CHAPITRE IX
tesse de Shrewsbury avait prétendu qu'une étroite intimité s'était établie entre elle et son mari, et qu'elle était devenue grosse.
Sensible à l'excès à cette calomnie ^, que la comtesse fut contrainte de démentir ^, la captive indignée s'en plaignit avec la dernière amertume. Elle communiqua à Elisabeth même , pour rendre suspecte la comtesse de Shrewsbury, les confidences déshonorantes que celle-ci lui avait faites sm* les amours de la reine d'Angleterre, se vengeant ainsi, avec une colère qui n'était peut-être pas iiréfléchie, de ses deux ennemies , en dénonçant l'une et en blessant l'autre. « J'appelle mon Dieu à tesmoing, écrivait Marie Stuart à Elisabeth , que la comtesse de Shrewsbury m'a dit de vous ce qui suit, au plus près de ces
termes Premièrement, qu'im (le comte de Leî-
cester) auquel elle disoit que vous aviez faict promesse de mariage devant une dame de vostre chambre, avoit couché infinies foys avvesques vous, avecque toute la licence et privaulté qui se peut
user entre mari et femme; que vostre mariage
ne se pourroit accomplir, et que vous ne vouldriez jamais perdre la liberté de vous fayre fayre l'amour et avoir vostre plésir toujours avecques nouveaulx amoureulx, regrettant, ce disoit elle, que vous ne
*Labanoff,t. VI,p. 37, 43.
» Ihid., p. 69.
VOUS contentiez de master Haton et un aultre de ce royaulme; mais que vous aviez engagé vostre honneur avec un estrangier nommé Simier, Valant
trouver de nuict en la chambre d'une dame où
vous le baisiez et usiea avec luy de diverses pri-
vaultez deshonnestes que vous vous estiés des-
portée delà mesme dissolution avvec le duc (d'Alen-^ çon) son maystre, qui vous avoit esté trouveç une nuit à la porte de vostre chambre, où vous l'aviest rencontré avvec vostre seuUe chemise et manteau de nuit, et que, par après, vous l'aviez laissé entrer^ et qu'il demeura avvecques vous trois heures'. »> Cette étrange lettre, où Marie rapportait à Elisabeth tout ce que la comtesse de Shrewsbufy lui avait raconté de l'excès de sa passion pour le vice-chambellan Hatton, de l'extravagance de sa vanité, qui se laissait dire et semblait croire qu'on n'osoit pas la reguarder à plain^ parce que sa face luysoit comme le salleil * j de la violence de ses colères contre les dames attachées à sa personne, dont une avait eu un doigt rompu et une autre avait reçu, en la servant à table, un grand coup de cousteau sur la mayn^; enfin d'une infirmité dégoûtante qu'elle avait à la jambe par une plaie ouverte^, cette étrange lettre, peu propre à lui concilier les bonnes grâces d'Elisabeth >
* LabanoflF, t. VI, p. 51, 52.
2 Ibid., p. 53. — » /6îU, p. 54. — * Ibid.^ p. 55-