CHAPITRE XI
je mourray comme j'ay vescu, votre affectiomiée sœur et prisonnière. »
Cette admirable lettre, laissée sans réponse, ne parvint peut-être point à Elisabeth % qui restait livrée plus que jamais à ses irrésolutions. Elle voulait faire périr Marie et ne Fosait pas. Le monde entier avait été surpris et ému du jugement et de la condam* nation d'une reine. De la France et de l'Ecosse , où avait régné Marie , où son beau-frère et son fils étaient encore assis sur le trône, où elle avait ses plus proches parents et ses plus ardents amis , des ambassades solennelles avaient été envoyées à Elisabeth pour la conjurer d'épargner sa vie et pour la menacer si elle passait outre.
L'ambassadeur d'Henri III , Châteauneuf , était d'abord intervenu en sa faveur, mais vainement. Elisabeth avait fait partir Wotton* pour la France, avec des copies certifiées de toutes les pièces , qui , en démontrant la réalité et l'étendue de la conspiration , l'accord de Marie Stuart avec le roi d'Espagne et les ligueurs de la France, étaient les plus propres à convaincre Henri III et à le refroidir. Bien qu'il ne parût pas éloigné d'admettre la culpabilité de sa belle-sœur *, ce prince chargea Châteauneuf
* Jebb, p. 92.
* Pacquet of Mrs. Wotton's dispache into France, 1586, oct. 4. State Pap. Off.
^ « Qtt^encores que ma dite belle* sœur eut en quelque
d'exprimer tout l'intérêt qu'il prenait à elle. Il trouvait dans son emprisonnement prolongé un motif à ses complots et ne reconnaissait à personne le droit de la juger et de la punir *. Il chargeait donc Ghâteauneuf de supplier Elisabeth, en son nom, comme étant son plus parfait ami , et comme y ayant en outre lui-même sa réputation engagée, de manifester sa bonté et sa clémence envers une proche parente *.
Lorsqu'il connut la condamnation de Marie tStuart, il envoya en Angleterre. Pomponne de Bellièvre pour essayer de la sauver de la mort. Bellièvre arriva à Londres le 1**" décembre. L'audience qu'il demanda le lendemain même ne lui fut accordée que le 7 *. Dans sa longue harangue^, Bellièvre, qui accumula tous les exemples de l'histoire et toutes les maximes de la politique pour disposer Elisabeth à se montrer miséricordieuse , lui donna une raison à laquelle elle aui*ait dû être plus sensible qu'à toute autre. Faisant allusion aux desseins
sorte participé à la conjuration... laquelle je suis pour ma part fort ayse et loue Dieu infiniment n'avoir point été exécutée. » Dépêche de Henri III à Ghâteauneuf du I** novembre 1586. State Pap. Off.
i ibid. — 2 Ibid.
3 Bibl. nat., ms. 9513, Coll., de Mesmes, Lettres originales dÉtaty t. m, fol. 391. --Life of Egerton, p. 91 et 99.
* Harang^ue du sieur de Bellièvre, Bibl. nat., ras. Dupay, t. 844, fol. 450 et suiv., et dans Egerton, U I, p. 103 à 108.