CHAPITRE X
qui auront charge de me tirer d'icy, afin de s'y pouvoir transporter avant que mon gai^dien soyt adverty de ladicte exécution, ou à tout le moings, avant qu'il ayt le loisir de se fortifier dedans la maison. » Elle demandait que , dans ce moment , deux ou trois d'entre eux fussent envoyés par divers chemins, afin que si l'un était arrêté, l'autre pût passer outre ; et qu'on essayât de fermer les passages ordinaires aux postes et aux courriers ^
Elle indiquait , pour la tirer de sa prison de Char dey, trois moyens 2 le premier, d'attaquer, avec cinquante ou soixante hommes hien montés et bien armés , son gardien un jour qu'il l'accom' pagnerait à la promenade avec son escorte ordinaire de dix-huit ou vingt chevaux ; le second, de mettre vers minuit le feu aux granges et étables du château où les gens de Babington, se reconnaissant entre eux à une marque convenue, pourraient la délivrer au milieu de la confusion ; le troisième enfin, de faire conduire par des conjurés déguisés les charrettes qui entraient de grand matin à Chardey , de les renverser sous la grande porte du château et d'accourir aussitôt avec la troupe armée afin d'y pénétrer et de s'en rendre maître*. Le même jour, Marie Stuart écrivit à Charles Paget, à l'archevêque de Glasgow , à Thomas Morgan , à Bernardino de
« Labanoff, t. VI, p. 389, 390.
Mendoza^ «es correspondants habituels à Paris, et à sir Francis Englefield, son agent à Madrid*, pour montrer l'opportunité de l'invasion, en hâter le moment, en concerter l'exécution avec le soulèveiment de l'Angleterre.
Lorsqu'il eut saisi la lettre de Marie à Babington et toutes celles que cette malheureuse princesse adressait aux conspirateurs du continent , Phelipps éprouva une satisfaction sinistre. La noble proie, poursuivie avec tant d'ardeur et de dissimulation par son maître Walsingham , était enfin enlacée dans ses filets invisibles," Après avoir annoncé ce résultat impatiemment attendu au secrétaire d'Elisabeth, il lui dit : « J'espère que Votre Honneur prendra vite une résolution relativement à l'arrestation de cette reine, afin que je puisse en conséquence disposer de ma personne... Vous possédez maintenant assez de ses papiers... Je désire, s'il plaît à Dieu, que Sa Majesté soit inspirée du coumge héroïque qu'exigent la vengeance de la cause de Dieu, sa propre sûreté et celle de l'État *• « Le puritain Amyas Paulet écrivit de son côté à Walsingham avec une fanatique allégresse : tf Dieu a béni mes çfforts, et je me réjouis de ce qu'il récompense ainsi mes fidèles services. Je
* Voir ses lettres dans Labanoff, t. VI, p. 399 h 435. 2 Lettre de Phelipps à Walsingham du 19 juillet (29, nouv. st.), au State Pap. Off., et dans Tytler, f. VIII, p. 323.