CHAPITRE VIL 3B
ment indépendante quant à son propre territoire, n avait jamais relevé de personne, plus heureuse en cela que l'Angleterre qui avait longtemps relevé du pape, auquel elle payait le denier de saint Pierre '. Après cette réponse hautaine et concluante , le duc de Norfolk n'insista plus et l'incident n'eut aucune suite.
Afin dé prévenir le triste débat dont il devait être encore plus le témoin que le juge, le duc de Norfolk entreprit d'accorder ensemble Murray et sa sœur. Il eut à ce sujet une entrevue avec Lethington. Il s'étonna de le trouver assez peu sage pour prendre part à l'accusation de sa souveraine. — Pensez -vousi lui dit-il , qu'il y ait en Angleterre des juges compétents pour prononcer sur la cause d'une reine d'Ecosse, et supposez-vous d'ailleurs qu'ils puissent se résoudre à déshonorer la mère du prince qui doit être un jour leur roi? Nous serions inexcusables, continuat-ilj si nous rendions le droit et le titre du fils douteux en entachant l'honneur de la mère. Vous auriez mieux fait» vous qui êtes ses sujets, de couvrir ses faiblesses, si elle en a eu, et de laisser le soin de les punir à Dieu, qui est le seul juge légitime des rois *. >' Ces pensées étaient d'accord avec celles de Lethington. Ce n'était donc point un politique aussi avisé, mais alors plus suspect qu'influent, qu'il fallait y
* Mémoires de Melvil^ liv. m , p. 296, 297. 2/6îri., p. 297, 298.
convertir. Il importait de faire comprendre ce grand intérêt au régent , et Lethington ménagea un entretien secret entre Murray et Norfolk.
La rencontre eut lieu de nuit, dans la galerie de la maison qu'habitait le duc*. Norfolk dévoila à Murray la politique d'Elisabeth et lui dit qu'en accusant devant ses commissaires la reine Marie, il mettait en péril les pins chers intérêts de l'Ecosse. Il l'assura que la reine sa maîtresse ne consentirait jamais à régler la succession d'Angleterre; qu'elle se souciait moins des troubles qui pourraient naître après elle de l'incertitude de son héritage, que des embarras auxquels l'exposerait pendant sa vie la désignation d'un héritier ^. Le duc ajouta que la couronne d'Angleterre revenait, en cet inévitable cas, à la reine d'Ecosse, à moins qu'on n'eût l'imprudence d'affaiblir ses droits et de compromettre ceux de sa postérité par une accusation poussée plus loin. Il lui rappela que cette imprudence pourrait tourner en Ecosse au profit des Hamilton qui étaient ses ennemis , et au détriment des Stuarts qui étaient de son propre sang, et sous lesquels il devait s'attendre à de meilleurs traitements et à de plus grands avantages^. — « Pesez, lui dit-il, les inconvénients re-
* Lettre de Murray, dans Robertson , Pièces liisloriques, n- XXXIII.
2 Melvil, t. l, liv. III, p. 299, 300.
3 Robertson , Pièces historiques, n° XXXIH.