CHAPITRE XI
posait comme il voulait ^ Ses ^ecràaines^ il est vrai, écrivaient ses lettres et les mettaient en chiffres; mais elle n était nullement assurée qu* ils n'y eussent inséré des choses qu elle n'avait point dictées. N etait-il pas possible qu'ils eussent reçu des lettres pour elle , sans les lui remettre, et qu'ils en eussent envoyé d'autres en êon nom et avec ses chiffres sans Les lui faire voir? ^ Et dois-je, moi, une reine, ajoutait^ elle avec autant de force que de dignité, dois-je être jugée coupable sur des preuves de cette espèce? N'est-il pas manifeste que ia majesté et la sécurité des princes ne signifient plus rien, s'ils doivent dépendre des écrits et du témoignage de leurs secrétaires? Je réclamer le privilège de n'être jugée que sur mes propres paroles et sur mes propres écrits , et je suis sûre qu'on n'en trouvera point contre moi*^ » Dans le cours de ce débat, Marie se plaignit vive^ ment et à plusieurs reprises de ce qu'elle ne pouvait pas recourir à ses papiers qui lui avaient été enlevés. Elle sembla même porter contre Walsîngbam la grave accusation d'avoir altéré ses chiffres, accusation que les défenseurs de cette reine infortunée font peser encore après trois cents ans* sur la mémoire
* CaïpdeD, t. II, p, 500.
» Ms. Brit- Mus. Caligula, ix, foL 383. -- Howell, t, I, p. 1182, 1183. — Hardwicke, 1. 1, p. 233. — Camden, t, II, p. 500. ^ Tytler, t. VIII, p. 360, 361.
* Le prince Labanoff Ven accuse formellement, et M. Tytler le croit aussi. Outre le peu de scrupule de Walsingham
du secrétaire peu scrupuleux d'Elisabeth. « Quelle sûreté ai-je, » dit-elle en se tovirnant vei's lui, « que ce soient mes chiffres? » Et l'apostrophant avec véhémence : u Croyez-vous, monsieur le secrétaire, ajouta-t-elle , que je n'ai pas connu les manèges que vous avez employés contre moi avec tant de ruse? Vos espions m'ont entourée de tous les côtés , mais vous ne savez peut-être pas que quelques-uns d'entre eux ont fait de fausses dépositions et m'en ont informée. Et, s'ils ont agi de cette manière, continuait-elle en s'adressant à toute l'assemblée, comment pourrais-je être sûre que lui n'ait pas contrefait mes
et la perfidie des moyens qu'il employa pour perdre Marie, et que nous avons fait connaître , cette accusation semblerait confirmée par une découverte récente de MM. Tytler et Lemon au State Paper Office. Camden avait dit (tome II, p. 479) qu'un post-scriptum avait été frauduleusement ajouté à la lettre de Marie Stuart à Babington du 17 juillet, pour demander à celui-ci les noms des six gentilshommes qui s'étaient chargés de tuer Elisabeth. MM. Tytler et Lemon ont trouvé au State Paper Office ce post-scriptum chiffré de la main de Phelipps , et rayé , ce qui prouve qu'il ne fut pas envoyé (Tytler, t. VIII, p. 326. 327). En effet, il ne figure point dans la copie certifiée de la lettre du 17 juillet, produite dans le procès de Marie Stuart, ni dans aucune des copies qui en ont été conservées. De ce que Phelipps et Walsingham , entre les mains desquels le chiffre original de la lettre de Marie Stuart resta pendant plus d'une semaine avant d'être remis à Babington, n'employèrent pas ce post-scriptum, M. Tytler et le prince Labanoff croient qu'ils eurent recours à d'autres moyens. Ils supposent qu'il n'était question dans la lettre