‹ Histoire de Marie StuartChapitre 8 sur 32 · CHAPITRÉ II · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ II

Persistance du duc de Norfolk à vouloir épouser Marie Stuart. — Leur correspondance. — Offres faites par le pape et Philippe 11 de venir en aide à la reine d'Ecosse. — Un parti nombreux, en Angleterre, favorise les prétentions de cette princesse. — L'évéque de Ross, l'ambassadeur d'Espagne et Ridolfi s'entendent pour en profiter. — Proposition, faite par l'évéque de Ross , d'envoyer Ridolfi à Rome et en Espagne. — Mémoire adressé par Marie au duc de Norfolk pour le consulter sur ce projet. — Entrevue de Ridolfi avec le duc. — Hésitations de ce dernier. — Instructions de Marie et du duc de Norfolk pour le pape et le roi d'Espagne. — Arrivée de Ridolfi à Bruxelles. — Défiance du duc d'Albe ; il conseille à Philippe II de ne fournir des secours que lorsque Elisabeth sera morte ou prisonnière.

— Approbation donnée par le pape à l'entreprise. — Arrivée de Ridolfi en Espagne. — Il déclare devant le conseil que les conjurés ont formé le projet de tuer la reine d'Angleterre. — Délibération sur cet atroce projet.

— Lettre de Philippe II à son ambassadeur à Londres pour conseiller la pins grande circonspection. — Son désir d'aider à l'entreprise ; ses hésitations ; il finit par laisser au duc d'Albe le soin de faire ce qu'il jugera opportun. — Arrestation d'un secrétaire de l'évéque de Ross. — Arrestation de l'évoque lui-même. — Saisie d'une somme d'argent envoyée en Ecosse par l'entremise du duc de Norfolk. — Emprisonnement des serviteurs du duc ; leurs révélations. — Le duc est enfermé dans la Tour de Londres. — Mesures prises contre la reine d'Ecosse. — Prières de la captive en faveur de ses serviteurs chassés d'après d'elle. — Adieux touchants qu'elle leur adresse à leur départ. — Sa requête d'avoir un prêtre et des nouvelles de son fils. — Proposition qui lui est faite d'associer son fils à la couronne. — Son refus d'y consentir. — Efforts tentés en vain par l'Angleterre pour séduire les derniers défenseurs de Marie en Ecosse.

— Instructions du procès de Norfolk. — Interrogatoire des accusés. — Déclaration d'Elisabeth qu'elle ne rendra jamais la liberté à sa captive. — Libelles répandus en Angleterre pour préparer l'opinion à la condamnation des coupables. — Publication de la Détection de Buchanan. — Protestation de Charles IX contre cette publication. — Avis de Fénelon que

la France ne fait pas assez pour la reine d'Ecosse. — Procès de Norfolk. — Il est déclaré coupable et condamné à mort. — Sa soumission à Elisabeth. — Sa conduite peu digne à l'égard de Marie Stuart. — Douleur de cette princesse en apprenant la condamnation du duc. — Intrigues de Burleigh pour amener Elisabeth à faire mourir sa prisonnière. — Ordre plusieurs fois donné, puis révoqué, d'exécuter le duc de Norfolk. — Convocation du Parlement. — Mesures proposées contre Marie, et repoussées par Elisabeth. — Exécution du duc de Norfolk. — Bnvoi à Sheffield de cinq commissaires pour accuser Marie. — Sa réponse.

En sortant de la Tour de Londres , le duc de Norfolk s'était solennellement engagé à ne plus entretenir de correspondance avec la reine d'Ecosse , et à renoncer à tout projet de mariage avec elle. Il avait signé cet engagement, et l'avait scellé de son sceau, « librement, volontairement et absolument (i). » A cette condition, Elisabeth lui avait permis de vivre dans celle de ses résidences qui lui conviendrait, sous la garde de Henri Nevil (2). Le duc de Norfolk viola sa promesse , dès qu'il en trouva l'occasion. Était-ce ambition , ou passion pour la belle Marie Stuart? Un de ses serviteurs , Banister, déclara que ce n'était que par affection que son maître s'obstinait à épouser la reine d'Ecosse, ajoutant qu'une fois qu'il était engagé dans une affaire d'amour, il ne s'en retirait pas facilement (3). Quels que fussent ses mobiles , Norfolk désirait si vivement ce mariage qu'il tourmentait Marie de sa jalousie et de ses soupçons , et qu'il s'était constamment opposé à tout projet pour la faire évader, dans la crainte qu'elle n'épousât quelque prince du continent , et qu'il ne fût déçu dans sa longue attente. La captive avait uni par être fatiguée de cette opposition du duc , « qui ne voulait ni l'aider quand elle pouvait être aidée, ni chercher par lui-même les moyens de la mettre en liberté, ni souffrir qu'elle sortît de prison avec ceux qui voulaient Yen tirer (4). » Néanmoins, elle restait fidèle à la promesse qu'elle

(1) Hatnbs. p. 5%, 597 et 598.

{1) Lesly's Négociations,

(3) Murdin, p. 138.

(4) Murdin, p. 31.

lui avait faite ; elle cherchait à calmer ses injustes soupçons (1), et déclarait être résolue , s'il ne l'abandonnait point , à partager avec lui « tout heur et malheur , à ne se conduire que d'après ses conseils. » Ses lettres étaient tendres, dévouées : elle appelait le duc c son bon , son fidèle lord , et promettait d'être à lui jusqu'à la mort. » Il semble que du côté de Marie aussi, l'amour se fût fait une part peu à peu dans cette étrange liaison ; mais à coup sûr l'intérêt seul l'avait formée : les deux fiancés ne s'étaient jamais vus.

Marie, pour obtenir la liberté, s'était soumise dans ses négociations avec Elisabeth à des conditions si dures que ses amis les trouvaient pleines de dangers, et que le duc d'Albe y voyait sa destruction si le traité s'exécutait (2). Quand elle reconnut que, malgré cette soumission, elle n'avait à espérer d'Elisabeth que ce qu'elle en avait obtenu jusque-là, elle sollicita avec plus d'instance, des princes étrangers, l'appui qui lui était nécessaire pour recouvrer sa liberté et son trône. C'était tout naturellement sur la France qu'elle avait le plus compté; mais quand elle apprit les négociations entamées pour marier le duc d'Anjou avec Elisabeth, elle comprit que c'était ailleurs qu'elle devait chercher des soutiens de sa cause. Le roi d'Espagne venait de l'informer qu'il était résolu à la secourir efficacement, qu'il avait déjà fait étudier les ports d'Ecosse; le pape de son côté avait mandé qu'il était prêt à faire pour elle tout ce

(1) Elle lui écrivait en décembre 1569 : a Vous me dites que vous serez & » moi quand je voudrai , et que vous resterez mon lord, avec la grâce de » Dieu, ainsi que vous l'avez autrefois signé ; de mon côté, je resterai fidèd ment vôtre, ainsi que je l'ai promis... Mais faites-moi encore une réponse » réconfortable, afin que je puisse être assurée que vous ne vous défierez » plus de moi, et que vous n'oublierez pas celle qui est à vous, et que rien i ne pourra vous détacher d'elle ; car j'y suis résolue , heur ni malheur ne o me séparera de vous, si vous ne m'abandonnez point. » Le 15 janvier 1571, elle lui écrivait encore : t Enfin je vous prie , mon bon lord , de ne croire à » personne qui vous dira que je pense à vous quitter, ni à rien qui puisse » vous être désagréable ; car je suis résolue à ne jamais vous offenser et à » rester vôtre... » Voy. les Lettres de Marie au due de Norfolk , dans La-

BAHOFF.

(2) Férblow, t. VII, p. 151 et 152 ; Labanoff, t. III, p. 182.

que permettrait l'état de la chrétienté; des sommes importantes avaient été mises à la disposition du duc d'Albe pour subvenir à une expédition en sa faveur. Dès ce moment, sans renoncer à implorer la France, elle attendit son salut de l'Espagne et de Rome, qu'elle croyait d'autant plus disposées à la secourir, que le projet de mariage entre Elisabeth et le duc d'Anjou alarmait Philippe II et déplaisait aux catholiques.

Marie Stuart ne demandait que la liberté ; il était bien naturel, puisqu'on la lui refusait, qu'elle cherchât à la reconquérir. En la maintenant en prison, Elisabeth fournissait aux princes catholiques un motif d'hostilité contre elle , à tous les mécontents du royaume une occasion de conspirer et un but à leurs complots. « Un grand nombre de gentilshommes catholiques, » dit l'évêque de Ross, « qui avaient à souffrir de l'intolérance des ministres et de la rigueur des lois, aimaient autant hasarder leurs fortunes et leurs vies pour défendre les droits de leur conscience , que de voir leurs biens confisqués par la reine, pour traîner ensuite dans une prison les restes d'une vie misérable (1). » Beaucoup de protestants partageaient le mécontentement des catholiques , et n'auraient pas été fâchés d'une révolution.

Le duc de Norfolk était un chef que désignaient tout à la fois sa fortune, sa popularité, les rigueurs dont il était l'objet, et son projet bien connu d'épouser la reine d'Ecosse.

Trois hommes se chargèrent de préparer avec ces éléments une vaste intrigue : l'évoque de Ross , esprit souple et fertile , caractère remuant, et qui poursuivait par tous les moyens le rétablissement de sa maîtresse sur le trône ; l'ambassadeur d'Espagne, D. Guérau de Espès, d'un zèle ardent et inconsidéré, qui, à peine arrivé en Angleterre, avait cherché à rendre à Elisabeth les embarras suscités gratuitement par cette princesse au gouvernement de son pays ; enfin et surtout Ridolfi , agent secret du pape , le plus actif des trois , et le plus à même de se mettre en rapport avec les mécontents sans éveiller les soupçons. Chef d'une riche maison de commerce de Florence,

(t) JjESly's Négociations, dans Anderson, t. III, p. 152, 153 et!54.

il avait des affaires d'argent avec la plupart des membres de la noblesse ; il profitait de ces relations pour les sonder, et pousser ceux qu'il trouvait bien disposés, à travailler au rétablissement du catholicisme et à la restauration de la reine d'Ecosse. 11 avait dressé une liste des seigneurs avec l'indication des dispositions de chacun ; ceux qui étaient favorables formaient le plus grand nombre. Cette liste fut communiquée à Marie Stuart, et ensuite au duc de Norfolk (1).

Sur les conseils de l'évéque de Ross , Marie résolut d'envoyer Ridolû en Espagne et à Rome ; mais elle voulut auparavant prendre l'avis du duc. Elle rédigea un mémoire pour lui être soumis (2) ; elle y exposait longuement sa situation, et ce qu'elle croyait le plus propre à y remédier. On lui conseillait de toutes parts , disait-elle , de fuir l'Angleterre ; mais il n'y avait aucune sécurité pour elle à retourner en Ecosse : la France ne lui fournirait pas les secours dont elle avait besoin ; il ne lui restait d'autre ressource que de se réfugier en Espagne. Philippe II désirait, il est vrai, lui faire épouser don Juan; mais elle était persuadée que ni Philippe II ni le pape ne feraient d'opposition à son mariage avec le duc, pourvu que celui-ci s'engageât à abandonner la Réforme, et à ne jamais séparer sa cause de celle du catholicisme. Elle proposait d'envoyer Ridolû à Rome et à Madrid , et recommandait le plus grand secret avec la cour de France ; car ce projet pourrait éveiller ses jalousies, et par conséquent hâter la conclusion du mariage du duc d'Anjou avec la reine d'Angleterre (3).

On avait fait sonder le duc par Barker, un de ses serviteurs, et on l'avait trouvé très-peu disposé à se mettre à la tête d'une aussi grande aventure (4). Ridolû voulut eu conférer avec lui. Le rusé Florentin chercha vainement à le persuader, en lui montrant la plus grande partie de la noblesse toute prête à le

(1) Lbsly's Négociations, dans Anderson, t. III, p. 151 et 155 ; Làbinoff, t- III, p. 186 et 151-153.

