CHAPITRE X
ennemi K » La méfiante Marie remarqua cet hôte nouveau de Chartley, elle crut trouver en lui un ancien espion de Burgbley et de Walsingham, et supposa qu'il avait été envoyé pour servir d aide à Paulet , ordinairement malade ^. Elle se demanda même si ce Phelipps ne. lui avait pas été proposé, comme pouvant servir à ses intelligences secrètes , par Morgan, qui, en conspirateur trop emporté, mettait peu de discernement dans le choix de ses complices. Elle faisait de Phelipps le portrait suivant dans une lettre écrite à Morgan : « Il est de petite stature et d apparence toute chétive; il a les cheveux d'un jaune obscur , la barbe d'un jaune clair , le visage marqué de la petite vérole, la vue courte^ et paraît âgé de trente-trois ans*. » Elle éprouvait du dégoût à l'aspect de ce repoussant et artificieux personnage; mais elle ne pouvait pas se douter et encore moins se préserver de ce que ^ présence à Chartley apportait de péril pour elle.
Croyant donc toujours ses moyens de comimunication sûrs et ses complots ignorés , Marie répondit le 17 (27, n. st.) à Babington. Elle loua son zèle et celui de ses amis; elle applaudit à leur entreprise. Elle entra dans de grands détails sur les préparatifs
* « Cum tibi dicit ave , sicut ab hoste cave. » Ms. State Pap. Off., et Tytler, t. VIII, p. 120. « Labanoff, t. VI, p. 419 et 423.
» Ibid., p. 423.
de l'invasion, les moyens tant maritimes que militaires deTopérer; puis elle ajouta, selon laccusation qui lui fut intentée plus tard par le gouvernement d'Elisabeth , qu'il importait également de considérer : « Comment les six gentilshommes étaient délibérez de procéder; et le moyen qu'il fauldroit aussi prendre pour la délivrer de sa prison '. »
Elle insistait principalement sur la nécessité de s'entendre avec Bernai^dino de Mendoza, recommandant de ne rien tenter avant d'avoir disposé au dedans et au dehors les forces pour le soulèvement des catholiques et l'invasion des Espagnols. Elle disait ensuite, toujours d'après ses accusateurs : a Ces choses estant ainsy préparées... il fauldra alors mettre les six gentilshommes en besoigne et donner ordre que , leur desseing estant effectué , je puisse quant et quant estre tirée d'icy , et que toutes voz forces soyent en ung mesmes temps en campaigne pour me recevoir, pendant qu'on attendra le secours estranger, qu'il faudra alors haster en toute dilligence. Or , d'aultant qu'on ne peut constituer un jour prefix pour l'accomplissement de ce que les dicts gentilshommes ont entreprins, je vouldrois qu'ils eussent toujours auprès d'eulx , ou pour le moings en cour, quatre vaillans hommes bien montés pour donner advis en toute dîUigence du succez dudict desseing, aussitost qu'il sera effectué, àceulx
* Labanoff, t. Vf, p. 386, 387.