CHAPITRE IX
rien pour sauver Morton; mais tout fut inutile. Ses injonctions menaçantes, les manœuvres du grand agitateur Kandolph , envoyé tout exprès à Edimbourg, la réunion sous lord Hunsdon d'une armée anglaise prête à passer la frontière et à pénétrer en Ecosse, ne préservèrent point ce dernier chef des anciennes guerres civiles , ce complice de plusieui^ meurtres, du sort funeste qu'avaient subi et Riccio , et Damley , et Murray , et Lennox , et l^etfaington, et Kirkaldy de Grange, sort auquel n'avaient échappé ni Bothwell ni Marie Stuart, dont l'un était déjà mort dans une forteresse danoise, et dont l'autre devait rester captive jusqu'à sa tra^ gique fin.
Arrêté le 31 décembre 1580 , Morton fut condamné, le 2 juin 1581, à être décapité, comme coupable d'avoir participé au complot contre la vie du père du roi. Il avoua l'avoir connu sans y avoir pris part, mais aussi sans l'avoir révélé, ne l'ayant ni osé ni pu, parce que tout, dit-il, s'était fait de l'aveu et sous la direction de la reine. Il mourut avec la sombre énergie d'un presbytérien et la fierté indomptable d'un Douglas. Son parti fut abattu, la plupart de ses parents et de ses amis encoururent des condamnations ou prirent la fuite, et Jacques, délivré entièrement de lui, donna à son principal adversaire, d'Aubigny, le titre de duc de Lennox, nomma son accusateur James Stewart comte d' Armn , transféra
le comté de Morton au catholique Maxwell, accorda au comte de March le comté d'Orkney, et créa lord Ruthven comte de Gow^ie^
La mort de Morton réjouit Marie Stuart *, qui , en l'apprenant , éprouva toutes les satisfactions de la vengeance et conçut l'espoir d'une meilleure fortune. Elle était entrée en relation avec Ijcnnox, dont elle s'était d'abord défiée. Après avoir longtemps refusé à son iils le titre de roi et avoir exigé des puissances catholiques du continent qu elles ne le lui accordassent point, elle admit un projet d'asso^ dation à la couronne, d'après lequel son fils recevrait l'autorité souveraine en vertu d'une délégation nouvelle et cette fois libre de sa part, et régnerait conjointement avec elle. Marie Stuart donna ses pleins pouvoirs au duc de Guise pour négocier et conclure cette transaction royale^. Mais outre ce plan, qu'on avait peu d'intérêt à tenir caché , il y en eut un autre tout à fait secret, que les partis ont vaguement soupçonné, et que les historiens ont imparfaitement connu. Préparé par les jésuites, approuvé du pape, concerté avec Lennox, ayant l'adhésion du ix)î d'Ecosse , assm'é du concours ardent de la maison de Lorraine, devant obtenir l'appui militaire du roi d'Espagne, il consistait à rendre l'Ecosse catholique
* Tytler, t. VIII, p. 75 à 99. » Labanoff, t. V, p. 264, 265.
» Ibid., p. 185 à 187.