aucun goût pour Marie ; cupide et besoigneux , il ne cherchait qu'à vendre au plus haut prix possible l'alliance de son pays. « D'après certains bruits, » écrivait Castelnau à Marie, « il vendrait votre fils aux Anglais plutôt qu'il ne vint au dessus de ses desseins (2). » Cependant, soit qu'il se défiât d'Elisabeth dont il avait pris l'argent sans rien faire pour elle, soit pour tout autre motif, Arran voulut sonder les dispositions de la cour de France avant de livrer son maître à l'Angleterre.
Lord Seaton (ut envoyé à Paris comme ambassadeur extraordinaire. Il remit à Henri III « des articles , » dans lesquels étaient exposées la triste situation du roi et celle plus triste encore de sa mère. Jacques y rappelait avec une grande liberté de langage, « les entreprises » tant de fois renouvelées contre eux par la reine d'Angleterre, les dangers qu'il avait courus et ceux qui le menaçaient encore de la part de cette reine, c qui n'avait montré en toutes occasions qu'une inclination sinistre aux affaires d'Ecosse, » et ne cessait d'entretenir et de solliciter ses rebelles contre lui. Il ne lui restait , disait-il , c qu'à se jeter entre les bras de son bon, ancien et fidèle allié, le roi trèschrétien, b II sollicitait de Henri III, au nom des traités qui avaient lié les deux royaumes et des services mutuellement rendus, d'abord un secours d'argent pour combattre l'influence de l'or anglais; il demandait ensuite que le roi très-chrétien s'engageât à le protéger contre les entreprises d'Elisabeth; que
0)|£* roi a Castelnau ; la reine au même, 9 mai 1584, Eghrton, p. 23. (2) Cattefnau à Marie Stuart, Jbbb, t. II, p. 549 et suiv.
l'ancienne ligue fût renouvelée entre les deux royaumes ; que sa garde fût entretenue aux frais de Henri III ; que la garde écossaise qui servait en France recouvrât tous ses anciens privilèges , et que la liberté de commerce fût accordée aux marchands écossais. Jacques terminait par une instante prière en faveur de sa mère (1).
C'était l'occasion de reconquérir l'alliance de l'Ecosse, que Gastelnau prôu ait avec tant d'insistance. Mais Henri III n'avait d'argent que pour ses mignons; et Catherine, par jalousie du roi d'Espagne, ne voulait à aucun prix se brouiller avec la reine d'Angleterre. Aux propositions du roi d'Ecosse il fut répondu, d'une manière bauale ou évasive 9 que le roi de France avait ordonné à Casteluau de passer en Ecosse pour y rétablir la paix, et de visiter en passant la reine captive; que les anciens traités n'ayant pas cessé de subsister , il était inutile de les renouveler ; que la garde écossaise était traitée comme elle l'avait toujours été, et que les marchands écossais jouissaient pour leur commerce de la même liberté que les marchands français. Henri III ajoutait, et c'était là ce qui devait le plus blesser le jeune roi , que la pénurie de son trésor lui rendait impossible toute dépense extraordinaire; cependant il promettait à son neveu , mais pour l'année suivante seulement, une pension de 20,000 livres (2). Tant de froideur et de parcimonie ne pouvait contenter ni Jacques ni son favori. Ce dernier prit le parti, puisque la France ne voulait point de son maître, de l'offrir à l'Angleterre.
Après la déroute des factieux et le supplice de Gowrie, Elisabeth avait dépèche Davison en Ecosse pour y étudier les dispositions du jeune roi, et voir s'il restait quelque espoir de relever le parti dévoué à l'alliance anglaise. James Melvil avait été envoyé à la rencontre de l'ambassadeur, moins pour lui faire honneur que pour pénétrer l'objet de sa mission. Davison protesta des intentions toutes bienveillantes de sa souveraine ,
(1) Articles que Jf. de Section traita avec le roi de France, 26 avril 1584, dans Teulet, t. III, p. 266 et suiv.
(2) Réponse faite à M. de Seaton, dans Tbulet, t. III, p. 272 et suiv.
mais Melvil lui fit clairement en tendre que personne en Ecosse n'était dupe des hypocrisies d'Elisabeth : c Vous prétendez, » lui dit-il, « que votre maîtresse aime le roi d'Ecosse et qu'elle ne cherche que son bien, c'est une moquerie! » Et, sans revenir sur les intrigues plus anciennes, il rappela ce qu'Elisabeth avait fait pour Gowrie et ses complices, l'alliance de cette princesse avec les ministres de la religion, qui necherchaient qu'à bouleverser l'Etat et ne cessaient d'insulter le roi, quoique sa conduite fût aussi régulière que la leur était scandaleuse. • Monsieur l'ambassadeur, » ajouta Melvil, « si votre maîtresse désire franchement l'amitié du roi, qu'elle cesse de protéger ses sujets rebelles (I). »
Davison rejoignit la cour à Falkland. Jacques reçut avec courtoisie les lettres d'Elisabeth ; mais il parla avec aigreur de l'asile qu'elle accordait aux rebelles d'Ecosse. Après quelques explications assez vives, le roi, changeant de conversation, ne voulut plus parler avec l'envoyé anglais que de ses chasses et de ses amusements (2). A ce moment, Jacques n'avait pas encore reçu d'Henri III la réponse à son offre d'alliance.
Tout en affectant l'intention de vouloir entretenir des relations amicales avec Elisabeth, le jeune roi continuait de tenir rigueur aux partisans de l'Angleterre. Angus, Mar, Glammis et leurs adhérents venaient d'être déclarés coupables de haute trahison ; et des lois avaient été faites contre leurs complices du clergé, pour ruiner cette espèce de démagogie spirituelle qui, sous le nom d'Église, prétendait au gouvernement temporel du royaume (3). Ces mesures étaient l'œuvre du roi plus que celle du favori; il ne fallut pas longtemps à l'envoyé anglais pour s'en convaincre. Il se hâta d'en avertir Elisabeth. Il ass urait qu'un changement complet s'était opéré dans les sentiments de Jacques VI à l'égard de sa mère, qu'il communiquait régulièrement avec elle, et que toute la cour ne se con-
(1) Lettre de James Melvil à son frère Robert, dans Tytlbh , t. VI, p. 390-
(2) DatUon à Walsingham, 10 juin 1584, State papers office,
(3) 8pottiswoom, p. 333, et Tttlbr, t. VI, p. 388-390.