(2) Anderson, t. III, p. 150 et 151.

(3)Ubanopp, t. III, p. 181-187, et t. VII, p. 24-30. (4) Interrogatoire de Barker, dans Murdin, p. 95.

suivre ; le duc déclara qu'il ne ferait rien , à moins que les princes du continent ne se chargeassent de l'attaque , et ne prissent rengagement de fournir les secours nécessaires au succès de l'entreprise. Hidolfl lui demanda ce qu'il ferait dans le cas où leur aide lui serait assurée ; il répondit qu'il les seconderait de tout son pouvoir. Alors Ridolfi lui développa tout un plan d'invasion qui ne pouvait, selon lui, manquer de réussir : le pape fournirait de l'argent, le roi d'Espagne des vaisseaux et des troupes ; dix mille vétérans wallons, conduits par le fils du duc d'Albe , don Fadrique de Toledo , culbuteraient sans peine quarante mille soldats anglais ; et, cependant, la reine d'Ecosse sortirait de prison et serait replacée sur le trône. Ridolfi ajouta que tout se ferait avec modération ; qu'Elisabeth ne courrait aucun danger et ne serait point troublée dans la possession de la couronne , pourvu qu'elle se fit catholique ou que du moins elle accordât à ses sujets la liberté de conscience, et consentit au mariage du duc avec la reine d'Ecosse. Après avoir fait valoir tout ce que lui suggérait la fertilité de son esprit, Ridolfi conseilla au duc de se mettre en communication avec les seigneurs qu'il lui avait nommés, et particulièrement avec le comte d'Arundel, les lords Montagu etLumley, sir John Arundel et sir Thomas Stanley, et de s'entendre avec eux pour saisir la première occasion favorable. Néanmoins le duc continuait à hésiter (1).

Le voyage de Ridolfi sur le continent était résolu ; le riche Florentin s'était offert à en faire lui-même les frais. Après de nouvelles explications pour fixer les indécisions du duc de Norfolk, Ridolfi lui demanda des lettres de créance pour le pape, pour le roi d'Espagne et le duc d'Albe. S'il faut en croire l'évéque de Ross, Norfolk permit de se servir de son nom, mais refusa de rien signer. Devant ce refus formel, l'évéque de Ross et Ridolfi eurent recours à un étrange expédient: ils se rendirent, accompagnés de Barker, chez l'ambassadeur d'Espagne, dont la crédulité et le zèle étaient faciles à surprendre. Des

(1) Lesly's Négociations. Andeuson, t. III, p. 155-160; Mordin, p. 25, 44. 48 et 122.

instructions avaient été rédigées au nom de Marie et du duc de Norfolk ; on proposa à l'ambassadeur de laisser l'original entre ses mains, s'il voulait accréditer l'envoyé auprès de son maître. Quoique le duc eût refusé de signer, D. Guérau de Espès se déclara satisfait, et consentit à recommander Ridolfl au roi d'Espagne et au duc d'Albe (1).

Marie avait envoyé d'avance à ce dernier un mémoire dans lequel elle disait : « Je cherche secours pour mon pays d'Ecosse à tous princes chrétiens, je me plains à tous...; quant au principal que je prétends, qui est à la couronne d'Angleterre , je n'ai occasion de m'en fier ou adresser qu'au roi d'Espagne et au duc d'Albe, quand ils voudront traiter avec moi ou recevoir mes offres (2). »

Ridolfl quitta l'Angleterre quatre jours après le porteur du mémoire, avec des copies chiffrées des instructions de Marie et de Norfolk, et des lettres de créance (3). Dans ses instructions, Marie, après avoir déploré la condition misérable à laquelle étaient réduits les catholiques d'Angleterre, exposait en termes énergiques l'indignité des traitements qu'elle avait eu à subir, les persécutions exercées contre ses sujets restés fidèles, la perfidie dont Elisabeth usait avec elle, et les dangers qui chaque jour menaçaient sa vie. Ses amis, disait-elle, étaient décidés, avec l'aide des princes chrétiens, à risquer leurs biens et leurs vies pour défendre ses droits à la couronne d'Angleterre contre les prétentions des comtes de Hertford et de Huntingdon, et pour rétablir dans l'Ile entière la religion catholique. Marie ajoutait qu'à la tête de l'entreprise était le duc de Norfolk, le plus puissant seigneur de l'Angleterre, dont toutes les tendances étaient catholiques ; elle assurait que, s'il ne s'était pas encore prononcé, c'était uniquement pour complaire à ses amis qui lui conseillaient de temporiser. Après avoir mis en avant l'intérêt religieux, elle faisait ressortir les avantages politiques qui

(t) Labanoff, t. III, p. 247 et 248 ; Leslt's Négociations, Andbrson, t. III, p 159-161 -, Murdin, Camdrn: et Memorias, t. Vil, p. 36()-367.

(2) Mémoire à John Hamilton, Labanoff , t. III, p. 218 et 219.

(3) Murdin, p. 14 ; Labanoff, t. III, p. 246 et 247.

résulteraient pour l'Espagne du succès de l'entreprise , lequel était assuré pourvu qu'on y mit de l'énergie et de la promptitude. Elle faisait l'offre de marier son fils avec une infante d'Espagne, et, en attendant, de le confier à la garde de Philippe II, comme garantie de ses intentions. Quant aux moyens d'exécution, elle s'en référait aux instructions de Norfolk; seulement, elle promettait, dans le cas où les secours seraient envoyés par l'Ecosse, de livrer au chef de l'expédition le château d'Edimbourg, ou celui de Dumbarton, qui était encore en ce moment entre les mains de ses partisans. Enfin, après avoir déploré son mariage avec Bothwell, elle suppliait le souverain pontife de la faire relever de cette indignité, soit par une procédure à Rome, soit par une commission envoyée à cet effet aux évéques d'Ecosse (1).

Les instructions données par le duc de Norfolk confirmaient et complétaient celles de Marie Stuart. Il se plaignait, comme cette princesse, de la tyrannie d'Elisabeth, se disait dévoué aux vœux du pape et du roi d'Espagne, et prétendait ne chercher, avec l'aide de ses amis dont il vantait le nombre et l'ardeur, qu'à relever le catholicisme. C'était là, disait-il, le motif qui le faisait agir bien plus que l'espoir d'épouser la reine d'Ecosse. Toutefois, il demandait à Philippe II de vouloir bien approuver son mariage avec cette princesse, affirmant qu'il était au fond du cœur bon catholique et qu'il n'avait attendu, pour se déclarer publiquement, qu'une occasion favorable, comme celle qui se présentait en ce moment. Puis il entrait dans le détail des secours dont lui et ses amis croyaient avoir besoin.

Il demandait six mille arquebusiers, quatre mille arquebuses, deux mille corselets, vingt pièces de campagne avec des munitions suffisantes ; plus trois mille chevaux , sans compter l'argent nécessaire aux frais de la campagne, qu'il promettait de rembourser quand l'entreprise aurait réussi. Il demandait surtout un capitaine capable de diriger les opérations, et indiquait comme point de débarquement, le port de Harwick

(1) Instructions de Marié Stuart, m*» 1571 , dans Lâbaicoff, t. III, p. 822- 233, et Archives de Simancas, leg. 824» fol, 162-16S.

HfftTOIU DE HABIB STOAAT. 215

ou celai de Portsmouth; il s'engageait à rejoindre l'armée espagnole avec au moins vingt mille hommes de pied et trois mille chevaux, avec lesquels il se faisait fort de tenir quelque temps la campagne, en attendant le débarquement. Il proposait encore d'envoyer deux mille hommes en Irlande, et deux mille eu Ecosse, pour diviser les forces de la reine. Enfin , il ajoutait que ses amis et lui étaient décidés à tenter la fortune d'une bataille, et à forcer la prison de la reine d'Ecosse, après s'être assurés de la personne d'Elisabeth , pour que la vie de sa prisonnière ne restât pas exposée à ses ressentiments (1).

Que ces instructions eussent été rédigées ou non par le duc de Norfolk, il est certain qu'il les avait connues et approuvées ; et il est fort à croire que le rétablissement du catholicisme le touchait moins qu'il ne disait. Mais quel que fût son mobile, cet appel à l'étranger pour envahir son pays est un crime sans excuse.

D. Guérau de Espès avait prémenu le duc d'Albe de la venue prochaine de Ridolfi, et lui avait envoyé l'analyse des instructions dont les originaux étaient restés entre ses mains. Arrivé à Bruxelles, l'envoyé exposa l'objet de sa mission, les espérances de Marie Stuart, et les forces sur lesquelles Norfolk croyait pouvoir compter en Angleterre. Le duc d'Albe, après l'avoir questionné, lui répondit, en termes généraux, que son maître ne désirait rien tant que de voir la reine d'Ecosse hors de peine, et la religion catholique restaurée en Angleterre ; et que, comme il n'avait en vue aucun intérêt particulier, la reine d'Ecosse pouvait se marier où bon lui semblerait, pourvu que ce fût avec un catholique. Il recommanda à Ridolfi le plus grand secret s'il tenait à la vie de ceux qui l'avaient envoyé, et le détourna de passer par la France, où il témoignait l'intention de se rendre.

Le duc d'Albe écrivit sur-le-champ à Jean de Zuniga, ambassadeur d'Espagne à Rome, pour lui conseiller ainsi qu'au souverain pontife une extrême réserve ; puis il rendit compte à

(1) Instructions du duc de Norfolk , dans Ubanoff , t. III , p. 236-249 , «t *«*oriw, t. VII, p. 363-267.

Philippe II de son entrevue avec Ridolfi, et lui exposa dans une lettre détaillée ce qu'il pensait de cette téméraire entreprise. Il reconnaissait que la reine d'Ecosse était digne de pitié, que la restauration de cette princesse et le rétablissement du catholicisme n'importaient pas moins à l'intérêt qu'à l'honneur de Sa Majesté, et que le plan indiqué était le plus sûr moyeu de remédier à tout; mais il désapprouvait le mode d'exécution. « A les assister sans autre mystère, » disait-il, < à point nommé comme ils le demandent, je vois de grandes difficultés. » Et il lesénumerait : une telle entreprise, suivant lui, ne pouvait s'exécuter si secrètement qu'il n'en transpirât quelque chose; alors elle échouerait, et la reine d'Angleterre aurait enfin le prétexte qu'elle cherchait depuis longtemps pour faire mourir la reine d'Ecosse et ses adhérents, et tout retomberait sur le roi d'Espagne. D'ailleurs, Ridolfi lui inspirait peu de confiance : c'était un trop grand parleur ; il était en relations avec trop de gens en Angleterre; ce qu'il lui avait révélé n'était pas d'accord en tous points avec ce que lui mandait D. Guérau deEspès (1). « C'est pourquoi, » disait le duc d'Albe, « personne n'a été d'avis d'accorder le secours de la manière qu'il a été demandé, et dans les conditions qui sont proposées... Mais si la reine d' Angleterre9 » ajoutait-il, « venait à mourir de mort naturelle ou autre, ou si les conjurés pouvaient s'emparer de sa personne, sans que Votre Majesté s'en fût mêlée ; alors je n'y trouverais plus aucune difficulté, car les choses iraient sur un tout autre pied. » Il conseillait donc au roi de répondre qu'il n'accorderait aucun secours pour commencer l'entreprise ; mais, que l'un des trois cas mentionnés échéant, il enverrait les six mille hommes. Le duc d'Albe déclarait que « pour lui (2) l'en-

(1) « Por lo cual nadie ha podido parescer que en manera alguna se dévia » aconsejar que coacediese el assistencia en la manera que se pide, y en los » termine* en que se halla... perô en caso que la reina de Inglaterra huviese » muerto o de muerte natural o de otra, o que ellos se apoderasen de su per- » sona sin que V* Magd se huviese entremetido en esto, entonces no hallaria » 70 dificultad alguna , porque las cosas yrian enteramente con otro pié » (Le duc d'Albe à Philippe 11, 7 mai 1571, Archives de Simaneas).

