CHAPITRE X
gagné plusieui*^ des anciens confidents de Marie; il ne s'était pas borné à corrompre le secrétaire de l'atnbassade française Cherelles, qui lui avait livré les chiffres en même temps que les corresponddances secrètes de la reine prisonnière; il avait encore organisé le plus vaste système d'espionnage< Il entretenait auprès des principaux conspirateur des agents qui lui découvraient tout et que leur zèle apparent pour la cause du catholicisme et de Marie Stuart empêchait d'être suspectés* Il en avait qui appartenaient aux familles les plus persécutées^ et qui sortaient même du séminaire de Reims. Un de ses agents, nommé Maud^ n'avait pas quitté Ballard dans tous ses voyages , et un autre , nommé Poley , qui avait plusieurs fois apporté des lettres du con-tinent^ ^'était glissé dans la confiance de BabingtoU et assistait aux conciliabules de Salnt-Giles que BabingtoU tenait^ avec ses amis. A ce redoutable espionnage 5 Walsingham avait ajouté l'art d'intercepter les correspondances sans qu'on s'en doutât. Il avait auprès de lui deux hommes fort habiles, Arthur Grégory à ouvrir les lettres , Phelipps à les déchiffrer*.
* Carte, t. III, p. 601. Babington, dans une lettre à Nau qu'il interrogeait sur Poley^ lui disait: « Je stiis fort privé
avec luy. » Ms. Bibl, nat., suppl. français, n° , p. 68.
*Tytler, t, VIII,p. 295.
C'est à l'aide de ces misérables instruments qu'il prépara la ruine de Marie Stuart. Comme les principaux ministres d'Elisabeth et les soutiens alors effrayés de la religion nouvelle, il pensa que la reine des catholiques suscitait, par sa vie seule, des dangers continuels à la reine des protestants. Mais si, selon lui et selon Burgbley, on ne pouvait pas garder Marie Stuart sans crainte, on ne pouvait pas non plus la faire périr sans motif. La raison d'État ne suffisait point; il fallait ime apparence de justice. Afin de se la procurer, Walsingham travailla à envelopper l'infortunée prisonnière dans les complots qui se tramaient en sa faveur. Il se servit surtout, pour les lui faire connaître et pour l'induire à y prendre part, d'un jeune prêtre catholique appartenant à une famille noble du comté de Stafford. Ce pervere et perfide jeune homme s'appelait Gilbert Gifford. Son père était détenu à Londres à cause de ses opinions religieuses ; lui-même avait quitté l'Angleterre à l'âge de douze ans , avait été élevé en France par les jésuites, et avait reçu les ordres dans le séminaire de Reims ^ Possédant toute la confiance de ses maîtres, ayant visité l'Espagne et l'Italie, sachant bien les langues des divers pays *, affectant le
* Labanoff, t. VI, p. âl3. Voir aussi et surtout le mémoire de Fambassadeur ChâteauneuF sur la conspiration Babington, ibid.^ p. 274 à 293.
' Mémoire de Châlcauneuf , p. 279 du t. VI de Labanoff.