CHAPITRE IX
que la cour de Rome désirait voir accomplir depuis longtemps, pressa Philippe II dy mettre la main sans retard. Philippe II lui répondit par l'entremise du comte d'Olivarès , son ambassadeur auprès du Saint*Siége \ qu'il ne demandait pas mieux, mais que rien n'était prêt encore, et que le froid et l'humidité de l'Angleterre dans la saison d'hiver ne permettaient pas d'y faire camper une armée, Il assura, du reste, à Grégoire XIII, qu'il allait transporter sur-le-champ en Flandre les soldats revenus de la conquête de l'île de Tercelre , afin de les envoyer au nombre de quatre mille en Angleterre, lorsque tout aurait été combiné à cette fin. Et , comme si l'enti*eprise ne pouvait pas manquer de réussir, il ajoutait M qu'une fois Elisabeth renversée , l'île entière serait soumise à un seul souverain ' qui devait être catholique. Il fallait pour cela que le jeune roi d'Ecosse fût tiré de ses erreurs par des conférences avec des docteurs religieux , et que sa mère se mariât, afin que la crainte d'un autre héritier de la couronne d'Angleterre le ramenât au sein de l'Église; ou que, s'il persistait dans Thérésie, Dieu y portât remède en donnant un successeur catholique
* u Nota de Su Mag"^ remitida al conde de Olivares en respuesta a la propuesta de Su Santidad sobrç la empresa de Ipglaterra. » Arch. gen. de Simancas, Neg. de Roma, leg. 944.
* u Un senor de toda la isla. n tlnd.
à la reine '. » Seul en état de fournir aux frais de l'entreprise , Philippe H avait mis de l'argent à la disposition des conjurés pour en commencer les préparatifs *.
Mais ce projet fut découvert comme l'avaient été les autres. La surveillance du gouvernement d'Elisabeth surpassait l'activité du gouvernement de Philippe II. Tout ce qui était mis en œuvre d'un côté, afin d'abattre le protestantisme en Angleterre et en Ecosse, était employé de l'autre à y ruiner de plus en plus le catholicisme. Opposant ruse à ruse , intrigue à intrigue , attaque ouverte à invasion pro-
* « ...Séria tambien de mirar si se habian de poner los ojos en casar à la reyna su madré y con quien , para que en este torcedor y miedo de otro heredero faiciesse reducir al hîjo por no ser excluydo de la sucesion de Inglaterra, o que cuaudo ni aun esto bastasse, fuesse Dios servido remediarlo con dar sucesion catholica de la reyna. » Arch. gén. de Simancas, Neg. de Roma, leg. 944.
^ Déjà, le 24 septembre de Tannée précédente, il avait donné Tordre à Tassîs de compter au duc de Guise 10,000 écus qui devaient être distribués par lui. (Pap. de Sim., Arch. nat., série B, liasse 66, n"" 52.) — Le 24 janvier 1583, il lui avait prescrit d'en remettre 10,000 à Lennox, qui alors vivait encore, pour délivrer Jacques Vison maître, (/fcirf., série B, liasse 54, n° 190.) — Enfin, vers cette époque, il avait fait verser 20,000 écus {Ibid.^ série B, liasse 66, n"" 45) entre les mains du duc de Guise, et 11,000 entre celles de l'archevêque de Glasgow, pour être employés^ était-il dit dans la quittance, en certaines affaires dont ne convient faire ici particulière relatton. (Pap. de Sim., Arch, nat., ^ne B, liasse 66, n" 43.)