CHAPITRE VII
mon grand regret qu'il est interprété autrement *. » Elle suppliait Elisabeth de ne pas lui causer plus de mal que ne lui en avaient fait ses ennemis mêmes^ et disait en finissant : — « Je ne puis ni ne veulx répondre à leurs faulses accusations , et me justifier en forme de procès contre mes subjects... Madame, eux et moy ne sommes en rien compaignons, et quand je devrois estre tenue icy, encore aimeroys-je mieulx mourir que me faire telle*. »
Si Marie Stuart avait conservé ces fiers sentiments et s'était maintenue dans ces habiles refus, Elisabeth n'aurait pas pu la juger et l'aurait difficilement retenue. Les princes de l'Europe s'intéressaient vivement au sort d'une princesse dont la cause était la cause des rois'. Charles IX et Philippe II, auxquels
* Marie Stuart à Elisabeth. Labanoff , t. II, p. 97.
' lind., p. 99.
' Catherine de Médicis avait écrit le 26 mai 1568 à Élisabetli en lui disant que son fils et elle se tenaient pour assurés que Marie Stuart recevrait : « toute Tayde , faveur, secours et amitié que une princesse , affligée comme elle est , doibt espérer de vous , et que vous demeurerez en la mesme opinyon en laquelle vous avez esté , qui est qu'il fault que les princes se secourent les ungs les aultres pour cfaastier et punir les subjects qui se eslèvent contre eulx , et sont rebelles à leurs souverains , et d'autant que cecy nous touche à tous, et que nous debvions embrasser le faict et protection de cette royne désolée et affligée , pour la remectre en sa liberté et en Fauctorité que Dieu luy a donné, et laquelle de droict et équité luy appartient, et non à aultre. >» Anderson, t. ÎV, part. 1 , p. 4ô.
l'infortunée Marie avait adressé ses plaintes et ses supplications , ne pouvaient pas la secourir en ce moment. L'un, à peine sorti de la seconde guerre civile, était sur le point d'entrer dans la troisième, qui devait être plus longue et plus acharnée. L'autre employait ses forces à réprimer l'insurrection que les excès de son autorité et de son zèle religieux avaient excitée dans les Pays-Bas , et à combatti'e les Mores d'Espagne que la dureté de son administration et ses révoltantes mesures soulevaient dans les montagnes de Grenade. Mais ils étaient intervenus tous deux auprès d'Elisabeth en faveur de Marie Stuart, Philippe II par son ambassadeur Gusman de Sîlva*, Charles IX par son envoyé Montmorin qui, après avoir vivement recommandé Marie Stuart à Elisabeth au nom du roi et de sa mère^, alla la visiter à Carlisle^. Il trouva dans cette forteresse l'ancienne reine de France , la reine fugitive d'Ecosse, réduite à la condition d'une prisonnière. <f La pièce qu'elle occupe , dit-il à son retour de Carlisie , est obscure; elle n'a qu'une seule croisée garnie de barreaux de fer. Elle est précédée de trois autres
* Don TomdiS Gonzalez, Apuntamientos para la histoiia, etc., p. 83.
2 Lettre de Catherine de Me'dicis à Elisabeth du 26 mai 1568. Anderson, t. IV, part, i, p. M,
* Lettre de Bochetel de la Forest à Charles IX du 19 juillet 1568, dans Teulet, t. II, p. 226, 229*