CHAPITRE IX
dans labandon formel d*Henri III , qui déclara pré* férer l'amitié de la reine d'Angleterre à la liberté de la reine d'Ecosse*: dans Tinertie circonspecte de Philippe II, qui se préparait à occuper militairement le Portugal dont il allait re<^ueîllir l'héritage, et dans la mort de don Juan d'Autriche., survenue avant la soumission des Pay^Bas ; enfin dans l'impuissance de son cousin le duc de Guise , hors d'état de rien tenter en sa faveur sans l'appui de la France ou de l'Espagne.
Ce ne fut qu'en 1581 , après la chute définitive de Morton , que Marie Stuart recommença la lutte avec Elisabeth. Morton occupa la régence plus longtemps à lui seul que ses trois prédécesseurs ensemble^ Durant cinq années, il maintint l'Ecosse m paix, sans qu'il s'y formât de nouveaux partis et qu'on y ratiimàt les anciennes contestations. Sous cette paix profonde le pays prospéra. Il recueillit les fruits de la révolution protestante et de la concorde publique. L'industrie des villes se développa, la marine s'étendit, le bien-être des populations s'accrUt ^ et l'aspect heureusement changé de l'Ecosse excita la surprise et presque l'envie des ambassadeui»s d'Elisabeth *. Mais il était contraire à l'esprit
* Dépêche de A. Paulet à ÉlisabeiTi du 19 février 1578, au State Pap. Off.
* Voir dans Murdin, Occurents from Scotland, july 1575, p. 282, surtout p. 285, et Tytler, t. VIII, p. 21.
s'expatrier. L'aînë , le comte d'Arran , tombé en démence depuis longtemps, fut saisi dans le château de Draffenavec sa mère et retenu captif. Le second, lord Arbroath, se réfugia en Flandre, et le troisième , lord Claude , alla chei^cher un asile auprès d'Elisabeth K Après avoir renversé cette redoutable maison , qui fut proscrite comme coupable du meurtre des deux régents Murray et Lennox, et dont les biens et les titres furent donnés à d'autres, Morton semblait solidement établi par la docile soumission du roi , par lappui déclaré de l'Angleterre et l'obéissance craintive de l'Ecosse.
Néanmoins une révolution , cette fois plus décisive, se préparait contre lui. Elle fut l'œuvre de deux jeunes Écossais qui, arrivés depuis peu du continent, s'insinuèrent dans la confiance de Jacques VI et devinrent ses favoris. Esmé Stuart, connu sous le nom de M. d'Aubigny , d'un extérieur et d'un esprit agréables, de mœurs élégantes et douces, quitta la cour de France, où il avait été élevé, et parut le 8 septembre 1579 à la cour d'Ecosse *, avec une mission secrète du duc de Guise. Il était catholique, et devait remplacer le comte d'Athol à la tête du parti resté fidèle à la vieille religion du pays et dévoué à la race de ses rois. Jacques VI , dont il
< Camden, t. Il, p. 332.-.Tytler, t. VIIÎ, p. 50 à 53. 2 Tyller, t. VIII, p. 57, surtout d'après les lettres ms. des ambassadeurs angolais , sir R. Bowes et Nicolas Arrington.
était le cousin ^, le reçut avec une faveur singulière; il prit pour lui un goût extrême , le fit son chambellan , et le créa comte de Lennox. Une élévation aussi soudaine alarma Morton et Elisabeth. Ils suspectèrent les projets de Lennox, qui fut attaqué comme catholique par le parti zélé des presbyte* riens, et accusé par le parti anglais de vouloir s'em** parer du roi pour le conduire à Dumbarton , et de là hors de FÉcosse ^. Cette défiance n'était pas sans fondement , puisque Marie Stuai-t n'eut pas d'autre pensée que celle de tirer son fils d'Ecosse pendant les années 1579 et 1580*. Mais elle ne s'entendait pas encore avec d' Aubigny : ce n'était point en France qu'elle voulait faire conduire le jeune roi, c'était en Espagne.
Elisabeth, avertie par Morton, envoya sir Robert BoM^es en Ecosse afin de balancer l'influence française de l'agent des Guises auprès de Jacques VI en lui offrant la certitude de sa succession, s'il demeu* rait attaché à la cause de l'Angleterre. Mais une perspective aussi lointaine ne pouvait l'emporter,
^ Son père, Jean Stuart, était frère de Mathieu Stuart, graod-père de Jacques VI. Il possédait héréditairement la terre de d' Aubigny, que Charles VII avait donnée à l'un de ses ancêtres. Camdeu, t. tl, p. 331.
2Tytler,t. VIII,p. 60, 61.
* Voir la collection du prince Labanoff pour ces deux années.
dans l'esprit d'un roi encore enfant, sur la vivacité de ses goûts et l'entraînement de ses affections. Lennox se maintint dans tout son crédit. Il rassura avec adresse les ministres presbytériens en professant le protestantisme , et il fit honneur de sa conversion à son jeune maître, qui , élevé par Buchanan à l'école raisonneuse de l'examen, était déjà un controversîste exercé. Il flatta ainsi la vanité théologique de ce prince, qui, enchanté de son favori, lui confia la garde du château de Dumbarton. Cette forteresse était nécessaire à Lennox pour accomplir avec plus de facilité sa mission ; mais il avait besoin avant tout d'abattre Morton.
Il en prit la résolution , et fut secondé dans cette entreprise par un autre Écossais plus hardi et plus habile que lui , par James Stewart , second fils du laird d'Ochiltree, qui , après avoir servi comme officier de fortune dans les guerres du continent , était revenu en Ecosse , où il était capitaine de la garde royale. Très-agréable à son maître , attaché à Lennox , d'accord avec la confédération puissante de la noblesse opposée à Morton , le capitaine James Stewart accusa l'ancien régent de complicité dans le meurtre de Darnley , et le fit arrêter, au milieu même i
du conseil et en présence du roi. Cet acte d'une I
extrême audace eut un plein succès. Il annonça la '
ruine imminente du parti anglais en Ecosse. Élisabeth en fut émue au dernier point. Elle n'oublia