CHAPITRE X
couvert, et qu'il avait ordre de la transférer au château de Tîxall. A cette nouvelle inattendue, elle resta un moment interdite. Puis reprenant ses esprits, et le sai^ssement faisant place à la colère , elle éclata en violents reproches et demanda aux gens de sa suite s'ils laisseraient enlever leur maîtresse sans la défendre. Nau et Curie , qui l'accompagnaient, étaient en même temps saisis et envoyés chacun séparément sous escorte à Londres. La malheureuse reine, revenant bien vite au sentiment de sa triste situation et de son impuissance, se résigna, et se laissa conduire au château de Tixall, qui appartenait à sir Walter Ashton \ Elle y resta dix-sept jours enfermée dans une petite chambre, loin de tous ses serviteurs , privée même de son chapelain , sans aucun moyen d'écrire, et servie uniquement par des étrangers. Durant son absence de Chardey, Thomas Waad , qu'avait rejoint Amyas Paulet, y ouvrait ses armoires, y prenait ses papiers, ses écrins, son argent, et les transmettait à Elisabeth. — Cette reine les reçut avec des transports de joie , et remerciant Paulet de ses habiles services, de sa prudente conduite, elle lui écrivit qu'elle éprouvait une vive gratitude de sa fidélité cpii méritait toutes les récompenses, et qui était au-dessus d'elles*.
* Sir Amyâs Paulet's postils to M' W. Waad's Mémorial , au Stat. Pap. OfF., et dans Tytler, t. VIII, p. 337.
* Strype, t. III, part, i, p. 525. — Lingard, t VIII, ch. iv.
Le 25 août , lorsque tout eut été fouillé avec 1q soin le plus minutieux dans le château de Chardey, MarieStuart y fut ramenée. En sortant de Tixall, sou^ l'escorte de Paulet et de cent quarante gentlemen du voisinage achevai, elle fut entourée de quelques pauvres gens qui lui demandèrent Tauniône. a Je n'ai rien h vous donner > leur dit-elle en pleuraiit; tout m'a été pris, et je suis une mendiante comme vous, n Elle se tourna ensuite vers le maître du château, sir Walter Ashton, et les autres gentlemen , et leur dit les larmes aux yeux : « Bons gendemen, je n'ai rien projeté contre la reine, p Quand elle vit, en arrivant à Chardey , ses armoires ouvertes, se^ papiers saisis, ses coffres fouillés, ses écrins même disparus , elle ne put contenir son indignation et se livra à des plaintes amères contre Elisabeth ; » Il y a deux choses, s'écriar^t^Ue, que la reine d'Angle** terre ne poiura jamais m'enlever, c'est le sang royal qui me donne droit à la succession d'Angleterre, et l'attachement qui fût battre mon cœur pour la religion de mes pères ^
Le procès commença bientôt contre les conspirateurs qui avaient projeté la mort de la reine e| provoqué l'invasion du royaume. Elisabeth n'osa pas y fidre comprendre encore la reine d'Ecosse, dont la lettre à Babington n'avait pas été trouvée
V Paulet à Walsingham, 27 août 1586, au State Pap. Of¥., et dans Tytier, t. VHl, p. 342. — Lingard, t. VIII, ch. iv.