‹ Histoire de Marie StuartChapitre 100 sur 224 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de rÉcosse. Killegrew , que n animait pas la même haine et qui n'avait pas les mêmes craintes , ne fut pas plus généreux que Morton , dont il appuya la demande. De leur côté , Letbington et Grange s'adressèrent à Burghley, dont ils invoquèrent l'ancienne amitié 9 et ils se recommandèrent à la compassion, à la douceur et à l'intérêt prévoyant d'Elisabeth : « — Nous avons la confiance, disaient-ils, que Sa Majesté ne voudra pas nous placer hors de son pouvoir et nous livrer à nos ennemis mortels. S'il lui plaît d'étendi'e sur nous sa très-gracieuse clémence, elle devra être assurée que nous lui serons dévoués à perpétuité autant que qui que ce soit de cette nation et même qu'aucun de ses sujets, parce que maintenant nous pouvons nous obliger envers elle plus qu'il ne nous était permis auparavant , et le bienfait de Sa Majesté nous attachera éternellement à elle. l)ans la position où nous nous trouvons, nous convenons que nous ne sommes pas de grande valeur; mais, si Sa Majesté nous en donne le moy«ti, peut-être serons-nous plus tard en état de la servir. Votre Seigneurie connaît maintenant notre requête. Nous la prions de vouloir bien l'appuyer. Dans aucun temps, l'amitié de Votre Seigneurie n'a pu nous prêter un pareil appui. Nous en avons souvent éprouvé les effets, et nous vous supplions de ne pas nous en priver dans ce moment de notre grande misère , où nous en avons besoin plus

que jamais. Si, par la médiation de Votre Seigneurie, Sa Majesté nous conserve, Votre Seigneurie nous trouvera à jamais liés à son service... Nous sommes entre les mains de Sa Majesté : qu'elle fasse de nous ce qui lui plaira*. »

Cette touchante lettre, écrite le surlendemain du jour où le château s'était rendu à Drury, ébranla un moment Elisabeth. Lui inspira-t-elle un mouvement de généreuse pitié, ou bien cette reine chercha-t-elle s'il serait plus avantageux à sa politique de conserver deux hommes aussi capables et aussi influefnts que de les sacrifier à Morton? Quel que fût le motif de son hésitation , elle demanda tout d'abord des informations sur la qualité et la quantité de leurs offenses * . Mais Morton et Killegrew ayant insisté de nouveau, elle céda et fit donner l'ordre barbare de remettre les prisonniers entre les mains du régent. C'était les envoyer à la mort. Avant que cette cruelle décision arrivât en Ecosse , Lethington avait succombé dans sa prison. Sa mort, naturelle ou volontaire*, le sauva du supplice auquel son chevaleresque compagnon, Kir-

* Lethington et Grange à Burghley, 1" juin 1573, au State Pap. Off., et dans Tytler, t. VU, p. 419, 420.

» Tytler, ibid.y p. 420.

* « Lidington mourut h Leith à la vieille mode des Romains, et l'on prétend qu'il se donna la mort pour s'épargner la honte de périr de la main du bourreau, w Mémoires de Melxnly t. Il, liv. iv, p. 56.

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