Çl) « Lo cual , sire , a mi juicio tengo yo tan loable y honroso â Va Mag'i

treprise lui paraissait si louable, si honorable, si facile à exécuter, que, l'un des trois cas venant à se présenter, il ne croirait pas devoir balancer, ni attendre de nouveaux ordres ; car il penserait que telle était l'intention du roi, à moins qu'il ne reçût un avis contraire. »

De Bruxelles Ridolfi se rendit à Rome. Le pape Pie V, dont le zèle était plus ardent que réfléchi, et qui déjà, par sa bulle contre Elisabeth, n'avait fait qu'attirer de nouvelles persécutions sur les catholiques d'Angleterre, approuva fort les projets exposés par Ridolfi. Quand ce dernier quitta Rome pour l'Espagne, le pontife lui remit une lettre par laquelle il recommandait très-chaleureusement au roi catholique cette entreprise, qui ne pouvait être, disait-il, que très-profi table à la gloire de Dieu et au bien de la religion. Il lui demandait de bien traiter l'envoyé de la reine d'Ecosse, et de lui procurer tous les secours qu'il jugerait propres à assurer le succès de sa mission (1). Philippe II, mis en garde par sa propre prudence et par les avis du duc d'Albe, n'était point décidé à s'engager si vite. A peine averti de la venue de Ridolfi et du motif de son voyage, il avait écrit à son ambassadeur à Londres que c'était là une grave affaire, qui, si elle venait à être soupçonnée, donnerait occasion à Elisabeth d'exécuter ses méchantes intentions contre la reine d'Ecosse. Il lui conseillait donc d'agir avec la plus grande circonspection, et de prendre les ordres du duc d'Albe (2).

Ridolfi arriva à Madrid le 28 juin. Philippe II l'admit en

* y tan facil à exécutai", que cuando de improviso 70 tuviese nuevas que et

* uno de los très cas os havia acontecido , y ellos estuviesen en pié , no me » paresce que yo devria poner en duda en executarlo , sin espeiar otra co-

* modidad o mandamiento de V* Magd, haviendo cuenta que tal es la inten- » cion de V* Mag* ; y assi lo pienso hacer, sucediendo el caso, si no me man- > dase el contrario. » (U duc d'Albe à Philippe 11, 7 de mai 1571 , Archives de Simancas. M. Mignet a donné presque en entier le texte de cette lettre, t. II, appendice K).

(1) Pie V au roi d'Espagne, 5 mai 1571, Archives de Simancas,

(2) Philippe II, à P. Guérau de Espèt, 20 juin 1571, Archives de Simancas, kg. 823, fol. 142 et 143.

audience pour recevoir le bref du pape, et les lettres de créance dont il était porteur. Il le renvoya ensuite au secrétaire d'État D. Gabriel Zayas, qui avait été chargé d'examiner l'affaire. Après avoir soumis ses instructions à Zayas, Ridolfi lui donna de longues explications sur l'époque où il convenait d'entrer en campagne, sur la manière d'envoyer les secours en Angleterre et en Ecosse, sur le projet qu'avaient formé les conjurés de s'emparer, si c'était possible, d'Elisabeth, de la Tour de Londres et de la flotte, et sur les mesures qu'ils pensaient prendre pour mettre en sûreté la reine d'Ecosse (1).

Le conseil s'assembla à F Esc u ri al, le samedi 7 juillet ; les membres présents étaient le duc de Feria, D. Hernando de Tpledo, prieur de Castille, le docteur Martin Velasco, Ruy Gomez de Silva, prince d'Eboli, et le grand inquisiteur, cardinal archevêque de Se ville. Ridoiû fut mandé et interrogé par le duc de Feria. 11 répondit que les conjurés étaient résolus à tuer Elisabeth, pour empêcher qu'elle ne se mariât avec le duc d'Anjou et ne mit la main sur la reine d'Ecosse ; que le coup ne devait pas être exécuté à Londres, parce que c'était le centre de l'hérésie, mais pendant qu'elle serait en voyage. Il désigna comme devant se charger de cet horrible assassinat James Graffs, un inconnu, et quelques seigneurs qui certainement étaient incapables d'un pareil crime. On devait faire mourir, en même temps que la reine, Cecil, Bacon, Leicester et Northampton (2). Il nomma ensuite comme étant engagés dans le complot avec le duc de Norfolk, Lumley, Montagu, Windsor, Southampton, Arundel et quelques autres (3).

Le conseil mit en délibération s'il était à propos que les conjurés commençassent par prendre ou tuer la reine d'Angleterre ; si le coup devait se faire à Londres ou pendant qu'elle serait en voyage, ou bien encore quand elle serait logée dans la maison de campagne de l'un des conjurés ; s'il fallait

(1) Apuntamientos que ha dodo Roberto Ridolfi, Archives de Simone**, ^9' 824, fol., 186 et 189.

(2) Lo que respondiô el Ridolfi.., Archives de Simancas, leg. 823, fol. t&

(3) Ibidem.

HIBTOIRB DB MARIE STB ART. 2t9

promettre des secours, et ne rien laisser entreprendre sans Tordre du roi. Les avis furent partagés ; mais ils se ressentirent en général de celui qu'avait ouvert le duc d'Albe. Les uns, regardant l'entreprise comme très-hasardeuse, dirent qu'il ne fallait rien risquer avant que les conjurés se fussent emparés d'Elisabeth, ajoutant qu'une fois morte, personne ne se soucierait plus d'elle ; qu'alors le roi pourrait, sans risque et sans apparence d'intérêt personnel, intervenir pour rétablir la paix et soutenir les droits de Marie Stuart, qui était « la véritable héritière. » D'autres opinèrent pour une expédition non dissimulée que dirigerait Giapino Vitelli, et qui aurait pour prétexte l'exécution de la bulle du pape contre Elisabeth. Quelques-uns pensèrent, au contraire, que le motif religieux devait être écarte pour ne pas susciter une ligue de tous les hérétiques. Le cardinal archevêque de Se ville déclara que le point principal était qu'on s'emparât d'Elisabeth; que Ciapino Vitelli s'offrait de la prendre avec l'aide de dix ou quinze hommes, qui s'introduiraient dans une de ses maisons de plaisance sous prétexte de demander justice. Le prieur de Gastille dit que Ridolfi voulait marcher par la conquête, et le duc d'Albe par un autre chemin (1) ; que la conquête offrant de grandes difficultés, il était à propos « que le duc avertit les conjurés qu'il les aiderait, un des trois cas échéant, afin de les pousser dans cette voie. » Enfin, quelqu'un ayant demandé qu'on se bornât à des secours d'argent, il fut proposé de mettre cent mille ducats à la disposition du duc d'Albe, pour donner aux amis de la reine d'Ecosse le courage nécessaire (2).

Quelques jours après, Philippe II écrivait à son ambassadeur à Londres : « Je désire sincèrement le succès de cette affaire,

(1) Il ressort avec évidence de la lettre du duc d'Albe que Ridolfl à Bruxelles n'avait point parlé du meurtre d'Elisabeth. Si à Madrid il en parla, ce fut à coup sûr de lui-même, et peut-être parce que l'idée lui en avait été suggérée par ses entretiens avec le duc d'Albe ; mais certainement il n'y était pas autorisé par ses instructions, dont le texte, d'un bout à l'autre, implique une campagne et non un awatsinat.

(2) Lo ««s s ê pfoficé m tùwtejo sabre la* coeae de Inglaterm, 7 de julio 1571, Archives de Simanca*. leg. 823, /W. 150-K7.

non pour aucun intérêt propre ni dans aucune vue humaine, mais pour le service de Dieu, le bien de la religion, de la reine d'Ecosse et du parti catholique... J'ai l'intention de faire tout ce que je pourrai, et de bon cœur, et promptement. Vous le ferez entendre discrètement, en recommandant le plus grand secret. Mais comme il pourrait se faire qu'en rapprenant, le désir de se venger de l'oppression qui pèse sur eux et d'atteindre à leur but, portât les catholiques à remuer et à prendre les armes hors de saison, vous les avertirez de ne bouger d'aucune manière jusqu'à ce que les choses soient mûres et préparées comme il convient. Autrement, ils courraient les mêmes dangers que les comtes de Northumberland et de Westmoreland ; l'affaire serait à jamais perdue ; on ferait mourir sur-le-champ la reine d'Ecosse et tous ses complices, et il s'ensuivrait bien d'autres inconvénients qu'eux-mêmes peuvent facilement deviner (1). »

Sur l'avis de Philippe II, Ridolfi écrivit dans le même sens à Marie Stuart, au duc de Norfolk et à l'évéque de Ross. Il leur annonçait qu'il avait réussi jusque-là au gré de ses désirs, et qu'il avait la ferme confiance que, dans un très-bref délai, l'affaire aurait une solution favorable. Il leur recommandait, en attendant, le secret, la patience et la discrétion (2).

Excité par les encouragements du pape, par les avis de son ambassadeur à Londres, par les plaintes des catholiques, Philippe II paraissait décidé à aider de tout son pouvoir les projets de Marie Stuart et du duc de Norfolk. « Il ne s'est jamais rien présenté, » écrivait-il au duc d'Albe, « et je ne crois pas qu'il se présente jamais rien que je désire et prenne plus à cœur, et en quoi vous puissiez me faire plus agréable service (3). » Mais

(1) Philippe II à D. Guérau de Espès, 13 juillet 1571, Archives de Simancas, kg. 823, fol. 170.

(2) Ridolfi à Marie Stuart, au duc de Norfolk et à l'évéque de Rots, 15 juillet 1571, Archives de Simancas, leg. 823, fol 177, 178, 179.

(3) Philippe II au duc d'Albe, 4 août 1571, Uemorias, t. VII, 442; voyer aussi la Lettre de D. Guérau de Espès au roi, S août, et ceUe du roi à cet ambassadeur*, 30 août 1571, Archives de Simancas.

ses désirs étaient combattus par la crainte d'ajouter à ses embarras intérieurs les hasards d'une guerre, où il aurait peutêtre à combattre non-seulement l'Angleterre, mais la France et les princes d'Allemagne. Après avoir, pendant plus de deux mois, délibéré avec lui-même et consulté le duc d'Albe, il écrivit à ce dernier : « Dirigez et conduisez l'affaire comme vous le jugerez le plus convenable au service de Dieu et au nôtre ; je m'en remets à vous, persuadé que vous procéderez avec le zèle, le soin et la prudence que requiert une entreprise aussi importante (1). » C'était à peu près l'abandonner ; car le duc d'Albe, qui se défiait à bon droit de l'habileté de Ridolfi, du caractère des seigneurs anglais en général , du courage et du catholicisme de Norfolk , de la prudence de D. Guèrau de Espès qu'il regrettait de voir mêlé à cette intrigue, le duc d'Albe n'entendait engager l'Espagne que quand le trône d'Elisabeth serait vacant : c'est-à-dire quand le danger serait passé et qu'il n'y aurait plus qu'à proclamer Marie Stuart (2). De son côté, le duc de Norfolk voulait laisser à ses auxiliaires les dangers de l'attaque.

Il se présenta une occasion qu'un conspirateur plus audacieux n'aurait pas manqué de saisir. Le Parlement venait, à l'instigation du conseil, de voter plusieurs bills très-vexatoires, dans lesquels les lords catholiques voyaient avec raison la ruine de leur religion et une menace pour leur fortune. Ils voulaient protester. L'évoque de Ross conseilla au duc de Norfolk de se mettre à leur tête et de disperser le Parlement ; mais le duc répondit qu'il ne tenterait rien, avant d'être assuré du concours des princes étrangers (3). L'occasion était à jamais perdue.