364 HI8T0IRB D£ MABJS 8X0ART.
duiaait que d'après les inspirations de la reine captive et les conseils delà France. Elisabeth fut d'au tau t plus inquiète de ©es avis que tout ce qui se passait en Ecosse, depuis quelque temps, semblait justifier les appréciations de son ambassadeur (1). Tout récemment eucore, Jacques avait t fait défendre toutes les chroniques et livres de Buchanan, et tous les autres libelles diffamatoires faits contre sa mère ; et sous peine de la vie, qu'aucun Écossais n'en retint ni fragment ni exemplaire , qui n'eût à l'apporter pour le brûler (2). » Malgré ces démonstrations, son affection n'était pas bien profonde ; il ne tarda pas k le montrer. Lorsqu'il connut la réponse d'Henri III, il s'écria avec dépit que son ambassadeur n'avait trouvé en France «que de froides et maigres ressources. » Sur-le-champ, le* comte d'Arran fit dire secrètement à Elisabeth que, « si elle voulait avoir patience et le gratifier de ses peines, il lui rendrait le roi d'Ecosse du tout à sa dévotion, pour ne faire alors que ce qu'il lui plairait, sans que le roi de France et la reine d'Ecosse sa mère l'en empêchassent (3). »
Le comte d'Arran et sa femme, encore plus ambitieuse que lui, ne cherchaient depuis longtemps qu'à rendre Marie suspecte à son fils. Ils dissuadaient le prince de l'associer à la couronne, lui faisant entendre qu'elle lui ravirait le gouvernement, et mettrait pour se veuger toute l'Ecosse en feu (4). Ces leçons avaient porté leurs fruits dans le cœur égoïste du jeune roi. Sa pauvreté était une autre conseillère non moius funeste: il était réduit à un tel dénûment qu'il ne vivait plus que d'emprunts; et « qu'il devait à ses domestiques plus de 2,000 marcs de leurs gages, hardes et viandes qu'ils lui avaient fournies. » On avait conseillé à Marie de ne plus lui envoyer d'argent, parce qu'il ne l'employait qu'à enrichir d'indignes favoris (5) ;
(1) Daviton à Walsxngham, 10 juin 1584, State papert office.
(2) Castelnau au roi, 16 juillet 1584, dans Tbulbt, t. III, p. 292.
(3) Tbolbt, t. III. p, 281 f 292 et 296.
(4) Castelnau à Marie Stuart, State papers of^ce : Quesn Mary, t. VII , p. 207, et Fontenay à Marie, Murdin, p. 536 et auiv.
(5) Fontenay à lfari*, Murdin, p. 556.
HIBTOfR* M MARTE STUÀRT. 365
et, comme on Ta vu, le roi de France avait refusé de lui en fournir. Jugeant, comme Àrran,que la meilleure alliance était celle dont il retirerait la plus grosse somme, il écrivit à Elisabeth qu'il la regardait comme sa mère, et qu'où l'avait trompée si on lui avait dit le contraire ; que son désir était de lui être bon parent, bon voisin et bon filleul', et que, c s'il plaisait à ladite reine se comporter envers lui de même, il ferait tout ce qui lui plairait..., et laisserait tontes pratiques et intelligences avec tous les princes du monde quels qu'ils fussent, pour se gouverner et conduire à son contentement et volonté (1). »
Ce que Jacques et le comte d*Arran offraient à Elisabeth était précisément ce qu'elle n'avait cessé de poursuivre; mais elle se défiait du roi, et plus encore du favori. Il lui restait deux autres moyens de reprendre son influence sur l'Ecosse : elle pouvait relever le parti des lords bannis , et , en leur fournissant de l'argent et des troupes, les remettre au pouvoir ; ou bien, ce qui était plus honnête , traiter sincèrement avec Marie Stuart et son fils, et former avec eux une alliance étroite. Elle en référa à son conseil. Ses deux plus influents ministres, Burleigh et Walsingham, quoiqu'ils affectassent de temps en temps le désir d'être débarrassés de la reine d'Ecosse, ne voulaient à aucun prix que la liberté lui fût rendue. Sur les deux autres moyens ils n'étaient pas d'accord : Walsingham voulait qu'on aidât les rebelles, et qu'on ne s'appuyât que sur eux et sur les ministres puritains; Burleigh, au contraire, conseillait d'entrer en pourparlers avec le comte d'Arran et d'employer pour le gagner lord Hunsdon, gouverneur de Berwick. Le vieux ministre avait, en donnant ce conseil, un but caché : c'était de faire épouser par le roi d'Ecosse une nièce de lord Hunsdon (2).
Elisabeth n'adopta ni ne rejeta aucun des avis de ses ministres. Persuadée qu'elle arriverait plus sûrement par trois chemins que par un seul, elle résolut de négocier tout à la fois avec les lords bannis, avec sa prisonnière et avec le comte d'Arran. En conséquence de cette résolution, des encouragements furéùt
(i) Castelnau au roi, 16 juillet 1584, Tbulbt, t. Ht.
(2) Tytlbr, t. VI, p. 398*401 ; CaMdnàu au r&i, 16 juillet, TtttffitR, t. III.
donnés aux lords et aux ministres exilés; on leur promit de l'argent et des secours ; et un complot fut ourdi par les soins de Davison , pour les faire rentrer de force en Ecosse où , après s'être emparés du roi , ils assassineraient le comte d'Arran s'il venait à manquer à sa parole (1). En même temps, Elisabeth fit mine de reprendre les négociations d'un traité avec sa prisonnière. Elle promit à l'ambassadeur de France « d'aviser immédiatement d'envoyer des commissaires à Sheffield, qui de là se rendraient à Edimbourg, pour y conclure un accord de la liberté de la reine d'Ecosse et de tout ce qui serait utile au fils et à la mère (2). » Beale fut en effet renvoyé à Sheffield. 11 offrit à la captive de reprendre le traité entamé Tannée précédente, à condition qu'elle interviendrait auprès de son fils pour obtenir le rappel des bannis, qu'elle écrirait au duc de Guise et à son ambassadeur à Paris, pour faire cesser toute menée contraire à la sûreté de la reine d'Angleterre et de son royaume. Marie consentit à tout; mais elle exigea à son tour, comme condition absolue , qu'on lui garantirait préalablement la conclusion et l'exécution du traité, et sa mise en liberté. Celte prudence déjouait les grossiers calculs d'Elisabeth ; elle se plaignit des réponses de sa prisonnière et l'accusa de mauvaise foi (3). Alors une entrevue fut secrètement ménagée entre lord Hunsdon et le favori de Jacques VI.
L'artificieuse Elisabeth tenait plus que jamais à flatter Henri III, depuis que la mort du duc d'Anjou et l'assassinat du prince d'Orange l'avaient laissée sans auxiliaire contre les ressentiments de Philippe II. Pour masquer ce qu'elle préparait, elle avait promis à Castelnau qu'elle le laisserait bientôt aller en Ecosse avec un commissaire autorisé par elle, et que rien ne se traiterait que d'accord avec le roi de France (4) ;et
(1) ColoUU à Walsingham , 26 mai , et \Walsingham à Davison, 2 juillet. State papers office.
(2) Castelnau à Marie, 20 mai, dans Jbbb, t. II.
(3) Marie Stuart à Castelnau, 22 et 31 mai 1584 , Labjlnofp , t. V, p. 472-
. (4) Castelnau au roi, 28 juillet, Tbulbt, t. III.
HISTOIRE Dft MARIE STUART. 367
pour mieux fermer les yeux à Henri 111, en flattant sa vanité, elle fit annoncer que Philippe Sidney allait se rendre en France pour lui remettre l'Ordre de la Jarretière ; mais Casteloau ne se laissait pas si facilement éblouir. Quand il sut que lord Hunsdon était parti pour Berwick pour conférer seul avec le comte d'Arran, il reprocha sans ménagement à Elisabeth ses. manèges et sa duplicité: « Elle voulait, » dit-il, « ébaucher assez de matières sans en conduire aucune à perfection ; il lui avait tant vu faire de traités de mariage, de recherches et de ligues, mémement avec les sujets du roi son maître et les protestants, et encore depuis peu avec le roi d'Espagne..., qu'il était évident qu'elle ne faisait rien que pour allonger le temps et voir où elle se pourrait attacher, sans regarder à ses promesses , dont il ne faisait nul état sans les effets , qu'il n'avait pas encore vus, mais assez de desseins mal suivis... »
En rendant compte de son entretien avec Elisabeth, Castelnau se plaignait amèrement du rôle qu'on lui faisait jouer en Angleterre; il insistait de nouveau pour que le roi s'opposât aux intrigues d'Elisabeth en Ecosse : « Ce seront, » disait-il, « les Écossais vos plus certains et assurés amis et alliés de si longtemps, qui serviront toujours de frein et bride aux Anglais, qui seront moins à craindre qu'ils ne furent jamais, pendant que le roi d'Ecosse les tiendra en crainte comme, il fait (1). » Henri 111 resta sourd à ces patriotiques conseils.
