‹ Histoire de Marie StuartChapitre 169 sur 224 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

ment du royaume amènerait aussitôt une invasion armée de l'Angleterre. « A moins donc , dirent les deux chambres à Elisabeth, que la juste sentence portée contre elle ne soit exécutée , la personne de Votre Majesté reste en grand péril, la religion ne peut être longtemps maintenue parmi nous, et 1 état florissant de ce royaume est menacé d'une prochaine et désastreuse ruine. En l'épargnant, Votre Majesté n'encourage pas seulement l'audace des ennemis de Dieu , de votre autorité , de votre royaume, elle abat et désespère les cœurs de son peuple affectionné, et provoque la main ainsi que la colère de Dieu ^ » Après lui avoir cité les plus oruels exemples tirés de l'antiquité, de la Bible, du moyen âge, le lord chancelier et l'orateur Puckering, en présentant à leur reine, dans le château de Bichmond, cette sanguinaire supplique des deux chambres, prièrent le ciel d'incliner son cœur à leurs justes désirs *.

C'était là sans doute ce que voulait Elisabeth. Être pressée et paraître contrainte lui convenait d'autant mieux, qu'elle se doimait l'appui de ses sujets, rendus par là ses ardents complices, et qu'elle se déchargeait même sur eux de cette utile cruauté. Elle ne se rendit cependant pas encore , et leur répondit avec une ambiguïté embarrassée. Elle dit

* Howell, p. 1195. — Camden, t. II, p. 511, 512. ?/6W.,p. 1198.

3fi8 MARIE STUAHT.

qu elle était plus perplexe qu'elle ne Tavait encore été de sa vie^ qu'elle ne savait si elle devait parler ou se taire, quelle aurait souhaité sauver ses jours sans sacrifier ceux dune autre, quil lui semblait cruel de frapper une si grande princesse , et de laisser tremper les mains du bourreau dans le sang d'une si proche parente *• S'étendant ensuite sur les dangers de sa position, la haine de ses ennemis, les hésitations de son esprit, les troubles de son cœur, elle les renvoya avec ces paroles : « Si j'adhère à votre requête, j'en dis peut-être plus que je n'en pense; et, si je la rejette, je me précipite moi-même dans le péril d'où vous voulez me tirer. Acceptez, je vous prie, mes remerciments et mes incertitudes, et prenez en bonne part une réponse qui n'en est pas une '• »

Malgré les hésitations qu'elle éprouvait en les exagérant, et qui tenaient autant à sa politique qu'à son caractère, Elisabeth envoya à Fotheringay lord Buckhurst et le clerc du conseil Robert Beale pour signifier son arrêt de mort à la royale condamnée ". Suivis d'Amyas Paulet et de Drue Drury *, qui avait été aussi attaché à la garde de Marie,

« Howell, p. 1198, 1199. — Camden, t. II, p. 512 et 513.

» Ibid.^ p. 1200, 1202. — Camden, t. II, p, 513, et Par^ liamentary history, vol. IV, p. 298.

3 Howell, t. I, p. 1202.

* Lettre de Marie Stuart à l'archevêque de Glasgow du 24 nov. 1586, dans Labanoff , t. VI, p. 466, 467.

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