‹ Histoire de Marie StuartChapitre 17 sur 224 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

comble de la faveur, et il était mort dans l'exercice du pouvoir.

Issu de cet ardent soutien de la foi orthodoxe, héritier d'un de ses plus nobles martyrs, ayant lui-même, malgré son jeune âge, souffert quelque temps des défiances royales et partagé la périlleuse disgrâce de sa maison , Thomas Howard , quatrième duc de Norfolk, était l'objet du dévouement héréditaire des catholiques, qui le soupçonnaient d'être secrètement attaché à leur croyance, et du respect des protestants, dans les doctrines desquels il avait été élevé et dont il pratiquait extérieurement le culte. En montant sur le trône, Elisabeth l'avait admis dans son conseil privé. Personne n'avait plus d'éclat à la cour et n exerçait plus d'influence dans le royaume. Il possédait des biens immenses, était apparenté aux plus illustres familles , disposait par lui ou par ses amis de plusieurs comtés et pou* vait à la fois entraîner les catholiques et se faire suivre des protestants. A peine âgé de trente-deux ans et déjà veuf pour la troisième fois, il laissa pénétrer peu à peu dans son âme les plus hautes et les plus dangereuses pensées. Noble, affable, généreux, mais d'un esprit plus remuant que ferme, et d'un cœur trop faible, n'ayant pas suffisamment de caractère pour son ambition, sachant préparer avec mystère ce qu'il n'était pas capable d'exécuter avec résolution, il allait mettre à projeter une audace

qu'il ne retrouverait pas pour agir, et s'engager dans une suite d'entreprises qui devaient le perdre.

Le duc de Norfolk se rendit à York avec des dispositions très-favorables à la reine d'Ecosse, Il y présida la conférence, qui s'ouvrit le 4 octobre et devant laquelle comparurent le régent avec ses collègues et Marie Stuart par ses commissaires. Soit pour gagner du temps, soit pour se conformer à un avis du conseil privé et à un désir d'Elisabeth, le duc invoqua, à l'appui de la conférence, l'ancienne suprématie féodale que l'Angleterre avait autrefois réclamée sur l'Ecosse ^ Ce vieux souvenir d'une prétention depuis longtemps abandonnée et que faisait revivre la formation d'un tribunal devant lequel la reine et le régent d'Ecosse consentaient à expliquer leur conduite et à débattre leur droit , remplit Miirray de confusion. Il se tut. Mais le secrétaire Lethington ne garda point le même silence. Avec cette présence d'esprit qui ne l'abandonnait en aucune rencontre et qui trouvait toujours des raisons décisives et des accents fiers lorsqu'il s'agissait des intérêts et de l'honneur de son pays, il demanda qu'on rendit à l'Ecosse les districts territoriaux pour lesquels elle avait dû autrefois l'hommage féodal à l'Angleterre. Il ajouta que cet hommage avait toujours été conditionnel et limité pour l'Ecosse qui , restée pleine-

* Mémoires de Meiviif t. I, liv. m, p. 296,

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