L'entrevue du comte d'Arran avec lord Hunsdon eut lieu dans l'église de Foulden, près de Berwick. Hunsdon se plaignit, au nom de sa maîtresse, de la conduite de Jacques à l'égard de l'Angleterre, et demanda le rappel des lords bannis. Arran n'eut pas de peine à justifier son maître, en rappelant le rôle qu'avaient joué en Ecosse les ambassadeurs anglais. Quant aux lords bannis, il déclara qu'il trouvait étrange la demande d'Elisabeth : « Que penseriez-vous, » dit-il, « si je vous démontrais que ces mômes hommes s'agitent encore à l'heure qu'il est? car j ai entre les mains les preuves certaines qu'ils ourdissent un nouveau complot pour s'emparer du roi, m'assassiner
(1) Tbulbt, t 111, p. 296 et suiv.
moi-même et bouleverser le royaume. Et c'est à de pareils traîtres que votre maîtresse s'intéresse I » Arran cependant protesta de son entier dévouement « et de toute la bonne affection et volonté de son maître; » et il montra aux négociateurs anglais les pleins pouvoirs dont il était muni pour conclure entre les deux royaumes une ligue indissoluble. Mais il déclara que, pour réussir, il fallait à tout prix abattre le parti gui voulait la liberté delà reine d'Ecosse, et celui qui travaillait à faire rentrer les lords bannis. « Si Walsingbam et Da vison, * ditil, « continuent à intriguer avec ces derniers, je ne réponds plus de lier mon maître au service de l'Angleterre; car le roi se jetterait dans les bras de la France ou de l'Espagne, plutôt que de laisser rentrer des rebelles qui en veulent à sa personne, et ne cbercbent qu'à faire triompher les principes démagogiques de l' Église puritaine (1). » Après la conférence, qui avait duré cinq heures, Arran présenta à lord Huusdou le maître Patrick de Gray.
Ce personnage destiné à jouer bientôt un rôle très-important, était le fils de lord Gray. Élevé par les jésuites, il avait passé plusieurs années à la cour de France, et était devenu le confident de Marie Stuart et de tous ceux qui s'intéressaient au sort de cette princesse. Rentré en Ecosse, il avait gagné les bonnes grâces du roi, et lui avait révélé ainsi qu'au comte d'Arrau tout ce qu'il savait des secrets de Marie (2). Il était en ce moment porteur d'une lettre confidentielle de son maître, qui l'accréditait comme ambassadeur auprès d'Elisabeth pour lui révéler tous les complots ourdis contre elle, c II en sait plus long que le roi et que le comte d' Arran lui-même, » écrivait lord Hunsdon à Burleigh ;,« il est dans la confidence de la reine d'Ecosse et de toutes ses affaires, soit en Angleterre, soit en France, et bien plus, dans celle du pape, car il passe pour papiste ; mais pour sa religion, Votre Seigneurie en jugera (3). »
(1) Castelnau au roi, 3 septembre , Tedlkt , t. III, p. 306, et Tttlkr. t. VI. p. 403-412.
(2) Castelnau au roi, 25 novembre, Tbulet, t. III ; Labakoff, t. VI , p. 4 et 5; Mblvil, p. 329 et 330; Chalmbbs, et Tttlbr.
(3; Lord Hunsdon à Burleigh, 14 août 1584, State papers office.
ie jeune roi et le jeune courtisan s'étaient entendus pour venre le premier sa mère, le second tous ceux qui s'étaient coniés à lui.
Ce qui s'était passé à la conférence de Foulden n'avait point ranspiré, Burleigh seul en avait été informé; Castelnau avait vainement ouvert les yeux et prêté l'oreille. Abusé sur les sentiments de Jacques VI, il le croyait toujours dévoué à sa mère et mieux disposé pour la France que pour l'Angleterre. Dans cette persuasion , il pressait de nouveau Henri III de profiter de l'embarras de la reine d'Angleterre pour conserver une alliance de « huit cents ans, > et se faire honneur de la délivrance delà reine d'Ecosse (t).
Tant de zèle pour la dignité de la France devait fatiguer un roi livré tout entier à ses grossières débauches, et une vieille reine sans cœur. Aux plaintes et aux sollicitations de l'ambassadeur, Henri III répondit par une lettre de rappel. Ce loyal représentant de la France s'était endetté en servant son pays, il demanda un délai : « Je suis si obligé, » écrivait-il, « envers les marchands anglais et banquiers italiens, que le jour où je laisserai la charge de votre ambassadeur, il faut que je les paie ou demeure honteusement prisonnier. » Il ne désespérait pas d'obtenir la liberté de la reine d'Ecosse, et de faire ce service à son roi, avant de quitter l'Angleterre (2). Noble mais folle illusion! L'heui'e delà délivrance ne devait point sonner pour la prisonnière de Sheffield, et chaque jour ne lui apportait qu'un accroissement de misère. A ses douleurs rhumatismales s'était ajouté un commencement d'hydropisie , maladie qui avait emporté sa mère encore jeune; et son gardien alliât être remplacé par d'autres non moins serviles, mais moins humains.
Depuis longtemps Shrewsbury demandait à être relevé d'une charge qui l'exposait à chaque instant aux caprices de sa maîtresse. 11 obtint enfin de retourner à la cour pour répondre
'!) Castelnau à Henri III, 3 septembre 1584, dans Teuliît, t. III, p. 306 et
suiv.
#) Castelnau au roi, 14 novembre 1584, Tkulbt, t. III, p. 320 et suiv.
a aux calomnies de sa méchante femme, » qui l'accusait d'aduL tère avec sa prisonnière. Sadler et Somers furent envoyés pour le remplacer. « Puisqu'il retourne auprès de ma bonne sœur, » dit Marie, « il peut l'informer de tous mes actes pendant que j'ai été sous sa garde; je ne lui demande d'autre faveur que de dire de moi le pire qu'il pourra (1). »
Les nouveaux gardiens de Marie avaient ordre delà transférer de Sheffield à Wingfield. Quoiqu'elle n'eût pas été prévenue elle quitta sans résistance une prison où elle avait souffert quatorze ans, et qu'elle ne devait pas revoir. Elle avait connu Somers lorsqu'elle était en France; pendant la route elle l'entretint avec un mélange d'enjouement et de tristesse. Gomme il lui disait que la reine d'Angleterre lui serait une bonne amie, si elle voulait bien ne plus avoir d'intelligence avec son fils : « Ne plus avoir d'intelligence avec mon fils, » répliqua vivement Marie, « ne pas estimer ceux qu'il me recommande comme de bons serviteurs, mais c'est impossible 1... Rien ne pourra me séparer de lui, car c'est pour lui que je vis maintenant et non pour moi. » Elle parla avec complaisance de l'affection qu'il lui témoignait, de l'influence qu'elle croyait avoir sur lui. Puis, passant à un autre sujet, Marie demanda à Somers s'il pensait que, l'occasion se présentant, elle chercherait à lui échapper : « Je n'en doute pas, » répondit Somers; c il est si naturel que le prisonnier cherche sa liberté. — Vous vous trompez, » répliqua Marie, « j'aimerais mieux mourir en prison avec honneur que de m'enfuir avec honte. » Et, prenant un air sérieux : « Si la reine d'Angleterre me rendait la liberté, j'irais en Ecosse, mais seulement pour voir mon fils et lui donner quelques bons avis ; et ensuite je me retirerais en France pour y vivre avec mes amis, sans plus me mêler des affaires du gouvernement (2). »
Lorsque le comte de Shrewsbury fut arrivé à la cour, sa souveraine le questionna avec avidité , « et s'enquit fort parti-
0) 8adlbr's Paper s, t. II, p. 333.