Pendant son séjour en Flandre, Ridolfi avait rencontré un des secrétaires de l'évoque de Ross , Charles Bailly , que son maître avait envoyé à Liège surveiller l'impression De la Défense de l'honneur de Marie. L'indiscret Ridolfi lui avait révélé

(1) Philippe II au duc d'Albe, 14 septembre 1571, Memorias, t. VII, p» 456,

(2) Memorias, t, VII, p. 446-451.

l3) Mvbdin, p. 44.

l'objet de sa mission, et l'avait chargé de porter en Angleterre des lettres chiffrées , dans lesquelles il rendait compte à la reine d'Écossn, au duc de Norfolk et à l'évéque de Ross , des dispositions favorables qu'il attribuait au duc d'Albe. Arrivé à Douvres, Charles Bailly fut arrêté, et ses dépêches saisies. Elles avaient été remises à lord Cobham, gardien des cinq ports; l'évéque de Ross, averti à temps, obtint qu'elles lui fussent rendues et remplacées par d'autres lettres insignifiantes. Mais le malencontreux messager, dans le premier moment de frayeur, avait avoué qu'il était porteur de papiers qui pouvaient le faire pendre. Il fut d'abord enfermé dans la prison de Marchelsea ; et, comme il refusait de parler, Burleigh le fit transférer à la Tour et mettre à la question. Alors il avoua, au milieu des tortures, que les lettres qui lui avaient été confiées à Bruxelles par Ridolfi, portaient assurance que le duc d'Albe approuvait une descente en Angleterre ; qu'il avait promis son concours 9 lorsqu'il connaîtrait la volonté de son maître; et que ces lettres étaient entre les mains de l'évéque de Ross (1).

Le conseil se réunit aussitôt ; il fut décidé que le prélat serait arrêté. Le comte de Sussex, lord Burleigh, Midlmay et Sadler se rendirent chez lui. Après lui avoir reproché en termes trèsvifs sa conduite déloyale, ils l'interrogèrent sur ses intelligences avec les princes du continent. L'évéque répondit qu'il avait rendu compte à sa maîtresse de tout ce qui concernait sa charge, que nul autre n'avait le droit de s'en enquérir. Il soutint que ses rapports avec le duc d'Albe, quoi qu'eût pu dire Charles Bailly mal renseigné par Ridolfi, n'avaient d'autre but que de solliciter des secours pour les partisans de sa maîtresse; et qu'en cela il n'avait fait que remplir son devoir. Comme ils ne pouvaient obtenir d'autre réponse, les délégués du conseil, après avoir éloigné ses serviteurs et chargé deux gentilshommes de le surveiller, pénétrèrent dans son cabinet, examinèrent ses papiers l'un après l'autre : l'évéque avait eu soin de

([) Lo que confesô Charles... 10 de mayo, 1571, Archives de Simone**; Lbsly's Négociations ; Labanoff ; Mdhdin.

faire enlever tout ce qui pouvait le compromettre. Quoiqu'on n'eût rien trouvé qui l'incriminât, il fut maintenu en état d'arrestation et envoyé chez l'évoque d'Ely, où on le fit garder à vue (1). Burleigh ne doutait point de l'existence du complot, mais il n'en avait encore aucune preuve, lorsqu'un incident, qui y semblait étranger, lui fournit l'occasion d'en surprendre tous les détails.

Lamothe-Fénelon, chargé des affaires de Marie Stuart depuis l'arrestation de l'évéque de Ross, avait reçu , sur les revenus de cette princesse en France, deux mille couronnes destinées à secourir le château d'Edimbourg. Ne sachant comment faire parvenir cet argent, l'ambassadeur eut recours à l'entremise du duc de Norfolk. La somme avait été confiée à un courrier qui devait, avec des lettres chiffrées, la remettre à lord Herries. Ce courrier, qui n'était probablement qu'un espion, porta à Burleigh le paquet et déclara devant le conseil qu'il le tenait de Higford et de Barker, serviteurs du duc de Norfolk, et qu'il avait ordre de le remettre à Banister, son intendant. On sut immédiatement que cet argent était destiné aux Écossais du parti de Marie ; et, comme on tenait tous ceux qui favorisaient cette princesse pour ennemis de la reine d'Angleterre, l'envoi fut considéré comme un crime de haute trahison, et mis à la charge du duc de Norfolk. L'ordre fut donné d'arrêter ses trois serviteurs, Barker, Banister et Higford, et de les enfermer dans la Tour. Les deux premiers étaient chargés de transporter la correspondance secrète du duc; elle était ensuite déchiffrée par Higford, à qui il était recommandé de brûler tout ce qui pouvait être compromettant, dès que son maître en avait pris connaissance (2). Il n'en avait rien fait ; lorsqu'il fut interrogé, il avoua qu'il avait caché des papiers dans les matelas du duc et sous les tuiles de la maison. Sur cette indication, dix-sept lettres de Marie à Norfolk et à l'évéque de Ross tom-

(1) Lbsly's Négociations, dans Andbrson. t. III, 262-368 ; Labanoff, t. III, 265, 266 et 274; Murdin, p. 1-9 et 15-17.

(2) Lbsly's Négociations, Andbrson, t. III, p. loi et 169-171 ; Fénblon, t. IV, p. 129 et suiv.

bèrent entre les mains des ministres d'Elisabeth, avec l'alphabet pour les déchiffrer (i).

Le duc de Korfolk ne soupçonnait rien de ce qui s'était passé; quand on l'interrogea, il feignit de tout ignorer. Il fut reconduit à la Tour, monté sur un méchant cheval, escorté de Ralph Sadler, de Thomas Smith et do docteur Vilson. « Le peuple de Londres, qui lui était cependant le moins affectionné de tout le royaume, était accouru sur son passage pour le saluer, disant tout haut que le duc était plus homme de bien et plus loyal serviteur de la reine que ceux qui l'accusaient ; qu'ils priaient Dieu de conserver son innocence, et de confondre ceux qui cherchaient sa mort. » Il fut confié à la garde d'un gentilhomme nommé Skipworth; des perquisitions furent faites dans sa maison ; ses meubles furent inventoriés et destinés à l'usage de la reine (2).

Les aveux des serviteurs de Norfolk et les papiers traîtreusement livrés avaient dévoilé tout le complot. Marie ne connut cette découverte que par les reproches courroucés de sa rivale et un redoublement de rigueurs. Accusée par Shrewsbury, au nom d'Elisabeth, d'avoir cherché à s'échapper de sa prison, d'avoir intrigué avec Philippe II et le duc de Norfolk pour exciter une révolte dans le royaume, d'avoir proposé d'envoyer son fils en Espagne , Marie répondit qu'après l'avoir privée injustement de sa liberté, la reine d'Angleterre n'avait le droit ni de s'étonner ni de l'accuser si elle cherchait à la reconquérir. Elle avoua que n'espérant plus rien d'Elisabeth, elle avait sollicité l'appui des rois de France et d'Espagne et des autres princes chrétiens ; mais elle nia qu'elle eût travaillé à fomenter une révolte en Angleterre , ni donné à Ridolfi aucune charge à ce sujet, ni trafiqué avec le duc de Norfolk, a Quanta mon fils, » dit-elle, « il me tient de plus près qu'à

(3) Relation de la prision del secretario del duque... Archives de Simancas, leg. 824, fol. 56, et Andbrson, t. III, p. 172 et 173.

(3) Lbsly's Négociations, Andbrson , t. III, p. 174 et 175 ; Muuoin ,p.9; Fânelon, t. IV, p. 235 ; D. Guérau de Espès à Philippe II, 9 septembre 157!. Archives de Simancas.

cette reine, et je n'ai de compte à rendre ni à elle ni à personne, quand même je l'aurais offert au roi d'Espagne ou à tout autre prince ami de lui et de moi. » Le comte de Shrewsbury fit ensuite connaître les ordres rigoureux qu'il tenait de sa mal* tresse : il ne devait laisser à la captive, sur les trente serviteurs qu'elle avait encore, que dix hommes et six femmes, et faire partir les autres dans les deux heures ; il menaça, s'ils ne se soumettaient de bon gré, d'avoir recours à la force. Puis il déclara à Marie qu'elle allait être enfermée au château , qu'il ne serait plus permis ni à elle ni à personne de sa suite d'en sortir, ni d'avoir la moindre intelligence avec l'Ecosse (1).

Gardée à vue, privée de toute communication, excepté avec ses serviteurs prisonniers comme elle, il ne restait à Marie que l'ambassadeur de France à qui elle croyait pouvoir encore adresser ses plaintes et ses supplications. Mais soupçonné d'avoir connu les intrigues de Ridolfi, Fénelou était lui-même surveillé de près : les lettres que Marie lui adressa furent interceptées. Elle le conjurait de rappeler au roi de France « l'honneur qu'elle avait eu de lui appartenir, afin qu'il ne souffrit pas qu'elle fût ainsi traitée. » Elle lui recommandait surtout € les pauvres brebis égarées de cette pauvre troupe chassée : » c'est-à-dire les serviteurs qu'on avait arrachés d'auprès d'elle. C'est pour eux qu'elle réservait ses plaintes les plus touchantes et ses plus ardentes prières : « Si vous voyiez, » (lisait -elle, « les larmes de mes pauvres serviteurs, se départant misérablement non où ils veulent mais où l'on veut, vous auriez pitié d'eux et de moi, qui ne puis sentir plus de douleur que je n'en ai, ce me semble. Surtout on veut contraindre certains Écossais à s'en aller en Ecosse où ils ne s'oseraient trouver..., qui aiment mieux être tués ici que pendus là-bas. Je vous prie de voir ce que vous pourrez faire (2)... » A force de prières elle obtint pour la plupart la permission

(1) Marie à Fénelon, 8 septembre, Labanoff, t. III, p. 361-365; Shrewsbury à Burleigh, 9 septembre 1571.

(2) Marie Stuart à Fénelon, 8 et 9 septembre 157 1, Labanoff, t. III, p. 365, 367 et 368.

il 15

de se réfugier en France, où elle espérait du moins leur faire quelque bien. Elle les recommanda à l'archevêque de Glasgow, son ambassadeur à Paris, lui demandant d'obtenir pour les uns un office, de fournir de l'argent aux autres, d'accorder à tous sa bienveillance et son appui (1). Puis après ce soin généreux, elle leur fit ces touchants adieux : « Mes fidèles et bons serviteurs..., à votre départ je vous charge tous, au nom de Dieu et pour ma bénédiction, que vous soyez bons serviteurs de Dieu, et ne murmuriez point contre lui pour aucune affliction qui vous puisse advenir ; car ainsi il a accoutumé de visiter les siens. Jç vous recommande la foi en laquelle vous avez été baptisés et enseignés en ma compagnie , ayant souvenance que hors l'arche de Noé il n'y a point de salut...

» Secondement, je vous recommande que vous viviez en amitié et charité les uns avec les autres. Et maintenant, étant séparés de moi, aidez- vous mutuellement des moyens et grâces que Dieu vous a donnés, et surtout priez Dieu pour moi, et faites mes très-affectionnées recommandations à monsieur l'ambassadeur de France qui est à Londres, et déclarez-lui l'état où je suis. Et en France..., priez messieurs mes oncles qu'ils fassent grande instance au roi, à la reine et à Monsieur, pour secourir mes pauvres sujets en Ecosse ; et si je meurs ici, de prendre la même protection de mon fils et de mes amis qu'il a de moi, selon l'antique ligue de la France avec l'Ecosse. Faites mes recommandations à messieurs de Fleming, Glasgow et George Douglas , et à tous mes bons sujets ; dites-leur qu'ils aient bon courage et qu'ils ne s'étonnent point de mon adversité; que chacun d'eux fasse le mieux qu'ils pourront, qu'ils demandent à tous les princes aide pour notre parti, et qu'ils ne se soucient pas de moi ; car je suis contente d'endurer toutes sortes de déplaisirs et souffrances, voire même la mort, pour la liberté de ma patrie. Si je meurs, j'ai regret seulement que je n'aurai pas le moyen de récompenser leurs services, et le trouble qu'ils ont enduré en ma querelle.

