CHAPITRE XI
Le messager de confiance qui, après sa mort, devait porter la lettre à Sixte-Quint, devait se charger aussi pour Mendoza , pour le duc de Guise et pour l'archevêque de Glâs<iow *, de letti'es qui ne purent être remises qu'environ un an après *. Dans toutes, la fidèle et courageuse Marie était préoccupée des intérêts de la cause catholique, elle songeait au sort de ses serviteurs désespérés, elle envisageait sa fin avec une résignation chrétienne et héroïque tout à la fois, se séparait de ses amis avec une tendresse touchante. Elle était arrivée à un degré inconnu de douceur et de sérénité. Toujours aussi éloquente, elle l'était sans haine, sans emportement. Son cœur avait rejeté toutes les amertumes de la vie , et sa pensée avait pris la plus religieuse élévation. Elle s'applaudissait de mourir pour la foi catholique. « Je suis contente, disait-elle, de répandre mon sang à la requête des ennemis de l'Église *. » Elle annonçait à Mendoza qu'elle restait dans les mêmes sentiments à l'égard du roi son maître, et lui transmettait ses droits, si son fils ne revenait point à la vraie croyance. En lui faisant son
archives du Vatican, est du 23 nov., p. 447 à 456 du t. YI de Labanoff.
* Labanoff, t. VI, p. 456, 461, 465.
^ En marge de celle de Mendoza il y a : a Recivlo se en Paris à 15 octobre 1587. » Ibid., p. 461.
* Labanoff, p. 458.
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dernier adieu , elle le remerciait de raffecticm zélée qu'il avait toujours eue pour elle. « Vou» recevrez, lui disait-elle , un tocquen (souv^r) de moi, d'un diamant que j'avois cher pour être celui dont le feu duc de Norfolk m'obligea sa foi , et que j'ai toujours porté; gardez-le pour l'amour de moi \ »
Elle envoyait aussi une bague de rubis * au duc de Guise, et laissait éclater, dans la lettre qu'elle lui écrivait, avec les effusions de sa tendresse, les élans de sa foi : « Mon bon cousin , lui disait-elle, celuy que j'ay le plus cher au monde, je vous dis adieu , estant preste par injuste jugement d'estre mise à
mort bien que jamays bourreau n'ait mis la main
en nostre sang, n'en ayez honte, mon amy, car le jugement des hérétiques et des ennemys de l'ÉgUse, et qui n'ont nulle jurisdiction sur moi, royne libre, est profitable devant Dieu aui^ enians de son Église; si je leur adhérois, je n aurois ce coup. Tous ceux de nostre maison ont été persécutés par cette secte ; témoin vostre père , avec lequel j'espère estre reçuç à mercy du juste juge. Et Dieu soit loué de tout, et vous donne la grâce de persévérer au service de son Église tant que vous viverez, et jamais ne puisse cest honneur sortir de nostre race que, tant hommes que femmes, soyons prompts de répandre nostre sang pour maintenir la querelle dq la foy , tous autres
* Labanoff, t. VI, p. 460. — » Ibid., p. 463.