(2) Sadler à Walsingham, 4 septembre, State papers office, et Notes dt Somers et de Sadlert dans Sadlbr's Papers, t. II.
culièrement du naturel de la reine d'Ecosse , si elle lui voulait grand mal et fût telle qu'il n'y eût nulle sûreté en ses promesses. » Le timide courtisan refusait de répondre; il fallut un ordre exprès d'Elisabeth pour le faire parler. Alors il déclara « qu'il estimait que, si la reine d'Ecosse promettait quelque chose, elle ne voudrait pas violer sa promesse (1). » Elisabeth sembla partager cet avis ; et , comme ses ministres la pressaient de secourir les réfugiés écossais, elle répondit « qu'elle aimerait encore mieux se fier à sa bonne sœur que de s'embrouiller davantage dans les factions des nobles et des ministres d'Ecosse (2). »
« D'un naturel toujours difficile à se résoudre (3) i , Elisabeth était de nouveau irrésolue et alarmée. Engagée dans des négociations sans sincérité, d'un côté avec les rebelles d'Ecosse, de l'autre avec sa prisonnière, et obligée de prendre un parti, elle attendait le maître de Gray pour la tirer d'embarras ; mais de Gray n'arrivait point. Et , comme elle savait que le comte d'Arran avait surpris les intrigues de Walsingham et de Davison avec les réfugiés et que , de retour en Ecosse , il avait continué à traiter avec la dernière rigueur les partisans de l'Angleterre , elle s'inquiétait du retard de l'ambassadeur.
Marie n'était pas moins impatiente que sa rivale. Ayant conçu de la mission de Gray les plus belles espérances, elle demandait qu'il lui fût permis d'envoyer à Londres son secrétaire Nau , pour hâter la conclusion du traité (4). Elisabeth refusa longtemps de répondre. « Nous sommes longs ici dans nos résolutions, » écrivait Walsingham , « surtout lorsque la jalousie est en jeu , laquelle s'augmente de jour en jour avec les caprices (5). » Il s'y joignait la peur : les nouveaux gardiens de Marie avaient ordre de redoubler de vigilance , et
(1) Caeielnau au roi, 22 octobre , dans Teulbt, t. III, p. 311 et suiv. V) Ibidem.
(3) Correspondance de Castelnau.
(4) Marie à Castelnau, 7 septembre et 30 octobre, et à Elisabeth , 18 octobre 1584, dans Labanoff, t. VI, p. 8, 34 et 48.
(5) 8adlbr'8 Papers, t. II, p. 399-401.
d'armer de dagues et de pistolets les hommes préposés à la garde de la prisonnière. Sadler s'empressa de rassurer sa mattresse : plus de deux cents personnes, armées de sabres, de pistolets et d'arquebuses , veillaient nuit et ^our en dedans et en dehors du château ; la porte était continuellement gardée par quatre ou cinq soldats ; autant faisaient sentinelle sous les fenêtres, et d'autres étaient cantonnés dans tous les villages d'alentour. Précautions bien inutiles : Marie était en ce moment à peu près paralysée (1) et ne pouvait faire un pas. Délivrée de ses ridicules terreurs et pressée par l'ambassadeur français , Elisabeth finit par consentir au voyage de Nau , mais en recommandant à Sadler de le faire accompagner par une personne sûre , qui surveillerait toutes ses démarches (2).
Nau avait mission non-seulement de suivre les négociations du traité, mais encore, en attendant l'arrivée de l'ambassadeur écossais , d'exiger une réparation des calomnies répandues contre sa maîtresse par la comtesse de Shrewsbury et ses deux fils, Charles et William Gavendish. Ces calomnies, qui accusaient Marie d'avoir eu des enfants de son gardien, étaient absurdes ; mais Elisabeth et ses ministres les avaient propagées partout. Du fond de sa prison la captive demandait depuis près d'un an , dans toutes ses lettres et sur tous les tons, qu'on fit justice de ses calomniateurs, et que leur méchanceté fût dénoncée au conseil privée d'Angleterre , au roi d'Ecosse son fils , à Henri III , à Catherine de Médicis et à tous ses parents de France, afin qu'ils prissent sa juste défense. N'obtenant aucune réponse , elle avait menacé de démasquer la comtesse de Shrewsbury , et de faire connaître tout ce que cette méchante femme lui avait révélé des déportements d'Elisabeth : « Il n'y a rien que je ne hasarde, » écrivait-elle à Castelnau , « quoi qu'il en puisse advenir, pour la conservation de mon honneur, qui m'est plus cher que mille vies si autant j'en avais, ni aucune grandeur en ce monde. » Ce fut alors que pour obtenir enfin justice , elle se
(1) Sjldler'6 Popert, t. H, p. 412-416.
(2) Ibidem, p. 421 et 422.
décida , « passant par-dessus toute cousidératiou (1) , » à écrire à sa rivale une lettre si étrange , que pendant longtemps les historiens l'ont regardée comme apocryphe. Mais on ne peut guère plus en suspecter Tau thentici té qu'on ne peut en excuser l'inconvenance.
Dans un langage très-peu châtié,* elle répétait, suivant ce qu'elle avait promis , disait-elle , et ce que sa bonne sœur avait désiré , tout ce que la comtesse de Shrewsbury lui avait dit à l'oreille des œuvres secrètes d'Elisabeth avec le comte de Leicester , avec Hatton , Simier , le duc d'Anjou et le comte d'Oxford. La dissolution de la reine vierge , son avarice, sa brutalité , sa sottise , son despotisme avaient été l'objet des railleries de la comtesse : « Elle me conseillait en riant , » écrivait Marie, « de mettre mon fils sur les rangs pour vous faire l'amour, comme chose qui me servirait grandement... Et lui répliquant que cela serait pris pour une vraie moquerie, elle me répondit que vous étiez si vaine et en si bonne opinion de votre beauté , comme si vous étiez quelque déesse du ciel, qu'elle prendrait sur sa tête de vous le faire croire facilement; que vous preniez si grand plaisir en flatteries hors de toute raison, comme de dire qu'on ne vous osait parfois regarder en plein d'autant que votre face luisait comme le soleil, qu'elle (2) et les autres dames de la cour étaient contraintes d'en user ainsi...
» Davantage, ladite comtesse m'a autrefois avertie que vous vouliez appointer Rolson pour me faire l'amour, et essayer de me déshonorer, soit en effet, soit par mauvais bruit, de quoi il avait instruction de votre bouche propre ; que Ruxby vint ici, il y a environ huit ans, pour attenter à ma vie, ayant parlé à vous-même qui lui aviez dit qu'il fit ce à quoi Walsingham lui commanderait et dirigerait. » Marie n'avait pas même reculé devant certains détails dégoûtants que lui avait confiés la comtesse (3).