(t) Lettres de Marie Sluart à l'archevêque de Glasgow, Làbakoff, t. III , p. 373, 374, 375, 382, 383 et 384.

» Finalement, si je ne vous ai pas été si bonne maîtresse que tos nécessités le requéraient, Dieu m'est témoin que la bonne volonté ne m'a jamais manqué ; et si je vous ai âprement repris, je l'ai fait à l'intention de vous faire du bien, et non pour manque d'affection... Donc je prie Dieu d'un cœur dolent et affligé que, selon sa miséricorde infinie, il veuille être protecteur de ma patrie et de mes fidèles sujets..., et qu'il vous donne à tous la grâce, et à moi aussi, de nous conformer à son plaisir (1). » En proie à des alarmes que ne justifiaient que trop les rigueurs dont on usait envers elle, Marie adressa ensuite à sa rivale ses dernières requêtes, comme si elle se fût attendue & mourir bientôt. « Or donc, » lui disait-elle, « sans plus vous ennuyer du fâcheux et passionné discours d'une affligée reine prisonnière, j'entreprendrai à vous faire cette humble et peutêtre dernière requête : qu'il vous plaise au moins me donner liberté de pouvoir pour une fois conférer avec quelqu'un des miens de France, ou avec quelqu'un des gens de M. de Lamothe, s'il ne vous est agréable que lui-même prenne cette peine..., afin de mettre ordre à mes affaires, de pourvoir au besoin de mes serviteurs et au paiement de mes dettes... Et, bien que je ne veuille vous importuner de ce qui concerne mon état, lequel connaissant vous être si peu cher je remets à la miséricorde de Dieu..., je vous prierai encore (à ce forcée par le zèle de ma conscience) de me permettre avoir un prêtre de l'Eglise catholique, de laquelle je suis membre, pour me consoler et solliciter de mon devoir... Il me reste vous faire une autre requête, de peu d'importance pour vous et d'extrême consolation pour moi: c'est qu'il vous plaise, ayant pitié d'une désolée mère, d'entre les bras de qui ou a arraché son seul enfant et sa seule espérance de joie en ce monde, me permettre d'écrire à tout le moins lettres ouvertes pour m'enquérir à la vérité de ses nouvelles, et lui ramentevoir sa triste mère et son devoir vers Dieu et vers moi. Et si les points susdits me sont accordés, je mettrai peine tout à coup de me disposer pour sans regret recevoir

i\) Marié Stuart à sa serviteurs, 18 septembre 1571, Labakoff, t. III» P. 378-382.

la vie ou la mort, ou quoi qu'il plaise à Dieu m'envoyer par vos mains (1). »

Résignée pour elle-même, Marie ne pouvait se résigner pour ses amis. Elle avait trouvé moyen de communiquer avec Fénelon et l'archevêque de Glasgow ; elle ne cessait de demander, par leur intermédiaire, des secours pour ce qui lui restait de partisans en Ecosse (2). Et Fénelon ne craignait pas d'écrire au roi : « Bien que la reine d'Angleterre se plaigne de l'intérêt que vous témoignez pour cette pauvre princesse, il est à craindre, sire, vu l'état où elle est et celui de son royaume, qu'on y soupçonne du défaut plutôt que de l'excès (3). » Mais Paul de Foix venait d'arriver à Londres pour traiter du mariage du duc d'Anjou avec Elisabeth. Marie, qui n'avait que trop deviné les intentions de sa rivale, craignait, avec raison, que ce prétendu mariage ne fût l'occasion d'une ligue secrète d'où elle serait exclue. Le négociateur lui avait toujours été hostile; et « il semble, » disait-elle, « qu'il n'a du tout perdu de cette mauvaise volonté... Plus la pratique de cette nouvelle intelligence en amitié s'avance, plus je reçois de mauvais traitements et indignités. J'étais fort mal avant la venue de M. de Foix, et je suis encore pis, et n'y a cruauté dont je ne sois menacée. Vous savez, monsieur de Lamothe, que je n'ai voulu traiter sans l'avis du roi, de la reine madame ma bonne mère, et que n'y soyez intervenu ; et depuis naguère, vous ai mandé l'ouverture qui m'était faite d'entrer en nouvelle pratique et me séparer de la France. A quoi n'ayant voulu entendre, je suis traitée de cette façon (4)... Tout ce que cherche cette reine avec le roi, mon bon frère, est de me faire abandonner ; je vous l'ai écrit beaucoup de fois. Le roi fera ce que Dieu lui conseillera, à qui seulement il me reste moyen de crier (5). »

Les infortunes qui se prolongent lassent la pitié : Charles IX

(1) Marie à Elisabeth, 29 octobre 1571, Labanoff, t. III, p. 388-391.

(2) Labanoff, t. III, p. 575, 376, 377, 383.

(3) Fbnelon, t IV, p. 254 et suiv.

(4) Marie à Fénelon, 7 novembre 1571, Labanoff, III, p. 393 et 394. <j) Marie à Fénelon, 13 novembre 1571, Labanoff, t. III, p. 398.

n'osait point abandonner sa belle-sœur ; mais il n'aurait pas été fâché d'échapper à ses sollicitations. Elisabeth n'ayant pu obtenir que sa rivale abdiquât, demandait qu'elle associât son fils à la couronne : on lui promettait, après qu'elle aurait consenti, delà renvoyer en Ecosse. Charles IX s'empressa d'adopter cette combinaison, et Fénelon lui-même l'approuva, persuadé que c'était un moyen de soustraire Marie aux dangers dont elle était chaque jour menacée en Angleterre (1). Mais quand Shrewsbury en fit la proposition à sa prisonnière, elle refusa d'une manière absolue ; retrouvant toute sa fierté quoique tombée dans la dernière infortune, elle écrivit à Fénelon : c A vous parler librement, je suis résolue mourir du tout reine d'Ecosse... Je suis misérable captive,... mais je suis délibérée ne rien céder en ce qui touche à mon état ; plutôt tout perdre... Je supplie le roi mon bon frère ne prêter l'oreille à telles ouvertures, et ne prendre la peine de rien appointer en cela ; car c'est une condition qu'à toutes heures je puis avoir (2). » Ce n'était plus qu'une pitié stérile que Marie avait à espérer de la France. Cependant le roi consentit encore à faire passer secrètement quelque argent aux défenseurs du château d'Edimbourg ; de pareils secours ne pouvaient conjurer leur ruine. Elisabeth, devenue d'autant plus menaçante qu'elle ne redoutait pins une intervention sérieuse de la part de la France, envoya sommer les Écossais , restés fidèles à leur reine, de reconnaître l'autorité du roi, les menaçant, s'ils n'obéissaient pas, d'envahir l'Ecosse et de la mettre à feu et à sang (3). Avant d'en venir à cette extrémité, elle ordonna à Drury et à Hunsdon d'employer tous les moyens pour séduire Grange et Lethington. Burleigh lui-même jugea à propos de renouer avec ce dernier une correspondance interrompue depuis deux ans , dans l'espoir de le ramener à sa politique : tout fut vain. Menacés par lord Hunsdon, ils répondirent flère ment qu'ils ne voyaient pas de quel droit la reine d'Angleterre

(1) Ffamu», t. IV, p. 198 et 199, t. VII, p. 546, 247 et 248.

(2) Marie à Fénelon, 7 novembre 1571, Labawoff, t. III, p. 395 et 396.

(3) Labaîioff, t. UT, p. 383.

prétendait imposer un gouvernement à leur pays; que quoiqu'on les accusât, ils ne se reconnaissaient coupables d'aucun crime; que, du reste, ils n'étaient justiciables que des lois et des magistrats de leur pays (1). Leur conduite n'était pas moins ferme que leur langage. Aussi Hunsdon réclamait-il de l'argent et une armée, « en toute diligence : sans quoi, » disait-il, « tout pouvait être perdu. » Mais Elisabeth reculait devant les dépenses d'une expédition ; et d'ailleurs la saison était avancée : elle préféra laisser les deux partis s'épuiser mutuellement, dans la lutte que ses agents avaient soin d'entretenir (2).

Pendant ce temps on avait instruit, au milieu d'un mystère mêlé d'horreur, le procès du duc de Norfolk. Depuis plus de deux mois, un comité du conseil privé passait à la Tour une partie des jours et des nuits, examinant séparément les accusés sans jamais les confronter, cherchant à les surprendre et, dans des interrogatoires répétés, à leur arracher des aveux contradictoires. Higford, qui avait déjà livré les papiers de son maître, répondit aux questions qui lui furent faites avec la complaisance d'un traître. Banister et Barker se montrèrent plus obstinés ; Elisabeth ordonna de les mettre à la question. La torture arracha à Banister le peu qu'il savait ; la vue seule de l'appareil fit parler Barker : il savait tout, car il avait été l'intermédiaire entre le duc de Norfolk, l'évêque de Ross et Ridolfi (3). Sa confession était accablante non-seulement pour son maître et pour Marie Stuart, mais pour un grand nombre de seigneurs dont il livra les noms. Throckmorton, l'ardent protestant, fut gravement compromis.

Le duc de Norfolk fut examiné après ses serviteurs. Gomme il ne connaissait rien de leurs dépositions, il essaya encore de nier; mais on lui montra les papiers saisis chez lui, et on

(1) Grange et Lethington à lord Hunsdon, 24 novembre 1571, Thorpi, t. I, p. 334.

(2) Tuorpb, t. I, p. 330-336; Fbnklon, t. IV, p. 313 et 314; Tytlbr» t. VI.

(3) Elisabeth à Smith, 15 septembre, Ellis, 2* série, t. Il, p. 260 et suiv.; Smith à Burleigh, 17 et 20 septembre, Murdin, p. 95; Lodcb, t. I, p. 515.

lai conseilla de tout avouer s'il ne voulait pas aggraver sa situation. Atterré à la vue de preuves aussi irrécusables , il se jeta à genoux en demandant grâce. Il ne lui restait plus d'espoir que dans la pitié de la reine ; il lui adressa sur-lechamp une lettre pleine de soumission pour tâcher de la fléchir : • Je mets, » disait-il, « aux pieds de Votre très gracieuse Altesse moi , mes pauvres enfants et tout ce que je possède, plein de confiance dans la généreuse clémence de Votre Majesté, quoi qu'ait mérité mon aveuglement...

» 0 très-gracieuse dame, ô noble reine, je vous dévoue mon cœur, mon esprit pour en faire ce qu'il vous plaira... Je ne suis qu'un misérable, indigne de pardon ; mais je prie Dieu de vous inspirer la clémence, ô très-gracieuse reine ; et je vous consacrerai le reste de ma vie (1). »

Norfolk fut ensuite interrogé sur ses relations avec Marie Stuart et avec les amis de cette princesse, depuis l'époque des conférences d'York ; les questions étaient au nombre de cent. Dès qu'il niait, on lui présentait les confessions de ses serviteurs, et on lui disait de concilier ses dénégations avec leurs aveux. Il soutint que beaucoup de projets dont on l'accusait lui avaient été proposés, mais qu'il avait toujours refusé d'agir, et n'avait jamais consenti à rien qui pût offenser la reine ou troubler le royaume. En essayant de rejeter toute la responsabilité sur ses complices, il chargea un grand nombre de seigneurs qui avaient déjà été dénoncés par Barker. Le conseil ordonna d'arrêter et d'enfermer dans la Tour les comtes d'Arundel et de Southampton, lord Lumley, lord Gobham et son frère, sir Henri Percy, les fils du comte de Derby, sir Thomas Gérard, et tous ceux qui étaient soupçonnés d'avoir voulu délivrer Marie.

