CHAPITRE IX
Mais les assiégés n'étaient pas en état de le soutenir. Us manquaient de munitions. Les soldats , privés d'eau, étaient presque tous malades. Il n'en restait pas quarante de valides pour repousser l'attaque. Le laird de Grange comprit alors qu'il ne devait pas s'obstiner davantage, et, le soir du 26, il se présenta sur le rempart avec une verge blanche à la main. Il obtint un armistice de deux jours pour préparer la reddition du château. Il demanda que les assiégés sortissent la vie sauve et conservassent leurs biens ; que Hume et Lethington eussent la permission de se retirer en Angleterre , et qu'il pût se rendre luimême dans son pays sans y être inquiété '.
Le régent refusa d'admettre ces conditions. Ses principaux adversaires étaient près de tomber dans ses mains; il ne voulut pas les laisser échapper. Il exigea que les soldats de la garnison sortissent du château isolément et sans armes, pour aller où il conviendrait à ' chacun d'eux , et que les neuf principaux chefs, parmi lesquels étaient Kirkaldy, Hume , Lethington , R. M elvil , se soumissent à ce qu'ordonnerait d'eux la reine d'Angleterre, d'après le traité conclu entre elle et le roi d'Ecosse *. C'était leur annoncer qu'ils n'auraient pas de quartier. En
*Tytler,t. VII,p. 416.
* « The regent's answer to the castillans. »> 28 mai. Au State Pap. Off., et dans Tytler, t. VII, p. 417.
entrevoyant le sort qui leur était réservé , ils rompirent la conférence, et aimèrent mieux mourir les armes à la main ; mais les soldats refusèrent de les suivre dans leur résistance désespérée. Ils se mutinèrent, et Lethington fut menacé par eux d'être pendu sur le rempart de la place , s'il ne décidait pas dans six heures le laird de Grange à rendre la citadelle \ Le valeureux laird, réduit à cette cruelle extrémité, menacé de mort par ses ennemis, d'abandon par ses soldats, prit, d'après le conseil de Lethington, un parti qui lui laissait au moins quelque espérance. Dans la nuit du 29, il fit entrer secrètement au château deux compagnies anglaises, et se remit avec les siens entre les mains de Drury, en déclarant qu'ils étaient les prisonniers de la reine Elisabeth et non du régent Morton*.
Mais Morton n'entendait pas que sa proie lui fût ainsi dérobée. Il voulait se débarrasser des deux hommes dont il redoutait le plus l'habileté ou la valeur^ afin que son gouvernement futur fût mieux obéi et moins entravé. Il écrivit donc à Burghley ^, en réclamant les prisonniers, pour les faire punir comme les principaux auteurs des troubles et des malheurs
* Killegrew à Burghley, 20 juin, au State Pap. Off., et dans Tytler, t. VII, p. 417.
* Ibid., p. 419.
* Morton à Burghley, au State Pap. Off., et dan» Tytler, t. VII, p. 418.