(1) Voy. les Lettres de Marie Stuart, dans Laiunoff, t. V, depuis la page 387, et le commencement du t. VI, jusqu'à la page 57.
(2) La comtesse de Shrewsbury avait été dame d'honneur d'Elisabeth.
(3) Marie Stuart à Elisabeth, novembre 1584, Labanoff, t. VI, p. 51-57.
Après s'être donné le méchant plaisir de ces tristes révélations, Marie assurait qu'elle n'y avait ajouté aucune foi, et promettait de les compléter quand elle serait certaine de l'amitié de sa bonne sœur. C'était en vérité un étrange moyen de l'obtenir. Il est plus que probable que cette lettre ne parvint jamais à Elisabeth ; si elle l'eût connue, sa vengeance aurait été terrible, et il en resterait des témoignages (1).
Cédant aux représentations de Nau et de l'ambassadeur français, et plus encore aux plaintes de Shrewsbury et à set menaces contre sa femme, Elisabeth fit comparaître les coupables devant le conseil. Là, ils déclarèrent « qu'ils n'avaient jamais dit ni répandu de telles choses, ni rien qui pût toucher à l'honneur de la reine d'Ecosse, comme aussi n'avaient-ils rien vu ni connu qui ne fût digne d'une princesse, et qu'ils tenaient tous ceux qui en avaient parlé mal pour méchants et avoir trèsmal fait (2). » Ils signèrent ensuite cette déclaration : « C'est une chose, » écrivait Castelnau, « qui contente presque autant la reine d'Ecosse que sa liberté , qui sera toujours conditionnelle (3). » L'ambassadeur espérait en vain: aucune condition ne devait racheter Marie de sa prison.
Après avoir conféré plusieurs fois avec les ministres d'Elisabeth, Nau leur remit un mémoire contenant vingt-sept articles qui devaient servir de bases au traité. Marie se soumettait à peu près à tout ce que sa rivale avait exigé dans les négociations précédentes. Elle consentait, ce qu'elle n'avait pas encore fait jusque-là, à ne plus réclamer publiquement, du vivant d'Elisabeth, ses droits à la succession, pourvu qu'on lui donnât l'assurance secrète qu'il n'y serait point porté atteinte. Elle promettait d'assister Elisabeth si elle venait à être attaquée ; elle se résignait même, et c'était la première fois, à une ligue offensive, moyennant qu'elle serait secrètement recon-
(1) Il est probable que cette lettre fut interceptée et qu'on ne la montra point à la reine ; ou bien encore , que Marie Stuart ne la fit point partir, et qu'elle fut trouvée plus tard parmi ses papiers saisis à Chartley.
(2) Labjlnoff, t. VII, p. 168.
(3) Cattelnau au roi, 25 novembre 1584, Teulkt, t III, p. 324.
nue héritière de la couronne. Pour garantir l'exécution de ses engagements, elle se livrerait elle-même en otage et continuerait à résider en Angleterre, d'où elle promettait de ne sortir qu'avec la permission de sa bonne sœur ; elle jurait, si elle obtenait de vivre en Ecosse, de ne rien innover et de ne marier son fils qu'avec l'agrément de la reine d'Angleterre. Les conditions que proposait Marie étaient telles qu'elle ne pouvait offrir plus, et qu'Elisabeth ne pouvait désirer davantage. « Je ne vois, » disait Walsingham lui-même à sa souveraine, c nulle cause pour que Votre Majesté ne soit pas satisfaite (1). » Mais Elisabeth avait trouvé un moyen de dominer l'Ecosse sans se départir de ses rigueurs à l'égard de sa prisonnière.
Patrick de Gray venait d'arriver à Londres. Rusé, sans cœur et sans foi, ce jeune ambitieux rêvait d'édifier sa fortune sur les ruines qu'il espérait entasser. Admis en présence d'Elisabeth, il offrit de lui révéler toutes les pratiques secrètes de la reine d'Ecosse et du parti catholique, à condition qu'elle livrerait ou du moins chasserait de ses États les rebelles qui s'y étaient réfugiés; qu'elle romprait avec Marie les négociations entamées, et fournirait au roi d'Ecosse une pension annuelle, ajoutantquecettedernièreconditionétaitaussi indispensable que les deux autres, parce que son maître était si pauvre que c'était sa bourse qui réglait sa politique. Puis, commençant à saper la fortune du comte d'Arran, il donna à entendre qu'il n'y avait à craindre que les intrigues de cet homme, dont la tyrannie devenait chaque jour plus intolérable; mais il assura qu'il saurait bien lui tenir tête et, en dépit de son opposition, unir l'Ecosse à l'Angleterre (2).
Les propositions de Gray étaient trop conformes aux vues et flattaient trop les passions d'Elisabeth, pour qu'elle n'y prêtât pas une oreille complaisante. Ce moyen de s'assurer de l'Ecosse lui parut de beaucoup le meilleur ; elle ne songea plus qu'à donner les satisfactions qu'on exigeait d'elle. Jusque-là elle avait fait aux réfugiés écossais les plus belles promesses ;
(1) 8àdur's Paper*, t. II, p. 420.
P) Paper* of master Gray, p. 12, et Tytlbr, t. VI, p. 425 et 426.
tout récemment elle les avait poussés à de nouveaux complots.
Tout à coup Tordre leur fut donné de se retirer dans Tintérieur du royaume, et, un peu plus tard, de quitter l'Angleterre. Ce fut pour eux un coup de foudre. Ils proposèrent d'envahir sur-le-champ l'Ecosse ; ils en appelèrent à Walsingham leur protecteur et leur complice. Le secrétaire leur répondit que la force n'ayant pas chance de réussir , sa maîtresse voulait essayer des négociations (1).
Elisabeth était beaucoup plus embarrassée pour rompre avec Marie. Cette infortunée princesse s'était non-seulement soumise, pour obtenir sa liberté, à toutes les conditions qui lui avaient été faites, mais elle ne cessait de protester de son dévouement : « Je ne veux plus, » écrivait-elle à sa rivale, « dépendre que de vous... Je me range à vous comme au chef de notre maison... Je veux aimer tous ceux qui vous seront fidèles et qu'aurez agréables (2). » Il fallait, après tant de marques de soumission et de bon vouloir, il fallait au moins des prétextes pour couper court aux négociations. On sut les trouver. Le jésuite Creichton et le prêtre Abdy, ayant été capturés par un corsaire belge pendant leur traversée pour se rendre en Ecosse, furent conduits en Angleterre, où on les accusa de complot contre Elisabeth. En présence de la torture, Creicbton révéla le projet d'invasion, médité depuis longtemps par le duc de Guise et les partisans de Marie. Peu de temps après, un aventurier, nommé Parry, qui déjà n'avait échappé au supplice des malfaiteurs que par la protection de Burleigh dont il était l'espion, fut accusé d'avoir médité l'assassinat dÉiisabeth. C'était un misérable qui, à ce qu'il paraît, avait cherché par la provocation à se procurer de l'argent, et qui fut pris dans ses propres filets (3). Quoi qu'il en soit, ce complot, vrai ou supposé, passa
(1) Thorpb, t. I, p. 490-493.
(2) Marie à Elisabeth, 8 décembre 1584 . Labanoff, t. VI, p. 66 et 67.