L'évêque de Ross avait été un des plus gravement compromis par les dépositions des accusés, surtout par celles de Norfolk. Il fut ramené d'Ély, et emprisonné dans la Tour comme ses coaccusés. Interrogé le 26 octobre par un comité du conseil privé, il commença par invoquer très-haut l'inviolabilité de sa

(l) Soumission de Norfolk, Murdi*, p. 153.

charge, comme il avait déjà fait lors de son arrestation ; mais Burleigh coupa court à ses récriminations en le menaçant, s'il refusait de parler, de le mettre à la torture. Pour l'engager à faire des aveux, on lui dit qu'on ne l'interrogeait que pour éclairer la conscience de la reine, qu'on ne se servirait contre personne de ce qu'il aurait révélé; tandis que, s'il s'obstinait dans son silence, il serait sûrement exécuté. Devant ces promesses et ces menaces, devant les pièces de conviction déjà livrées, Vévêque de Ross ne résista plus : il raconta tout ce qui s'était tramé, depuis les conférences d'York, dans l'intérêt de la reine sa maltresse. 11 en avait été le principal instigateur, la pudeur lui conseillait d'épargner ses complices ; ses aveux furent sans réserve. Aussi Burleigh disait-il qu'il était très-satisfait des réponses de l'évêque, et que sa confession avait tout éclairci (1) ; elle chargeait surtout le malheureux duc de Norfolk (2). Après ses interrogatoires, l'évêque de Ross écrivit à Marie, peut-être à l'instigation de Burleigh, comment il avait été obligé do faire des aveux. Il lui déclarait que tous leurs projets étaient découverts, et la priait d'intercéder pour qu'il fût mis en liberté (3)^ Marie, qui soupçonnait un piège, lui répondit : « Votre lettre nous a rappelé la parole d'Isaac : « c'est bien la main d'Ésaû, mais c'est la voix de Jacob. » Elle ajoutait qu'elle n'aurait aucune confiance dans ses avis tant qu'il ne serait point libre (4).

Maintenant que tout était connu, jusqu'aux moindres détails de la mission de Ridolfl, Elisabeth ne prit plus la peiue de dis-

(1; Lbsly's Négociations, Andbrson, t. III, p. 174, 186-189 et 223. et Mmdin, passim, de 18 à 164; D. Guérau de Espés à Philippe II, 26 octobre 1571, Archives de Simancas.

(2) Après sa condamnation, Norfolk disait dans une lettre adressée à ses enfants : a Banister n'a agi qu'en honneur et vérité à mon égard ; Higford ne m'a non plus chargé de rien de très-grave et qui ne soit vrai. Mais l'évêque de Ross et spécialement Barker m'ont accusé faussement, et ont mi» leurs trahisons sur moi. Que Dieu leur pardonne! • (Terney's Arundel, p. 367.)

(3) L'évêque de Ross à Marie, Murdin, p. 54-57.

(4) Marie à l'évêque de Ross, 22 novembre, Labanopf, t. IV, p. 6-9.

simuler ; elle traita Marie en véritable prisonnière. « Je suis enfermée dedans une chambre , » écrivait cette infortunée princesse, « encore veut-on en boucher la fenêtre , et pratiquer une fausse ouverture à y pouvoir entrer quand je serai endormie ; et il ne sera plus permis à mes gens d'y venir sinon à quelques valets, et le reste de mes serviteurs me seront ô tés. Comme cette reine me fait connaître que cette cruauté ne cessera que par la fin de ma vie, après m'avoir fait languir cruellement, si c'est avec honneur, avec devoir et avec raison, je le laisse à débattre entre elle et le roi mon beau-frère (1). » On avait mis deux mois à instruire le procès du duc de Norfolk, on en mit deux autres à préparer l'opinion publique à sa condamnation. On fit publier que le duc et ses complices avaient conspiré non-seulement contre la reine, mais qu'ilsavaient voulu changer l'état de l'Angleterre et piller la noble cité de Londres. Des pamphlets, racontant les trahisons du duc et ses complots avec la reine d* Ecosse, furent envoyés dans toutes les parties du royaume ; les chaires retentirent d'imprécations contre eux et contre les puissances catholiques (2). Ce fat alors que, n'osant pas encore se souiller du sang de sa cousine, Elisabeth essaya de la tuer moralement, en répandant par le monde les grossières calomnies qui avaient été mystérieusement produites aux conférences d'York et de Westminster. Son ministre, lord Burleigh, fit éditer secrètement par Vilson et Smith la Détection de Buchanan, augmentée par Tua des éditeurs d'une déclamation pire que le pamphlet lui-même. On y ajouta les lettres de la cassette , et les pièces fausses ou falsifiées, par lesquelles Moray avait cherché à justifier sonr usurpation. En un mois cet ouvrage, « la plus honteuse chosequi se vit jamais (3)t » fut publié en trois langues différentes : en latin , en écossais et en anglais. Trois mois après , il en

(I) Marie à Féndon, 7 novembre 1571, Labanovf, t. III, p. 392.

P) Traduction de lot libritos ingleses, Archives de Simancas, Ug, 8Î4, fol. 81-84; Lbslt's Négociations, Andbhson, t. III, p. 187 et 188; et Lingard.

(3) « La mas desvergonçada cosa que jamas se viô... * P. Guérau deEspês à Philippe II, 31 octobre 1571. Archives de Simancas.

parut uue édition française , entourée comme les autres de mystère et de mensonges , afin qu'on ne découvrît point de quelle officine sortaient ces viles productions. Et pour leur donner le crédit qui leur manquait , Burleigh , dans un écrit intitulé Lettre cfun habitant de Londres à son ami, vantait le talent de Buchanan et la véracité de ceux qui avaient payé sa plume (1). » II en expédia un certain nombre d'exemplaires pour être distribués à la cour de France : « J'ai jugé à propos, » écrivait-il à Walsingham, « de vous envoyer ce petit traité récemment imprimé en latin, et qui doit, à ce que j'apprends, être traduit en anglais avec beaucoup d'additions et de suppléments •du môme genre (2). « Il ne sera pas mal, » écrivait de son côté Elisabeth , « d'avoir plusieurs exemplaires du petit livre latin de Buchanan pour en offrir au besoin , mais comme de vousmême, au roi de France et aux gentilshommes de son conseil ; 4ar ces livres serviront, et ce sera un grand avantage, à déshonorer la reine d'Ecosse : ce qui doit être fait avant que l'autre but puisse être atteint (3). » Ce but, c'était le traité avec Charles IX et l'abandon de Marie par ce prince.

Afin que l'outrage fût complet, un exemplaire du libelle fut remis à Marie. € J'avais demandé un prêtre , » écrivait-elle, « pour m'administrer le sacrement et mettre ma conscience en repos ; et Bateman , qui était porteur de ma lettre , m'a rapporté, au lieu de consolation, un livre diffamatoire par un athée Buchanan... » Elle demanda que le roi de France intervînt pour le faire supprimer, ou que du moins il fût permis de publier en France les livres écrits pour sa défense (4). Cette fois, Charles IX n'avait pas attendu les réclamations de sa bellesœur : il avait écrit à Fénelon d'insister auprès d'Elisabeth , pour qu'elle fît défendre et censurer un livre si plein de grossiers mensonges ; « car il ne pouvait voir, » dit-il , « qu'avec

(1) The copie of a UUet written by one in London to his friend.., Goodall , *. II, p. 374-381.

(2) Burleigh à Walsingham, l* novembre 1571, Diggbs, p. 151.

(3) Instructions à Walsingham, dans Dioobs.

(4) Marie à FéneUm,d&ns Laba.noff, t. IV, p. 3, 4 et 5.

un extrême regret que sa haine lui eût fait oublier sa grandeur et sa dignité , au point de laisser diffamer une princesse , sa proche parente , et qui avait eu l'honneur d'être reine de France (1). » Lorsque l'ambassadeur se présenta devant Elisabeth pour transmettre les remontrances de son maître , l'édition anglaise venait de paraître « avec l'adjonction , » dit Fônelon , « de rimes françaises imputées à la reine d'Ecosse , pires que tout le reste du livre. » Il eut beau insister pour que la publication en fût interdite ; Elisabeth répondit effrontément que ces livres venaient des imprimeurs d'Ecosse et d'Allemagne ; elle ajouta qu'elle avait des raisons pour ne pas les faire supprimer (2).

Accablée de chagrins, abreuvée d'outrages, confinée dans sa chambre et séparée de ses serviteurs, Marie Stuart , depuis longtemps languissante , tomba sérieusement malade. Son médecin manquait de tout pour la soigner ; il s'adressa à Fénelon, il supplia Burleigh : ses lettres ne furent pas envoyées ou restèrent sans réponse. Tout ce que put obteuir Marie, fut la permission de prendre l'air sur les plombs, dans la grande salle et la cour du château , mais sous la surveillance de Shrewsbury, de peur que quelqu'un ne lui parlât ou à ses serviteurs (3). « On ne cesse tous les jours, » écrivait Fénelonau roi, « d'inventer nouvelles rudesses contre elle; ce qui lui fait après Dieu invoquer à toute heure la faveur et protection de Votre Majesté, vous adresser toutes ses larmes comme à son seul refuge, afin qu'il vous plaise avoir compassion de ses misères et de celles de ses bons sujets. » Et il osait répéter ce qu'il avait déjà écrit plusieurs fois, qu'il craignait que le roi et la reine mère ne fussent accusés d'avoir trop peu fait pour cette malheureuse princesse (4). En réponse à cet appel, Charles IX recommanda à Fénelon de ne plus parler de la délivrance de sa

(1) Le roi à Lamothe-Fénelon, 15 novembre 1574, Correspondance, t. VII, p. 275 et 276.

(2) FâNBLOif, t. IV, p. 304 et 305.

(3) Shrewsbury à Burleigh, 12 décembre 1571, dans Wright.

(4) FteKLOW, t. IV, p. 293 et 297.

belle-sœur, et de faire semblant qu'il ignorait la détermination d'Elisabeth de la garder prisonnière le reste de ses jours (f ). Quant à l'ambassadeur d'Espagne, il ne pouvait plus rien pour Marie : compromis par la confession de l'évoque de Ross, il avait reçu l'ordre de quitter sur-le-champ l'Angleterre.

La commission chargée d'instruire le procès du duc de Norfolk avait déclaré qu'il y avait lieu à poursuivre l'accusé. La cour qui devait le juger s'assembla à Westminster-Hall, le 14 janvier (1572) : elle était composée de vingt-six pairs choisis par les ministres, et présidée par le comte de Shrewsbury, qui avait été mandé de Sheffield à cet effet. Norfolk fut accusé d'avoir voulu priver la reine de la couronne, et par conséquent de la vie : premièrement, en cherchant à épouser la reine d'Ecosse; secondement, en préparant, par l'intermédiaire de Ridolfl, l'invasion du royaume-, troisièmement, en faisant passer des secours d'argent aux ennemis de la reine. De ces trois chefs, le second seul constituait le crime de haute trahi* son. Norfolk maintint son innocence sur les trois points : sur le premier et le troisième, il allégua d'assez bonnes raisons pour sa défense ; sur le second, il affirma qu'il n'avait jamais parlé qu'une fois avec Ridolfl, et qu'il avait cru, alors, que sa mission n'avait d'autre objet que d'obtenir des secoure pour les Écossais restés fidèles à leur reine (2) . Il parla à la fois avec fermeté et modération.

Il n'est guère douteux que Norfolk ne fût coupable d'avoir, tout au moins, laissé ses complices se servir de son nom. Toutefois, son procès prouve moins sa culpabilité qu'il ne montre le peu de garanties que les tribunaux offraient à l'accusé, sous le règne d'Elisabeth. Tenu au secret pendant plus de quatre mois, averti seulement la veille qu'il devait comparaître le lendemain, privé des conseils d'un avocat, il dut répondre sur-lechamp à une foule de questions longuement préparées par les avocats de la couronne. Les charges contre lui consistaient

(1) U roi à Fénelon, 31 novembre 1571. Correspondance, t. VII. p. 277 et 27».

