CHAPITRE X
seillèrent de séparer leur cause de celle de la reine qu'ils avaient servie, et qu'on ne parviendrait à leur faire trahir qu'en les rassurant sur les suites de leurs révélations.
Nau et Curie furent donc placés entre la menace de la torture, s'ils continuaient à se taire, et la perspective de la liberté, s'ils consentaient à parler. Ces deux faibles serviteurs rompirent alors le silence loyal et salutaire qu'ils avaient observé jusque-là. Ils firent connaître comment procédait Marie Stuart dans ses correspondances secrètes. Enfermée avec eux dans son cabinet , elle dictait à Nau les points principaux de ses dépêches , que Nau rédigeait ensuite et soumettait à la correction de la reine. Elles étaient remises à Curie, qui les traduisait en chiffres et les expédiait ^ Nau déclara que la lettre à Babington , écrite en très-grande partie de la main dç sa maîtresse, lui avait été donnée par elle et avait été chiffrée par Curie *. Ces premières révélations furent jugées insuffisantes, et l'on en exigea de plus explicites du secrétaire de Marie , qui , poussé par la crainte d'être envoyé à la Tour^, où l'on questionnait les prisonniers au milieu des tourments ,
* Ms. State Pap. Off., Confession de Nau du 5 sept. 1586. Tytier, t. VIII, p, 345. — Hardwicke, t. I, p. 234 à 235. 2 Ibid.
^ Burghley à Walsingham, 8 s^t. 1586, dans Ellis,
3S0 MARIB STUABT.
alla bientôt un peu plus loin. Il avoua que ga maîtresse était entrée pleinement dam la complot relatif à l'invasion de l'AngleWre; mai» qu'instruite seu-^ lement du complot contre la vie d'Elisabeth , elle n'avait pas cherché à le connaître et n'avait pas cru devoir le dénoncer ^ Enfin, dans un dernier inter^ rogatoire subi le 21 septembre , après la terrible exécution des quatorze conjurés , il fut plus formel encore. Il dit que Curie avait déchiffré la lettre de Babington, et qu'il avait lui-même écrit, sous la dictée de sa maîtresse , les points principaux de sa réponse àBabington, concernant les forces que les conjurés pourraient réunir, les lieux où ces forces seraient rassemblées, l'intervention des six gentilshommes qui devaient tuer Elisabeth, les moyens à l'aide desqu^ on la tiremit elle-même de prison , enfin les cavaliers bien montés que les six gentilshommes devaient avoir auprès d'eux pour donner promptement avis de l'exécution de leur projet à ceux qui étaient chargés d'opérer sa délivrance '. On avait saisi de plus parmi les papiers de Nau à Chardey une note écrite de sa main , dans laquelle étaient résumées les deux lettres de Babington et de Marie , et où se trouvait ce mot , le
* Ms, Stat. Pap. Off., Déclaration de Nau du 10 sept. — Tytler, t. VIII, p. 346.
* Ms. State Pap. Off., 21 sept. J6a6. — Tytler, t. VIII, p. 347. — Hardwicke, t. I, p. 236.