CHAPITRE IX. 2M
nagement pour sa redoutable et triomphante rivale» Dans cette situation ^ n ayant plus d'appui au dedans 9 n'espérant plus d'assistance du dehors^ elle changea de conduite et de langage. Elle essaya d'adoucir Elisabeth par ses soumissions. La liberté qu'elle n'avait pas pu se procurer de vive force, elle travailla à Fobtenir de bon gré. Sa fierté s'était d'abord offensée du silence que gardait envers elle la reine Elisabeth , à qui elle écrivait souvent et qui ne lui répondait pas*. Elle contint alors les mouvements de son irritation et de son orgueil. Elle prit tme résignation patiente , et la reine altière dans ses sentiments, éloquente dans ses plaintes, agitée et hardie dans ses projets, devint une prisonnière douce, calme et presque humble. Elle évita tout ce qui pouvait donner de l'ombrage à Elisabeth * ; elle restreignit ses corre^ndances, qui furent sur»tout relatives aux affaires et aux revenus de son douaire en France. Elle obtint en retour de pouvoir
* « Voyant le peu de compte que de tout ce temps passé vous avez faîct de moy, de mes lettres , ministres , remonstrances et humbles requestes , jusques à desdaygtier de m'en fayre response de vous mesmes ou par les vostres, en me traistaat de pis eu pis» j'avoys conclu de ne plus vous eu* nuier ny me rompre la teste en vain, résolue souffrir ce qu'il plairoit à Dieu m'envoyer par vos mains, n Lettre de Marie Stuart à Elisabeth du 25 décembre 1571* Labaapff , t. IV, p. 10.
^ Ibid.:, p. 112.
se promener dans les jardins et le parc de ShefBeld. Les murs humides de ses prisons lui avaient donné un rhumatisme au bras ^ , qui Tempêchait quelquefois d'écrire et qui ajoutait ses gênes douloureuses à la maladie de foie dont elle souffrait de-, puis longtemps et que ses infortunes avaient beaucoup empirée. Aussi demanda-t-elle et lui fut-il accordé d'aller de temps en temps prendre les bains de Buxton * placés dans le voisinage de Sheffield.
Pour diminuer les ennuis de son oisive captivité , qui n'était plus occupée à ourdir des trames en Angleterre, en Ecosse et sur le continent, à construire et à renouveler les chiffres nécessaires à ses correspondances secrètes, à dicter des lettres à son secrétaire écossais Curie et à son secrétaire français Raullet , à se procurer des agents adroits et fidèles ou à les employer, elle élevait des oiseaux, s'entourait de chiens de diverses espèces, et travaillait à l'aiguille. « Monsieur de Glasco , écrivait-elle à son ambassadeur en France, je vous prie me fayre recouvrer des tourterelles et de ces poulies de Barbarie , pour voir si je pourray les faire eslever en ce pays..., je prendrois plésir de les nourrir en casge, comme je fays de tous les petits oiseaux que je puis
* Elle l'appelait un catarrhe. Lettre du 30 avril 1572. Labanoff , t. IV, p. 44.
* Le prince Labanoff mentionne tous «es dëplacenients, ' dans son recueil. '