(2) Howbli/s State triaU, p. 957-1042 ; Camdbw ; Sadlbr.

principalement en confessions arrachées par la torture ou la crainte de la mort, encore n'y prit-on que les passages qui l'incriminaient ; tout ce qui était à sa décharge fut supprimé , sans qu'il en fût averti. On voulut produire i'évéque de Ross ; il répondit qu'il n'avait jamais parlé lui-même avec le duc , que, si on le forçait à comparaître, il déclarerait publiquement, devant toute rassemblée, que l'accusé n'avait jamais ouvert la bouche sur aucun projet contre la reine et le royaume (I ). On renonça à l'entendre, mais on se servit de ses aveux, malgré la promesse contraire qui lui avait été faite.

Quand vint la production des preuves, le duc réclama contre le témoignage de gens qui avaient intérêt à le perdre pour se sauver; on lui répondit que les témoins avaient prêté serment. 11 demanda à être confronté avec eux ; sa demande fut repoussée. Gomme il en appelait aux lois protectrices des innocents et persistait à nier qu'il fût coupable de trahison, un message d'Elisabeth annonça tout à coup qu'un ambassadeur étranger confirmait l'accusation , mais que la déclaration d'un tel personnage ne pouvait être rendue publique. Les juges se retirèrent pour en prendre connaissance. Quand au bout d'une heure ils rentrèrent en séance , ils prononcèrent un verdict qui déclarait, à l'unanimité, le duc de Norfolk coupable de haute trahison et le condamnait à mort (16 janvier 1572). Il ne pouvait en être autrement: l'aristocratie et le Parlement n'étaient plus que les instruments dociles des caprices despotiques d'Elisabeth , comme ils l'avaient été des folies sanguinaires d'Henri VIII. Après le prononcé du jugement, le duc répliqua d'un ton ferme et digne: « C'est là, milords, le jugement d'un traître ; mais je mourrai aussi fidèle à la reine qu'aucun sujet du royaume. Je ne demande point de solliciter pour ma vie : vous m'avez chassé de votre compagnie, mais j'espère en retrouver une meilleure dans le ciel. Je recommande seulement mes enfants orphelins à la miséricorde de la reine. Dieu sait que je suis innocent, quoi qu'on ait avancé contre moi. Adieu, milords (2). »

(1) IiEsly's Négociations, Anderson , t. III, p. 229 et 230, et Lingard.

(2) Muidin, p. 177 et suiv.; State triait, p. 957-1042 ; Sadlbr, t. II, p. 341 ;

Reconduit dans la Tour, il écrivit à Elisabeth une lettre où aux prières les plus touchantes se mêlaient les expressions les plus serviles : « 0 ma très-gracieuse et très-redoutée souveraine, » s'écriait le malheureux , « quand je considère mes offenses, je ne trouve aucune partie de moi-même , ni le cœur, ni la tête, ni l'esprit, qui remplisse suffisamment son rôle dans ma très-humble et très-indigne soumission à Votre Altesse. Mais vous considérerez plus votre miséricordieuse bonté quemes paroles; car, quoique respirant encore, je ne suis plus qu'un chien mort. » G' est sur ses enfants , très-jeunes encore, qu'il appelait surtout la clémence de la reine: « Laissez ces pauvres petits orphelins , » disait-il avec un accent plein de larmes, « avoir part à la clémence inépuisable de Votre Altesse, afin qu'ils puissent, avec l'aide de Dieu, par leur fidélité et leurs services envers Votre Majesté , réparer les transgressions de leur père. » Il demandait, comme uue dernière faveur, que Burleigh leur servît de père (1). Ignorait-il le rôle qu'avait joué et qu'allait jouer contre lui l'impitoyable ministre (2) ; ou bien espérait-il l'attendrir par cette marque de confiance? Il paraît qu'Elisabeth promit au duc de protéger ses enfants , s'il voulait en retour dénoncer d'autres complices. Le duc fit observer qu'on lui demandait une bassesse qui le couvrirait d'infamie, sans être d'aucune utilité pour la reine (3).

On s'attendait à ce que l'exécution du duc de Norfolk suivrait de près sa condamnation. En effet, Elisabeth avait signé, le samedi 9 février, l'ordre de l'exécuter le lundi suivant. Dans la nuit elle fit appeler Burleigh : elle était fort agitée ; elle déclara que le duc méritait la mort, mais que, comme il était son

Lbslt's Négociations, Anderson, t. III, p, 228-231 ; Fénelon, t. IV, p. 350r et Camden.

(1) Norfolk à Elisabeth, 21 janvier 1572, dans Murdin, p. 166 et 167.

(2) Norfolk dans ses lettres affecte de croire à l'amitié de Burleigh et de Leicester. Quoi qu'il en soit de ce dernier, il est certain que Burleigh pressa l'exécution (Diggbs, p. 165 et 166 ; Murdin , p. 212). Raleigh écrivait plus tard à sir Robert Cecil : a Votre propre père passait pour l'instigateur de lamine du duc de Norfolk » (Murdin, p. 611).

(3) Norfolk à Elisabeth, 23 janvier 1572, Murdin, p. 168-170.

proche parent et le premier pair d'Angleterre, elle ne pouvait, dans rinlérét de son repos, consentir à ce qu'il fût exécuté (1). Ce sursis rendit quelque espoir au condamné. Il fit une nouvelle confession de ses fautes (2), et fit prier Elisabeth, par son gardien Skipworth, de laisser six mois la sentence d'exécution entre les mains du bourreau, en promettant de montrer, pendant cet intervalle, à quel point il avait renoncé à la Dame écossaise. Il avait déclaré , s'il faut en croire Skipworth, € que quand on lui offrirait cette femme en mariage et qu'on lui donnerait le choix entre elle et la mort , il préférerait cent fois la mort; car, > ajouta-t-il, « rien ne prospérait de ce qu'elle-même ou d'autres entreprenaient en sa faveur ; et d'ailleurs, elle avait été publiquement diffamée (3). »

Marie Stuart du moins montra plus de constance et de dignité. Déçue dans ses rêves de délivrance, elle s'était courbée sous la main de celui qui frappe les reines aussi bien que les plus humbles de la terre. Elle avait fait vœu de ne plus prendre si fort à cœur ses afflictions, etde s'en rapporter désormais, pour le rétablissement de sa fortune, à Dieu et à ses amis (4). Mais ce n'était là qu'un de ces accès d'abattement auxquels était sujette sa vaillante nature. Quand elle apprit que le duc de Norfolk allait être jugé et probablement condamné, elle sortit de sa résignation et voulut tenter quelque chose pour le sauver. Elles'adressa encore une fois à Elisabeth , et choisit pour lui écrire le jour de Noël, « où , par la naissance du Christ , la paix universelle fut annoncée au monde » ; mais elle était trop agitée parla passion pour prendre elle-même un ton pacifique. « Depuis quatre ans, » disait-elle, « je n'ai fait que crier que, vousme refusant support , à mon grand regret je serais contrainte le chercher ailleurs. Donc , madame , pourriez- vous bien me blâmer ou vous plaindre de moi, quand ainsi en serait. Je n'aurais faussé ma promesse; mais, au contraire, devriez estimer

(1) PétfBLoif , t. IV, p. 380; Dicgbs, p. 165.

(2) Confession du due de Norfolk, Murdin, p. 173-175.

(3) Skipworth à Burleigh, 16 février 1571, Murdih, p. 171 et 172. WLesly à H., M décembre 1571, Mchdin, p. 165.

que je ne suis pas de ceux qui disent d'un et font d'un autre. » Elle prenait ensuite un ton suppliant pour solliciter de nouveau une réconciliation , daus l'espoir de sauver le duc de Norfolk. « S'il vous plaît, » ajoutait-elle , « refréner votre ire sans maltraiter personne à mon occasion, je me rangerai autant et plus que jamais à chercher votre bonne grâce et à vous complaire... Mais s'il ne vous plaît avoir égard à moi, vous pourrez avoir ma vie, peu honorable dépouille et moins profitable , mais non pas mon cœur(l). » Elle croyait, et avec raison , n'avoir fait que se défendre en cherchant par tous les moyens à forcer les portes de sa prison. « Je suis venue, » dit-elle à Sadler, « chercher un asile en Angleterre, implorer l'aidé de ma cousine , et elle m'a emprisonnée ! Où était son droit de me priver de ma liberté (2) ? »

Pendant tout le temps que dura le procès du duc de Norfolk, elle resta enfermée dans sa chambre , livrée tout entière à sa tristesse ; quand elle apprit qu'il était condamné à mort , elle en éprouva un violent chagrin. La comtesse de Shrewsbui y , étant entrée dans sa chambre , la trouva plongée dans le deuil et les larmes : et comme elle lui en demandait la cause : « Hélas ! » répondit Marie , « n'ai-je pas lieu d'être profondément affligée du trouble de mes amis , et de la triste récompense qu'ils obtiennent pour avoir pris ma défense? » a Et, comme une amante fidèle, » dit Sadler, « elle continua à pleurer sur son amant. J'espère, » ajoutait le vieux courtisan, c que Dieu inspirera à Sa Majesté assez de souci de sa personne , pour que de tels amoureux reçoivent la récompense qu'a si justement méritée leur amour (3). »

Lorsque Shrewsbury revint à Sheffied, il apportait plusieurs messages pour sa prisonnière : d'abord, une lettre dans laquelle Elisabeth lui conseillait de prendre son sort en patience; ensuite, un mémoire où étaient énumérés les bienfaits prétendus dont elle avait été comblée , et les ingratitudes dont elle les avait

(1) Marie à Elisabeth, 25 décembre 1571, Lâbahoff. t. IV, p. 10-15.

(2) Sadler à Burleigh, 3 janvier 1592, Chàlmers, t. II, p. 41, 42 et 43.

(3) Sadler à Burleigh, 21 janvier 1572, Elus, 2- série, t. Il, p. 329 et suir.

