CHAPITRE ÏX
En communiquant la lettre de Lennox à Mendoza , Marie Stuart écrivit à ce dernier, les 6 et 8 avril , une dépêche très-longue et extrêmement curieuse sur l'entreprise projetée ^ Elle lui disait que, pour la faire réussir, il y avait deux points à considérer, l'assistance armée que lui accorderaient le roi catholique et le pape, et le concours intérieur que lui prêterait l'Ecosse. Elle demandait que le secours promis du dehors fût exactement convenu et effectivement fourni, pour ri* abuser 7ii le comte Lennox ni ceulx de son partie et elle se chargeait de tout disposer dans le royaume même. — « Je negotieray, ajoutait-elle, avec toute diligence pour fortifier et ascroître ledict parti en Escosse, apoincter les ports et havres lors nécessaires à la réception du dict secours estranger. »
Mais elle recommandait de conduire ces mysté* rieuses pratiques avec une extrême prudence et sans la compromettre en rien. — " U y va de ma vye , disait-elle , et de l'Estat entier de mon filz , si elles venoient a estre découvertes, oultre que d'une façon ou d'aultre mon intention n'est pas qu'on puisse ja-
* Cette dépêche ms. est dans la liasse 836 des négociations en Angleterre, aux archives espagnoles de Simancas, sous le titre de : « Copia de carta descifrada de la reyna de Escocia a don Bernardino de Mendoza, quien la remite a S. M*** en carta de 26 abril, y de la que el duque de Lenos escriviô à la reyna. » Voir Appendix L.
mais vérifier que les dictes négociations aient esté faictes soubz mon nom , et si la nécessité requiert que je interviene, j ay d aultres moyens pretz beaucoup plus comodes que j ay délibéré de employer. » Mendoza répondit ^ à Marie Stuart que le roi catholique et le Saint-Père équiperaient, il en était sûr, une flotte semblable à celle qui avait été an«noncée et une armée plus grande encore , le jour où il y aurait possibilité d'atteindre un but si inestimable, mais qu'il fallait éviter , dans l'état présent des affaires, de donner par un armement aussi considérable des ombrages aux Français, de peur que, redoutant la perte de leur influence en Ecosse ou en Angleterre, ils ne s'unissent plus étroitement que jamais avec la reine Elisabeth et les hérétiques*. Mendoza était, en 1582, aussi peu encourageant pour le complot catholique de Lennox et des jésuites que l'avait été, en 1570, le duc d'Albe pour celui du duc de Norfolk et de Bidolfi. L'ecclésiastique qui était venu sous le déguisement d'un dentiste, et à pied, lui apporter des lettres de Marie Stuart , il l'envoya auprès du duc de Lennox avec des letti'es de lui, cachées dans un miroir*. Il y
* Sa réponse est donnée avec détail dans la dépêche au roi catholique du 26 avril 1582. Simancas, Neg. de Estado Inglaterra, leg, 836. — « Ibid.
' « Justamente respondi al de Lenos con palabras gèneraies con cl despacho de la reyna de Escocia, el cual Ilevo