(3) Avant d'être exécuté, il écrivit à Elisabeth une lettre qui se terminait ainsi : « Sou venez- vous de votre infortuné Parry, abattu principalement de » votre main. » Et ses dernières paroles sur l'échafaud furent : u qu'il mou-
pour un complot papiste, et Thomas Morgan, l'un des plus dévoués partisans de Marie, fut impliqué dans le procès.
Les ennemis de la captive saisirent cette occasion pour sonner de nouveau l'alarme. Une association, dont Leicester avait eu [le premier l'idée, se forma pour la protection de la reine. D'après les termes de l'acte qui liait les associés, toute personne qui aurait attenté à la vie d'Elisabeth ou en faveur de qui aurait été faite la tentative, serait déclarée inhabile à succéder à la couronne, mise en jugement et poursuivie jusqu'à la mort. Des copies de cet acte furent répandues par tout le royaume, et signées par un grand nombre de personnes de tout rang (1). Cette mesure, dirigée évidemment contre Marie, rendait cette princesse responsable de complots qu'elle pouvait n'avoir pas connus ; et, ce qui n'était pas moins menaçant, mettait sa vie à la merci des agents provocateurs de Burleigh et de Walsingham. L'association, bien que d'une effroyable injustice, fut non-seulement approuvée, mais encore renouvelée par un bill du Parlement, où l'on ajouta que la reine d'Ecosse et sa descendance seraient exclues du trône d'Angleterre, dans le cas où Elisabeth mourrait de mort violente (2). Quand on lut à Marie Stuart cet acte, elle l' écouta comme son arrêt de mort . et, sans changer de visage, elle demanda à joindre son nom à ceux des signataires. On ne voulut pas (3). Dans les articles soumis par Nau aux ministres anglais, elle en fit ajouter un par lequel elle offrait d'entrer dans l'association (4). Enfin, elle rédigea une déclaration pour y adhérer, et donner ainsi une preuve à la reine d'Angleterre de son entière affection et sincérité ; elle s'engageait « à tenir pour ennemi
» rait serviteur de la reine, qu'elle le savait bien, et que sa propre conscience * pouvait le lui dire... » Il soutint que c'était par Tordre d'Elisabeth et pour éprouver Neville (celui qui l'avait dénoncé), qu'il lui avait fait des propositions d'assassinat (Strtpb's Annals, t. III, appendix, p. 103, et Lingard, t. IV).
(I) Sadlbr, t. II, p. 430 et 431, et Caxdbn.
(*) Lingard, t. IV, p. 254 et 255.
(3) Chalmbrs, t. II, p. 128, et Labanoff, t. VI, p. 44.
W Lababoff, t. VI, p. 61.
personnel quiconque attenterait à la vie de sa bonne sœur (i). ■ Le même jour elle écrivit à son ambassadeur à Paris d'empêcher, autant qu'il était en son pouvoir, toute intrigue contre Elisabeth (2).
Persuadée plus que jamais que ses ennemis ne cherchaient qu'une occasion de la faire mourir, Marie redoubla d'efforts pour arriver à un accommodement quelconque avec Elisabeth. Afin qu'on ne lui opposât plus le mauvais vouloir de son fils, devenu malheureusement trop réel, elle donna les instructions et les pouvoirs nécessaires à Fontenay, frère de Nau, et au secrétaire d'État Maitland, pour conclure l'association qui était depuis si longtemps l'objet de ces vœux et de ses espérances. Elle écrivit au jeune roi pour lui rappeler ce qui avait été arrêté entre eux à ce sujet, et l'assentiment qu'il avait donné autrefois à ce commun projet. Elle était très-étonnée, disaitelle, que le maître de Gray eût prétendu négocier sans foire mention d'elle ; c'était une conduite qu'elle ne pouvait attribuer qu'aux avis de quelque conseiller perfide (3).
Avant de faire partir cette lettre, Marie l'envoya à sa bonne sœur, afin qu'on ne pût pas l'accuser de menées secrètes. Mais rien ne calme les défiances des tyrans. Par un de ces caprices que rien ne saurait expliquer, Elisabeth ordonna de transporter sa prisonnière de Wingfield à Tutbury, dans le comté de Stafford. Tutbury était un manoir inhabité depuis quinze ans; c'était au cœur de l'hiver, et Marie ne pouvait faire un pas : son pied gauche était paralysé. « Elle a pleuré, » écrivait Sadler, « en voyant qu'il est plus court que l'autre; elle craint d'en avoir à jamais perdu l'usage (4). » Marie refusa de partir avant que Nau fût revenu de Londres, où on le retenait sous de vains prétextes. Il arriva à Wingfield à la fin de décembre ;
(1) Déclaration de Marie Stuart, 5 janv. 1585, Labjlnoff, t. VI, p. 76 et 77.
(2) Marie à V archevêque de Glasgow, 5 janvier 1585, LkBLNOiv, t. VI, p. 78 et 79.
(3) Commission donnée à Fontenay, et fragment d'une lettre à Jacques Yl, 5 janvier 1585, dans Labanoff, t. VI, p. 80*85.
(4* Sadlbr's Paper s, t. II.
il apportait les plus belles paroles et des messages pleins de caresses : Burleigh promettait à Marie, si elle consentait à partir, plus de faveur de la part de sa souveraine. Cette infortunée déclara qu'elle était prête à faire tout ce que voudrait Elisabeth. Le 13 janvier, elle lui écrivit : « Madame ma bonne sœur, pour vous complaire comme je désire en toutes choses, je pars présentement pour m'acheminera Tutbury, m' assurant que là, tant pour mon traitement que pour tous autres respects, il vous plaira suivant la fiance que j'ai prise entièrement en vous, avoir égard à mon bien et sûreté, comme de ma part je m'efforcerai de plus en plus le mériter (1). » On avait commandé les shérifs et tous les gentilshommes sûrs des comtés de Derby et de Stafford, pour escorter et empêcher de s'évader une femme qui ne pouvait faire un pas, et qu'on ne transportait que péniblement à travers un pays inondé, et à ce point impraticable qu'il fallut en plusieurs endroits jeter des ponts sur la route. A Derby, où s'arrêta le cortège, des hommes armés furent postés autour du logis qu'elle occupait, au coin de chaque rue et de chaque carrefour. Et cependant Elisabeth reprochait à Sadler d'avoir manqué de vigilance. Quelle lugubre comédie! Quand Marie arriva à Tutbury, au cœur de l'hiver, elle trouva une maison froide, humide, délabrée, où tout manquait : il fallut chercher dans les environs de quoi fournir aux premières nécessités (2). Marie ne se plaignit point. Au bout de quelques jours, elle demanda, mais avec confiance et sans amertume, que son installation fût améliorée. Elle n'obtint rien, et bientôt ses douleurs, rendues plus aiguës par le froid et l'humidité, l'obligèrent à garder le lit (3).
