CHAPITRE IX
qu aultres , j'en Uavaillerois. Cependant je vous prie me recouvrer de la bisette d'or garnie de papillotes d'argent, la plus belle et délicatte que pourrés, et m'en envoyer six aulnes et vingt aulnes de bisette double , ou aultrement passement estroit à jour tout d'or ^ »
Voilà où en était réduite la pauvre Marie Stuart. Cette princesse si fière , et naguère encore si remuante, s'occupait dans sa prison à faire des ajustements* pour celle qui l'y tenait renfermée, au mépris du droit des gens et delà dignité des couronnes. Elle cherchait aussi à se rendre favorables les principaux conseillers d'Elisabeth. Elle priait les princes de sa famille d'envoyer des présents et des paroles de reconnaissance à Leicester, qui prétendait être dans ses intérêts *. Elle écrivait avec amitié à Burghley^ qui l'avait rencontrée aux eaux de Buxton.
* Lettre du 14 septembre 1574. Labanoff, U IV, p« 292 et 323,
* Elle disait à La Mothç Féneloo, en lui parlant « de Taccoustrement de réseuil » qu'elle envoyait à Elisabeth : « Et le jour qu'elle me fera cette faveur de le porter, je vous prie lay baiser très humblement les mains pour moy; de quoy je vous seray obligée, combien que je ne puisse avoir ce bien de la voir nioy-mesme aussy bien que vous. » Lettre du 13 décembre 1574, Labanoff, t. IV, p. 240.
» Labanoff, t. IV, p. 77, 190, 205.
* Labanoff, t. IV, p. 78, 104. « Burleigh écrit fort honnestement de moy... Burleigh même est en discrédit, » thid,, p. 199, 201.
Elle flattait même l'inquiet Walsingham , devenu secrétaire d'État depuis que Burç[hley avait été investi de la charge de grand trésorier. Elle redoutait, pour employer son langage expressif, les lurbulerUes imaginations de ce ministre, qui, chai'gé maintenant de la police des partis, veillait à la sûreté d'Élisa* beth. Aussi écrivait-elle à l'ambassadeur de France : to Vous lui promettrés de ma part que de ma vie je ne feray chose contre la royne, sa maîtresse, et qu'en cette condition , s'il me veut estre amy , j'en feray estât , tout au contraire de ce que j'ay tousjours crainct de lui jusqu'à présent \ »
L'avènement de Henri III au trône, après la mort de Charles IX, ranima un peu les espérances de Marie Stuart. Comme duc d'Anjou, Henri III avait été le chef du parti catholique en France, et il avait acquis une réputation d'habileté et de fermeté qu'il ne conserva pas longtemps conune roi. De ses trois beaux-frères, c'était celui sur les sentiments duquel Marie Stuart comptait le plus '. Elle crut un mo-
* Labanoff , t. IV, p. 223.
* Au momeot même où il arrivait de Pologne, elle écrivait à l'archevêque de Glasgow : u Ils sont bien surpris de la venue du roy, et creignent la g^uerre : toutes fois, ils se font fort d'estre recherchés dudit sieur mon bon frère. Ils m'ont en plus (jrande jalousie que jamais pour le soubçon que vous sçavcz qu'il y a longftemps qu'ils prindrent que j'avoys faict transport de mon droict au roy d'à présent, et aussy ils