HISTOIRE DE MABIB STUAHT. 241

payés. Elisabeth engageait Marie à répondre sans passion à cette longue invective (1). Quoiqu'on lui en eût refusé copie, elle y répondit, en effet , article par article autant que sa mémoire le lui permettait, avec toute la supériorité que lui donnaient son esprit et la justice de sa cause. Elle n'eut pas de peine à prouver que les bienfaits qu'on lui alléguait n'avaient été qu'autant d'injures. Elisabeth s'était maladroitement vantée de lui avoir sauvé la vie pendant qu'elle était prisonnière à Lochleven : c Je loue Dieu, » répondit Marie, « qui m'a toujours préservée de commettre chose qui soit digne d'une mort ignominieuse ; et, si j'ai été tirée miraculeusement d'entre les mains de mes inhumains rebelles, j'en rends grâce à Dieu et, après lui, au roi très-chrétien. Quant aux bons offices que la reine ma bonne sœur peut avoir faits en cet endroit , je n'en ai rien entendu que par ce témoignage d'elle-même. » Puis elle ajoutait, arrachant rudement le masque : t Vrai est que je pourrais alléguer en contre-poids , qu'après qu'il eut plu à Dieu me délivrer, m'étant de bonne foi venue mettre entre les mains de ma bonne sœur et, sous espérance de son amitié promise , lui demander des secours contre la violence de mes rebelles, ma dite bonne sœur a été en propos avec le comte de Moray, un peu devant sa mort, de me délivrer et remettre entre ses mains, et depuis, en celles du comte de Lennox ; et ce que davantage a été proposé, je le laisse entre Dieu et ma dite bonne sœur. » Elisabeth avait été assez vulgaire pour reprocher à sa captive la dépense qu'elle faisait pour elle , et son logement dans la maison d'un grand seigneur. « Je ne nie point, » répondit Marie, « que je ne sois dans la maison d'un noble seigneur; mais ceux qui sont retenus par force aux palais mêmes des rois ne sont estimés que prisonniers... Et, quant à la dépense que la reine d'Angleterre me reproche... , elle m'est chèrement achetée, puisque c'est au prix de ma liberté, au détriment de ma santé et au dommage de mes affaires ; et je voudrais bien qu'il plût à la reine d'Angleterre ne me faire si longuement manger de son pain contre ma volonté. »

(1) Elisabeth à Marie, t" février 1572, Elus, 2- série, t. III, p. 1 et suiv. T. II. 16'

Âpres avoir réfuté avec le même à-propos tout ce que lui avait ridiculement objecté ou reproché sa rivale , Marie se hasardait à plaider encore une fois pour ceux qui s'étaient compromis en voulant la sauver : c Le duc de Norfolk étant en peine à cause de moi , » disait-elle , « je me croirais digne d'être partout réputée ingrate et de mauvais naturel, si je ne me mettais en devoir d'employer pour lui et les autres seigneurs tous les moyens que je puis avoir en ce monde, pour mitiger le courroux de ma bonne sœur,... et obtenir à tout le moins qu'ils n'aient point de mal à mon occasion. » Elle proposait de rouvrir des négociations d'accommodement , offrant de donner à Elisabeth toutes les réparations qu'elle pourrait exiger (i). En adressant à Londres cette réponse de Marie, Shrewsbury écrivait que , depuis son retour, il l'avait laissé sortir une fois : € Elle était si heureuse d'être dehors, qu'elle enfonçait de joie ses souliers dans la neige (2). »

Le ton ferme et ironique de Marie avait profondément blessé l'orgueil d'Elisabeth. Les éloges que Sadler, de retour à la cour, ne put s'empêcher d'accorder aux vertus qu'il avait connues en cette princesse (3), l'arrivée de du Croc à Londres pour demander qu'elle pût se réfugier en France, des lettres interceptées où elle engageait le duc d'Albe à envoyer des troupes en Ecosse et ses partisans à tenir ferme : toutes ces circonstances réunies mirent le comble aux ressentiments

(1) Mémoire de Marie pour la reine d'Angleterre, 14 février 1572, Làbanoff, t. IV, p. 17-41.

(2) Shrewsbury à Burleigh, State papers office.

(3) a Sadlér a parlé assez honorablement de sa constance (de Marie), de » sa patience et de ses autres vertus ; de sorte que ladite dame (Elisabeth) » a dit que cela était de divin en la parole et en la présence de la reine » d'Ecosse que Tune et l'autre contraignaient ses propres ennemis à dire » du bien d'elle. Mais il a parlé aussi de la grandeur de cœur qu'il a connue » en elle, et de la ferme espérance en quoi elle persévère toujours de la suc- » cession de cette couronne, en cas que la reine sa cousine n'eût point » d'enfants, nonobstant les troubles qu'on lui fait. De quoi ceux qui lui sont » adversaires ont été bien fort émus, et cela a aidé à avancer les jours du » duc de Norfolk, afin d'affaiblir d'autant son parti... • Fénelon, Dépêche dix 29 février, t. IV, p. 391 et 392.

d'Elisabeth. « Cette reine , » écrivait Fénelon , « en a renouvelé dans son cœur une si grande haine et une si grande indignation contre cette pauvre princesse, qu'il est aisé de voir que ses délibérations sont devenues plus extrêmes à son endroit qu'elles n'ont encore été..., et que ses affaires et sa personne sont réduites au plus grand danger (1). »

Burleigh et quelques autres profitèrent de cette irritation de leur reine , pour presser l'exécution du duc de Norfolk. Cette cruelle mesure n'était si vivement désirée que comme prélude à la mort d'une autre victime. Empruntant à Knox une expression atroce, ils répétaient à l'oreille d'Elisabeth « qu'il fallait couper le mal à sa racine ; » que ni sa vie ni sa couronne ne pouvaient être en sûreté tant que vivrait la reine d'Ecosse. Les prédicateurs demandaient vengeance au nom de la religion ; l'êvéque de Lincoln , dans un sermon prêché devant la reine rappela qu'il y avait quelquefois clémence à punir et cruauté à, pardonner (2). Quoique ces excitations fussent agréables à sa haine, Elisabeth ne les écoutait qu'avec agitation : « Puis-je donc mettre à mort, » dit-elle un jour, «l'oiseau qui, fuyant les serres du vautour, est venu chercher un refuge à mes pieds (3)? » On voudrait pouvoir attribuer ces paroles à la pitié.

Feignant de céder aux conseils de ses ministres , Elisabeth donna l'ordre d'exécuter Norfolk ; puis le révoqua à deux heures du matin , le jour que devait avoir lieu l'exécution. Elle fit ainsi quatre fois (4). N'était-ce, comme le prétend un historien anglais (5) , que pour avoir l'air de céder à la pression du Parlement? Quoi qu'il en soit, Burleigh convoqua les deux Chambres ; on distribua aux différents membres le pamphlet de Buchanan avec les lettres de la cassette ; les théologiens et

(1) Fénelon» t. IV, p. 393. 394, 397, 405.

(2) Wright, 1. 1, p. 416.

(3) Lingard, t. IV, p. 182.

(4) Murdin, p. 177 et 178; Fénelon, t. IV, p. 427 ; Elus, %• série, t. II, p. 262 et 263.

(5) Carte.

les légistes furent consultés. Les premiers, dans le jargon religieux de l'époque, prouvaient par les textes de l'Écriture, les seconds par les textes de la loi civile , que c'était le devoir et le droit d'Elisabeth d'envoyer la reine d'Ecosse à l'échafaud; un casuiste anonyme soutint que l'honneur l'exigeait non moins que la justice. Après avoir délibéré au milieu de ces excitations, les deux Chambres s'entendirent pour demander à la reine : 1° de faire mourir Marie Stuart; 2* de déclarer traître quiconque soutiendrait ses droits à la succession d'Angleterre ; 3° de donner cours à la sentence de mort prononcée contre le duc de Norfolk. Elisabeth refusa de sanctionner les deux premiers articles contre la reine d'Ecosse (1). Burleigh fut très-désappointé : « Il y a dans la plus haute personne du royaume, » écrivit-il à son ami Walsingham, « une telle lenteur à prendre cette mesure de sûreté , et une telle irrésolution , qu'il semble que Dieu ne veuille pas permettre que cette mesure soit jamais prise. Je suis honteux de penser que nos folies seront sues de tout le monde , et ces délais et cette erreur imputés à quelquesuns de nous, quand dans le fait il n'en est rien; mais il faut bien se résigner à ces soupçons pour sauver l'honneur de cette très-haute personne (2). »

Cependant le Parlement insistait pour l'exécution du duc. Elisabeth en signa l'ordre pour la cinquième fois, le 21 mai ; il ne devait plus être révoqué. Le 2 juin au matin (1572), le duc fut conduit au lieu du supplice , à une heure inaccoutumée. 11 était accompagné du doyen de Saint-Paul, et de Foxe qui avait été son précepteur. 11 ne montra dans son attitude ni faiblesse ni jactance ; et dans le discours qu'il adressa aux spectateurs, il déclara, comme devant ses juges, qu'il n'avait jamais prêté l'oreille aux ouvertures qui lui avaient été faites, que tout son crime était d'avoir gardé le silence. Il ajouta qu'il n'avait aucun goût pour le pape ni sa doctrine (3) , et qu'il

(1) FAnblon, t, IV, p. 464, et t. V, p. 3, 5 et 8; Journal d'Ewes, p. 200- 220, et Lingard.

(1) Burleigh à Waliingham, 21 mai 1872, Diggbs, p. 203. (3) Dans ses lettres au pape et à Philippe II il affirmait le contraire.

mourait dans la Réforme. Sa tête fut abattue d'un seul coup. Le peuple qui était venu le voir mourir, s'écoula , ému , déplorant son sort , et plus disposé à l'absoudre qu'A le condamner (1 ). La nouvelle de la an tragique du duc de Norfolk plongea Marie dans la plus profonde affliction. Elle s* écria en rapprenant, « que le duc avait scellé son innocence avec son sang (2). » Sa santé s'était améliorée ; ce coup terrible réveilla toutes ses douleurs : « Mais la peine que me cause la mort du duc, » écrivait-elle à Fénelon , « surmonte toutes les autres. Je suis résignée h la mort ; je ne veux de grâce et de merci que de Dieu seul qui, dans sa bonté, m'a faite princesse souveraine. Je suis décidée à n'accepter aucun des pardons de la reine d'Angleterre ; elle peut prendre ma vie, mais non la constance que le ciel m'a départie, et dont il me fortifie dans mes épreuves. Je mourrai reine d'Ecosse; la postérité jugera sur qui doit retomber le blâme. » Quand elle tenait ce fier langage, sa tête était si malade , ses yeux si enflés par la fièvre , qu'elle était obligée de garder le lit ; encore n'y trouvait-elle guère de repos. Et pour la réconforter, Shrewsbury lui lut une partie du libelle que le clergé avait présenté pour demander sa tête : « Il est plein de sang ! » s'écria avec horreur la malheureuse princesse (3).

Déçus de l'espoir de faire mourir Marie , Burleigh et ses amis présentèrent au Parlement un bill qui la déclarait, elle et sa postérité , inhabiles à succéder à la couronne d'Angleterre. Elisabeth s'y opposa et interdit au Parlement, comme elle avait toujours fait , de s'occuper de la question de succession ; voyant que malgré sa défense les deux Chambres faisaient mine de vouloir passer outre , elle les prorogea soudainement, au grand dépit de Burleigh. « Quelques-uns ici , » écrivait le miuistre à Walsingham, « ont, à ce qu'il parait, abusé de leur influence sur Sa Majesté pour la rendre elle-même sa plus

(1) Fénblow, t. V, p. 6; Strypb's, Annals, appenàix, n» 27; Camdew ; Xemorias, t. VII, p. 373.

p) Chalmbrs, t. II, p. 57 et 58.

(3) Marie Stuart à Fénelon, dans miss Strickland, t. III, p. 163 et 164.

grande ennemie. Que Dieu les amende (1) I » Pour donner une satisfaction à son ministre , à qui elle avait montré d'abord quelque froideur parce qu'il l'avait forcée à exécuter Norfolk , Elisabeth le nomma grand trésorier, et envoya à Sheffield, pour faire subir un interrogatoire à sa rivale , une commission composée de lord Delaware, Sadler, Bromley et Vilson. Marie Stuart protesta contre les prétentions d'Elisabeth , et déclara à ses commissaires que, comme reine d'Ecosse et princesse souveraine , elle n'entendait point subir la juridiction de la reine d'Angleterre ni d'aucun autre prince , mais que , comme elle avait l'honneur d'être sa plus proche parente et son héritière , et qu'elle avait toujours désiré la satisfaire , elle consentait à les entendre et à leur répondre.

Les commissaires présentèrent alors la liste des offenses dont se plaignait leur maîtresse, et sur lesquelles elle demandait à Marie de se justifier. La liste contenait treize articles , dont le premier renouvelait une vieille querelle déjà vingt fois débattue , à propos du titre et des armes d'Angleterre pris autrefois par la reine d'Ecosse. Marie répondit nettement à chaque article ; mais, comme elle s'aperçut que la rédaction des députés ne rendait qu'imparfaitement ses réponses, elle demanda à être entendue devant la reine ou devant le Parlement (2). Elisabeth ne fit aucun cas de cette demande : elle n'avait voulu qu'humilier sa rivale ; elle était satisfaite. Elle allait chercher par d'autres mesures à rendre sa ruine irréparable.

(1) Diggbs, p. 219.

(2) Murdin, p. 218 ; LkBkHOFF, et Archives de Simancas.

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