Mais ce qui la rendait plus malheureuse que les souffrances Physiques, c'était le silence d'Elisabeth et l'incertitude où elle étaitdes dispositions de son fils à son égard. Elle ne recevait de lui aucune réponse, et le bruit était venu jusqu'à elle que le Prince refusait toute association , qu'il en avait informé la
(1) Marie à Elisabeth, 13 janvier 1585, dans Li.di.noff, t. VI, p. 86. (*) Sadlbr, t. II, p. 460-505 ; Chalmers, t. II, p. 133437. (3) Sadler, à WaUingham, 13 février 1585, State papers office.
reine d'Angleterre. La pensée que son fils pût l'abandonner lui causait un tel chagrin qu'elle écrivait : « Je prie Dieu qu'il me donne plutôt la mort que j'entende jamais au vrai telle chose pouvoir être (1). » Elle ne voulait point s'en rapporter aux rumeurs étrangères, « mais uniquement, » disaitelle « à ce qui viendra de lui seul par message ou par écrit , ayant eu par le passé trop de preuves et expérience de son entier devoir et bon naturel, pour être légèrement persuadé qu'il puisse être maintenant tant changé par les pratiques et persuasions de méchants conseillers (2). » Elle était moins rassurée qu'elle essayait de le paraître. Elle demandait avec instance que les négociations du traité fussent activement poursuivies : « Il n'est plus en ma puissance, » s'écriait-elle, « de
supporter plus longtemps ma prison de dix-sept années;
qu'il y soit mis une fois fin , sans me laisser davantage ici languir traînant à la mort (3). » Jamais l'infortunée reine n'avait été aussi agitée et anxieuse; à toutes ses instances on ne répondait que par un silence dédaigneux ou calculé : « Il pourrait à la fin sembler , » disait-elle , « que l'on me veuille traiter comme un qui a la fièvre , lequel demandant à boire on ne lui répond plus , tâchant lui faire oublier ou couler le temps jusqu'à ce que l'heure soit passée (4). »
Cependant on travaillait à acheter entièrement le roi d'Ecosse et à le brouiller à tout jamais avec sa mère. On n'y réussit que trop. Cédant aux suggestions du comte d'Arran, et surtout aux conseils de Gray qui était revenu de son ambassade , Jacques eut le triste courage de se montrer tel qu'il était. Il confia au clerc de la Justice Lewis Bellenden , qu'il envoyait à Londres pour continuer les négociations commencées par Gray, une lettre aussi froide que peu respectueuse, dans laquelle il déclarait à sa mère que, comme elle était prisonnière dans un pays étranger, il était obligé de décliner
(1) Marie à Castelnau, 2 et 6 mars 1585, Làbanopf, t. VI, p. 101-117.
(2) Labanopf, t. VI, p. 101, 102 et 103.
(3) Marie Stuart à BurUigh, 2 mars 1585, Làbanoff, t. VI, p. 99.
(4) Marie à Burleigh, Labakoff, t. VI, p. 96 et 97.
toute association avec elle. 11 lui rappelait que, ne possédant plus d'autorité dans le royaume , elle n'avait aucun droit à se mêler aux affaires du gouvernement. La lettre se terminait par cette phrase : « Je vous ai toujours reconnue et vous reconnaîtrai ma vie durant pour reine mère (1). »
« Tant d'ingratitude, > dit un ancien historien , c lui fut plus sensible que la hache de son bourreau (2). » Dans le premier moment elle ne voulut point croire que ce fût là le langage et les sentiments de son fils ; elle attribua la lettre à de Gray. Mais lorsqu'elle ne put plus s'abuser, sa colère déborda amère et violente comme sa douleur : « Je suis si grièvement offensée et navrée au cœur , » écrivait-elle à Gastelnau , « de l'impiété et ingratitude que Ton contraint mon enfant à commettre contre moi... que s'il persiste en cela, j'invoquerai la malédiction de Dieu sur lui , et lui donnerai non-seulement la mienne , mais aussi le déshériterai-je et priverai , comme fils dénaturé , de toute la grandeur qu'il peut avoir de moi en ce monde. » Elle priait Gastelnau de ne plus lui donner le titre de roi : « Il ne le mérite point , tant qu'il me méconnaîtra pour reine , telle que sans lui je suis et serai durant ma vie , voire sa reine et souveraine ; et lui sans moi demeurera lord Darnley ou comte de Lennox, étant tout ce qu'il peut prétendre de par son père... Je ne désire aucun gouvernement en Ecosse, non pas même d'y mettre jamais le pied, si ce n'était pour le visiter en passant ailleurs... Mais je vous prie, » ajoutait-elle, « que de vraie et native reine on ne me fasse plus une reine mère, car je ne connais point, l'association manquant, roi ni reine d'Ecosse que moi (3). »
Aveuglée par le chagrin et la colère , Marie Stuart laissa voir à sa rivale , qui ne pouvait que s'en réjouir , les agitations de son âme, et la prit pour confidente de ses projets de vengeance. Maintenant que son fils l'avait lâchement abandonnée, elle demandait à traiter sans lui avec d'autant plus d'ins-
(1) Jacquet VI à Marie Stuart, dans Jebb, t. II, p. 573.
3) Jebb, t. II, p. 572.
(3) Marie à Cariilnati, 24 mars 1585, dans Labanoff, t. VI, p. 143-148.
tance qu'elle se croyait en plus grand danger : « Je tous supplie à jointes mains, madame , » écrivait-elle à Elisabeth, « de m'accorder, à quelque condition que ce puisse être , sauf ma conscience, ma délivrance hors de cette longue et misérable captivité... Si les offres que je vous ai faites par ci-devant ne sont bastantes pour ma délivrance , faites-moi cet honneur de me faire entendre ce que désirez davantage, jusqu'à m1 être par vous ôté pour tout jamais tout droit en la succession de cette couronne , si vous trouvez que cela puisse aider à votre sûreté, et que vous pensiez avoir meilleur marché d'un autre que de moi (1). » Elle adressait à Castelnau les mêmes touchantes supplications : « Pour Dieu, qu'elle fasse ajouter au traité tout ce que bon lui semblera; il n'y a rien qu'avec l'avis et médiation du roi de France, mon bon frère, je n'accepte pour moyenner à mon âme et à mon corps si affligés quelque repos pour si peu qui me reste à vivre (2). »
Jamais les plaintes de Marie n'avaient été plus pathétiques, ses prières plus pressantes et sa soumission plus entière. Mais elle se plaignait et priait en vain : Elisabeth ne répondait plus à ses lettres ; Henri III, persuadé par les rapports anglais qu'elle était dévouée à la Sainte-Ligue, s'intéressait moins que jamais à ses infortunes ; les autres princes semblaient l'avoir oubliée , et elle n'obtenait plus même les paroles de consolation et les promesses stériles dont on l'avait si longtemps bercée. Castelnau seul lui restait fidèle : sur le point de quitter Londres , il cherchait encore à la consoler du retard apporté à ses négociations avec la reine d'Angleterre. « Je reconnais , » lui répondit Marie , « les raisons qui vous sont alléguées toutes pareilles aux vieilles excuses du temps passé... Il vaudrait autant qu'on me remît, comme les enfants disent, quand tout le monde sera content. » Après avoir désapprouvé ses emportements , l'honnête ambassadeur lui avait conseillé de se rapprocher de son fils : « Votre conseil me plait grande-
Ci) Marie à Elisabeth, 8 avril 1585, Labahoff, t. VI, p. 154-158; voyez aussi p. 133, 134, 138, 139.
(2) Marie à Castelnau, 9 avril 1585, dans Labanofp, t VI, p. 159-164.
ment, » lui écrivit Marie, • et comme je lui ai toujours été aussi affectionnées et tendre mère qu'enfant en a jamais eu une, je serai toujours prête à lui ouvrir les bras pour l'y recevoir, toutes et quantes fois qu'il viendra à se reconnaître (1). » Mais au lieu de réparer son ingratitude , Jacques allait y mettre le comble.
