CHAPITRE IX. %7i
ne fut vraisemblablement pas remise à cette reine ^ La délivrance de la reine d'Ecosse ne se discutait pas moins à Londres entre le secrétaire Nau et les ministres anglais. Dans un mémoire remis à ces derni^« par Nau^ les conditions ^i étaient réglées à peu près comme elles lavaient été à Wingfield en 1669 et à Cbatsworth en 1570. Il y était ajouté que t Marie Stuart désavouerait la bulle par laquelle le pape privait, en sa faveur, Elisabeth de son royaume ; naurait aucune relation avec les sujets de cette dernière pour les exciter à la guerre civile sous un prétexte religieux ou politique; ne soutiendrait pas ceux qui s'étaient dqà rendus coupables de rébellion et avaient été condamnés comme traîtres; ne travaillerait pas avec les princes étrangers à trou- Mer r Angleterre, qu elle défendrait au contraire de toutes ses forces si elle était attaquée du dehors; ferait une ligue défensive et offensive avec Elisabeth ; donn^ait des otages de sa conduite en sortant d'Angleterre; n'innoverait rien en Ecosse touchant la religion , n'y demandant que le libre exercice de la sienne pour elle et ses domestiques; accorderait une amnistie générale de toutes les offenses qu'elle y avait reçues; obtiendrait le retour des bannis écos-
* Le prince Labanoff , qui en a vu Toriginal dans les papiers de Cecil, ce qui en met l'authenticité hors de doute , conjecture avec apparence que Burghley la ^arda sans la communiquer à Elisabeth.
sais s'ils consentaient à se soumettre , et marierait le roi son fils sur l'avis et avec l'agrément de la reine d'Angleterre sa bonne sœur ^
Pendant que se poursuivait cette négociation, Elisabeth avait pénétré encore plus avant dans les complots ourdis contre elle en Europe. Le jésuite Creighton et le prêtre écossais Abdy, pris par un corsaire danois, avaient été livrés à Walsingham. Leurs papiers, qu'ils s'étaient hâtés de déchirer, mais dont on avait réuni les fragments , et les aveux de Creighton, appliqué à la torture, avaient dévoilé avec détail les projets du parti catholique continental, comme ceux de Francis Throckmorton avaient fait connaître les dispositions du parti catholique anglais. L'opinion protestante s'était fortement émue , et l'on avait menacé de formidables représailles les ennemis, quels qu'ils fussent, d'Elisabeth et de la foi réformée. On avait dressé et signé dans le royaume ime association dont les membres s'engageaient à poursuivre jusqu'à la mort ceux qui attenteraient à la vie de la reine, et même celle en faveur de qui l'attentat serait conunis ou projeté *.
Le parlement anglais assemblé sur ces entrefaites avait, dans le même esprit, passé deux bills dirigés contre Marie Stuart et contre les catholiques. Le
*■ Labanoff , t. VI, p. 58 à 65. Articles présentés par Nao de la part de Marie Stuart.
' Camdeii , t. II, p. 418. — Lingard, t. VII, ch, lu.
premier de ces bills , en cas de mort violente de la reine , privait Marie et ses descendants de tout droit à la succession de la couronne, et autorisait les confédérés de l'association à poursuivre à mort toute personne qui en serait déclarée complice par une cour de vingt-quatre commissaires. Le second déclarait coupable de haute trahison tout prêtre catholique anglais, ordonné par Tévêque de Rome, qui se trouverait dans le royaume après le délai de quarante jours, atteint de félonie quiconque le recevrait ou l'assisterait, passible d'une amende ou d'un emprisonnement à la volonté de la reine quiconque ayant connaissance de son séjour ne le dénoncerait pas , punissables comme traîtres les étudiants dans les séminaires étrangers qui ne seraient pas de retour en Angleterre six mois après la proclamation de ce bill , inhabiles à succéder aux propriétés de leurs parents les enfans qui iraient y étudier sans permission, frappés d'une confiscation de 100 livres sterling les parents qui y enverraient leurs enfants. Ces mesures épouvantèrent la reine d'Ecosse, qui y vit en quelque sorte scm futur arrêt de mort. Elle avait passé le 25 août 1584 de la garde du comte de Shrewsbury sous celle de sir Ralph Sadler et de Sommers , et elle avait été transférée de Sheffield au château de Wingfield. liOrsqu'on lui fit connaître l'acte d'association, elle proposa d'y ajouter son nom, ce qui fut refusé; mais elle signa seule une
déclaration analogue ^ Ayant apprU que le maître de Gray commençait à séparer les intérêts de son fils des siens propres , plie lui écrivit de bien s'en garder, car ce serait mettre en doute le titre de roi que son fils tenait d'elle , qui entendait d'ailleurs li4i laisser tout le gouvernement^ en ne ^ réservant que r autorité due à une mère^ ses nuiulaiet m ennuis lui o>yai}t fajct perdre tout goust du reste ^ Elle n'aspiF^f plus dans le moment qu'au repos. C'est ce qu'elle écrivait le 5 janvier 1585 à l'archevêque de Glasgow en lui disant qu'elle voulait laisser à son fils « l'administration de Testât et affayres dp pays d'E^cqsse '. » Ainsi paix pour Elisabeth} pouvoir pour Jacques VI, liberté pour elle, tels étaient alors les derniers désirs de la captive si souvent déçue.
Elle le fut encore une fois. Quelques jours aprè$i les négociations cessèrent , ses modes^ espérances s'évanouirent, le maître de Gray la Irabit , §on fils l'abandonna , et la reine d'Angleterre 1^ fit trans* porter du chiteaii de Wing^eld daps le sombra château de Tutbury. Quelle fut la o^u^ de ce changement sou4ain et d'une rppturp cetl^ fois s^ns retour? J^a dépouverte 4'u^e nouvelle ponspiration contre la yie d'Elisabeth ^t l'unipn dM continent catholique contre la cause pr^testapte. Un Gallois nommé William Parry, agent «ecpet de Wal^ingbam
* Labanoff, t. VI, p, 76, 77.
2 Ibid., p. 71. ■— ' Ibid., p. 78, 7e, et 82, 83/