‹ Histoire de Marie StuartChapitre 10 sur 224 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

pièces gardées et occupées par des arquebusiers. Dans la dernière, celle qui fait antichambre au salon de la reine , se tient lord Scroope , gouverneur des districts de la frontière. La reine n'a auprès d'elle que trois de ses femmes. Ses serviteurs et domestiques dorment hors du château. On n'ouvre les portes que le matin à dix heures. La reine peut sordr jusqu'à l'église de la ville, mais totijom^ accompagnée de cent arquebusiers. Elle a demandé à Scroope un prêtre pour dire la messe : celui-ci a répondu qu'il n'y en avait pas en Angleterre ^ » Marie Stuart était ainsi déçue dans sa confiance^

* C'est la description que Gusman de Silva faisait^ d'après le récit de Montmorin , du séjour de Marie Stuart à Carlisle, et du traitement qu'elle y recevait, dans le post-scriptum de sa dépêche ms. du 27 juin 1568 à Philippe II. « Dice que esta en una pieza oseura, porque no tiene sino una ventanilla, pena con fuerte reja de hierro... y que tiene la reina en su compania très solas mugeres de las suyas, y que bay dos 6 très piezas an tes de adonde esta y en todas hay guarda de arcabuzeros; y en la pieza que esta an tes de la reyna esta milord Scroop, que es el gobernador de aquella frontera à la parte de Carlel, y que la entran à servir à la mesa algunos de sus erîados Ëseoceses, pero que duermen fuefa del castillo y salen temprano à la tarde, y el castillo no se abre hasta las diez del dio : y que la dejau salir hasta la yglesia del lugar para que pueda hacer algun ejercicio, pero van con ella cien arcabuzeros : no va â hora que se hacen sus officios y que ha pedido un sàcerdote a Scroop , y ha le respondido que no le hay en Inglaterra. » Arch. de Simancas, Estado Inglaterra, leg. 820.

entravée dans ses desseins, contrainte dans sa personne 9 gênée dans sa foi , menacée dans son honneur. Montmorin partit d'Angleterre sans avoir obtenu d'Elisabeth autre chose que de vaines paroles. Alors, n'espérant plus rien de la reine d'Angleterre % Marie tourna ses prières vers les princes du continent*. Elle leur adressa un manifeste pour les appeler à sa défense*, et elle peignit au cardinal de Lorraine, son oncle, les malheurs des Écossais fidèles et sa propre détresse en traits lamentables : — « Je vous supliray, lui disait-elle, avoir pitié de l'honneur de vostre pauvre niepce et procurer le secours que vous dira ce porteur et cependant de l'argent; car je n'ay de quoy achetter du pain, ny chemise, ny robe. La royne d'icy m'a envoyé un peu de linge et me four-

* Marie Stuart écrivit à Elisabeth le 21 juia, par le retour de Montmorin : u H faut que je supplie et le roy de France et celui d'Espaigne, si n*i voulés avoir respect, d'avoir esguard à ma juste querelle, et me remettent en mon lieu. » Labanoff, t. II, p. 110.

* Elle écrivit le 21 juin à Gusman de Silva, et le 11 juillet à Philippe II, deux lettres qui sont inédites , et que je donne dans Fappendix I. Les copies en sont extraites des Archives de Simancas, Négociations d'Angleterre, liasse 820. — Lettres à Charles IX du 21 juin, h Catherine de Médîcis du 26 juin. Labanoff, t. II, p. 112 et 128.

* Ce manifeste, imprimé en français dans Teulet, t. II, p. 241 à 252, est inséré, d'après la traduction italienne tirée des Archives de Médicis, dans le Recueil du prince Labanoff, 1. VII, p. 343, etc.

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