CHAPITRE IX
Le duc de Guise eut, à ce sujet, une conférence secrète avec l'ambassadeur d'Espagne, chez le nonce du pape. Il considérait le parti catholique comme assez puissant et assez préparé à agir en Angleterre pour ne pas renvoyer l'expédition plus tard que le mois de septembre. Il dit qu'afîn d'éviter la jalousie que pourrait avoir le roi de France il fallait que l'expédition ne parût pas dirigée par le roi d'Espagne , qui fournirait seulement des armes et opéremit une diversion en Irlande , tandis que lui , à la tête de quatre mille honunes, son frère le duc de Mayenne, et son allié le duc de Bavière, que l'évéque de Ross avait gagné en 1578 à la cause de Marie Stuart', avec des soldats allemands et les expatriés anglais qu'il prendrait aux Pays-Bas,, se jetteraient sur divers points de l'Angleterre, où le docteur Allen donnait l'assurance d'un vaste soulèvement. Malgré les inconvénients et les dangers auxquels exposait le retard de l'entreprise , Tassis montra qu'il serait impossible de l'exécuter avant l'hiver. L'invasion fut donc renvoyée à l'année suivante *.
* Le duc de Guise apprit, peu de temps après, que le roi d'Ecosse , ainsi que cela avait été secrètement arrangé avec MéneviUe, s'était habilement rendu
*• Dépêches interceptées de Pévêque de Ross, de septembre 1578, au Brit. mus. Caligula, c. v, fol. 104, 105, 106.
^ Dépêche du 24 juin. Papiers deSimancas, Neg. de Francia, lettre B, liasse 54, n'' 202.
libre à laide des comtes de Huntly, de Crawford, d'Argyle et Marschal , dans le château de Saint^Atidré, et avait échappé au joug de la facticm anglaise. Cet acte d affranchissement$etaitaccomplile27juin 1583. Le jeune prince avait ensuite rappelé auprès de lui le comte d'Arran et repris les projets que lui avait suggérés le duc de Lennox en faveur de Marie Stuart. Il écrivit, le 19 août, au duc de Guise ; «La grande affection et Famitié que vous ne cernez de montrer à la reine, ma mère et dame^ ainsi quà moi , comme je l'ai su par vos lettres et par celles du 13 août, dans lesquelles ma mère ma entretenu de Textréme confiance qu'elle avait eti vous, dont elle désire que je suive les avis et conseils, me font accepter les ouvertures qui m'ont été adressées de votre part. Tout ce que vous avez conçu pour la liberté de ma mère et poiu» venir à bout de nos prétentions me parait fort bien, et les moyens préparés me semblent très-convenables, pourvu que les choses soient adroitement conduites ^ » Il le priait d'envoyer en Ecosse ou Méneville ou d'Entraîgues, tous les deux ses serviteurs et ses agents.
Le duc de Guise fit partir le 22 août pour Rome Richard Melino ^, chargé de rendre compte deFentreprise au pape et de lui demander son assistance.
* Papiers de Simancas. Neg. de Francia, série B, liasse 54, n*> 122. La lettre de Jacques VI est traduite eo espagnol. 2 Ibid., B, 54, 144.