Elisabeth ne cherchait, par son silence mystérieux, à laisser quelque espérance à la reine d'Ecosse que parce qu'elle n'avait pas encore pu conclure le traité qui devait remettre l'Ecosse sous sa dépendance. Les bases en avaient été indiquées par Gray et approuvées par Bellenden. Wotton fut envoyé en Ecosse pour flatter le roi , l'effrayer et le décider par la promesse d'une pension , dont le chiffre serait fixé- plus tard , à hâter la conclusion de la ligue. Elisabeth avait joint à ses promesses un présent de chiens et de chevaux de chasse. Gomme on redoutait l'opposition du comte d'Arran , l'ambassadeur était chargé de le perdre : un complot fut ourdi pour le faire périr.
On trouva aisément un homme de bon vouloir : c'était un Douglas. Il ne demandait, s'il était assez heureux pour réussir, que d'être secouru de quelque argent pour se maintenir dans la condition de gentleman : il avait confiance que Leicester et Walsingham ne lui refuseraient pas le secours dont il avait besoin (2). Mais le comte d'Arran était sur ses gardes ; le complot échoua. Gray proposa alors de faire rentrer les lords et les ministres bannis, dont il avait exigé naguère l'expulsion du territoire anglais. Après s'être réconcilié avec eux par l'entremise d'Archibald Douglas, il leur fit savoir qu'il s'agissait de ruiner le favori, de s'emparer du roi et de conclure une ligue avec l'Angleterre. Ils adhérèrent à ce projet. Quand tout fut prêt pour l'exécution, on résolut, à propos d'une rixe qui avait eu lieu sur les frontières, de chercher querelle au roi d'Ecosse afin de pouvoir l'accuser de la rupture qui était inévitable. Ce dernier calcul, bien digne d'Elisabeth, fut déjoué par l'impa-
(1) Marie à Casielnau, 10 juillet 1585, dans Labanoff, t. VI, p. 182 et 183.
(2) Wotton à Walsingham , 1* juin 1585 , British Muséum Cal. , C. VIII fol. 195 ; voyez aussi Tttlbe , t. VI.
tience des bannis : ils étaient déjà en route pour l'Ecosse. Dès que la nouvelle lui en parvint, Jacques irrité ordonna d'arrêter Wotton ; mais l'ambassadeur avait gagné Berwick, et les rebelles marchaient sur Stirling à la tête de huit mille hommes. Arran persuadé qu'on en voulait à sa vie, quitta la ville ; néanmoins, quelques-uns des seigneurs de son parti s'apprêtaient à défendre le château, quand le roi déclara qu'il était décidé à se remettre entre les mains des rebelles ; ce qu'il fit sur leur assurance qu'ils étaient ses plus fidèles sujets. Le faible prince était de nouveau à la merci de la faction anglaise. Son favori fut proclamé traître ; lui-même fit annoncer qu'il était prêt à signer la ligue avec l'Angleterre (1), et le Parlement assemblé décréta qu'elle serait conclue le plus tôt possible.
Ce succès de la politique anglaise en Ecosse et la crainte d'une ligue des princes protestants tirèrent Henri III de son apathie. Comprenant, quand il n'était plus temps, ceque valait pour lui l'alliance de l'Ecosse, il députa à son neveu le baron d'Esneval, pour l'empêcher de se séparer de la France et chercher à le réconcilier avec sa mère (2) . Mais Elisabeth, dès qu'elle sut le départ de d'Esneval, fit de son côté partir le vieux Randolphpour contrecarrer les projets d'Henri III. Randolph fut reçu avec les plus grands honneurs, tandis que le représentant de la France était accueilli avec une froideur qui ne présageait que trop l'issue de sa mission (3). Ses efforts furent inutiles : à toutes ses représentations le roi ne répondit que par de banales promesses , et continua , malgré les avis de quelques-uns de ses conseillers, à prêter l'oreille aux paroles menteuses de Randolph. Le traité fut signé le l,r avril 1585, et ratifié à Berwick le 5 juillet. Les deux parties contractantes s'engageaient à maintenir la religion protestante sans tenir compte des anciens traités, et à se prêter un appui mutuel contre toute attaque de l'étranger. C'était le sacrifice d'une alliée
(1) Thorpb, t. I, p. 506-512, passim; Tytler, t. VI; Labanoff, t. VI, p. 226, 231 et 232.
(2) Instructions au baron d'Esneval, Egkrton, p. 58-61, et Tbulet, t. III.
(3) Thorpb, t. I. p. 514-516 ; Tttlbr, t. VI, p. 455-457.
nierai* ob maub stuajit. 385
séculaire à l'astique ennemie ; c'était la ruine de l'influence française eu Ecosse. Leschefsdu parti catholiquelereseentirent vivement. Résolus à recourir aux armes* pour retirer le roi des mains de la faction anglaise, » ils demandèrent à Henri III son appui. Ce prince leur répondit qu'il était très-disposé à intercéder en leur faveur auprès de son neveu , mais que, quand même il en aurait la volonté, il ne pouvait ni les aider ni les assister à cause des troubles de son royaume (1).
Jacques, en signant la ligue avec l'Angleterre, n'avait stipulé aucun avantage pour ses sujets, et n'avait exigé aucune garantie pour lui-même contre la perfidie d'Elisabeth. De la liberté et de la vie de sa mère, il n'avait pas été question. C'est ce que voulait Elisabeth : « Le conseil anglais, » dit Melvil , « avait résolu de faire mourir la reine d'Ecosse ; on pensa que pour exécuter plus sûrement un coup aussi hardi, il fallait auparavant se rendre maître du roi son fils, pour s'en faire un otage (2). » Jacques se prêta, sans le savoir sans doute, à cet effroyable calcul ; il ne se repentit de sa folle conduite que lorsqu'il reconnut qu'on l'avait joué. On lui avait promis une pension annuelle de vingt mille livres ; quand le traité revint de Londres avec la signature d'Elisabeth, la pension n'était plus que de quatre mille. H fallut toute l'adresse de Handolph pour calmer son irritation (3) ; mais il n'en continua pas moins à montrer la plus dégradante complaisance pour la reine perfide qui venait de le tromper si effrontément.
Elisabeth désirait le rappel en Ecosse d'Archibald Douglas, pour s'en faire un auxiliaire contre Marie, que Walsingham (4\ travaillait à pousser vers l'échafaud; sur les instances de Randolphj le roi non-seulement consentit au retour de ce traître bien connupour avoir pris partau meurtre de Darnley, il l'ac-
{[)Le roi à d'Esneval, 18 et 30 avril 1585, Tbclkt, t. III, et Chbhubl p. 372-374.
(2) Melvil, p. 354 et suiv.
(3) Randolph à Burleigh, 12 mai, et Burleigh à Randolph, Juin 1585 . Thobpb, 1. 1, p. 521 et 524, et Tttlbr.
(4) Walsingham avait remplacé comme secrétaire d'État Burleigh, lorsque
ce dernier eut été nommé grand trésorier.
T. il, 25
cueillit encore avec les marques de la plus haute faveur. Toutefois, avant de l'investir de charges publiques, il exigea, par un reste de pudeur, qu'il se purgeât de l'accusation qui pesait sur lui, mais il lui promit sa royale protection. Il y eut un simulacre de jugement dirigé parGray : Douglas fut déclaré innocent, quoique son crime fût notoire ; et le triste roi d'Ecosse combla de faveurs le bandit qui avait aidé à assassiner son père et qui allait aider à dresser l'échafaud de sa mère.